‹ Recherches sur l'embryogénie des crustacésChapitre 84 sur 89 · REC COR CS · texte numérisé non relu

REC COR CS

(1) SaxvovaL, t. I, p. 51.

(2) Elle porte la date du 4 mars.

(3) Revue de Bruxelles, cahier de septembre 1858, p. 124. — SannovAL, t. I, p. 47. — ARGENSOLA, p. 160.

(4) Lettre du 17 mars 1516, dans le reg. n° 157 des chambres des comptes, fol. 89.

Le formulaire envoyé aux conseils de justice était ainsi conçu : « Charles, par la grâce de Dieu, roi de Castille, de Léon, de Grenade,

Il fit la même communication, avec plus de développements, aux chancelleries et aux villes des royaumes de Casülle. Il disait à celles-ci que non-seulement le pape et l’empereur, mais encore des personnages éminents, renommés pour leur prudence ct leur sagesse, et plusieurs des provinces et des seigneuries mêmes auxquelles il était appelé à succéder, l’avaient persuadé de prendre Île titre de roi; qu'il s’y était déterminé, et qu’en cela il avait été mü par des considérations importantes qui touchaient le service de Dieu, celui de la reine catholique, sa mère, le soutien, la conservation et la défense de leurs États; que ce titre lui était surtout nécessaire en présence de la jalousie que certains princes témoignaient de l’accroissement de puissance qu'il venait de recevoir, qu’il n’entrainerait d’ailleurs aucune autre innovation. Et il s’en remettait, au surplus, à ce que leur feraient connaître, de sa part, le révérendissime cardinal d'Espagne et son ambassadeur le doyen de Louvain (1).

A ces deux personnages il écrivit que c'était contre son gré qu'il avait pris le titre de roi, mais que son autorité dans le royaume, sa réputation au dehors, le bien de ses vassaux, lui en imposaient l'obligation; qu’il les chargeait donc de le faire proclamer (2).

Ximenes et Adrien, après en avoir conféré avec les membres du conseil, convoquèrent en leur présence les grands et les prélats qui se trouvaient à Madrid, et entre

» d'Aragon, de Navarre, des Deux-Siciles, de Jérusalem, de Valence, de » Majorque, de Sardaigne, de Corsique, archiduc d'Autriche, duc de » Bourgogne, etc.

(1) Cette lettre, en date du 21 mars, est dans la Coleccion de documentos inédilos para la historia de España, t. XVIIT, p. 568.

(2) SaxpovaL , t.[,p. 92.

lesquels étaient l’amirante de Castille, les dues d’Albe et d’Escalona, les marquis de Villena et de Denia, les évêques de Burgos, de Siguenza, d’Avila. Le docteur Carvajal, parlant au nom des gouverneurs, prononça un long discours. Il appuya sur ce que le prince ayant, nonobstant les représentations qui lui avaient été faites, eru devoir prendre le titre de roi, il ne pouvait plus être question de discuter ce titre, car le lui refuser-serait le priver de toute autorité et couvrir de honte sa personne royale; que d’ailleurs l’incapacité de la reine en matière de gouvernement, suite de sa maladie mentale, était notoire à tous. Il ajouta que ce n'était pas chose nouvelle de voir un fils régner conjointement avec sa mère ou son père, et 1l cita en preuve différents exemples tirés de l’histoire d'Espagne (1).

Après Carvajal, l’amirante de Castille et le duc d’Albe réclamèrent successivement la parole : suivant eux, il n'était pas bien que le prince s’appelât roi du vivant de la. reine sa mère, et 1l devait se contenter d’être gouverneur des royaumes de Castille comme l’instituait le testament du roi catholique. Le marquis de Villena dit que, le roi ne leur demandant pas leur avis, il n’avait point à en donner. D’autres se rangèrent à l'opinion du cardinal régent, telle que le docteur Carvajal l'avait exprimée. Ximenes alors, se levant, déelara avec vivacité qu'il ne souffrirait point qu'on mit en question le titre que le roi avait pris; quon ne pouvait lui dénier ce titre qu’en lui refusant l’obéissance, et il congédia l'assemblée. Sans perdre de temps, et d'accord avec Adrien, 1l manda le corrégidor de Madrid, auquel il prescrivit de proclamer, dans les carrefours et sur les places publiques, le nouveau roi

(1) SanDovaL, t. I, p. 22.

des Castilles : cet ordre fut immédiatement exécuté (1).

