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Le Nieuwenbossche ou Nouveau-Bois à Heusden.
Avec leurs possessions de l’Oudenbosch, nos Cisterciennes conservaient plusieurs dimes et des fiefs assez considérables, ne s'étant pas décidées à transférer leur monastère sur les bords de lEscaut sans avoir calculé
d'avance les dépenses à faire et les précautions à prendre. Elles avaient su capter la bienveillance de Simon de Melun, sire de Heusden, qui accepta l’avouerie de la nouvelle abbaye et la déclara libre de toute redevance seigneuriale ou féodale. Bientôt les pieuses filles de Saint-Bernard virent élever avec joie les édifices claustraux, construits avec autant d'eurythmie que de solidité, et, l’abbesse Aleydis en tête, elles y firent leur entrée solennelle.
Sauf l'occupation passagère des Français sous Gui de Dampierre , les habitants de Heusden purent cultiver les champs qu’ils avaient hérités de leurs pères, et la charité des sœurs, leur dévouement au bien-être de leurs voisins et surtout à l’éducation des enfants, leur assuraient tous les jours davantage la confiance de toute la population, quand la conduite licencieuse et extravagante du comte Louis de Male vint rallumer les torches de la guerre civile. Il s'était mis à la tête de ses troupes mercenaires du Hainaut et de l’Artois, et avait établi depuis quelque temps son quartier général au couvent du Nouveau-Bois, se flattant toujours en vain de soumettre la puissante commune de Gand, quand il apprit que son favori, le jeune Gauthier d'Enghien, et plusieurs de ses plus braves chevaliers, avaient perdu la vie dans un combat livré sous les murs de la ville. Furieux à cette nouvelle, le prince jura, en présence de Guillaume et de Robert de Namur, qui venaient de le rejoindre (1), qu'il punirait sans pitié la capitale toujours rebelle; mais il dut se borner à ces menaces.
On sait quelle était au moyen âge la conduite du soldat
(1) Comes agebat apud monasterium, quod Sylva Nonarum dicitur, ad quod praeter Hannonios et Atrebatenses, Gulielmus quoque et Robertus, Namurcenses, propinqui ejus accesserunt. (De Meyere, ANNAL. FLANDR., p. 177.)
mercenaire, également funeste aux sujets du prinee qu'il servait el à ses ennemis : on en conclura combien le village de Heusden eut à souffrir d’une aussi longue occupalion. Si la présence des princes garantit les religieuses contre tout attentat personnel, elle appauvrit singulièrement leur monastère. Il fallut de grands efforts d’ordre et d'économie pour réparer les dommages causés par ces guerres civiles qui désolèrent si longtemps la Flandre. Le couvent en fut cause une fois, dit-on, en avançant une somme assez considérable à Jacques d’Artevelde; mais si le fait est avéré, c'était sans doute une de ces contributions qu’on appelle par euphémisme un don gratuit.
L'administration d'Isabelle de Brake, toujours sage, mais sans petitesse , et les libéralités du vicomte de Melun mirent cette abbesse à même d’exécuter les plans qu’elle avait conçus pour la réparation et l’embellissement de sa maison. Elle fit relever et restaurer avec goût les bauiments monastiques qui avaient le plus souffert, et se fit surtout un devoir d’orner convenablement la chapelle.
Deux peintres renommés de Gand, Jean de Steenere et Baudouin van Wytevelde, se chargèrent plus tard d'y peindre un retable d’autel et produisirent un tableau de haut mérite , lequel périt malheureusement plus tard dans un autre incendie qui, commencé au dortoir des religieuses, réduisit en cendres, avec le saint oratoire, le monastère presque entier, ainsi que plusieurs belles toiles dues à la palette d’un autre artiste gantois, plus célèbre encore, appelé Nabor Martins (1). Il fallut de nouveau se dévouer
(1) Le prénom de ce peintre n’était pas un diminutif de Nabuchodonosor, comme on l’a écrit, mais celui de deux saints martyrs qu'on trouve au martyrologe romain.
à une vie de sacrifices et recourir à la bonté des amis et des protecteurs du monastère pour réparer un si grand désastre; mais on en profita pour donner encore plus de régularité à toutes les parties de l'édifice, et on sera convaincu qu'on y réussit parfaitement, quand on examinera le plan qui s’est trouvé dans la précieuse collection de feu M. Goetgebuer, acquise par la ville de Gand.
Le travail était à peine terminé, quand des calamités beaucoup plus graves vinrent fondre sur la Belgique; le calvinisme menaça d'y anéantir la religion catholique, soutenu qu'il était par quelques grands seigneurs ruinés et par la grande impopularité des gouvernants. La nouvelle abbave de nos religieuses fut déclarée, le 25 mai, bien domanial, et vendue comme tel. Le magistrat de Gand la fit démolir entièrement et abandonna les matériaux à la population voisine. Quelques objets pieux échappèrent seuls à la destruction.
