‹ Recherches sur l'epuration biologique et chimique des eaux d'egout effectuées à l'Institut Pasteur et Lille et à la station experimentale de la MadeleineChapitre 153 sur 173 · TRAITEMENT ET UTILISATION DES BOUES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT ET UTILISATION DES BOUES

Le traitement des boues, que celles-ci soient produites par la décantation du sewage avec ou sans précipitation chimique, ou par l'emploi des septic tanks j est une des plus graves difficultés de l'épuration, surtout lorsqu'il s'agit de grandes villes. Il en sera probablement toujours ainsi, parce qu'elles renferment trop peu de substances utilisables, mais surtout de l'eau et des matières minérales avec un peu de cellulose.

Conversion des boues en engrais, — Les expériences de conversion des boues en engrais qui ont été faites, pour la Commission royale, par le Board of Agriculture et par The Royal Agricultural Society, de 1905 à 1907, ont montré qu'unité pour unité, l'azote elle phosphate de ces boues sont moins utilisés par les cultures, toutes circonslances étant égales d'ailleurs, que les mêmes éléments employés sous la forme habituelle des engrais chimiques. Jugé à ce point de vue, le prix des boues, nommées en Angleterre guano indigène^ est supérieur à leur valeur réelle.

L'ÉPURATION BIOLOGIQUE EN ANGLETERRE. i7:>

A Glascow (Dalmarnock), on a employé le procédé Melvhi pour la fabrication du u globe fertiliser » qui n'est autre chose que la boue obtenue par précipitation du sewage au moyen de la chaux et du sulfate ferrique. Cette boue, séchée à 65-70 degrés, est passée dans un moulin à farine. Elle en sort à l'état de poudre brune dont la composition moyenne est la suivante :

Humidité 22.51 0/0

Matières volatiles au rouge 5.', 98 0/0

Matières fixes 45.51 00

Lrs matières fixes sont constituées par :

Cendres i0,75 0/0

Oxyde de fer et d'alumine 13,42 0/0

Chaux 12,09 0/0

PoUsse (soluble dans MCI) 0,10 0/0

Acide phosphorique 1.11 0/0

Phosphate tribasique de chaux 2,42 0/0

Azote total 1,50 0/0

Le coût de fabrication de cet engrais est de 1 2^*^,50 par tonne. L'économie réalisée par sa vente sur le coût de Tépu^ ration est d'environ 5 francs pour 1 000 000 de gallons, soit 4540"*' d'eau traitée. L'écoulement du produit est assez facile autour de Glascow jusqu'à présent.

Évacuation des boues en mei\ — Il n'y a cependant aucun doute que pour les villes situées près de la mer, le moyen le plus économique de se débarrasser des boues est de les transporter au large, au moyen de chalands ou de navires spécialement aménagés à cet effet. On doit seulement s'assurer alors qu'il n'en résultera aucun inconvénient pour les environs immédiats du lieu de déversement, ni pour les parcs à huîtres ou à coquillages qui pourraient se trouver dans le voisinage. Ce mode d'évacuation des boues est employé à Londres^ Glasgow, Dublin y Manchester, Salford et Southampton, Les dépenses qui en résultent varient suivant les distances.

Par tonnes de boues fraîches (90 pour 100 d'eau en moyenne) ces dépenses sont :

0 fr. 455 à Londres.

0 fr. 54 h Ofasgoir.

0 fr. 994 à Manchester.

1 fr. 690 à Southampton.

Boues comprimées. — Sous cette forme, beaucoup de villes

trouvent à se débarrasser de leurs boues de précipitation chimique au prix de 0,60 par tonne. Pour passer les boues aux filtres-presses, on les additionne généralement de 0,5 à 1 pour 100 de chaux sous forme de lait. Les tourteaux obtenus ne contiennent plus que 50 à 65 pour 100 d'eau, au lieu de 90 pour 100 que renfermaient les boues fraîches. Ce mode de traitement coûte environ de 2^^50 à 6^%25 par tonne de tourteaux produits, suivant la nature des boues, la quantité de chaux ajoutée et Timportance de Texploitalion. La chaux a pour effet d'agglomérer les matières.

Le pressurage des boues, sauf pendant les mois très chauds, peut s'effectuer sans dégagement d'odeurs trop nauséabondes pourvu que le local soit bien ventilé et isolé de toute habitation.

Enfouissement des boues dans le soL — Ce procédé consiste à déposer les boues liquides dans des tranchées en forme de V, larges de 0"*fiOj profondes de 0'"»50, qu'on recouvre aussitôt de terre. On les laisse sécher et, lorsqu'elles sont incorporées au sol, on laboure celui-ci et on le livre à la culture.

C'est un excellent moyen à recommander, surtout pour l'évacuation des boues de fosses septiques qui sont à peu près dépourvues d'odeur. Le remplissage des tranchées doit toujours être effectué par temps sec et les tranchées creusées plusieurs semaines d'avance afin que la terre soit aussi sèche que possible.