Les deux gouverneurs, en envoyant aux chancelleries et aux villes les lettres de Charles, les accompagnèrent d'explications propres à en augmenter l'effet. Quoique conseillé, sollicité par le pape, par l’empereur et par les autres potentats de la chrétienté de prendre seul le titre de roi, le prince, écrivaient-ils, ayant plus à cœur l'honpeur et la révérence qu'il devait à la reine, sa mère, que ce qui le touchait personnellement, n'avait consenti à accepter ce titre que conjointement avec elle et en lui laissant la prééminence : il avait voulu par là payer la dette qu'en fils soumis il avait envers sa mère, afin de mériter sa bénédiction, et son intention était de lui obétr et de lui porter respect en tout, comme à sa mère et à la reine et dame naturelle des royaumes d'Espagne. Ximenes et Adrien communiquèrent en même temps aux chancelleries de Valladolid et de Grenade la formule qu’elles auraient à suivre dans l’expédition des dépêches et des actes royaux (2).

Charles fut ainsi reconnu roi dans toute la Castille, sans Opposition aucune, mais non sans que bien des gens, pour des causes diverses, en murmurassent (3). Parmi les ser-

(1) SANDOVAL, P. 95. — ARGENSOLA, p. 189.

(2) Sanpovaz, t. I, p. 55. Cet historien donne à la lettre des gouverneurs la date du 15 avril 1516; dans la Coleccion de documentos inédilos para la historia de España, t. XVIIT, p. 577, elle est datée du 23 avril.

La formule adoptée pour l’expédition des actes royaux était : « Doña » Juana y don Càrlos, su hijo, reina y rey de Castilla, de Leon, de Aragon, » de las dos Sicilias, de Jerusalem, de Navarra, de Grenada, etc, etc. » archiduques de Austria, duques de Borgona y de Brabante, coudes de » Fländes y de Tirol, etc. »

(5) Saxpova, t. I, p. 54.

viteurs de Ja reine Jeanne, il y en eut qui s’efforcèrent, à celle occasion, de l’indisposer contre son fils, et l’on rapporte que, lorsque en sa présence on donnait à Charles le titre de roi, elle en marquait son mécontentement, disant : € Moi seule je suis la reine; mon fils Carlos n’est que » prince. » Un historien ajoute que, si elle tardait à avoir des nouvelles des Pays-Bas, elle demandait : « Que savez- » vous du prince? » ou bien : « Que savez- vous de » celui-là (1)? »

Charles ne notifia point aux royaumes dépendants de la couronne d'Aragon le titre qu'il venait de prendre; les lois de ces royaumes exigeaient, pour qu’il lui fût attribué, l’assentiment des représentants de la nation, et les cortès ne pouvaient être convoquées en son absence. Aussi le titre de roi prince (rey principe) fut-il le seul que les Aragonais, les Valenciens et les Catalans lui donnèrent jusqu’à sa réception à Saragosse en 1518. Les actes de sa chancellerie où figurait le titre de roi d'Aragon étaient tenus par eux pour nuls et non avenus (2).

Depuis la mort du roi son aïeul, Charles recevait d’'Espagne messages sur messages qui l’appelaient en ce pays(5). Les royaumes d’Aragon et de Valence et la principauté de Catalogne lui avaient envoyé une ambassade solennelle

(1) SaxDovai, t. I, p. 55. — ARGExSOLA, p. 186.

(2) Petri Martyris Epistol. DXC. — ARGENsOLA, pp. 77, 197, 187.

L’oncle même de Charles, D. Alonso d'Aragon, archevêque de Saragosse, ne lui donnait que le titre de roi prince. Voir ARGENSOLA, p. 295.

