‹ Recherches sur l'embryogénie des crustacésChapitre 41 sur 89 · I. Ligne médiane · texte numérisé non relu

I. Ligne médiane

pc. Plaques céphaliques.

sc. Sillon caudal.

ca. Bord de la carapace, du bouclier céphalique. o. OEil.

a'. Antennes.

a?. Antennules.

m. Mandibules.

mc". Màchoires de la première paire.

mc°. id. de la deuxième paire.

mcÿ. id. de la troisième paire.

pn'. Pattes natatoires de la première paire (pieds-mà-

choires des Crustacés décapodes).

pn?. Pattes natatoires de la deuxième paire.

Fig. 1 et 2. — OEufs de Hessia colorata montrant les premières phases du

fractionnement partiel du vitellus. :

Fig. 5. — OEuf de Lerneopoda Galei pendant le fractionnement. I! n'existe pas de trace de cuticule blastodermique. Fig. 4. — OEuf du même. Le blastoderme et la cuticule blastodermique

sont complétement formés.

Bulletin 2° Série, Tome XXIX.

Fa, Var Beneder/ ad,.rat. de,

Lure

Bulletin 2° Série, Tome XXIX.

ÆEX VioSBencder, ad. rat alei e :

Fig. 5. — Autre œuf du même. L'épaississement cellulaire ventral est parfaitement reconnaissable. Les cellules dont il se constitue se distinguent aisément des cellules dorsales,

Fig. 6. — Embryon d’Anchorella uncinata vu latéralement. On distingue déjà le capuchon buccal, et les deux paires d’appendices caractéristiques de la forme nauplienne.

Fig. 7. — Embryon du même vu par une coupe idéale faite perpendiculairement à l’axe du corps. On distingue les plaques céphaliques sur lesquelles reposent les antennes. — La cuticule blastodermique recouvre immédiatement ces organes.

Fig. 8. — Portion latérale d’un embryon d'anchorella brevicollis vu de la même manière à un plus fort grossissement. On voit la cuticule blastodermique se jeter en formant pont d’une antenne à l’autre et des antennes sur les côtes du corps, ce qui démontre bien que la cuticule blastodermique est distincte de la cuticule nauplienne.

Fig. 9. — Embryon de Lerneopoda Dahmanni immédiatement après la formation de la cuticule nauplienne.

Fig. 10. — Embryon du même pour montrer les ondulations de l’épaississement cellulaire ventral, qui indiquent la division du corps en somites. On distingue six somites derrière la bouche. On reconnaît bien le sillon caudal.

Fig. 11. — Embryon de Brachiella Thynni montrant les tubercules cellulaires qui vont devenir les appendices du Nauplius. — La mandibule est encore rudimentaire.

Fig 12. — Embryon de Lerneopoda Dahmanni. Tous les appendices caractéristiques de la forme cyclopide ont apparu; le capuchon buccal s’est beaucoup développé; l’appendice caudal gagne en importance.

Fig 15. — Embryon d’Anchorella brevicollis au même degré de développement à peu près que l'embryon de Lerneopoda Dahmanni représenté fig. 12.

Fig. 14. — Embryon de Lerneopoda Galei débarrassé des enveloppes de l'œuf et des premières membranes embryonnaires. On reconnaît la forme cyclopide; la queue a pris beaucoup d'importance, et l’on voit qu’elle était accolée contre la face dorsale de l'embryon. La carapace est nettement dessinée et les appendices qui ont apparu en même Lemps et sous la même forme se sont déjà différenciés.

Fig. 15 — Embryon de Hessia colorata à un âge un peu plus avancé.

Les organes ont atteint une forme voisine de la forme définitive.

Fig 16. — Embryon du même vu du côté du ventre.

Fig. 17. — Antenne du même. L'antenne de la forme cyclopide est encore renfermée dans la gaine nauplienne.

Fig. 18. — Embryon d'Anchorella uncinala vu du côté du dos. On voit le faisceau de soies natatoires replié sur la face dorsale.

Découverte d’un gisement de phosphate de chaux au-dessous de la ville de Louvain; note par M. G. Lambert, professeur à l’Université de Louvain.

En juillet 1869, l'administration communale de la ville de Louvain a fait commencer sur la place du Peuple un sondage ou puits artésien qui avait atteint, vers la fin de novembre, la profondeur de 120 mètres, à laquelle il est maintenant arrêté, momentanément, paraît-il.

Les roches rencontrées sur cette hauteur appartiennent aux terrains tertiaires : système bruxellien, yprésten et landénien.

La détermination rigoureuse de l'épaisseur de chacun des deux systèmes supérieurs qui sont complétement traversés a été assez difficile, d’une part, par suite du mode de travail suivi pour ramener les détritus à la surface, opération qui avait lieu au moyen d’un courant d'eau obtenu à l’aide d’une pompe (système Fauvelle) ; d'autre part, parce que sur toute la hauteur percée, la sonde n’a mis à nu aucune espèce de fossile. |

D'ailleurs cette difficulté se présente à un degré plus ou moins élevé dans chaque sondage, surtout en terrains meubles, mais avec beaucoup de soins et d'attention on

( 265) peut toujours parvenir à la détermination des limites de séparation à un ou deux mètres près. Dans la plupart des cas et surtout dans celui dont il s’agit, cette approximation est bien suffisante.

L’étage bruxellien, qui a été rencontré à la place du Peuple, depuis la surface du sol jusqu’à la profondeur de 351 m. 80 c., est composé de sable gris-verdâtre trèsglauconifère , à grains quarlzeux assez gros, avec plaques de grès calcareux et de grès lustré (1).

L’assise yprésienne sur laquelle repose 1ci le bruxellien, est formée d'argile sableuse, verdâtre, glauconifère. Le sable contenu dans cette roche est excessivement fin, presque pulvérulent. IT existe dans cette assise des lits minces d'argile plastique d’un vert moins foncé, assez résistante pour que le courant nettoyeur en ait souvent ramené à la surface des fragments de la grosseur d’une noix et audessus.

