‹ Recherches sur l'embryogénie des crustacésChapitre 53 sur 89 · > Z = SL Z Z · texte numérisé non relu

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à l'Empereur.

n'observait ses ordonnances, et pour rien au monde elle ne se serait laissé visiter par lui; elle répugnait même, tant était profond en elle le sentiment de la pudeur, à montrer ses plaies à la marquise de Denia, femme du gouverneur de sa maison, qui lui prodiguait des soins assidus. Son humeur devenait de plus en plus difficile, et le marquis eut beaucoup de peine à la faire coucher sur des matelas, où elle reposait avec moins d'incommodité que sur les coussins qui lui servaient habituellement de lit : elle s'y refusa d’abord, et ne céda qu'après qu’il lui eut donné à entendre que, si elle s’obstinait dans son refus, ses femmes useraient de la force pour l’y obliger.

Ïl arriva pourtant que le besoin de faire laver ses plaies l'emporta sur ses scrupules: la marquise et le docteur prolitèrent de ce moment-là pour les observer, sans qu'elle pût s'en apercevoir. Santa Cara preserivit une substance qu'on mêla à l’eau dont elle se servait, en prenant la précaution de le lui laisser ignorer. Elle s’en trouva bien; au bout de sept ou huit jours les plaies se fermèrent: mais l’appétit et le sommeil commencèrent à lui faire défaut; ses forces déclinaient à vue d'œil.

Son état s’aggrava dans la seconde quinzaine de mars. Comme elle couchait continuellement sur le même côté, sans se mouvoir de façon quelconque pendant plusieurs Jours de suite; qu’elle ne permettait pas qu’on lui lavât le corps, qu'on la changeît de linge, qu’on renouvelât son lt, aussi souvent que cela eût été nécessaire, les plaies qui s'étaient cicatrisées se rouvrirent, et, à côté de celles-là, il en apparut d'autres, entre lesquelles il y en avait une d’un caractère gangréneux. Le docteur Santa Cara fit usage, pour guérir cet ulcère, d’abord d’une application d’onguent égyptac, ensuite de quatre cautères de feu; il parvint

ainsi à se rendre maître de l’'inflammation: mais la pauvre reine endurait des douleurs cruelles ; elle poussait des gémissements qui faisaient retentir les voûtes du palais (1). Des saignées, des remèdes internes, auraient pu la soulager beaucoup ,-en la faisant moins souffrir : son médecin se voyait, avec tristesse, dans l'impossibilité d’y avoir recours; elle ne voulait pas en entendre parler (2).

Dès l'invasion de la maladie, le marquis de Denia s'était transporté à Valladolid, pour en donner connaissance à la princesse doña Juana et l’instruire de bien des choses qu'il ne pouvait guère confier au papier. Il avait soin de lui rendre compté journellement de la situation de la reine, La princesse, apprenant que la vie de son aïeule était en péril, lui fit demander la permission d'aller la voir, La réponse qu’elle en reçut ne fut pas conforme à son attente; elle partit néanmoins pour Tordesillas, s’y faisant accompagner des médecins et des chirurgiens les plus en renom qu’il y eût à Valladolid. Introduite dans la chambre de la reine, elle la vit un instant à peine, la malade, loin de se montrer sensible à cette marque d'attachement et de respect, ayant exprimé la volonté que sa petite-fille s’en retournât incontinent.

Bien que sa visite eût été de peu de durée, dona Juana avait pu s'assurer que l’heure fatale approchait. Elle écrivit au père Borja, qui revenait d’un nouveau voyage en Andalousie, pour le prier d’assister la reine à ses derniers

(1) Sanvova, Historia de Carlos V, t. IF, p. 567.

(2) Lettres du marquis de Denia au prince Philippe, roi d'Angleterre, des 2 et 16 mars, et à l'Empereur, des 2 et 17 mars 1555; lettre du docteur Santa Cara à l'Empereur, du 10 mai 1555 : Appendices, n° 1, IE, HE, IV el V.

( 393 ) moments; plusieurs autres religieux furent envoyés par elle à Tordesillas dans le même but (1).