(5) SaxvovaL, pp. 47, 60, 76.

pour le supplier de s’y rendre sans délai (1). Les procuradores des royaumes de Castille, assemblés extraordinairement avec l'autorisation du cardinal Ximenes, allaient suivre cet exemple; ils ne s’en étaicnt abstenus que sur l’assurance du régent que le roi ne tarderait pas à arriver (2). La présence de Charles dans la Péninsule était en effet plus que nécessaire. Ximenes et Adrien, chargés ensemble du gouvernement des Castilles et de la Navarre, ne vivaient pas dans une parfaite intelligence. Le cardinal était en désaccord avec plusieurs des membres du conseil, el surtout avec le président, D. Antonio de Rojas, archevêque de Grenade (3). Les grands l'avaient en haine pour sa sévérité, et partout où ils se sentaient assez forts, ils lui résistaient ouvertement (4). Il avait voulu, afin de les contenir dans le devoir, créer une milice que fourniraient les villes et les communes; l'opposition de Valladolid avait fait échouer ce projet (5). Les Espagnols, qui depuis plus de mille ans n'avaient obéi qu’à des princes nés et élevés parmi eux, avaient de la peine à se familiariser avec l’idée de voir la couronne portée par un prince étranger. Une partie de la nation aurait voulu avoir pour roi l’infant Ferdinand, qui, ayant reçu le jour en Castille, n’en était Jamais sorti depuis sa naissance, et dont les manières affables, l'éducation tout espagnole et les brillantes qualités étaient faites pour lui attirer les sympathies générales (6).

Charles avait annoncé, dès le 14 février 1516, son pro-

(1) ARGENSOLA, pp. 77, 81, 176, 177.

(2) Jbid., pp. 421 et 422.

(5) SaNDovAL, p. 60.

(4) 1bid., p. 76.

(5) Zbid., pp. 59, 60, 61, 62, 72.

(6) Zbid., p. 71, — ARGENSOLA, pp. 276 et 277.

(1407) chain départ pour l'Espagne (1). Dans un conseil tenu au palais de Bruxelles dix jours après, il avait été résolu que ce départ aurait lieu vers la Saint-Jean (2); des dispositions avaient été prises en conséquence; une aide de quatre cent mille florins avait été demandée aux états généraux des Pays-Bas pour les dépenses du voyage. Mais l’état des affaires publiques vint s'opposer à ce que ces résolutions fussent suivies d'effet. Avant de quitter les Pays-Bas, Charles et ses ministres avaient à cœur de les mettre à l’abri de toute entreprise de la part de leurs voisins, et il fallut ouvrir ou poursuivre, dans ce but, avec l'Angleterre et la France, des négociations qui prirent beaucoup de temps. Déjà des traités avaient été signés avec la première de ces puissances, à Bruges le 24 janvier et à Bruxelles le 13 février; il en fut signé un troisième le 19 avril : ces traités renouvelaient les anciennes alliances des monarques anglais avec les princes des Pays-Bas, et assuraient à ces provinces le secours de la Grande-Bretagne, au cas qu'elles fassent attaquées en l'absence de leur souverain. Le 29 octobre, un autre traité, conclu entre Charles, Henri VIT et l'empereur Maximilien stipula l’obligation, pour les trois parties contractantes, de se soutenir mutuellement contre quiconque attaquerait l’une d’elles (3). Les différends qui existaient entre Charles et François ?°' au sujet du royaume de Naples et de la Navarre furent ajustés par le traité de Noyon du 15 août, auquel Maximilien adhéra à Bruxelles

(4) Lettre au conseil de Castille, dans SanpovaL, t. [, p. #7.

(2) Mémoire de l'évêque de Badajoz au cardinal Ximenes , du 8 mars 1516, dans les Bulletins de la Commission royale d'histoire de Belg'que, ire série, t. X, p. 15.

(5) ALEXANDRE HeNxe, Histoire du règne de Charies-Quint en Belgique, t IH, pp. 152, 161,162, 166.

le 3 décembre; et, le 11 mars 1517, à Cambrai, l'empereur, le souverain de la France et le successeur de Philippe le Beau et des rois catholiques contractèrent une nouvelle et générale ligue de fraternité, confédération et alliance perpétuelle plus étroite que les précédentes : il y élait Stipulé que les trois princes se garantissaient mutuellement leurs États; qu'ils ne soutiendraient en aucune manière leurs ennemis extérieurs ou intérieurs; qu’ils se préleraient une assistance réciproque; qu'ils ne pourraient faire de conquêtes que de commun accord (4).