HR Le Nouveau-Bois à Gand.
Les calvinistes de Gand se glorifiaient et se réjouissaient sans doute d’avoir détruit à jamais le Nouveau-Bois que, dans leur grossier langage, ils appelaient une retraite de la superstition. Mais Dieu, qui se plaît à rire des plans de ses ennemis, mit des bornes bien étroites à leur édit perpétuel. L’abbesse Élisabeth Cabeliau et ses religieuses quitièrent, en pleurant, les ruines de leur sainte maison, mais ce ne fut pas pour rentrer dans ce monde qu'elles venaient d'apprendre à redouter et à haïr davantage tous les jours.
Quelque éclairé qu’on soit, on ne pense pas toujours à tout, et les affidés d'Hembyse ignoraient, ou avaient oublié,
que les bannies de Heusden possédaient à Gand même un refuge intact et incontesté dans la rue Haute de l'Escaut (1). L’abbesse y conduisit ses filles, et autant que les lieux trop resserrés le permettaient, elle rétablit les exercices elaustraux, en espérant des jours meilleurs. C'étaient de chastes colombes qui gémissaient dans les fentes du rocher (2) et que fortifiaient les regards paternels du Seigneur. Les iconoclastes ne s'étaient pas endormis, à la vérité, mais ils étaient profondément divisés, et pressés, d’une part, par l’armée royale et, de l’autre, par celle des mécontents; la capitale des Flandres signa la paix avec Alexandre Farnèse, le 16 septembre 1581.
Les sœurs de Saint-Bernard avaient perdu leur abbesse peu après leur installation à Gand, mais elles l’avaient remplacée par la mère Marguerite Bieze qui réunissait à un haut degré les qualités et les vertus que réclamait la situation. Libre dans ses démarches par le rétablissement de l’autorité du roi et rentrée dans les revenus que sa maison possédait à l’'Oudenbosch, à Watervliet et à Heusden, elle choisit sans délai un emplacement avantageux pour reconsiruire son monastère, et l'évêque Pierre Damant en autorisa l'érection au Pré-vert, de Groene Hoye, contigu au petit béguinage, sur un terrain qui avait appartenu aux Hiéronymites et, après eux, au séminaire. Ce bien fut amorti par octroi des archidues en mars 1600, et l'évéque consacra l’église sous le vocable de la Sainte-Vierge le 1° septembre suivant. Ce sanctuaire, très-modeste sans doute, fut remplacé par l’église actuelle en 1640.
(1) Opperscheldstraet.
€) Cant. cantic., 11, v. 14.
( 557 ) Le Nouveau-Bois à Gand.
Aussitôt qu'elles se virent installées dans leur nouveau séjour, les sœurs du Nouveau-Bois se mirent à l'œuvre pour rebâtir une troisième fois leur abbaye. Le domaine était vaste et beau, mais les terres, la plupart d’alluvion, étaient moins fertiles que celles qu’elles avaient abandonnées à Heusden; on y joignit des prairies admirablement disposées pour élever, d’après leurs usages, un bétail nombreux , qu’abritaient de spacieuses étables. Le monasière proprement dit, bâti sur une vaste échelle, au milieu de belles cours et de grands jardins, surgit bientôt. Les parties principales en existent encore, sauf un édifice assez étendu qui servait de filature au commencement de ce siècle, détruit dans un incendie en 1822, et la maison abbatiale remplacée aujourd’hui par un magnifique réfectoire. Les corridors qui restent sont superbes.
L'église qui remplaçca la chapelle provisoire en 1840, subsiste encore aujourd’hui et n’a pas subi de changements notables. Le maïître-autel, en marbre de Carrare, a succédé
à un autre d’un style plus ancien que quelques connais- seurs regrettent et dont un bas-relief, emprunté à la vie de saint Bernard, est conservé dans la sacristie. La tombe renferme les nombreuses reliques indiquées par Sanderus, et à côté de l'autel s'élèvent les statues de saint Bernard el de sa sœur, sainte Humbeline, qui ne sont pas dépourvues de mérite. Deux groupes en pierre de France sont dus au ciseau de M. Joseph Geefs.
Les ornements les plus précieux du saint lieu sont les tableaux que le peintre Nicolas de Liemaeker , connu aussi
sous le nom de Roose, avait peints pour une maison où sa fille était religieuse.
À Péglise est adossée une tour haute et élégante qui possédait une horloge, assez utile à ce quartier de la ville, mais qui n'existe plus depuis quelques années.
Dans une enquête ordonnée en 1769, il se trouva que le couvent n'avait qu'un revenu de 14,360 florins, et payait encore une pension de mille florins.
