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FORMATION DE L'OEUF

Si l’on déchire les parois de l’ovaire d’une Anchorelle ou d’un Lernéopode , et que l’on examine les œufs qui en sortent, on est frappé de voir que chaque œuf porte à l’un de ses pôles un filament plus ou moins allongé, clair et transparent. On reconnait, en examinant ces filaments à de forts grossissements, qu'ils sont formés de cellules généralement discoïdes, empilées les unes sur les autres à la manière de pièces de monnaie. Ce n’est que quand les œufs sont arrivés à maturité que les filaments polaires se détachent de leur surface, et tandis que les œufs sont évacués, les filaments restent à l’intérieur de l'ovaire.

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(4) Annalen des Wiener Museums. Bd. I.

En étudiant de tout jeunes Anchorelles, il est facile de s'assurer que primitivement l’ovaire est obstrué de cordons semblables à ceux que l’on trouve dans l'ovaire des individus plus âgés, et qu’à un moment donné la cellule terminale de chaque cordon s'agrandit; il s’y développe, en quantités de plus en plus considérables, des globules réfringents qui finissent par enlever à la cellule sa transparence primitive. Bientôt, la cellule agrandie, qui présente dès à présent tous les caractères d’un jeune œuf, a pris un tel développement, que le cordon n’apparait plus que comme un filament très-grêle, attaché à l’un des pôles de l'œuf, à peu près comme le filament spermatique est attaché à la tête du spermatozoïde. — Il est clair que ces filaments, formés de cellules discoïdes, ne sont que des groupements d'œufs rudimentaires, destinés à se développer successivement l’un après l’autre (1).

Au reste, nous trouvons des phénomènes analogues chez d’autres Crustacés. Chez les Caligus, les Clavella, les Congericola, etc., le germigène renferme un cordon cellulaire dont la structure est identique à celle des filaments polaires de l’œuf des Anchorelles et des Lernéopodes. Entortillé et pelotonné sur lui-même à l’intérieur du germigène, ce cordon se continue directement, à l’entrée de cette glande, avec la série des œufs contenus dans le vitellogène (2). Au moment de la ponte, la pile d’œufs contenue dans le vitellogène entraîne à sa suite une portion du cordon ovarien du germiducte, et celle-ci, arrivée

(1) J'ai représenté les différentes phases du développement de l’œuf des Anchorelles , sur la planche qui ect annexée à ma notice sur le développement des Sacculines. (Fig. 1-4.)

(2) Voir la même planche. (Fig. 5-7.)

( 228 ) dans le vitellogène, va donner naissance à une nouvelle chaîne d'œufs. — Les cellules discoïdes du cordon ovarien s’agrandissent; elles se chargent peu à peu de granules vitellins, et chacune d’elles devient un œuf qui conserve pendant tout le temps du développement, dans le vitellogène aussi bien que dans les ovisacs, la forme discoïde, aplatie, des cellules primordiales.

La seule différence entre le développement de l'œuf des Anchorelles et celui des Caliges et des Congéricoles , c’est que , chez les Anchorelles, :! existe un grand nombre de cordons ovariens et que les cellules terminales de chacun de ces cordons se développent successivement, tandis que chez les Caliges et les Congéricoles à! n'existe qu’un seul cordon ovarien et toujours une série de cellules juxtaposées se développent simultanément.

Constitution de l'œuf. —Je n’ai jamais réussi à apercevoir autour de l’œuf ovarien une membrane distincte. La densité du protoplasme de l'œuf est très-probablement plus grande à la périphérie, et, grâce à cette partieularité, la forme sphéroïdale des œufs se conserve en l'absence de membrane vitelline. Dans les tout jeunes œufs on distingue clairement les deux principes constitutifs du vitellus : un liquide visqueux, clair et transparent, qui constitue exclusivement le corps des cellules discoïdes du cordon ovarien (protoplasme), et des éléments réfringents plus ou moins volumineux, en suspension dans le protoplasme, qui prennent naissance dans la cellule-œuf, autour de la vésicule germinative. Chez tous les Crustacés, dont les œufs se forment aux dépens d’un cordon protoplasmalique, la vésicule germinative se distingue par ses faibles dimensions. Elle renferme toujours un nueléole

( 2207) unique, peu volumineux et réfractant fortement la Iumière. |

L'œuf grandit progressivement, et bientôt la vésicule germinalive se dérobe à la vue au milieu d’un vitellus granuleux très-opaque. Je n’ai jamais pu la retrouver dans les œufs mürs.

Au moment de passer dans les ovisacs , les œufs s'entourent d’une membrane mince, qui parait être un produit de sécrétion des cellules de l’oviducte, et que je désignerai pour ce motif sous le nom de chorion. Dans les ovisacs, les œufs sont entourés d’une seconde membrane, qui se forme aux dépens du produit de sécrétion des glandes cimentipares; elle est de même nature que la membrane commune des ovisacs, et l’on peut lui appliquer le nom d’exochorion.

Dans les ovisacs les œufs conservent la forme ovoïde ou sphéroïdale qu’ils présentaient déjà dans l’ovaire , et jamais ils ne s’empilent comme chez les Caliges, les Clavelles, les Lernanthropes, etc., chez lesquels les ovisacs sont de longs tubes cylindriques très-grêles, tandis que, chez les Anchorelles , les Lernéopodes, les Brachielles et les genres voisins, les ovisacs sont très-larges, généralement beaucoup plus courts, et l’on trouve plusieurs œufs dans une même section de ces organes. Chez ceux-ci les œufs sont déposés en couches; chez ceux-là ils sont empilés à la manière de pièces de monnaie.

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