Par ces conventions diplomatiques la paix étant garantie aux Pays-Bas, rien ne s’opposait plus à ce que Charles se rendît en Espagne. Au printemps de 1547, il donna l’ordre qu’une flotte destinée à l’y transporter fût équipée dans les ports de Zélande : lorsque les navires qui en devaient faire partie eurent été réunis, 1l convoqua les états généraux, afin de prendre congé d’eux.

Cette assemblée eut lieu le 16 juin, à Gand. Le grand chancelier, Jean le Sauvage, y porta la parole. Après avoir exposé les raisons qui obligeaient le roi à s'éloigner momentanément des Pays-Bas, 1! assura les états que son cœur demeurerait avee eux, et qu'entre tous ses sujets ils lui seraient toujours les plus chers, car il n’oublierait point les preuves d'attachement qu'ils lui avaient données. I dit que le roi les avait assemblés, pour le grand désir qui était en lui de les voir encore une fois avant son départ et de Jeur faire ses adieux. Il parla des traités de paix et d’alliance conclus avec la France et l'Angleterre. Il promit aux états qu'ils auraient lieu d'être contents de l’ordre qui serait

(1) ALEXANDRE HENNE, t. I], pp. 164, 167, 177.

( 738 ) établi pour le gouvernement du pays et l’administration de la justice pendant l'absence de leur prince. Enfin il déclara que, si le roi ne pouvait revenir d'Espagne aussitôt qu'il le souhaiterait, il enverrait aux Pays-Bas l’archiduc Ferdinand (1).

Le pensionnaire de Gand, au nom des états généraux, remercia le roi de l'amour et de la bienveillance qu'il leur témoignait. Il exprima la peine qu’ils ressentaient en pensant qu'ils allaient être privés de sa présence. Il se fit l’interprète de la reconnaissance publique pour la paix qu'il avait procurée au pays, et pour l'intention qu’il annonçait de pourvoir, avant de le quitter, à la bonne administration de l'État. « Au regard des petits services qu’il vous plait » leur attribuer de vous avoir faits, — ajouta l’orateur — » ils savent bien qu’en ce faisant ils n’ont fait chose que » faire ne devaient , et encore mieux voudraient faire, s’il » était en leur pouvoir. »

Le pensionnaïire ayant fini sa harangue, Charles se leva, et, adressant lui-même la parole aux états généraux, dit: « Mes amis et loyaux sujets, qui, à mon mandement, êtes » ici assemblés, sachez que ce qui par mon chancelier > vous a élé remontré de par moi, je l’avais chargé de ce » faire; et pour ce, en ensuivant la réponse que vous » m'avez faite, je désire que vous continuiez en votre bon » propos, comme jusques à cette heure et de tout temps » me l'avez bien montré et que en vous en ai bonne con-

(1) Relation du premier voyage de Charles-Quint en Espagne, par Laurent Vital. (MS de la Biblothèque royale de Bruxelles )

Vital était l’un des valets de chambre de Charles-Quint. H l'avait servi depuis son enfance. Charles le donna à son frère lorsqu'il se sépara de l'in faut à Aranda de Duero, au mois d'avril 1518.

(:739 ) » fidence. En ce faisant, vous serai bon prince. Et sur ce » vous dis adieu jusques à mon retour, qui sera le plus » Lôt que je pourrai (1). »

Cette scène, pleine à la fois de grandeur et de simplicilé, produisit une impression profonde sur tous les assistants. Il y en avait beaucoup, au rapport d’un témoin oculaire, qui étaient émus au point de ne pouvoir retenir leurs larmes (2).

Charles, le 22 juin, alla visiter la ville de Bruges, dont les habitants s'étaient distingués, entre ceux de toutes les cités flamandes, par la réception qu'ils lui avaient faite après son émancipation (3). De Bruges 1l passa en Zélande, voulant se tenir prêt à mettre à la voile au premier vent favorable. IT l’attendit pendant deux mois entiers. Déjà le bruit était commun qu’il ne partirait pas, que la saison était trop avancée; et, s’il faut le dire, on s’en réjouissait aux Pays- Bas, car c'était avec un regret infini que les Belges voyaient s'éloigner leur prince (4). La remise du voyage à l’année suivante aurait pu cependant avoir pour le roi de graves conséquences; un historien accrédilé va jusqu’à affirmer qu'elle aurait entraîné la ruine de l'Espagne (5). Charles le comprenait; aussi était-il décidé à courir les chances de la traversée, à moins qu'il ne fût manifeste aux yeux de tout le monde qu’il ne pouvait le faire sans s’exposer à un danger certain. Enfin, le 6 septembre, les

(1) Relation de Laurent Vital.

