GLORIA ST VC US VE CS SECTE
(1) BERGENROTE, p. 147.
(2) Cartas del cardenal Jimenes, etc., p. 144.
Un brillant écrivain, après avoir tracé le tableau des améliorations introduites dans la manière de vivre et les habitudes de la reine, grâce aux mesures du cardinal et aux soins d'Hernan Duque, ajoute : « Il n’y eut rien, dans » toule la régence de Ximenes, qui lui attiràt tant de » remerciments. Le roi lui en écrivit des lettres pleines » de reconnaissance; tout le peuple lui donna mille béné- » dictions, les grands mêmes reconnurent sa sagesse et » ses bonnes intentions, et la plupart s’attachèrent à lui » depuis ce temps-là (1). » Il est à regretter que le récit de Fléchier et les réflexions dont il l’accompagne ne reposent que sur le témoignage d’Alvaro Gomez de Castro, ‘le panégyriste de l’illustre cardinal.
JT.
Revenons un instant sur nos pas pour raconter un fait qui occupe une place marquante dans l’histoire de l’avénement de Charles-Quint au trône d'Espagne.
La mort de Ferdinand et ses dispositions testamentaires avaient à peine été connues à Bruxelles que son petit-fils était excité à ne se contenter point du litre de prince de Castille et d'Aragon, mais à prendre celui de roi; et ce n'étaient pas seulement ses ministres belges, c’étaient aussi les Espagnols venus à sa cour, qui l’y exeitaient : les uns et les autres se fondaient sur ce que la reine Jeanne, vu la maladie mentale dont elle était affligée, pouvait se compter pour morte (2).
(1) FLécniER, Histoire du cardinal Ximenes, t. II, p. 594. (2) Sanpovai, t. I, p. 52. — ARGENSOLA, p. 155.
Le conseil royal de Castille, que Charles crut devoir
pressentir là-dessus, se montra contraire à des aspirations qui ne lui paraissaient pas légitimes, et il s’en exprima avec une grande liberté : « Votre Altesse —éerivit-il au prince —
possédant, comme elle les possède, si pacifiquement et sans contradiction ces royaumes, où elle peut ordonner tout ce qu'elle juge à propos, quelle nécessité y a-t-il pour elle de prendre le titre de roi pendant la vie de la reine, notre dame, sa mère, puisque Votre Altesse l’est en réalité ? En prenant ce titre, vous porteriez atteinte à l'honneur et à la révérence dus, selon les lois divines et humaines, à la reine, votre mère, et cela sans fruit ni résultat aucun et contre le commandement de Dieu. Par la mort du roi catholique, Votre Altesse n’a pas acquis plus de droits à cet égard qu'elle n’en avait auparavant, puisque les royaumes de Castille n’appartenaient pas audit roi. Il paraît même que, si dès à présent Votre Altesse s’attribuait le titre de roi, il en pourrait résulter des inconvénients et des dommages pour son service, Car 1l arriverait peut-être que ceux auxquels déplairaient la paix et la concorde publiques en prendraient occasion, sous couleur de fidélité, de servir, les uns Votre Altesse, les autres la très-puissante reine, votre mère, comme le démontre l'expérience des temps passés... Ce que quelques-uns veulent dire, que le fils du roi se peut appeler roi du vivant de son père, est chose Inusitée en ces royaumes et que leurs lois ne permettent pas. Si quelquefois cela s'est vu en Espagne, ç’a été par usurpation ou du consentement du père; et Votre Altesse doit suivre les bons exemples, non les mauvais, qui offensent Dieu... Que Votre Altesse donc, pendant la vie de la très-puissante reine, notre dame,
» votre mère, ait le gouvernement et la libre disposition » et administration de ces royaumes que la reine n'est pas en état d'exercer — ce qui, avec vérité, se peut dire régner, puisque tout appartient sans réserve à Votre Altesse, — et que, pour la crainte de Dieu et l'honneur qu'un fils doit rendre à sa mère, elle lui laisse entièrement le titre (1)... »
Charles n'avait pas attendu cette réponse (2) pour se décider. L'empereur Maximilien tenait beaucoup à ce qu'il portàt le titre de roi; il avait obtenu du pape et du sacré collége qu'ils le lui attribuassent : le 14 mars, dans l’église Sainte-Gudule, à Bruxelles, après la célébration des obsèques de Ferdinand, ce titre lui fut donné publiquement par le premier roi d'armes, dit Toison d’or, qui lui présenta l'épée royale; et le peuple amassé aux abords de l’église le consacra par ses acclamations (3). Trois jours après, Charles annonça à tous les tribunaux supérieurs des Pays- Bas « que, à grande et mûre délibération de conseil, il » avait pris et accepté le titre de roi qui lui avait été attri- » bué par le saint-père le pape et le saint collége des » cardinaux, » leur ordonnant « d’user de ce titre dans » les lettres, provisions, actes et autres choses qu'ils dé- » pêcheraient ou feraient dépêcher dorénavant en son » nom, selon le formulaire qu'il leur envoyait (4). »