L’yprésien descend jusqu’à 110 m. 50 environ de profondeur en conservant à peu près les mêmes caractères.

Seulement, entre 100 m. et 105 m. 50, il renferme une assez grande quantité de pyrites de formes irrégulières, généralement cylindriques, et de quelques millimètres seulement de diamètre, sur un ou deux centimètres de longueur.

De 105 m. 50 jusqu’à 110 m. 50, c’est-à-dire sur une épaisseur de cinq mètres environ, la sonde a fail reconnaître la présence de nombreux nodules de la grosseur d’un œuf environ, très-résistants, gris-blanchâtres à la

(1) C’est la dureté de ces grès qui a retardé l’avancement du travail, malgré la grande habileté de M. Van Ertborn, qui en était chargé.

surface, noirs-brunâtres dans la cassure et à texture subcompacte. |

Sur certaines parties de la surface, on remarque un enduit cristallin brillant formé de pyrites. Le même enduit tapisse parfois les parois de légères fentes de retrait dirigées de la surface vers le centre des nodules.

Amenés à la surface en fragments de la grosseur d’une noix au maximum et salis par les roches enveloppantes, ces nodules avaient été désignés par les sondeurs sous le nom de cailloux durs, pour rappeler, sans doute, les galets de silex noirs et de phtanite avec lesquels 1ls ont la plus grande ressemblance.

En passant au sondage dont il s’agit, afin d’y recueillir quelques échantillons pour les collections de l’École des mines annexée à l’université de Louvain, J'ai été mis en possession de l’un de ces petits fragments.

En l’examinant attentivement, sa teinte brune et son facies général m'ont rappelé, presque par hasard, les nodules de phosphate de chaux exploités, depuis quinze à vingt ans, en Angleterre et en France pour l’agricuiture. à

L’essai au chalumeau ayant confirmé mes prévisions, j'ai alors fait appel à la complaisance de MM. les professeurs F. Dewalque et C. Blas pour des essais quantitatifs.

Les résultats presque identiques auxquels ils sont arrivés prouvent avec quels soins ces savants procèdent dans leurs recherches.

Voici ces résultats.

M. Dewalque a trouvé dans ce minerai,

Résidu insoluble : >: . 2.7. OA Acide phosphorique” 7." "ONE

Plus du carbonate de chaux, du carbonate de magnésie, de l’alumine et des traces de fer; celui-ci provient des enduits pyriteux.

Voici les chiffres obtenus par M. Blas :

RE tohinlerà DOOPCNEUSPENE NT Le LU 28p4 Id. pe CalGAtIONns OUR CPE NGADNE, S

Matière insoluble dans l'acide chlorhydrique. . 1642 »

Acide phosphorique anhydre. RO A ee AO DITS

D’après ces essais, cette roche contient donc en moyenne 62 p. °/, de phosphate de chaux tribasique, ou très-approximativement la même dose que celle fournie par les nodules, exploités actuellement en si grande quantité en Angleterre, sous le nom de coprolithes.

C’est le célèbre Buckland qui a le premier, en 1899, appelé l'attention des savants et des agriculteurs sur l’existence de nodules de phosphate de chaux dans diverses formations géologiques de l'Angleterre et notamment dans les étages oolithiques , dans les grès verts, dans la craie et même au-dessus. Ses observations à ce sujet sont consignées dans un mémoire publié par la Société royale d’Agriculture, en 1849.

Plus tard, on signala la présence de nodules analogues

* dans le crag sur la côte de Suffolk.

Dès 1850 on se mit à l’œuvre , en Angleterre, pour l’exploitation et pour le traitement de ces nodules.

Dans ce traitement ils sont simplement lavés, broyés et mélangés avec de l’acide sulfurique pour être transformés en superphosphates. Actuellement on recommande de les traiter par le procédé de M. Boblique, qui consiste à fondre le phosphate avec du minerai de fer, dans un cubilot, puis

( 258 ) à transformer en phosphate de soude, le phosphure de fer ainsi obtenu.

Telle est actuellement l'importance de cette fabrication, dans la Grande-Bretagne, que l'on y estimait déjà, en 1864 (1), à onze millions de francs la valeur annuelle des superphosphates retirés des nodules ou coprolithes.

C’est maintenant dans les environs de Cambridge et de Suffolk que se trouvent les principales exploitations de ce précieux minéral.

Grâce aux savantes recherches de MM. Elie de Beaumont, Dufrenoy, Meugy, etc., de nombreux gisements de nodules de phosphate de chaux ont aussi été reconnus en France.

Il semble que là les nodules sont encore plus largement répandus qu’en Angleterre, mais, en revanche, ils sont moins riches en acide phosphorique.

En Belgique, nos richesses en phosphates minéraux semblaient se borner aux faibles dépôts d’apatite ou de phosphorite concrétionnée trouvés accidentellement dans les gîtes de minerais de fer de l’époque achenienne à Ramelot et à Baelen et signalés, le premier par M. Dor, et le second, par M. Dethier.

Les nodules de la place du Peuple sont sans doute à une trop grande profondeur pour être exploités en ce point d’une manière profitable, mais ils ne tarderont pas, j’espère, à être retrouvés dans les affleurements des terrains yprésiens au sud-est. de Louvain et probablement sur d’autres points de la Belgique, et notamment dans le Haimaut.

(1) Ronna, Fabrication el emploi des phosphates de chaux en Angleterre.

En outre, la découverte de ces nodules ne peut manquer de provoquer de nouvelles recherches dans notre système landénien et dans nos assises crétacées. IL est bien vrai que l'étage anglais, le plus riche en fossiles et en nodules, n’a pas, jusqu’à présent, été retrouvé chez nous; mais à part cette lacune, la formation crétacée est pour le moins aussi complète chez nous qu’en Angleterre, et nous croyons que c’est lé cas ou jamais de rappeler la devise : Cherchez, vous trouverez.