Borja s'empressa de répondre à l'appel de la princesse ; et cette fois encore, sa douceur, son éloquence, le don de persuader qu'il avait reçu du ciel, triomphèrent de la répugnance de la reine pour tout ce qui pouvait fui rappeler ses devoirs envers son Créateur. Sourde d'abord à ‘ses exhortalions, Jeanne leur prêta peu à peu l'oreille, et finit par prendre plaisir à les écouter; un changement extraordinaire se manifesta en elle; sa folie se calma; on l'entendit exprimer ses regrets des torts qu'elle avait eus, déplorer ses égarements d'esprit. Borja l'engagea à dire le symbole des apôtres; elle le redit après lui. Elle fui fit sa confession, s'expliquant sur ses fautes avec autant de sens que de repentir. Il semblait que la raison, dont elle avait été

ML La señora princesa la fué à visitar, y la mandé luego bolver; y assi se vino, dexando proveydo de médicos y cirujanos y las otras cosas necesarias para su salud; y mand6 yr 4 estar alli al duque de Gaudia y otros religiosos para que.se hallen à su muerte.... » (Lettre du secrétaire Juan Vazquez au prince Philippe, du 9 avril 1555 : Arch. de Simancas, Estado, leg. 108.)

« .…. Con.los correos passados scrivié à V. Md. él marqués de Denia Ja yndispusicion en que quedava la reyna mi señora. Y como yo vi que estava assi, embié à pedir licencia à Su Alteza para yrla à visitar. Y aunque se escusé dello, todavia viendo que el mal yva tan adelante, fui all y la vi; y porque paresci6 que recebia pesadumbre con mi estada allà, me bolvi con su licencia, dexando proveydo de los cirugianos y médicos necessarios para su indispusicion ; ÿ tambien embié luego à buscar al duque Francisco para que estuviese con Su Alteza y se hallase con ella para lo que podia suceder; el qual vino, y se truxeron alli tambien otros buenos religiosos, porque no se, dexase de hazer la diligencia que convenia 4 lo que tocava à su ânima….. » (Lettre de la princesse doûa Juana à l'Empereur, du 15 avril 1555: Zbid.,leg. 109.)

( 394 ) pendant si longtemps privée, lui fût tout à coup revenue (1).

Borja, la voyant dans ces salutaires dispositions, s’apprétait à lui administrer les derniers sacrements; un serupule l’arrêta. Après tout ce qui s'était divulgué de la démence de la reine, n’était-il pas à craindre, si on lui donnait le saint viatique, que le public n’en fût scandalisé? Ce doute lui suggéra l’idée, qu’il proposa au marquis de Denia et qu’adopta le marquis, de consulter, sur le point de savoir si l’on pouvait et devait administrer à la reine tous les sacrements de l’Église, la faculté de théologie de Salamanque et, en particulier, l’'éminent docteur de cette faculté fray Domingo de Soto, de l’ordre de Saint-Dominique (2) : Soto était regardé dans toute l'Espagne comme une des lumières de l'Église; il avait émerveiilé, par sa science, les pères du coneile de Trente; il avait été confesseur de l'Empereur. Un courrier fut expédié à Salamanque. Cédant aux pressantes instances du marquis, le savant dominicain vint en toute hâte à Tordesillas. Arrivé dans cette ville le 41 avril au matin, il fut immédiatement conduit chez la reine, qu'il entretint d’abord en présence

des personnes dont elle était entourée, et ensuite sans té-.

moins; il fut édifié des paroles qu’il entendit sortir de sa bouche. Ces entretiens le convainquirent que Jeanne était dans une situation d'esprit convenable pour que les sacrementslui fussent administrés; seulement il appréhenda que la malade ne recçût difficilement celui de l’eucharistie,

(1) Crenruecos, La heroyca vida, virtudes y milagros del grande S. Francisco de Borja, ete., 1717, in-fol., p. 256. , (2) Ibid.

et il conseilla de recourir plutôt à l’extrême-onction (1).

