CHAPITRE VIII
NÉCESSITÉ OU CONTROLE DE L'ÉPURATION DES EAUX DÉGOÛT MÉTHODES SIMPLES A ADOPTER
Aux termes des articles 21 et 25 de la loi du 15 février 1902 relative à la protection de la santé publique, le Conseil supérieur d'hygiène de France, les Conseils départementaux et les Commissions sanitaires doivent être consultés sur les projets d'assainissement et sur les dispositifs d'épuration d'eaux d'égout ou (l'eaux-vannes ménagères ou industrielles.
Or, la plupart des projets d'assainissement et des dispositifs d'épuralion récemment soumis à l'examen desdits Conseils ou Commissions, bien qu'établis en apparence conformément aux données scientifiquement admises, fournissent après leur réalisation des résultats défectueux et, loin d'améliorer les conditions de salubrité des localités et des cours d'eau, ils constituent au contraire de réels dangers pour la santé publique.
Il paraît donc indispensable d'imposer aux autorités sanitaires locales ou régionales l'obligation de contrôler fréquemment l'efficacité de l'épuration obtenue et d'interdire les déversements d'eaux d'égout ou d'eaux-vannes ménagères ou industrielles insuffisamment épurées, non seulement dans les cours d'eau, mais aussi à la surface du sol lorsqu'une nappe aquifère souterraine servant à l'alimentation de puits voisins est susceptible d'être contaminée.
Pour que ce contrôle soit pratiquement réalisable, il faut qu'il puisse être efi^ectué par des moyens très simples. 11 faut en outre que, tenant compte des circonstances ou des dispositions spéciales à chaque localité, les autorités sanitaires n'exagèrent pas les difficultés du problème à résoudre et sachent se borner à exiger que les eaux usagées soient rendues imputrescibles aux nappes souterraines ou aux cours d'eau. Il
serait évidemment déraisonnable d'imposer aux municipalités ou aux industriels Tobligation de rendre aux rivières ou aux fleuves une eau plus pure que celle qu'on peut leur emprunter.
Quel que soit le procédé employé, on peut admettre que Tépuration est satisfaisante et que l'eau traitée peut être évacuée sans inconvénients quand elle ne renferme aucune matière en suspension susceptible de se déposer sur les bords ou dans le lit des rivières, ni aucune matière en solution capable, soit de fermenter en dégageant des gaz nauséabonds, soit d'intoxiquer les êtres vivants, animaux ou végétaux.
11 n'est pas possible d'établir des règles invariables basées sur des résultats d'analyses. Ceux-ci n'ont de valeur que pour déterminer le meilleur procédé à appliquer dans telle ou telle circonstance et pour comparer sur une même eau d'égout avant et après traitement, le degré d'efficacité du procédé choisi.
Hormis certains cas très exceptionnels, la pureté bactériologique ne saurait être exigée. On ne peut l'obtenir ni par l'irrigation intermittente sur sol nu ou cultivé, ni par les méthodes biologiques artificielles. Si les eaux d'égout épurées doivent ser\'ir à l'alimentation d'agglomérations urbaines en aval de leur point de déversement, il sera toujours nécessaire d'assurer leur purification complète par l'un quelconque des procédés de stérilisation applicables aux eaux de ruissellement.
Les eaux d'égout traitées par les méthodes biologiques artificielles renferment le plus souvent à leur sortie des lits bactériens un grand nombre de germes saprophytes qui jouent un rôle très actif dans les processus d'épuration. Ces germes s'éliminent d'eux-mêmes lorsque la matière organique a disparu : ils ne contribuent en aucune manière à polluer les rivières qui les reçoivent, et ils ne constitueraient une cause de souillure pour celles-ci que s'ils trouvaient dans l'eau de ces rivières un milieu organique favorable à leur multiplication. En règle générale, on peut donc ne tenir aucun compte de leur présence lorsque l'eau épurée qui les véhicule ne renferme plus de substances organiques putrescibles et a subi Calmette. — IV. s
une nitrification satisfaisante. II est d'ailleurs facile de constater qu*ils n'accroissent pas l'impureté des rivières, en faisant la numération des germes contenus dans l'eau de ces rivières sur deux échantillons prélevés en plein courant, l'un eu amont, l'autre en aval à quelques centaines de mètres du point de déversement.
L'élimination aussi complète que possible des matières en suspension est autrement importante : c'est elle surtout qu'il faut exiger. La Commission i^oyale anglaise pour l'étude des procédés d'épuration des eaux d'égout fixe à 0*%03 pour 1000 (dont O'^OS de matière organique et 0*' ,01 de substances minérales) le maximum de ces matières en suspension quon peut considérer comme tolérable. Nous proposons d'admettre cette limite qui, dans les installations d'épuration biologique convenablement aménagées, ne doit jamais être dépassée.
Il convient également d'attacher un grand intérêt à la détermination de la pulrescibilité par l'épreuve très simple connue sous le nom de « test d'incubation » (*).
Cette épreuve consiste à prélever, dans un flacon stérile, après décantation ou filtration sur papier, un échantillon de l'eau supposée épurée. Le flacon, bouché à l'émeri, est conservé pendant 7 jours à l'étuve à la température de 30 degrés. On titre, avant et après cette « incubation », la quantité d'oxygène que l'eau est susceptible d'emprunter au permanganate de potasse en 4 heures (*).