En dessous de 110 m. 50 et jusqu’à 120 m., profondeur actuelle du sondage de la place du Peuple, les sables sont moins glauconifères, à grains plus gros et semblent appartenir au système landénien, mais il est assez difficile de dire à quel étage.

CLASSE DES LETTRES

Séance du 7 mars 1870.

M. E. Deracoz, directeur. | M. An. QUETELET, secrétaire perpétuel.

Sont présents : MM. Ch. Steur, F.-C.-J. Grandgagnage, J. Roulez, P. Gachard, Paul Devaux, P. De Decker, F.-A. Snellaert, J.-J. Haus, M.-N.-J. Leclercq, M.-L. Polain, Ch. Faider, le baron Kervyn de Lettenhove, R. Chalon, J.-J. Thonissen, Th. Juste, le général Guillaume, Henri Conscience, Alph. Wauters, membres; Nolet de Brauwere Van Steeland, Auguste Scheler, associés ; G. Nypels , correspondant. |

M. L. Alvin, membre de la classe des beaux-arts, et M. Ed. Mailly, correspondant de la classe des sciences, assistent à la séance.

CORRESPONDANCE

— M. le Ministre de l’intérieur transmet le programme de la 37° session du congrès scientifique de France, qui s'ouvrira à Moulins le 1°" août prochain.

— La société royale des Antiquaires du Nord, à Copenhague, et la société princière de Jablonowski, à Leipzig, remercient pour les derniers envois et adressent différents ouvrages.

( 264) — M. G. Nypels offre la 10° livraison de son Commentaire du Code pénal belge. — Remerciments.

— Un travail manuscrit de M. J. Poullet, intitulé : Quelques mots à propos de la juridiction communale au XV: siècle en Belgique, est renvoyé à l'examen de M. Thonissen.

ÉLECTIONS

La classe recoit communication du résultat des délibérations du comité chargé, en vertu de l'article 16 du règlement d’ordre intérieur, de présenter les candidatures aux places vacantes.

Elle ratifie la liste de présentation dressée par le comité,

qui s’est réuni à cet effet avant la séance.

a pee)

COMMUNICATIONS ET LECTURES

Le dernier héros du moyen âge en Belgique : Painipre DE CLÈYES; notice par M. le général Guillaume, membre de l’Académie.

Parmi les personnages qui ont figuré dans les événements de la fin du XV° siècle, il n’en est guère qui aient Joué un rôle plus important que Philippe de Clèves.

Issu d’une famille princière qui faisait remonter ses origines jusqu’au Chevalier au Cygne (1); élevé au milieu

(1) De Reïffenberg, Collection de monuments inédits relatifs à l'hisloire de la Belgique, L. V, publiée dans les chroniques de la Commission royale d'histoire.

d’une cour brillante, par une famille influente , et ambitieuse, en vue d’une alliance royale; honoré de la faveur d’un des plus puissants princes de son temps, Philippe de Clèves, que toutes ses attaches semblaient devoir retenir dans le parti aristocratique, devint, par la fatalité des circonstances, le héros populaire de la Flandre, le champion de la liberté des communes belges dans leurs luttes suprêmes contre l'étranger.

Après avoir assisté aux derniers efforts de la nationalité flamande; après avoir été pendant quelque temps le véritable souverain de la Flandre et du Brabant, Philippe de Clèves fut investi de la vice-royauté d'une antique république italienne, puis, dépouillé de toutes ses grandeurs, il entra dans les conseils de l’empereur Charles-Quint et consacra les dernières années d’une carrière des plus agitées à composer des commentaires militaires qui placent leur auteur au premier rang des écrivains didactiques.

Tel est le résumé de l’étrange destinée du personnage auquel est consacrée cette notice.

Philippe de Clèves et de Lamarck, seigneur de Wynendaele (1) et d’Enghien (2), duc de Coïmbre (3) et, après la

(1) Wynendaele, seigneurie située dans la Flandre occidentale entre Roulers et Thourout.

(2) Il devint seigneur d’Enghien par sa femme Françoise de Luxembourg , petite fille du célèbre connétable de St-Pol que Louis XI fit décapiter. À la mort de Françoise de Luxembourg, en 1525, le domaine d'Enghien passa à François de Bourbon, prince de Vendôme, qui avait epousé la sœur de Françoise de Luxembourg.

(3) Ce titre lui vint de sa mère Béatrix de Portugal, fille de Pierre de Coimbre.

mort de son père, seigneur de Ravesteyn (1), appartenait à une branche cadette de la maison de Lamarck. Son grand-père, Adolphe de Lamarck, avait été fait duc de Clèves par l’empereur Sigismond pendant le conaile de Constance (2). D'illustres alliances contractées par sa famille le rattachaient à des maisons princières considérables : son aïeul avait épousé Marie de Bourgogne, fille de Jean sans Peur, et son père avait eu pour femme Béatrix de Portugal. D’un autre côté, sa tante, Marie de Clèves, s'était unie à Charles d'Orléans. Philippe de Clèves était donc tout à la fois l'arrière petit-fils du roi Jean de Portugal et du duc de Bourgogne, Jean sans Peur; par conséquent, il était le neveu du duc Philippe le Bon et de la duchesse d'Orléans, mère du roi de France Louis XIT (3).

Élevé à la cour de son cousin Charles le Téméraire, avec la jeune Marie de Bourgogne, qui était à peu près de son âge, Philippe de Clèves ne réussit pas à réaliser les espérances ambitieuses de son père et de son oncle, Adolphe et Jean de Clèves, qui auraient voulu unir le jeune prince à l’unique héritière du duché de Bourgogne. Leurs projets furent renversés notamment par les intrigues du roi de France, Louis XI, qui ne négligea aucune occasion de se prononcer contre une union qui eût déjoué ses combinaisons politiques (4). Il chercha donc à déconsidérer le jeune seigneur de Clèves par toutes sortes de moyens

(1) Seigneurie située entre Grave et Megen sur la rive gauche de la Meuse, et relevant du Brabant.