Heureux de voir son sentiment partagé par un aussi grand docteur, le P. Borja se remit à l’œuvre avec un redoublement de zèle. 11 confessa de nouveau la reine; il essaya de lui donner le viatique : des vomissements répétés de la malade y ayant mis obstacle, ainsi que le P. Soto l'avait prévu, il lui administra l’extrême-onetion, qu'elle reçut avec des marques signalées de piété (2). Cela se passait dans la soirée du 11. Le moment était solennel; il était évident que la reine n'avait plus que quelques instants à vivre : depuis plusieurs jours, la fièvre ne la quittait pas; le dégoût s'était emparé d'elle; de nouveiles plaies lui étaient survenues en des endroits qui en avaient été exempts jusqu’alors; elle souffrait cruellement (3). Penché vers elle à son chevet, un crucifix à la main, Borja lui dit que sa fin était proche, qu’il lui fallait demander à Dieu le pardon de

(1) « Illustre señor, antes me havian preguntado desta disposicion de Su Alleza, y ayer me embyaron otro correo, y paresciéme que no hazia mi débito si no viniesse aqui, donde Ilegué esta mañana, y he hablado 4 Su Alleza dos 6 tres vezes, y despues me quedé solo con Su Alteza muy gran ralo; y por cierto, bendito Nuestro Señor, me ha dicho 4 sclas palabras que me han consolado. Pero Su Alteza no estä para el sacramento de }a eucharistia, perome paresce sele déel sacramento de la extrema uncion..…. » (Lettre du P. Soto au secrétaire Juan Vazquez, du 11 avril 1355 : Arch. de Simancas, Estado, leg. 108 )

(2) CIENFUEGOS , p. 236.

(5) Voir la lettre du docteur Santa Clara. — La princesse doña Juana écrivait à l'Empereur le 6 juillet :

« …. El mal fué tan peligroso y determinado que, 4 relacion de todosles médicos y cirujanos que se hallaron presentes, y de los demas que se pidié parescer, fueron de opinion que era incurable, porque cada dia sele iban augmentando las Ilagas y creciendo el mal; y si una le curaban y procuraban de atajar , salian otras mayores y mas peligrosas : de manera que totalmente le quité la gana del comer y se le fué acabando Ja virtud.……. »

ses fautes: à ces paroles elle fit une réponse pleine d’humilité et de ferveur ; elle suppléait, par ses larmes et par ses gesles, à ce que sa langue embarrassée ne pouvait exprimer; elle se frappait la poitrine d’une main défaillante, mais avec un mouvement de douleur qui se peignait sur son visage. Borja lui demanda si elle voulait qu’il dit la protestation de la foi à sa place, craignant qu’elle n’eût point la force de la prononcer; elle répondit, en tournant vers lui un regard affectueux: « Commencez, vous, à dire > le symbole de la foi; je le répéterai. > Il fit comme elle l’ordonnait, et non-seulement elle répétait les termes du Credo à mesure qu’ils étaient articulés par lui, mais elle le devançait parfois : quand elle fut à la fin, elle proféra, d'une voix plus accentuée, le mot Amen. Borja lui donna à baiser le erucifix; elle le porta à sa bouche, et, ayant recueilli tout ce qui lui restait de forces, elle s’écria: Jésus- Christ crucifié, soyez-moi en aide. Ce furent ses dernières paroles. À six heures du matin, le vendredi saint, 12 avril, elle expira, laissant dans l’admiration du changement qui s’élait opéré en elle à l'heure suprême, tous ceux qui en avaient été témoins (1).

(1) C1ENFUEGOS, pp. 256 et 237.