(2) Ibid.

(3) «….… Pour l'entrée de prince en ville, celle de Bruges fut l’oultrepasse , » dit Laurent Vital.

(4) Relation de Laurent Vital.

(5) «….. Fuera la total ruyna y acaecimiento destos reynos, principalmente sucediendo la muerte del cardenal.... » (SANDovAL, t, J, p. 82.)

(740 ) pilotes annoneèrent que le vent était devenu propice. Aussitôt des ordres furent expédiés afin que chacun fût embarqué le lendemain. Charles lui-même quitta ce jour-là Middelbourg, pour s'installer sur le navire qui devait le transporter en Castille. Le 8, entre quatre et cinq heures du matin, la flotte appareilla de Flessingue (1).

Charles était accompagné, dans son voyage en Espagne, de sa sœur aînée madame Éléonore; de Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres, son grand chambellan; de Charles de Lannoy, seigneur de Sanzelles, son grand écuyer; de Laurent de Gorrevod, gouverneur de Bresse, Philippe de Croy, comte de Porcean, Adrien de Croy, seigneur du Rœulx, Jacques de Luxembourg, comte de Gavre, seigneur de Fiennes, tous ses conseillers et chambellans; de son confesseur l'abbé d’Haumont; du neveu de M. de Chièvres, nommé comme lui Guillaume de Croy, évêque de Cambrai et qui venait de recevoir à Middelbourg les insignes du cardinalat, et d’un grand nombre de dames et de gentilshommes attachés à la maison de sa sœur et à la. sienne. Le docteur Mota, évêque de Badajoz, et don Garcia de Padilla faisaient aussi partie de sa suite (2) : c’étaient ses ministres espagnols; il leur avait donné le titre de conseillers de la Camara (5). Le grand chancelier avait pris les devants par la France (4).

(1) Relation de Laurent Vital. — Compte douzième de Pierre Boisot, maître de la chambre aux deniers du roi, du 1* juillet 1517 au 50 juin

(2) Relation de Laurent Vital. — ARGENSOLA, p. 496. — Compte troisième de Nicolas Riiflart, argentier du roi, du 4% janvier 1518 (1519) au o1 août 1520, aux Archives du royaume.

) SANDOVAL , {. [,p. 81.

(5 (4) ARGENSOLA , p. 426.

La première nuit qui suivit le départ de la flotte fut marquée par un événement lamentable : le feu prit à un navire qui portait les chevaux du roi, du seigneur dé Chièvres, du seigneur de Sanzelles, de plusieurs autres gentilshommes, et le dévora entièrement; des passagers et de l’équipage, au nombre d'environ cent soixante personnes, aucune n’échappa. Charles en éprouva une vive douleur; ce navire élait commandé par un gentilhomme bourguignon, nommé Montrichart, dont il faisait beaucoup de cas (1). Jusque

dans la soirée du 10, le temps fut tel qu’on le pouvait sou-

haiter ; aussi la flotte avait franchi les passages les plus difficiles, et déjà elle était parvenue dans la mer d’'Espague; les pilotes faisaient espérer que la semaine ne s’accomplirait pas sans que le roi fût arrivé à sa destination. À ce moment-là le vent tourna tout à coup, et il fallut renoncer à de si flatteuses espérances. Le 12, à la chute du jour, après une brume épaisse et froide, 1l s’éleva une tourmente qui, quatorze heures durant, mit en danger le roi et ceux qui étaient avec lui. Lorsqu'elle eut cessé, le vent continuait d'être contraire; les navires n’avançaient pas. On délibéra, le 14, si l’on retournerait en Flandre, ou si.

(1) «..... Quand le roy fust acertené que la fortune estoit advenue audiet Montrichart, il le plaindoit fort, ainsy que ung bon maistre plainel son serviteur qu'il ayme bien, à cause qu’il avoit bien servy son feu père le roy Philippe et luy aussy; et luy oys souhaider d’avoir perdu cinquante mil ducas que la fortune ne luy fust point advenue, tant regrettoit le roy ledict Montrichart et ses autres serviteurs qui si piteusement avoient finy leurs vies en son service... » (Relation de Laurent Vital.)