Véritable liste des abbesses d’après les sceaux, elc., déposée chez M. Vabbé Lavaut , à Louvain.
4. Marguerite Uutenhove. . . . . 1218 || 19. Amelberge Brandius. . . . .. 1465 AO UUENNONE LE 4224 || 90. Élisabeth de Moor. .. .... 1475 3. Christine Uutenhove. . . . .. 1933 || 21. Catherine Van Bedruaen . . . 1509 APAIGNISET RCE ER RE 1954 || 22. Catherine Damman . . . . .. 1537 D HATAtR er TUE ce de 1956 || 22. Élisabeth Cabeliau. . . . . .. 1567 6. Marie de Claerhoute. . . .. . 4988 || 24. Marguerite Biese, renonça en 1576 1, Mare is far Ale a et Le 1298 (Décédée en 1615 à l’âge de 95 ans). 8. Agatha Uutervolderstrate . . . 1311 || 25. Barbe Blanquaert . . . . . .. 161% 9. Avezoete (de ‘vico fullonum, 26. Marguerite Van Lummene . . 1627 Uutervolderstrate) . . . .. 4340 || 27. Catherine de Ghistelles . . . . 1637 10NMAre s Raken EE FT 1355 || 28. Claire Van den Bundere. . . . 1652 44-2Cathenine Pis 0-1 4318 || 29. Eugénie de Poyvre 1686 42. Avezoete ’s Gruuters. . . . .. 4380 || 30. Marguerite Van der Zype . . . 1698 13. Élisabeth Militis . . .. .... 1384 |[ 31. Julienne de Gruutere . . ... 1727 44. Marguerite ’s Wolleslaeghers. 1393 || 33. Catherine Billiet. . . . . . .. 1750 45. Odine Van den Bogaert . . . . 1416 || 33. Ignace Hensmans . . . . ... 176% 46. Isabelle De Brake . . . . ... 4453 || 82. Caroline Lenssens. . . . ... 1718 47. Élisabeth Uutenhove . . .. . 1452 || 35. Marie Diltour (4). . . . 1799 18. Marguerite Uutenhove. . . . . 1464|| 36. Éléonore Diltour .. . . . . .. 1796
(4) 11 y eut une vacature d’un an après sa mort, et l’abbaye devint une affiliation de Saint-Bernard sur l’Escaut, DERNIER REGISTRE DES COMPTES,
M. l'avocat de Moerloose-Grenier, un des héritiers de la dernière abbesse, déposa au gouvernement provineial les papiers du Nouvean-Bois. Ce sont des baux à ferme, conslitulions de rentes, registres de comptes terriers appartenant aux deux derniers siècles.
Note sur l’étalon prototype universel des mesures de longueur, par M. Constantin Rodenbach.
1. J'ai sous les yeux un mémoire récent de M. François Lenormant intitulé : Essai sur un document mathémalique chaldéen, et, à cette occasion, sur le. système des poids et mesures de Babylone, ouvrage autographié par l’auteur lui-même et publié par la maison À. Levy, libraireéditeur à Paris (1868).
Le jeune sous-bibliothécaire de l’Institut, à l’occasion de la traduction d’un document arithmétique gravé sur une tablette d'argile découverte par M. Loftus, à Senkereh, dans la basse Chaldée, et portant les traces de l’âge le plus antique, juge nécessaire de jeter un coup d'œil sur le système de numération usité à Babylone, et part de là pour déterminer l’ensemble du Système métrique chaldéen.
Voici un rapide résumé de la méthode qu'il a suivie en poursuivant et en développant les études de son illustre maitre, M. J. Oppert, qui à déjà publié un travail sur ce sujet dans les: bulletins archéologiques de l’Athenœum, Paris, 1856. |
« La notation des nombres entiers à été reconnue dès les premiers travaux sur l'inscription de Behistoun. Elle élait la même chez les Assyriens, les Babyloniens et tous les peuples qui se servaient de l'écriture cunéiforme anarienne, très-simple et conçue d’après le système décimal. Les Babyloniens divisaient invariablement l’unité en 60 fractions, appelées par eux « soixantièmes » ou minutes, quelle que füt la nature des quantités auxquelles s’appli-
quaient leurs calculs. Pour noter les fractions inférieures à =, ils divisaient de nouveau d’une manière invariable le soixantième en 60 autres fractions secondes, c’est-à-dire au dénominateur 3600, et ils n’admettaient pas de dénominateur intermédiaire entre 60 et 3600 ou 602. Cette invariable division de l'unité en 60 parties égales, et cette échelle de fractions inférieures, toutes sexagésimales les unes par rapport aux autres, étaient bien évidemment le résultat d’une combinaison savante et d’une nature toute pratique, destinée à concilier les deux systèmes de division, le système décimal et le système duodécimal, qui se partagent les peuples...