Entre les témoignages sur lesquels il s'appuie en rapportant ces détails, l'historien de S. François de Borja cite celui du docteur Herrera, qui était présent. Son récit n'est d’ailleurs en contradiction avec aucun des documents que j'ai reçus des Archives de Simancas. Le marquis de Denia écrit, le 12 avril, au secrétaire Vazquez: « Illustre » señor, lo que ay que dezir es que, à Nuestro Señor gracias, es acabado, y » Nuestro Señor sea loado portodo Anoche se le dié la extrema uncion. La

» postrera palabra que dixo : Jesu Christo cruzificado, ayudame...….... ù (Estado, leg. 108.) | La princesse doña Juaua à l'Empereur, le 13 avril: « Como

» V. Mi. verä por lo que el marqués y fray Domingo de Soto, que se

+ off Cons té ae mme mire ns

(29040) Ainsi finit Jeanne d'Aragon, à l’âge de soixante-quirze ans cinq mois et six jours. Des six enfants issus de son mariage avec Philippe le Beau, cinq lui survivaient: Charles, Ferdinand, Éléonore, Marie et Catherine; Isabelle avait depuis longtemps précédé sa mère dans la tombe. Jamais reine, jamais impératrice, n’eut une descendance dont elle pût, autant que Jeanne, se glorifier: les couronnes de tous les royaumes de la chrétienté étaient ou avaient été portées par des princes et des princesses de son sang (1). | Le 15 avril, le corps de la reine, après avoir été embaumé et mis dans un cercueil de bois, fut, suivant les ordres de la princesse gouvernante, porté au monastère de Santa Clara; fray Francisco de Sotomayor, provincial

» ballé ally, seriviéron à Juan Vazquez, paresce que acab6 con muestras

» de christiana...… , en lo qual Su Alteza hizo mas de lo que se pensava: » por que he dado muchas gracias à Nuestro Señor de ver que aya aca- » bado con encomendarse à el... » (/bid.)

‘Dans une lettre du même jour au prince Philippe, la princesse dit que la reine « acab6 christiananente, encomendändose à Nuestro Señor. » (Zbid.)

La marquise de Denia écrit à l'Empereur le 44 mai: « Es gran consolacion las maravillas que Nuestro Señor manifest6 en Su Alteza al tiempo de su fin, para tener por muy cierto que la sacé de los reynos de la tierra, donde padecié martirio tan trabajoso, para Ilevarla 4 gozar de los del Cielc; y desto no tengo yo ninguna duda, como téstigo que desde el punto que Su Alteza adoleci6, no falté de su real presencia hasta que espiré, que fué de manera que se le puede tener mas envidia que al descanso que tuvo en la vida; y se deven por ello muchos loores à Dios…. » (Estado, leg. 113.) |

Je n’insère pas ici la lettre que le P. Borja adressa à Chartes-Quint, de Valladolid, le 19 mai : Sandoval en fait connaître la substance (1. IT, p. 567), et Cienfuegos en donne le texte (p. 237).

(1) Papiers d'État du cardinal de Granvelle, 1. IV, p. 427.

2m SÉRIE, TOME XXIX. 26

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de l’ordre de Saint-François, et fray Francisco de Valdes, vicaire du monastère, en vertu des pouvoirs qu'ils avaient de la communauté, l’y reçurent et le firent placer en la grande chapelle, au même endroit où celui de Philippe le Beau avait été déposé si longtemps. Le connétable de Castille, don Pedro Fernandez de Velasco, et don Antonio de Fonseca, évêque de Pampelune, président du conseil royal, représentèrent la princesse doña Juana à cette cérémonie, à laquelle assistaient le marquis de Demia, l'évêque de Zamora, le corrégidor de Tordesillas et beaucoup d’autres personnes, tant de la ville que de la maison de la reine (1).

La dépouille mortelle de Jeanne resta à Santa Clara jusqu’en 1574; alors Philippe IT la fit transporter à la chapelle royale de Grenade. Conduit de Tordesillas à l’Escural par l'évêque de Salamanque et le marquis d’Aguilar, le corps de l’ancienne reine de Castille et d'Aragon fut remis là au duc d’Alcala et à l’évêque de Jaen, qui étaient chargés de l’accompagner jusqu’à sa destination (2). A Grenade, on le descendit dans le caveau où les restes de Philippe le Beau reposaient déjà à côté de ceux des rois catholiques. Les quatre cercueils s’y voient encore aujourd'hui. Au-dessus du caveau sont deux somptueux mausolées élevés, l’un à Ferdinand et Isabelle, l’autre à Philippe et Jeanne; ces princes y sont représentés en grandeur naturelle (3).

