ANALYSE PHILOSOPHIQUE DE L'AMOUR
Stendhal est le dernier lettré qni ait écrit en de bons termes sur l'amour. L'auteur regrette fort d'avoir été devancé par cet écrivain. Un livre comme celui de Stendhal, bien poli, bien coupé par de jo- Hes histoires, avec une classification des divers genres d'amour; l'amour goiit, l'amour passion^ l'amour à querelles, c'était tout à fait ce qui convenait ici pour terminer. Mais Stendhal a très-proprement, trèsingénieusement fait place nette en un coin fort intéressant du sujet. Stendhal, toutefois, et les autres dont on peut décemment parler, parce qu'ils ont écrit avec grâce , sont des spiritualistes, tandis que l'auteur ne l'est pas plus (jue ne le comporte le temps présent. On n'entend |)oint idéaliser les dames ni faire de la chevalerie errante. On ne demande
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point r émancipation de la femme ni la promiscuité des sexes, ces deux choses existant déjà d'ailleurs dans une certaine mesure ; on ne tonne pas contre le luxe des femmes, car il faut bien laisser aux millionnaires , aux gens bien dotés, rentes et appointés le soin de l'entretenir. On ne demande pas trop de vertu dans les classes pauvres , parce qu'il faut bien fournir aux exigences de l'Opéra et aux diverses entreprises de chant, de danse et de pantomime; on ne demande pas trop de vertu non plus dans les classes bourgeoises, parce que les temps sont durs et l'argent rare, excepté chez les millionnaires. Mais on n'est pas non plus ennemi de la pudeur; on veut qu'il en reste un peu, parce qu'elle ajoute au plaisir. On veut que les femmes aient des principes, de la religion, des scrupules , parce que c'est une jouissance suprême que d'en obtenir ou d'en dicter le sacrifice, parce qu'enfin l'amour, pour être ce qu'il est, doit se composer de ce qu'il y a de plus délicat comme de ce qu'il y a de plus fangeux dans l'âme humaine. Non^ quoi qu'on en dise, ni le vice ni la vertu ne sont inutiles. On n'est pas artiste si l'on ne sent cela.
Il y aurait deux choses à examiner dans l'amour : ses effets et ses principes. Il n'y a certes pas de sentiment qui remue la société plus terriblement que l'amour, et le spectacle de ses manifestations intérieures est presque tout le côté dramatique de la vie. La volupté en est évidemment le bu^supréme. Les
ambitions, les passions , les plaisirs viennent aboutir à ce grand réceptacle; c'est pour satisfaire cette passion qu'on travaille, qu'on accepte une vie de forçat pendant de longues années. C'est pour porter cette coupe à ses lèvres qu'on veut de l'or, qu'on fait de la politique et de la finance, qu'on se ruine, qu'on se vole, qu'on se tue. L'atmosphère est sillonnée des éclats de foudre de cette passion, et le sol est jonché de ses débris.
« Embrasé de tes feux, tout est entraîné vers toi , o Vénus ! Au fond des mers, sur les montagnes, dans les fleuves profonds, sous la feuillée naissante, dans les vertes campagnes , tous les êtres brûlent d'épancher l'amour qui repeuple la terre*, »
Sauf qu'on ne cherche pas à repeupler, voilà bien le délire dont on aperçoit le frémissement universel à la surface de la société. Mais, dira-t-on, ce n'est pas là ce qu'on appelle l'amour; c'est un sensualisme grossier qui n'a rien de commun avec ce sentiment délicat qu'on appelle l'amour, avec cet idéal divin. .
Nous sommes tentés de dire avec un
comédien du dix-septième siècle" :
Plus scc/nv (jiKirn s.'ifx jnxlcst.
Et puis il n'y aurait j)as moyen de tenir sur un ton lyrique.