CHAPITRE V
Danger de l'élimination pour les autres espèces animales
1°) Pour les jeunes bovins.
On doit se demander si le lait virulent ne peut pas être un vecteur de la contagion et, en particulier, si le veau qui boit le lait de la mère est exposé à l’infection ou peut servir à la propagation de l’avortement épizootique.
Si l’on envisage, à un premier stade, l’ingestion par le veau du colostrum, il semble que cette ingestion soit capable de faire apparaître chez celui-ci des propriétés agglutinantes qui font défaut une heure auparavant.
Le veau, né d’une mère infectée, qui s’est développé dans des enveloppes infectées, a un sérum qui n’est pas agglutinant; il ne le devient qu’une heure après l’ingestion du colostrum et atteint son maximum cinq heures après le premier repas.
Carpenter, au cours de ses nombreuses expériences, a constaté que les veaux ingérant un lait infecté hébergent après quelques semaines la bactérie dans leurs
tissus.
Cependant, les bacilles ingérés avec le lait en petit nombre, ne pénètrent pas profondément dans l'organisme du veau. Il semble d’après les expériences de Barger et de Hayes, que la bactérie provenant du lait infecté traverse seulement le tube digestif, en ayant cependant la possibilité de demeurer dans les ganglions lymphatiques, même en cessant cette alimentation. S'il n’en résulte pas d’infection, on peut craindre que le veau ne se comporte comme un vecteur du germe et ne dissémine et porte parfois au loin, avec ses matières excrémentitielles les agents du contage.
La démonstration de la présence du bacille de l’avortement dans les excréments du veau n’est pas encore entièrement faite Huddleson a montré qu'il fallait tenir également compte que le lait et le petit lait provenant de mamelles infectées sont doués d’un pouvoir bactériolytique très marqué et la virulence des bacilles excrétés peut s’en trouver modifiée. Les tentatives d'infection expérimentale du veau avec du lait sain additionné de cultures de bacilles de Bang n’ont jamais rien donné.
D'autre part, nous savons que la réceptivité varie beaucoup avec l’âge. Bien que l’on observe, ainsi que nous l'avons dit plus haut, un pouvoir agglutinant élevé chez un veau né de mère infectée et nourri par elle, l’organisme des jeunes veaux et des génisses se débarrasse vite de l’agent infectieux. C'est ainsi qu’il suffit après sevrage, de séparer le veau de sa mère pendant quelques mois pour que toute trace de valeur agglutinante du sang disparaisse. Simms et Miller rapportent qu'iis ont pu entretenir des génisses avec du lait infecté, sans observer chez elles un pouvoir agglutiant du sang; dans la suite, maintenues soustraites à la contagion, elles ont eu des gestation normales,
RG T NET
Mac Fadyean rapporte qu’il n’a toujours pas réussi à infecter des génisses vides.
Il est courant de constater que les génisses vierges restent généralement indemnes; si exceptionnellement le sero-diagnostic indique une infection, la même réaction serologique, en montre le caractère transitoire. Cette observation est intéressante, car elle autorise à penser qu'il suffit de soustraire ces animaux à l’infection quelques mois avant leur fécondation pour pouvoir constituer un effectif sain.
Cette résistance des jeunes animaux a été expliquée, soit par une immunité conférée par la mère, comme le soulignent X Leclainche et J. Verge, en faisant remarquer que la voie digestive par l’intermédiaire du lait, et surtout le colostrum, jouent un rôle considérable à la faveur des anticorps absorbés par les globulines, soit par cette hypothèse supposant que les organes n’offrent un milieu convenable qu’à l’âge de la maturité sexuelle.
Quelle que soit la cause de la résistance des veaux et des génisses ingérant un lait virulent, il est un fait certain, c’est que l'élimination de bacilles de Bang par la mamelle des vaches infectées ne constitue pas un danger pour ces animaux.
2°) Pour les porcins.
Les porcins ingérant du lait de vaches infectées semblent, parmi les différentes espèces animales, être le plus fréquemment atteints; la preuve en a été donnée au cours d’épizooties d’avortement observées aux Etats-Unis par Hayes et Traum, et en Hongrie par Marcis.
Au Danemark, Axel Thomsen montre l’existence de l’avortement infectieux des truies à caractère -enzoo-
tique dans un centre d'élevage; l’épreuve de la sero-agglutination fut recherchée sur 29 animaux : 21, parmi lesquels 2 verrats, fournirent une réaction positive.