(1) Les actes relatifs au dépôt du corps de la reine Jeanne au monastère de Santa Clara sont aux Archives de Simancas, Estado, leg. 109.

(2) Coleccion de documentos inédilos para la historia de España, VIT, p. 111. — CagrerA, Historia de Felipe IL, pp. 775 et 776.

(5) Manoz, Diccionario geogräfico-estadistico-historico de España, t. VIII, p. 520.

La princesse doña Juana fit faire les obsèques de la reine son aïeule au monastère de San Benito el Real, à Valladolid, le 26 et le 27 juin. Le prince don Carlos, qui allait accomplir sa dixième année, s’y rendit avec les prélats, les grands, la noblesse et les conseils de gouvernement. La princesse y assista aussi, mais dans le chœur d'en haut, ne voulant pas, dit un historien, être vue du publie en une telle circonstance. Tout le clergé, tous les ordres religieux prirent part aux offices de ces deux jours. Le lendemain, un autre service pour l’âme de la reine défunte fut célébré en la même église, au nom de la corporation municipale (1). |

Charles-Quint était à Bruxelles lorsque, le 9 mai, il reçut les dépêches qui lui annonçaient la mort de sa mère (2). Cet événement, quoiqu'il s’y attendit d’après les dernières informations qui lui étaient parvenues de Valladolid , lui causa une vive douleur : il avait toujours eu pour sa mère beaucoup d'affection et de respect. Il fit prendre le deuil à sa maison ainsi qu'à ses ministres et à ses am-

(1) Lettre de la princesse doûa Juana à Charles-Quint, du 6 juillet 1555, déjà citée. — Sanpova, t. Il, p. 568.

(2) Il écrivit, le 10 maï, au roi Ferdinand : « Monsieur mon bon frère, » hier soir me vindrent bien douloureuses nouvelles d’'Espaigne, par le » chemin de terre , de ce qu’il a pleu à Dieu prendre à sa part la royne, » feue madame nostre bonne mère, laquelle décéda le jour du grand ven- » dredi dernier... Et fais faire les debvoirs requis pour assister à son » àme avec pieuses prières et oraisons, et commence pourvoir pour la » célébration de ses obsèques, pour le deuil et toutes aultres choses con- » venables. Et m'a semblé estre requis vous debvoir avertir de ces » piteuses nouvelles, qui vous seront, comme je ne doubte, amères, » comme je les ai treuvées, pour le debvoir du sang et tant d’autres rapports... » (Archives impériales, à Vienne.)

bassadeurs (1). Ilinterdit, pendant plusieurs mois, dans les villes des Pays-Bas, les fêtes et les divertissements publics (2). |

Il aurait voulu que la célébration des obsèques de la reine dans la capitale et dans les provinces suivit de près la nouvelle, qui s’y était répandue, de son décès : une communication que lui fit faire le roi, son fils, l’obligea à la différer à Bruxelles. Philippe ne pouvait se dispenser d'honorer, par une démonstration semblable, la mémoire de son aïeule : or il se trouvait à Londres dans une pénurie telle qu'il ne savait comment il en aurait payé la dépense; il suppliait donc l'Empereur de remettre les obsèques jusqu’à ce qu'il pût y assister (3). Charles-Quint eut égard au vœu de son fils. Le délai apporté à cette cérémonie fut coloré par la crainte de l'Empereur de ne pouvoir s’y trouver en personne à cause de l’état de sa santé et par son désir de voir, en ce cas, le roi d'Angleterre l'y suppléer, et en rehausser la solennité par sa présence (4).

(1) Lettre de Granvelle à la reine Marie, qui se trouvait alors à Anvers, du 10 mai 1555. (Arch. du Royaume, Collect. de documents historiques, t. X, fol. 6.)

(2) Nous avons sous les yeux unelettre de la reine Marie aux communemaîtres, échevins et conseil de Malines, en date du 6 juillet 1555, au sujet de la dédicace ou kermesse de cette ville qui devait avoir lieu le lendemain. La reine leur dit qu’il « ne convient user de démonstration de joye . » et lyesse, » tandis que l'Empereur et elle sont en deuil pour le trépas de la reine de Castille , leur mère.