Si cette eau contient des matières organiques putrescibles, les ferments qui la peuplent s'emparent d'abord de l'oxygène dissous, puis, lorsque celui-ci a été utilisé, ils décomposent les sels oxygénés, d'abord les nitrates, puis les sulfates. Avec ces derniers, ils forment par réduction des sulfures que révèle facilement leur odeur nauséabonde.
(») Voir technique de cette méthode en appendice.
(•) Généralement» en Angleterre, ce test d'incubation se pratique en évaluant la quantité d*oxygène emprunté au permanganate en 3 minutes; on y ajoute alors une détermination spéciale de la quantité d'oxygène emprunté à froid au permanganate en 4 heures, et cette épreuve permet d'évaluer la quantité de matières organiques contenue dans l'eau. Nous estimons préférable de simplifier cette méthode par la détermination de l'oxygène emprunté à froid en 4 heures au permanganate avant et api*ês 7 jours d'incubation à 30« G. Cette épreuve simplifiée permet d'obtenir les deux indications essentielles concernant la richesse approximative en malit^res organiques et la pulrescibilité.
Un effluent convenablement épuré emprunte la même quantité d'oxygène au permanganate avant et après les 7 jours d'incubation à 50 degrés. Au contrairç, un effluent putrescible contenant des composés avides d'oxygène, tels que Thydrogène sulfuré, absorbe plus d'oxygène et les résultats de la détermination sont plus forts après qu'avant incubation.
La Commission royale anglaise indique justement que cctle épreuve du « test d'incubation » fournit des données plus exactes sur un mélange, en proportions correspondantes à leur volume respectifs de l'eau épurée et de Feau de la rivière qui doit recevoir celle-ci. Le but essentiel que Ton poursuit en l'effectuant est d'évaluer approximativement la quantité de matières organiques contenues dans Tcau. Mais il importe de se rappeler qu'il ne s'agit là que d'une approximation, car certaines substances parfois abondantes dans les eaux résiduaires industrielles, telles que les sulfures, les nitrites, les sulfocyanates, les phénols et leurs dérivés, les matières colorantes, etc. sont également capables de réduire le permanganate de potassium.
Pour apprécier si une eau d'égout traitée par filtration intermittente sur le sol ou sur des lits bactériens est suffisamment épurée, il n'est ordinairement pas indispensable de faire d'autres analyses. Il peut toujours être utile de doser, avant et après épuration y Tazote organique, l'ammoniaque, les nitritcs et les nitrates; mais les éléments d'information qu'apporteront les résultats de ces analyses ne modifieront pas le jugement que le test d'incubation et la teneur de l'eau épurée en matières en suspension auraient permis de porter.
L'expérience montre en effet qu'il n'existe aucun rapport défini entre la proportion d'azote albuminoïde ou d'azote total et la quantité d'ammoniaque que peut contenir une eau épurée. En revanche, la détermination du taux d'ammoniaque et celle des nitrates fournissent une indication utile sur l'intensité des phénomènes d'oxydation qui s'accomplissent soit dans un champ d'épandage, soit sur un lit bactérien. Pour cette raison, il conviendra de ne pas les négliger.
En résumé, et bien que les éludes actuellement en cours sur les méthodes d'analyses des eaux d'égout ne permettent pas de préciser la nature des substances organiques contenues
dans ces eaux, nous estimons qu'on doit provisoirement admettre que V épuration est satisfaisante :
V Lorsque l'eau épurée ne contient pas plus de 0*%0r> de matières en suspension par litre \
2° Lorsque après filtrat ion sur papier la quantité d'oxygène que Veau épurée emprunte au permanganate de potassium en 4 heures reste sensiblement constante avant et après 7 jours d'incubation à la température de 30 degi^és, en flacon bouché à Vémeri ;
5** Lorsque avant et après 7 jours d'incubation à 50 degrés Veau épurée ne dégage aucune odeur putride ou ammoniacales
4* Enfin l*jrsque Veau épurée ne renferme aucune substance chimique susceptible d'intoxiquer les êtres vivants, végétaux ou animaux.
Dans certains cas, on pourra tolérer l'évacuation d'un effluent incomplètement épuré et légèrement putrescible, lorsque cet effluent ne renfermera pas un excès de matières en suspension et lorsqu'il sera déversé dans un cours d'eau à grand débit (d'un volume au moins 50 fois plus considérable). On s'assurera alors que l'eau de la rivière ou du fleuve a une composition chimique et bactériologique sensiblement égale dans les échantillons jirélevés en amont et en aval, à quelques centaines de mètres du point de déversement.
Rappelons en outre que, si parfaite que puisse être l'épuration réalisée par les procédés biologiques (lits bactériens ou irrigation intermittente avec ou sans utilisation culturale), on lie doit jamais utiliseï^ une eau d'égout épurée j même très diluée, à des usages alimentairesy sans purification chimique ou filtration préalable.
Il est extrêmement désirable qu'avant d'ôtre présenté à Texamen du Conseil supérieur d'hygiène publique de France, des (Conseils d'iiygiène départementaux ou des Commissions sanitaires, chaque projet d'épuration soit étudié avec le plus grand soiuj pour éviter les dépenses inutiles et l'adoption de procédés ou de dispositifs non appropriés aux conditions locales.
11 importe enfin que toutes les stations d'épuration d'eaux d'égouts ou d'eaux résiduaires industrielles, susceptibles d'intéresser la santé publique, soient l'objet d'une surveillance constante de 1î« part des autorités sanitaires, lesquelles de-
vront s'assurer fréquemment de leur bon fonctionnement et de leur état d'entretien.