(2) En 1417.

(3) Le père de Philippe de Clèves ayant perdu sa première femme, Béatrix de Portugal , épousa en 1468 Anne de Bourgogne, fille naturelle de Philippe le Bon et sœur de Charles le Téméraire.

(4) Louis XI aurait voulu faire épouser Marie de Bourgogne par le Dauphin qui fut plus tard le roi Charles VIIL

et par des calomnies, en disant que ce prétendant obseur € avait un mauvais ulcère à la jambe; qu'il était ivrogne » Comme tous les Allemands; qu'après boire il casserait » le verre sur la tête de sa femme et lui donnerait des coups » (1). La vérité est qu’à la cour de Bourgogne, le jeune Philippe de Clèves était réputé chevalier loyal , noble et généreux, et jouissait de beaucoup d’estime et de considération. Quoi qu’il en soit, la princesse Marie, cédant aux conseils de sa mère et au désir des états de Flandre, qui redoutaient une alliance avec un prince français, épousa l’archidue Maximilien d'Autriche (2).

Ce prince, après son mariage avec l’héritière de Bourgogne, témoigna à Philippe de Clèves les sentiments les plus bienvetllants. Il lui donna une compagnie de cavalerie tout en lui conservant le commandement de Valenciennes, place frontière qui était menacée par les troupes de Louis XI. Le jeune seigneur de Clèves, bien qu’il n’eût encore que dix-huit à dix-neuf ans (3), se tira avec honneur (4) d’une mission qui n’était pas sans difficulté ; les

(1) Extrait d’un discours de Louis XI aux habitants du Quesnoy.—Kervyn de Lettenhove, Hist. de Flandre,t. V,p 267. — Vinchant, Annales de la province et comté du Hainaut, 1. IV, p. 407, 418.

(2) Molinet. — Amelgard. — Un historien contemporain a dit, mais sans justifier son opinion, que Philippe de Clèves était jaloux, envieux, “bautain, et que Marie, vive et légère, ne sympathisait pas avec lui; que ces deux enfants n'étaient presque jamais d'accord dans leurs jeux et leurs ébats innocents; que Marie enfin en conçut contre son parent une aversion très-prononcée qui ne fit que croître avec l’âge. — Goethals, Histoire des lettres, des sciences, ete., t. IT.

(3) La date précise de sa naissance n’est pas connue, mais, d’après un de ses biographes, il mourut en 1527, âgé de soixante-huit ans; d’après cela il serait né vers l’année 1459.

(4) Vinchant , Annales de la province et comlé du Hainaut, t. V, pp. 7 et suivantes.

( 265 ) succès militaires qu'il obtint contribuèrent, paraît-il, à procurer à Maximilien la trêve du 11 juillet 1478, à la faveur de laquelle il put préparer ses forces pour lutter avec avantage contre son redoutable voisin.

Depuis que le mariage de Marie de Bourgogne avec l’archiduc Maximilien avait déjoué toutes les intrigues de Louis X[ pour amener une alliance utile à ses intérêts, ce roi perfide et cruel s’était livré aux dernières violences contre les provinces des Pays-Bas (1).

Maximilien, mettant à profit la trêve, était parvenu à rassembler 27,000 hommes à la tête desquels il marcha contre les troupes françaises. La rencontre des armées eut lieu le 7 août 1479 dans lArtois, près du village d'Enguinegatte, non loin de Térouane (2). Philippe de Clèves assista à cette bataille, qui dura depuis midi jusqu’à 9 heures du soir. Il se trouvait derrière l'aile gauche et il

était particulièrement chargé de la défense des vivres.

La cavalerie française, après avoir culbuté l'avant-garde de Maximilien, se précipita avec une force irrésistible au milieu de l’infanterie flamande qui s’entr'ouvrit en désordre. Une mêlée effroyable s’ensuivit, et bientôt à une sanglante résistance succéda le désastre d’une déroute complète. Philippe de Clèves fut d’abord entrainé par les fuyards, qui cherchèrent un refuge à Aire (3). Il retourna néanmoins au combat, s’y conduisit fort bien (4) et assista

(1) Rien n’est plus horrible que les actes commis contre les malheureuses populations du pays, par les troupes françaises et par les ordres exprès du roi Louis XI Ce n’est plus la guerre, c’est une barbarie sauvage comme on n’en trouve pas d'autre exemple dans l'histoire.

(2) Molinet.

(3) Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, t. V, p. 507.

(4) Chronique de Maximilien , p. 229.

à la victoire que, par un retour de fortune, remporta l’armée flamande. Quelques jours après cette bataille il se distingua en s’emparant bravement d’un convoi considérable qu'il ramena à S'-Omer, nonobstant la vive résistance d’un corps nombreux de gens d’armes français (1).

Plus tard , les ennemis de Philippe de Clèves ne manquèrent pas de rappeler la journée de Guinegate comme un triste épisode de ses débuts militaires; ils attribuèrent sa retraite vers Aire à la lâcheté et à la trahison, comme si tous les faits d’une carrière de plus de trente années ne donnaient pas un démenti éclatant à ces imputations calomnieuses. |

Philippe de Clèves prit part au siége de Durbuy et à presque tous les combats qui marquèrent la lutte soutenue par Maximilien pour paralyser les entreprises sans cesse renaissantes de Louis XI contre l’héritage de Marie de Bourgogne.