(3) Retraite el mort de Charles-Quint au monastère de Yuste. Lettres inédites, etc. Introduction, p. 63.

(4) « …. Considérant que mon filz le roi d'Angleterre estoit tant près d’icy comme il est, assçavoir à Londres ou à l’environ, et que ma disposition poeult-estre ne comporteroit que je me trouvisse en personne aux obsèques, pour les faire tant plus honnorablement , j'ay pensé de remettre

Ce fut seulement dans les premiers Jours de septembre que Philippe put passer aux Pays-Bas; il arriva à Bruxelles le 8. Les obsèques furent célébrées, le 15 et le 16, dans l’église collégiale de Sainte-Gudule, avec une grande pompe. L’évêque de Cambrai, Robert de Croy, dit les vigiles et la messe de Requiem ; deux autres messes furent chantées par Martin de Cuyper, abbé de Crespin, évêque de Chalcédoine, suffragant de Cambrai, et par Guillaume de Houwere, évêque de Sarepta, suffragant de Tournai. Un religieux dominicain, docteur en théologie, frère Antoine Havet, qui était confesseur et prédicateur de la reine Marie, prononça l'éloge de la reine défunte. Charles-Quint n’assista point à la cérémonie; la faiblesse physique à laquelle il était réduit ne lui aurait pas permis d’en supporter les fatigues. Philippe y parut entouré des chevaliers de la Toison d’or et de la Jarretière qui se trouvaient à Bruxelles, et suivi du nonce du saint-siége et des ambassadeurs de Venise et de Florence. Beaucoup de seigneurs belges, espagnols et anglais, les conseils collatéraux, la chambre des comptes, le conseil de Brabant, les abbés de cette province, les chanceliers de la Toison d’or et de l'Empire, les régents de Sicile et de Naples, les magistrats de la ville, la maison de l'Empereur et deux cents pauvres en habits de deuil, une torche à la main, faisaient partie du cortége qui, les deux jours des obsèques, se rendit du palais à Sainte-Gudule (1).

lesdictes obsèques jusques à la venue de mondit filz par deçà... » (Lettre de Charles-Quint au roi Ferdinand, du 8 juin 1555, dans Lanz, t. II, p. 661.) :

(1) Relation des obsèques célébrées à Bruxelles pour la reine Jeanne de Castille, veuve de Philippe le Beau, dans les Bulletins de la Commission royale d'histoire, 5° série , t. I, p. 424.

Dans toutes les villes des Pays-Bas des prières furent dites et des messes célébrées pour le repos de l’âme de la reine d'Aragon etde Castille. Partout les magistrats s’associèrent à ces démonstrations ordonnées par l'Empereur; le peuple y prit peu de part : l'épouse de Philippe le Beau n'avait guère laissé de souvenirs en Belgique, et deux générations s'étaient succédé depuis qu’elle avait quitté ce pays; les populations ignoraient même généralement son existence quand elles apprirent sa mort. Des préoccupations graves assiégeaient d’ailleurs en ce moment tous les esprits : la résolution de l'Empereur d’abdiquer ses couronnes, quoiqu'il ne l’eût pas encore notifiée aux états des provinces, avait transpiré dans le publie; la nation enétait émue et inquiète ; elle n’éprouvait point de sympathie pour le prince qui allait monter sur le trône. Sept années auparavant, Philippe était venu se faire connaître des Belges: il avait tout intérêt à captiver leur affection; 1l n’avait rien fait pour y parvenir; au contraire, il s'était montré dédaigneux de leurs coutumes, de leurs usages; tout en Jurant d’observer leurs priviléges, il avait témoigné, en plus d’une occasion, qu'il les trouvait excessifs. Les Belges ne devaient-ils pas craindre que, devenu leur souverain, 1l ne tint peu de compte de ces priviléges, de ces coutumes qui leur étaient si chers? L'histoire nous dit si c'était là des

conjectures vaines, el si ces appréhensions manquaient de fondement.

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