Le bacille isolé de l’espèce porcine conserve ses caractères classiques, mais montre généralement une virulence plus grande pour le cobaye.
Schroeder et cotton ont constaté ce fait intéressant qu'avec des souches du bacillus abortus d’origine bovine, ils n’ont pas obtenu par les voies naturelles l’infection de la truie, alors qu’ils réussissent toujours avec une souche porcine. Ils isolent la brucella des vésicules séminales de 4 verrats et de l’ovaire d’une truie.
Pour Cotton,.le bacillus abortus rencontré chez les truies représenterait une forme aberrante ou mieux peut être une variété du bacille de Bang rencontré chez les vaches. La différenciation se ferait entre les deux par le fait que leur inoculation au cobaye ne donne pas les mémes lésions dans les deux cas.
Les professeurs A. Uranov et B. Bohl de Moscou, ont fait une communication au dernier Congrès de Londres sur l’avortement épizootique de truies de race anglaise dans deux exploitations agricoles du Caucase du Nord, et causé par le bacille de Bang. Dans ces exploitations sévissait également l’avortement épizootique des bovidés. La culture du bacille de Bang fut obtenue soit à partir de l’estomac d’avortons, soit à partir des cornes utérines. |
Le serum de toutes les truies ayant avorté et stériles agglutinait jusqu’au taux de 1/1500 les souches de bacilles de Bang d’origine bovine ou porcine.
La stérilité d’un nombre considérable de mères et
les boiteries des extrémités postérieures qui sont observées chez quelques truies des deux exploitations sont considérées par Uranov et Bohl, comme une conséquence de leur atteinte par l’avortement infectieux de Bang.
Dans le plus grand nombre de cas, les truies qui ont été atteintes d’avortement infectieux sont très malades pendant deux ou trois semaines, et se rétablissent rapidement ensuite. Seule la propriété de leur serum d’agglutiner le bacille de Bang à un taux élevé indique plus tard leur état de suspicion. L’ingestion de lait infecté peut done provoquer chez les truies un avortement d’allure enzootique et le passage dans l’espèce porcine du Bacillus abortus produit chez cette dernière une transformation qui lui communique des propriétés pathogènes un peu spéciales vis-à-vis du cobaye. Malgré de petites différences, l'espèce bovine est certainement le réservoir de virus pour l’espèce porcine.
3°) Pour les équidés.
L'espèce chevaline peut également être infectée. Mais l’ingestion de lait pour les chevaux est, en France tout au moins, assez peu répandue. La source d’infection serait plutôt le contact avec les bovidés infectés, et les conditions favorables à l’infection de la jument sont rares, malgré le grand nombre de germes dont les bovidés sont atteints.
Rinjard cite cependant qu’au laboratoire national de Recherches, il a été consulté plusieurs fois pour des avortements où le rôle du bacille de Bang décelé par l’agglutination ne pouvait être mis en doute. Mais il n’avait pas en mains le matériel nécessaire pour le mettre en évidence.
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Nutt et Murray rapportent également des cas d’ind'infection des équidés. C’est surtout par des localisations pyogènes que se traduit la maladie de Bang. P. Rinjard et Hilgen rapportent que, dans une région, des suppurations rebelles du garrot et de la nuque furent constatées avec une fréquence particulière, et sans cause extérieure, alors que précédemment dans la même région, les accidents étaient plutôt rares et consécutifs à des blessures de harnachement. Le fait que ces suppurations étaient observées presque toujours dans des fermes où sévissait la brucellose bovine pouvait amener à incriminer brucella abortus et on demanda au sero-diagnostic de vérifier cette hypothèse ?
Les sero-agglutinations effectuées avec le serum des malades, l’examen bactériologique du pus, les inoculations au cobaye, donnèrent des résultats positifs et concordants qui autorisent à penser que le bacille de Bang peut être la cause d'accidents pyogènes, et particulièrement de ceux accompagnés de nécrose tendineuse ou aponévrotique que l’on observe au niveau du garrot et de la nuque.
Il ne faut pas en conclure que de telles lésions, chez les équidés sont le plus souvent une localisation de la maladie de Bang. Il n’y a là seulement une cause possible dont il y a lieu de tenir compte.
En cinq ans, 30 cas ont été observés dans la même clientèle pour lesquels la suspicion d’une telle infection était possible. Treize cas furent soumis au contrôle, et le sero-diagnostic confirma onze fois la présomption. Il ne s’agit pas là de faits exceptionnels.
Pour les équidés le lait est donc certaigement une source moins importante que le contact.