La mort prématurée de cette princesse (27 mars 1482), en ravivant les espérances de conquête du roi de France, créa bientôt les plus grandes difficultés à Maximilien. La Flandre profita de ces circonstances pour tâcher de s’affranchir de l’autorité d’un prince étranger qui, d’abord, avait été accueilli avec enthousiasme parce qu’on espérait trouver en lui un défenseur dévoué aux intérêts du pays, mais qui s'était bien vite aliéné l'affection des Flamands par sa légèreté, sa prodigalité, et le mépris qu'il affectait pour les anciennes institutions si chères aux Flamands; à la même époque, l'entreprise audacieuse de Guillaume d’Arenberg contre l’évêque de Liége répandit l'épouvante dans le

LU

(1) Chronique de Maximilien , p. 256.

( 267 ) Brabant et dans le comté de Namur; de toutes parts, enfin, on Courut aux armes.

Les états de Brabant qui, par une judicieuse appréciation des intérêts du pays, penchaient plus vers l’alliance germanique que vers celle de la France, redoutèrent les conséquences de l’entente qui existait manifestement entre Louis XI et le meurtrier du prince-évêque de Liége; ils envoyèrent contre Guillaume d’Arenberg les plus vaillants capitaines de Maximilien et, entre autres, Philippe de Clèves (1) qui, après s'être emparé de S'-Trond, de Loos, de Hasselt, défit complétement les bandes redoutées du Sanglier des Ardennes et resta quelque temps investi de la charge de lieutenant général de l’avouerie de Liége (2).

Philippe de Clèves était alors sincèrement dévoué au parti de Maximilien; il poussa le dévouement jusqu’à commettre un acte qu'on lui a souvent reproché : le meurtre de Lancelot de Berlaimont, qui avait compromis la cause de Maximilien par l'arrestation arbitraire et illégale des députés des états de Flandre, et qui s’était allié à l’assassin de l’évêque de Liége, Guillaume de Lamarck, en épousant sa fille (3).

Après avoir coopéré à la prise de Ninove (4) et d’Aude-

(1) Vinchant, Annales du Hainaut, t. V, pp. 49 et 54.

(2) On trouve, sous la date du 27 avril 1486, une sauvegarde accordée aux Liégeois par Maximilien (alors à Cologne), en leur envoyant Philippe de Clèves comme lieutenant général de l’avouerie de Liége et de Loos. — Bulletins de la Commission royale d'histoire, t. IX, p. 86.

(5) Le meurtre de Lancelot de Berlaimont eut lieu le 19 janvier 1484 à Cambray. On trouve des détails relatifs à ce meurtre dans l’Aistoire de la Toison d'or de M. le baron de Reiffenberg (p. 200); voir aussi Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre , 1. V, p. 555.

(4) Vinchant, Annales du Hainaut, 1. V, p. 65.

( 268 }) narde et à la réduction de la citadelle de Bourgogne qui défendait cette ville (1), Philippe de Clèves qui, à cette époque, était, en remplacement de son père, lieutenant de l'empereur et capitaine général de Hainaut et de Valenciennes (2), établit ses troupes dans la ville d’Enghien , en attendant le résultat de l’expédition tentée en Hollande par Maximilien. Sa haute renommée de valeur et de loyauté Jui avait attiré une grande popularité à Gand; elle ne suffit pas cependant à prévenir le soulèvement qui éclata dans cette ville, en 1485, contre Maximilien (3). Toutefois son intervention modéra les projets de vengeance que ce prince, excité par son entourage, nourrissait contre les Flamands (4) ; il offrit même de rester en otage entre les mains des états pour assurer la liberté de son souverain (5), qui partit pour l'Allemagne où il devait recevoir la couronne de roi des Romains.

Pendant cette absence de Maximilien, Philippe de Clèves fut associé à Englebert de Nassau pour le gouvernement

du pays et l'administration de la guerre (6).

(1) Kervyn de Lettenhove, ouvrage cité, p. 365.

(2) Dans le préambule d’une cominission de capitaine général du pays et comté de Hainaut et de la ville de Valenciennes, donnée le 6 août 1482, au comte de Portien, il est dit que le Sr de Ravestein, qui était investi de cette charge , ne pouvait y vaquer à cause du soin qu'il avait de la garde du duc Philippe, et que Philippe de Clèves, fils du S' de Ravestein, auquel cette charge avait été conférée pour l’exercer en l’absence de son père, ne pouvait la remplir, le duc ayant besoin de lui à l’armée. — Bull. de la Commission royale d'histoire, t. XI, p. 198.

(3) Kervyn de Lettenhove, Æistoire de Flandre, t. V, p. 579.

(4) Kervyn de Lettenhove, p. 380. « Lorsque vous aurez détruit Gand, » disait Philippe de Clèves à Maximilien, vous aurez détruit la fleur et la » perle de tous vos pays.»

(6) Vinchant, Annales du Hainaut, t. V, p. 72.

En 1486, la paix d'Arras ayant été brusquement rompue, les hostilités recommencèrent avec la France. Philippe de Clèves s’empara de Térouane (9 juin 1486), de Bourbourg, de Gravelines, de Dunkerque, mais fut moins heureux au combat de Béthune (juillet 1487). Il y commandait la cavalerie, et malgré l’intrépidité qu'il déploya, il ne parvint pas à repousser les bandes françaises qui prirent Englebert de Nassau et le gardèrent prisonnier pendant plusieurs mois.

Est-il vrai, comme on l’a reproché à Philippe de Clèves, qu'il prépara le désastre de cette journée pour se débarrasser d’un rival qui lui portait ombrage ?

C’est là une question délicate à laquelle il est fort difcile de répondre. Bien que les personnages de ce temps ne fussent pas toujours très-scrupuleux dans le choix des moyens pour satisfaire leurs passions, il répugne de croire que Philippe de Clèves , à qui l'on attribue généralement . un caractère plein de loyauté et de franchise , se soit laissé aller à commettre une félonie.