Il faut compter que 1000 tonnes de boues liquides nécessitent une surface variant de 40 à 120 ares suivant que le sol est très perméable, médiocrement perméable ou très argileux.

A Birmingham^ le coût total comprenant la main-d'œuvre, le pompage, l'amortissement et la location des terres est d'environ 5 francs par tonne de boue à 90-95 pour 100 d'eau. On en évacue ainsi de 60 à 80 000 tonnes par an

A Guilfordj on enfouit annuellement de la même manière 18 720 tonnes de boues avec une dépense moyenne de 6'',45 par tonne.

Simple dessiccation à fair en « lagunes ». — Dans certains cas on préfère creuser simplement dans le sol un bassin dont le fond, drainé par des tuyaux, est garni d'une couche plus ou moins épaisse de mâchefer. Les boues liquides y sont déver-

sées et y restent jusqu'à ce qu'elles soient suffisamment sèches pour être manipulées à la pelle, ce qui nécessite de 2 à 6 mois suivant le temps et suivant la profondeur de la masse. A Accrington, les boues ainsi desséchées sont chargées sur des chalands et vendues au prix de 1^',37 la tonne aux bateliers qui les transportent dans les districts agricoles.

L'inconvénient du système est que les étangs de boues dégagent pendant longtemps des odeurs désagréables et qu'ils constituent un danger pour les travailleurs, surtout pour les enfants, exposés à y tomber.

Incinération des boues. — On a fait beaucoup d'essais en vue de brûler les boues de scwage, soit seules, soit mélangées avec des ordures ménagères, du charbon, des huiles ou des résines. La plupart de ces tentatives ont échoué, soit à cause des frais que nécessite la dessiccation préalable, soit parce qu'on a voulu traiter directement les boues humides contenant environ 90 pour 100 d'eau. Il est cependant possible de brûler les boues comprimées en tourteaux. A Ealing^ les boues ainsi comprimées (à 60 pour 100 d'eau) sont additionnées d'ordures ménagères sèches dans la proportion de I J 2 à 2 d'ordures pour 1 de tourteau de boue, et brûlées dans un four à ordures.

A Huddersfieldyles boues de précipitation chimique pressées sont mélangées avec 20 pour 100 de coke et incinérées dans un four Horsfal/, Le coût total du traitement y compris le pressurage des boues est, par tonne de boucs pressées et brûlées, de G'\iO.

Substances extractibles des boues. — Le principal exemple de boues dont il est possible d'extraire des substances utilisables est Uradford^ dont le sewage contient une quantité considérable de résidus de lavage de laines (savons et graisses). Depuis plusieurs années on a expérimenté de nombreux procédés, et M. J. GarfiekU ingénieur de la ville, est maintenant en mesure de tirer un parti avantageux de ces substances dont la valeur vient en déduction des frais d'épuration.

Calmette. — IV. 12

Sewage brut.

Liquide décanté.

Le débit des égouts par temps sec est, à Bradford^ de 59000""' par jour, dont la moitié est constituée par des eaux résiduaires industrielles et 20 pour 100 par des eaux de peignages de laine.

Le procédé utilisé est le suivant : le sewage passe à travers des bassins de décantation où il abandonne environ 7'"',164 de dépôt par jour, puis à travers des grilles. On lui ajoute ensuite de Tacide sulfurique en quantité telle que le liquide garde une acidité de 0,10 pour 1000 en So*H*. Le sewage acide se rend alors dans d'autres bassins de dépôt, disposés en séries. Le tableau suivant indique la composition du liquide décanté par rapport au sewage brut :

Matières en suspension. . . .

Matières en solution

Oxygène absorbé en 4 heures.

Ammoniaque libre

Azote albuminolde

Les boues évacuées des bassins de dépôt sont transportées dans des caissons métalliques : on y ajoute une nouvelle quantité d'acide sulfurique, on les chauffe aux environs de 100 degrés avec la vapeur d'échappement des chaudières et on les passe aux filtres-presses sous l'air comprimé. Les filtres-presses sont également chauffés à la vapeur et on y lance alternativement de la vapeur, puis des boues chaudes. Le liquide qui s'en échappe consiste en eau et graisses : on le conduit dans des récipients spéciaux où la graisse se sépare; après quoi celle-ci est bouillie avec de l'acide et de l'oxyde brun de manganèse pour lui donner des qualités marchandes.

Chaque année on produit environ 100000 tonnes de boues contenant 80,15 pour 100 d'eau et 7,43 pour 100 de graisses, soit 37,7 de graisses pour 100 de matières sèches.

Les boues comprimées et dégraissées représentent un poids de 20 000 tonnes par an (à 27 pour 100 d'eau). Une partie est brûlée dans un four spécial, l'autre partie est vendue aux cultivateurs à 4^', 50 la tonne sur rail.

Pendant 6 mois, en 1907, la dépense totale de la station d'épuration, non compris les frais d'installation et les intérêts,

s'est élevée à 249 000 francs et les recettes provenant de la vente des graisses ont été de 293 150 francs.

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