On avait cru d’abord que c’était le navire de l’amiral, sur lequel étaient les joyaux du roi, qui avait péri. Comme on l’annonçait à Charles, il dit « que il aymeroit mieux avoir perdu touts ses joyaux que tant de si gens » de bien et de telz personnages. » (/bid.)

2e SÉRIE, TOME XXIX. A8

l'on relâcherait dans le port le plus prochain, ou si l'on attendrait, pendant quelques jours, que le vent changeût : Charles se prononça fortement pour le dernier parti. I n'eut pas à le regretter, car le lendemain le vent redevint propice; mais il était extrêmement faible, et un calme plat succéda à la bourrasque qui, l’avant-veille, avait assailli les navires. Le 19 enfin on aperçut la terre : d'après les pilotes espagnols, on croyait aborder à la côte de Biscaye; c'était les montagnes des Asturies qu’on avait en vue. Charles, néanmoins, résolut de débarquer à l'endroit où 1l se trouvait : il fit mettre à la mer le canot qui était à bord de son navire, y descendit avec la princesse Éléonore et les principaux personnages de leurs maisons, et, sans s'arrêter au petit port de Tanzones, qui était tout près de là, mais où lui et sa suite n'auraient pu se loger, il se fit conduire à Villaviciosa, située au bout d’un bras de mer, à deux lieues plus loin (1).

Ïl quitta Villaviciosa le 23 septembre, après avoir éerit, pour leur annoncer son arrivée, aux conseils des royaumes de Castille et d'Aragon, aux députés des cortès de ce dernier pays, aux villes principales, aux grands, aux prélats, et tout particulièrement au cardinal Ximenes et à l’archevêque don Alonso d'Aragon (2). Son intention était de se rendre directement, et avec toute la diligence possible, à Tordesillas; il n’y arriva toutefois que le 4 novembre. Les historiens espagnols, hostiles aux Belges, ou tout au moins prévenus contre eux, attribuent la lenteur avec laquelle se fit ce voyage à la crainte qu’avaient de Ximenes ceux qui

(1) Relation de Laurent Vital.

(2) ARGENSOLA, p. 427.

( 745 ) accompagnaient le roi; ils ne s’en tiennent pas là, mais ils imaginent de prêter à ceux-ci le dessein absurde de faire passer leur maître dans l’Aragon, sans s’être arrêté en Castille (1). La vérité est que Charles, tombé malade à San Vicente de la Barquera, fut obligé d’y faire un assez long séjour; qu’il séjourna aussi toute une semaine à Reynosa, pour se rétablir entièrement; que, dans les Asturies, les chemins étaient parfois si impraticables que, après avoir fait trois à quatre lieues, on se voyait dans l'impossibilité d'aller plus loin (2).

A Tordesillas, Charles logea au palais avec madame Éléonore et monsieur de Chièvres. La première chose qu'il fit fut de s'informer de la condition et de la manière de vivre de la reine; il interrogea là-dessus le gouverneur de sa maison et son confesseur. Ayant obtenu d'eux les renseignements qu'il voulait avoir, il leur commanda d'aller annoncer à la reine sa venue ainsi que celle de la princesse sa sœur, et de solliciter d'elle une audience pour monsieur de Chièvres : le grand chancelier, qui était présent (il avait rejoint-le roi à Reynosa); et monsieur de Chièvres instruisirent en détail Hernan Duque et fray Juan de Avila du langage qu'ils devaient tenir. Jeanne conservait quelque souvenir de Guillaume de Croy, à qui son mari avait confié le gouvernement des Pays-Bas, à leur dernier départ de ces provinces (3); elle permit très-volon-

(1) SanpovaL, t. I, p. 85. — ARGENSOLA, p. 428.

(2) Relation de Laurent Vital.