Quoi qu'il en soit, la cause de Maximilien se trouva grandement compromise à la suite de cet échec, et les Flamands jugèrent le moment favorable pour tenter de secouer le joug d’un prince étranger.

La conduite de Philippe de Clèves, dans ces conjonctures, a fait naître la supposition qu'il avait conçu l’espoir de tirer parti, pour son propre intérêt, de l’impopularité de Maximilien auprès des communes flamandes, et de s'élever à la toute-puissance en se posant comme le champion des états de Flandre.

Il est très-vrai que tout en restant, en apparence, attaché au roi des Romains, il ne négligea rien pour se conciler affection et la confiance des bourgeois de Gand et

2e SÉRIE, TOME XXIX. 18

( 270 ) de Bruges. Il parvint même à faire cesser les divisions qui existaient entre ces deux grandes cités, de même qu'entre les Flamands et Maximilien. Mais en même temps il fut l'agent le plus actif de la paix qui fut signée le 16 mai 1488 et qui rendit la liberté au roi des Romains.

Sans chercher à démêler quels furent les sentiments secrets qui dominèrent Philippe de Clèves à cette époque importante de sa carrière, on doit reconnaître que les circonstances, bien plutôt qu’une volonté préméditée, amenèrent fatalement l'attitude qu’il prit à l'égard de Maximilien. En effet, à peine le roi des Romains se vit-1l libre, qu'il oublia ses serments et la promesse qu'il avait faite solennellement aux Flamands (1) : les troupes allemandes qu'avait amenées l’empereur Frédéric IE pour délivrer son fils, et qui auraient dû se retirer immédiatement après la conclusion de la paix , ravagèrent le pays, mirent à rancon villes et villages et menacèrent la ville de Gand du même traitement.

Philippe de Clèves, otage volontaire de Maximilien

(1) Voici le serment qu'avait prêté Maximilien en signant la paix avec les Flamands :

« Nous promettons de notre franche volonté et jurons en bonne foi sur » le’St-Sacrement cy présent, sur la sainte vraie croix, sur les évangiles » de nostre Seigneur, sur le précieux corps de St-Donat, patron de paix : » et sur le canon de la messe, de tenir, entretenir et accomplir par effect » la paix et l'alliance conclues en notre nom et nos bien aimés les estats » et trois membres de Flandre et leurs adherents, ensemble la concor- ” dance, union et alliance de tous les états du pays conclue par notre » consentement et promettons en paroles de prince et comme roy sur » nostre foy et honneur, que jamais ne viendrons au contraire en quelque » manière que ce soit, deschargeant lesdits de Flandre du serment qu'ils » nous ont faicts comme main bourg de nostre chier et amé fils. »

(SM) entre les mains des Flamands (1), se trouva alors dans une position des plus difficiles et que certes 1l n'avait pas créée.

Le jour où Maximilien avait été rendu à la liberté, Philippe de Clèves l’avait accompagné à quelque distance de la ville, et avant de se séparer de lui pour aller se remettre entre les mains des Flamands comme garant de l’exécution des promesses du roi des Romains, il lui avait demandé s’il était bien décidé à rester fidèle à la paix jurée : « Monseigneur, lui avait-il dit, vous estes maintenant vosire » francq homme et hors de tout emprisonnement: veuillez » me dire franchement vostre intention. Est-ce vostre » volonté de tenir la paix que nous avons jurée? »

Maximilien avait levé tous ses doutes en répondant : « Beau cousin de Clèves, le traité de paix tel que je lai > promis et juré, Je le vueil entretenir sans infraction. »

Le lendemain de son départ, Maximilien , bien décidé déjà à violer tous ses serments, avait néanmoins demandé aux états de Flandre une somme de 50,000 florins pour solder, avant qu'ils s'éloignassent du pays, les soldats allemands qu'il n'avait pas l’intention de faire partir; il avait demandé aussi qu’on délivrât deux des trois otages qu’il avait laissés entre les mains des Flamands en garantie de l'exécution fidèle de ses engagements.

Toutes ces demandes lui avaient été accordées sur-lechamp.

Mais dès qu'il eut obtenu la délivrance de ses deux otages et touché les 50,090 florins qui devaient servir à congé-

(1) I] lui avait écrit « que par le grand désir qu’il avoit de sa délivrance, » si plus povoit employer que corps et biens, il le feroit de très-bon » CŒUT, »

(272 ) dier les troupes allemandes (1), Maximilien jeta le masque et se servit de ces mêmes soldats étrangers pour ravager le pays.

La perfidie du roi des Romains devint alors évidente pour tous. Quelle conduite devait suivre Philippe de Clèves qui, de son côté, avait pris l’engagement « de aider et de » faire assistance à ceux de Flandre contre les infractions » de ladite paix, union et alliance ? » Quelle détermination allait-1} adopter en présence du manque de foi de Maximilien et du procédé honteux dont ce prince venait si audacieusement de se rendre coupable à l'égard des états de Flandre ? À

On doit reconnaître que Philippe de Clèves suivit dans ces circonstances difficiles la loi de l'honneur, et qu'il protesta, par la loyauté de sa conduite, contre la mauvaise foi qui malheureusement était devenue le vice du temps; le 9 juin il ne craignit pas d'écrire au roi des Romains : « Monseigneur, en l’acquit de mon serment, par doubde » d’offenser Dieu notre Créateur, j'ai promis aux trois » membres de Flandre de les aider et assister, ce que je » vous signifie à très-grand regret de cœur et très-dolent : » car en tant qu'il touche votre noble personne comme » vostre très-humble parent, je voudroye vous faire tout service et honneur, mais en tant qu'il touche l’observa-

(1) Maximilien ne rougissait pas d'employer les moyens les plus blmables pour se procurer de l’argent : quelques années après les événements de notre récit, lorsque Louis XIF voulut détrôner le roi de Naples, Maximilien reçut de l'argent de ce prince pour ne pas renouveler avec le roi de France la trêve qui rendait disponibles les troupes de Louis XII; puis, au mépris de ses engagements, il consentit à une nouvelle prorogation de trêve. (A. Martin, Hist, de France, 1. VH, p. 528.)