» Les gens de Babylone et de la Chaldée mirent ce système constamment en pratique dans tous les ordres de quantités et de mesures (fol. 6-9).
» Le zodiaque, chez les Chaldéens, avait été divisé d’abord en douze signes, répondant aux douze mois de l’année, régis par autant de dieux. Les douze signes se subdivisaient en outre en 36 parlies présidées par autant d'étoiles ou dieux secondaires, appelés Décans, parce que chacun d'eux régnait pendant dix jours sur un tiers du signe. Enfin, les Chaldéens admettaient 360 degrés pour le cercle entier du zodiaque, c’est-à-dire trente pour chaque signe.
» Mais les Chaïdéens n'avaient pas inventé seulement la division de l’écliptique en 560 degrés et 720 moria (murran), Sextus Empiricus dit formellement qu'ils avaient divisé le degré en 60 minutes, et Geminus, que de plus ils divisaient la minute en 60 secondes et la seconde en 60 tierces...
» Les douze étoiles ou constellations choisies par les Chaldéens dans l'hémisphère boréal du ciel pour servir de
points de départ à leur division de la sphère, répondaient aux douze mois de l’année, et à douze heures doubles ou astronomiques... |
» Le cercle de l’équateur, comme celui du zodiaque, était certainement divisé en 360 degrés, car chez les Assyro- Chaldéens les deux idées de cercle et de 360 parties égales étaient absolument adéquates et inséparables (fol. 20). »
Ces jalons plantés sur la route permettent à M. Lenormant d'aborder la question des mesures linéaires des Chaldéens. Voici comment il s'exprime au $ IV, fol. 40 :
« La détermination de la longueur du palme, du pied, » de la coudée et du pas chez les Babyloniens et les Assy- » riens, ainsi que de leurs proportions respectives, si in- » génieusement établie par M. Oppert, a obtenu l’assenti- » ment de tous les métrologistes, aussi bien de lillustre » Boeckh que de M. Vazquez-Queipo et de M. Brandis. » On peut donc la considérer comme un fait désormais » établi, qui n’a plus besoin de confirmation.
» Ces diverses mesures avaient été données aux habi- » tants primitifs de la Babylonie par la nature elle-même, » antérieurement à l'établissement de tout système savant » de numération et de fractionnement régulier de l’unité. » L’habitude les fit conserver plus tard sans tentative de » correction systématique pour les coordonner plus régu- » lièrement. Il en résulta que les rapports réciproques de » ces mesures entre elles demeurèrent toujours très-irré- » guliers , tels qu'ils ne pouvaient pas s’exprimer par des » nombres entiers, mais presque toujours par des fractions. » Le palme était pris pour 1, le pied était 3, la coudée 5 » et le pas 8. Par conséquent la coudée équivalait à 1 ? pied, » le pas à 1+ coudée et 22 pieds.
( 562 ) | » Lorsque les Chaldéens coordonnèrent et régularisèrent tout l’ensemble de leur système métrique d’après le principe de la numération sexagésimale, ils durent chercher un mode de division de la coudée, devenue pour eux la mesure de longueur typique, qui ieur permit d'exprimer par des nombres entiers les rapports de proportions si irréguliers du pas , de la coudée, du pied et du palme. Ce mode de division leur fut donné par l'application qu’ils firent de la coudée dans leurs observations astronomiques à la mesure du diamètre apparent du soleil et de la lune, ainsi que des distances respectives des étoiles. Ils remarquèrent que l’espace occupé à l'horizon par un des 360 degrés dans lesquels ils partageaient longitudinalement la sphère céleste équivalait pour l'œil à uné coudée, et que le diamètre apparent du soleil et de la lune, égal à un demi-degré, était d’une demi-coudée au lever et au coucher de ces astres. Cette assimilation une fois faite, 1l devenait naturel de diviser la coudée, comme le degré et comme toute autre unité, en 60 parties égales, qui furent les lignes (Brandis, p. 25). Dès lors, la coudée étant de 60
lignes, le pas fut de 96, le pied de 56 et le palme de
12. Il est probable que les Chaldéens admettaient en même temps dans leur coudée 50 doigts, de deux lignes chacun , car la division du palme en 6 doigts est donnée par la nature et se retrouve chez presque tous les peuples. »
Des mesures inférieures le savant passe aux mesures
itinéraires : « Le multiple le plus considérable de la coudée
était le stade — Ammat-Gagar — qui est établi de Ja manière la plus formelle par un passage de la grande
( 965 ) ; inscription de Nabuchodonosor, dans le trésor de la
Compagnie des Indes.
» Le mot Ammat-Gagar,