(3) Laurent Vital rapporte que la reine se rappelait avec plaisir les témoignages de respect dont elle avait été entourée et les honneurs qui lui avaient été rendus à la cour de Bruxelles : « A celle cause, — ajoute-1-il » — encoires pour le jour d’huy elle ayme les quartiers de par dechà (des

tiers qu’il fût introduit auprès d'elle. M. de Chièvres, après lui avoir demandé des nouvelles de sa santé, lui. parla avec toute sorte d’éloges de ses pays de Castille et de l'accueil que messieurs ses enfants avaient reçu dans tous les lieux où ils avaient passé. I la félicita ensuite sur la grâce que Dieu lui avait faite en lui donnant un fils et des filles doués de si belles qualités, rappelant à ce propos qu'il avait été leur gouverneur par la volonté de l’empereur Maximilien; 1l eitait à dessein le nom de l'empereur, sachant que la reine avait pour lui un grand respeet. Il lui dit enfin que son filset la princesse Éléonore, comme ses humbles enfants, l'avaient chargé de lui faire savoir que la chose qu'ils désiraient le plus au monde était de lui présenter leurs hommages. Jeanne répondit qu'elle les verrait avec plaisir; qu'il allât les chercher.

Au moment où le seigneur de Chièvres allait sortir de la chambre de la reine, Charles et Éléonore parurent; ils attendaient à la porte, suivant ce dont ils étaient convenus avec lui. Du plus loin qu'ils aperçurent leur mère, l'un et l'autre lui firent une profonde révérence; ils la renouvelèrent au milieu de la chambre, et lorsqu'ils furent tout près de la reine, ils s’inelinèrent jusqu’à terre. Charles voulut lui baiser la main, à la manière d'Espagne; elle ne le permit pas, mais elle l’embrassa aimsi que sa sœur. Alors il lui dit : « Madame, nous, vos humbles et obéis- » sauts enfants, à merveilles joyeux de vous voir en » bonne santé, Dieu merci, avons longtemps désiré de » vous faire la révérence et de vous présenter honneur, » service et obéissance. » Jeanne ne répondit d’abord que

» Pays-Bas) et ceulx qui en viengnent, comme je le oys cerüifier à aul- + Cuns de ses serviteurs qui sont de par dechà. »

- (745) par un sourire, accompagné d’un signe de lête, et en prenant les mains à son fils et à sa fille (1); un instant après elle leur adressa ces paroles : « Mais êtes-vous bien » mes enfants ? Et que vous êtes en peu de temps devenus » grands ! Or à la bonne heure et loué en soit Dieu! Certes, » enfants, grande peine et travail vous avez eu de venir » de si loin : pour quoi vous devez être très-fatigués. Et, » comme il est déjà tard, vous ferez bien pour cette fois » de vous retirer et aller reposer jusqu’à demain (2). »

(1) « Qui signifie une manière de contentement et remerciment, et comme aulant à dire qu’elle se contentoit bien, et qu'’ilz luy estoient les bienvenus et volontiers veus. » (Relation de Laurent Vital.)

(2) C’est la relation de Laurent Vital qui nous fournit ces curieuses particularités. Vital était à Tordesillas, à la suite de Charles-Quint : « Je, » désirant — dit-il — à veoir ce premier abordement des enfans vers leur » mère, aflin de avoir occasion de le veoir, prins la torse de la chambre, » comme pour les esclairer et entrer dedans avec eulx; mais je faillis à » mon intention, parce que, à l'entrée en la chambre de la royne leur » mère, le roy ne voulut point de lumière. Ce nonobstant, par ceulx qui » y entrèrent et veirent le tout, ausquels je leur OyZ racompter tout » l'affaire, je sceulx, autant que se je l’eusse veu et oy, tant de ce qui fust » diet par je roy et puis après par madame sa sœur, comme aussy ce que ». la royne leur dict. » S

RoBerRT MacQuErREAU (Recueil de la maison de Bourgogne, ch. VIT, p 114) rapporte avec d’autres détails l’entrevue de Charles-Quint et de sa mère. Nous ne les lui empruntons point, mais nous nous en tenons à la relation de Laurent Vital, qui nous paraît plus sûre. Macquereau fait assister à cette entrevue l’infant Ferdinand, qui serait arrivé à Tordesillas en la compagnie de son frère. Des inexactitudes aussi graves suffisent pour nous mettre en défiance de tout ce que contient son récit.

Laurent Vital ne parle pas des entrevues que, les jours suivants, Charles eut avec la reine; mais voici ce qu’il rapporte des relations qui s’établirent entre eux :

« À cette première visilalion du roy catholicque, se forma et conclud une si grande amityé entre la mère et le fils que riens plus, comme par plu-

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