( 273 ) » tion de mon serment, je me suis obligé à Dieu, souverain » roi des roys. Dieu scait que je me trouve en danger par » vostre délivrance sans ma coulpe. »

Une des clauses du traité qui avait amené la mise en liberté de Maximilien portait que Philippe de Clèves pourrait prendre les armes pour les Flamands contre le roi des Romains, et serait dégagé du serment de fidélité qu'il lui avait prêté si le roi contrevenait à l'une ou à l’autre des conditions de la paix (1). Lorsqu'il ne fut plus possible de douter des projets hostiles de Maximilien, Philippe de Clèves se mit résolüment à la tête des Flamands et rompit tous les liens qui précédemment l'avaient attaché au parti de la cour. Alors commence pour lui ce grand rôle qu’il joua un instant dans les destinées du pays. Digne de servir la cause du peuple, parce qu'il ne le flattait pas plus que les princes , dit le savant historien de la Flandre (2), Philippe de Clèves empêcha Îles Gantois de mettre à mort le chancelier et les nobles Flamands qui avaient été arrêtés au Craenenburg. Il resta constamment à Gand au milieu des parts irrités, dont 1! sut dominer la fureur par la sagesse el la modération de sa conduite; peu de temps après il fut créé capitaine général de Parmée flamande, dans

(1) Vinchant, Annales du Hainaut, t. V, pp. 92 et 96. Voir le texte de cette clause dans l’Æist. de Flandre de M. Kervyn de Lettenhove, t. V, p. 449. Voir aussi les lettres du 22 juin et du 18 août, adressées aux échevins d’Ypres (Bull. de la Comm. royale d'hist., 2me série, t. II, pp. 361 et 410).

(2) M. le baron Kervyn de Lettenhove.

laquelle on vit bientôt figurer toute la noblesse confondue avec les communes (L); grâce à son énergie et à son aclivité, les projets insensés de Maximilien et de tous les princes allemands accourus à son aide furent déjoués; le roi des Romains sollicita vainement une trêve; toutes ses offres d’arrangement furent repoussées avec mépris « Quel est le Dieu que le roi des Romains peut désormais » prendre à témoin de ses promesses, répondirent les Fla- » mands; vous nous menacez d’excommunication : elle » doit moins nous atteindre que ceux qui ont violé leurs » serments. » Après une série d'échecs et d’affronts, Maximilien dut se retirer honteusement en Zélande, où il chercha de nouveau à rassembler des forces pour recommencer la lutte contre les communes flamandes (2). |

En se retirant, ce prince, qui avait violé audacieusement la foi jurée et venait tout récemment d'employer des movens honteux pour s'approprier une somme de 50,000 florins, ne craignit pas de lancer une déclaration « pour » dégrader Monseigneur Philippe de Clèves de son hon- » neur, par ban impérial (3). » Voici la noble réponse que fit Philippe de Clèves :

« Mon très-redoubté seigneur, vous me reprochez à dif-

(1) Kervyn de Lettenhove, Æist. de Flandre, 1. V. p. 458.

(2) Kervyn de Lettenhove, ouvrage cité.

(5) En 1495, le roi des Romains fit publier en trois langues, par les carrefours de la ville d'Anvers, comment il abolissait la dégradation de l'honneur que l’empereur avait faite en l’an 1488, en ladite ville, contre la personne de monseigneur Philippe de Clèves, en disant que la guerre que ledit de Ravestein avait menée auparavant contre les Flamands et autres avait été faite de son bon vouloir, à bon titre et juste querelle, et le restituait en son honneur comme dessus. Hist. de la Toison d'or, par M. de Reiffenberg, p. 201. l

» fame ce que toutes gens de sain entendement me doib- » vent attribuer à grant honneur; car quel honneur peut » estre plus à noble homme que de acquitter le serment » qu'il a faict pour le bien de paix et de préserver les pays » de son seigneur, moindre d’ans, contre ceux qui hosti- » lement el sans cause envahissent, brülent et destrui- » sent... » | |

Cependant une grande partie du Brabant adhérait au mouvement de la Flandre; Bruxelles, Louvain, Tirlemont, Nivelles, Léau, Jodoigne, Arschot, n’attendaient que l’occasion de se prononcer; Philippe de Clèves marchait de succès en succès; le 18 septembre 1488, il fit dans Bruxelles une entrée triomphale (1); le 25, Louvain reconnut son autorité, puis successivement un grand nombre de villes du Brabant suivirent l’exemple de Louvain et de Bruxelles.

Maximilien chercha, de son côté, à envahir le Brabant pendant que la flotte allemande s’emparait de Dunkerque et de Saint-Omer, et que les soldats étrangers incendiaient bourgs et villages jusqu'aux portes d’Ypres et de Thourout. Mais Philippe de Clèves défit complétement les bandes de l’empereur Frédéric IT, et Maximilien ne parvint qu’à grand’peine à se réfugier dans Anvers.

Bientôt après, se voyant dans l’impuissance de dompter ses ennemis, 1l suivit l’empereur en Allemagne, laissant en

(1) Dès son entrée à Bruxelles, Philippe de Clèves fit publier la paix de Bruges. Quelques jours après, il adressa au doyen et chapitre de Sainte- Gudule une lettre pour combattre les scrupules que quelques-uns avaient manifestés au sujet de l’excommunication et Ge l’interdit du pape et pour leur faire entendre que s'ils y cédaient, il prendrait des mesures contre eux. (Bull. de la Comm. royale d'histoire, 2° série , t. IF, p. 416.) ;

(276 ) Flandre pour ses lieutenants, le duc de Saxe et le comte Englebert de Nassau, lequel, moyennant rançon, avait récemment été rendu à la liberté par les Français.

Les états de Flandre, prévoyant que de nouveaux périls les menaceraient bientôt, envoyèrent Philippe de Clèves en France réclamer l’appui de Charles VIIT. Mais ce souverain, sauf quelques stériles témoignages de sympathie pour la cause des Flamands, n’intervint en définitive que pour faire conclure le traité du 30 octobre 1489, par lequel la Flandre, ruimée par les désastres d’une longue guerre et hors d’état de continuer la lutte, se trouva sacrifiée et contrainte non-seulement à reconnaître Maximilien pour mainbourg, mais encore à Iui payer 500,000 livres tournois, moyennant quoi le roi des Romains accordait une amnistie sans réserve et confirmait tous les actes de l'administration de Philippe de Clèves.

Un accord conclu dans de pareilles conditions ne pouvait subsister longtemps; aussi les villes conservèrent-elles leurs hommes d'armes prêts à entrer de nouveau en lutte avec les soldats du duc de Saxe, qui avaient continué d'occuper une partie des garnisons du pays (1).

Philippe de Clèves avait parfaitement prévu que la Flandre ne se résignerait pas longtemps à subir l’autorité de Maximilien, restaurée à des conditions humiliantes et ruineuses pour le pays. Il s'était retiré dans le château de l'Écluse en attendant les événements. Il cachait peu l’hostilité de ses sentiments, mais il avait fait le siége de Dordrecht, où il avait perdu beaucoup de monde, et ne se trouvait guère en mesure de seconder efficacement le

(1) Kervyn de Lettenhove, Æist, de Flandre, t. ler, p. 471.

mouvement des communes. Gand ayant été livrée aux Allemands par la trahison du sire de Rasseghem, la ville de Bruges était devenue le centre de la résistance. Assiégée par le comte de Nassau, qui mettait à tout arrangement avec les Flamands la condition de renoncer à l'alliance de Philippe de Clèves que les Allemands haïssaient d'autant plus qu’il avait constamment refusé d'abandonner le part de la Flandre, en proie aux horreurs de la famine, cette ville infortunée fut encore secourue par Philippe de Clèves : il fit percer les digues d'Houcke afin de rétablir les communications de l’Écluse et de Bruges par l’ancien canal, et parvint ainsi à faire passer quelques vivres à une population désolée.

Mais dès qu’il apprit qu’il était le seul obstacle au rétablissement de la paix, il s'empressa d'écrire aux Brugeois qu'il les dégageait de leur alliance avec lui et les autorisait à traiter sans lui. Les Brugeois se décidèrent alors à signer à Damme (1), le 29 novembre 1490, une convention par laquelle ils consentaient à payer leur part de la contribution stipulée par le traité de Tours (2). Hs avaient cru par là obtenir la paix et la sécurité; 1l n’en fut rien. Le comte de Nassau se montra d’une sévérité cruelle, fit décapiter tous ceux qui avaient été opposés à l'autorité de Maximilien ; il établit d'énormes impôts sur les objets de première nécessité, et comme Philippe de Clèves, de son côté, arrêtait tous les navires étrangers qui abordaient dans le Swyn, la disette fut bientôt horrible (3). Philippe de Clèves qui, dans une entrevue avec Englebert de Nassau, avait rejeté toute

(1) Despars, 1. IV.

(2) Kervyn de Lettenhove, ouvrage cité, p. 478. (5) Molinet.

proposition de rentrer sous l'autorité du roi des Romains, se prépara activement à recommencer la guerre contre les troupes allemandes, qui faisaient la désolation du pays; il essaya d’abord de les chasser de Bruges, puis il se rendit à Gand au mois d'août 1491 pour présider au renouvellement de l’échevinage. Ses troupes s'étaient rendues maïîtresses de plusieurs villes et avaient remporté des avantages sur les Allemands, quand une surprise livra inopinément aux soldats de Frédéric [TI la forteresse si importante de Hulst (9 octobre 1491).

Des défaillances, des trahisons comme il s’en produit si fréquemment dans les guerres civiles, amenèrent suecessiment la soumission de Gand, de Bruges, d'Ypres et d’autres localités; Philippe de Clèves seul ne voulut pas se soumettre et abandonner la cause des communes flamandes.

« Je n’ai rien à me reprocher, répondit-il aux envoyés: » du duc de Saxe, lieutenant de Maximilien aux Pays-Bas, » J'ai loyalement observé le serment que j'avais fait au roi » des Romains jusqu'à ce qu'il m'appelât à Bruges pour » lui servir d’otage, et pour larracher aux périls, Je me » livrai moi-même. Il me dégagea de mon serment et » m'obligea à jurer que s’il violait la paix, je soutiendrais » contre lui les communes de Flandre : serment que je » crois avoir rempli à mon honneur vis-à-vis de Dieu et » vis-à-vis des hommes. »

Après d'infructueuses tentatives de conciliation, le duc de Saxe réunit contre Philippe de Clèves toutes ses forces, tandis que les Anglais bloquaient le port de l’Écluse où Philippe s'était retiré ; « comme jadis, dit Molinet, les Gre- » geois se mirent sus à grande puissance pour environner » la noble cité de Troye, gendarmerie se adoubba de tous » costés pour subjuguer l'Écluse, »

Philippe de Clèves fit une défense héroïque et ne consentil à négocier que lorsque ses murailles se trouvèrent complétement ruinées, et qu'une plus longue résistance fut absolument impossible. Le 12 octobre 1492, une paix honorable lui fut offerte en considération de sa haute renommée :il conserva la propriété du château de l'Écluse (1); tous ses biens, précédemment confisqués, lui furent restitués; enfin le roi des Romains s’engagea à lui payer des sommes considérables qu’il lui devait (2).

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