‹ Recherches sur l'epuration biologique et chimique des eaux d'egout effectuées à l'Institut Pasteur et Lille et à la station experimentale de la MadeleineChapitre 46 sur 173 · STATION EXPÉRIMENTALE DE ROUBAIX-TOU.^COING · texte numérisé non relu

STATION EXPÉRIMENTALE DE ROUBAIX-TOU.^COING

Sur la demande de M. le D' Dron, député et maire de Tourcoing, nous avons installé, à Toccasion du Congrès d'hygiène sociale qui s'est réuni dans cette ville en septembre 1906, une station d'expériences que nous avons décrite dans le volume II de ces Recherches (pages 185 et suivantes).

Cette station était disposée pour étudier parallèlement Tépuration biologique sur les eaux d'égout non mélangées d'eaux de peignage de laines et l'épuration chimique sur les eaux résiduaires des usines de peignage, recueillies à part.

On sait que le problème de Tépuration des eaux d'égout est rendu particulièrement difficile h résoudre lorsque, comme c'est le cas de Roubaix-Touvcoing, ces eaux renferment une quantité considérable de graisses provenant du traitement industriel des laines.

La seule solution rationnelle qui s'imposera tôt ou tard aux villes dont il s'agit consiste à recueillir les eaux de peignage dans une canalisation séparée (*), à les conduire à une usine

(*) Voici la composition moyenne des eaux résiduaires de peignages de laines, à Tourcoing, avnnt et après précipitation par I*eau de chaux :

EAr DE PEIGNAGE (milligr. par litre).

Extrait sec

Avant précipilntion.

5,225 brunâtre très forte

acide

Après précipilntion par l'eau de chaux.

Résidu fixe

Perte parcalcination .lu rouge.

Couleur . .

jaune pâle

fail)le

Odeur

R<^aclion

très alcaline

Ammoniaque

STATION EXPERIMENTALE DE ROUBAIX-TOURCOING. lO.l

d'épuration chimique dont Teffluent, après une séparation des graisses et des dépôts, serait ensuite rejeté dans Tégout collecteur des eaux-vannes urbaines.

Ces dernières, ne contenant dès lors plus que les graisses ménagères, présenteraient une composition à peu près identique à celle des localités de même importance, et Ton n'éprouverait aucune difficulté à les épurer par les procédés *biologiques usuels.

Non seulement cette solution est la seule qui, en Télat actuel de nos connaissances, permette d'éviter Textrêmc pollution de VEspien^e^ mais elle est certainement la plus économique, puisque le traitement chimique, toujours très onéreux, ne porterait plus que sur un volume de 15000 mètres cubes par jour au maximum, alors que le débit total de Tégout unique est de 60000 mètres cubes en moyenne.

On peut ajouter qu'elle est également la plus équitable, car il est logique d'admettre que les 200000 habitants des deux villes ne doivent pas payer les frais d'épuration des eaux résiduaires de quelques usines, alors que cette épuration entraîne des frais particulièrement élevés. Il serait juste que la population entière supporte la part de dépenses qui résulte du traitement des eaux-vannes communes, et que les industriels prissent à leur charge celle qu'entraîne la séparation chimique des graisses et des boues de nature spéciale que les usines évacuent actuellement à l'égout unique, interurbain.

11 est, d'ailleurs, très probable que la précipitation chimique ne portant que sur un volume d'eaux résiduaires relativement restreint (15000 mètres cubes par jour au maximum) et extrêmement riche en suint de mouton, permettrait de récupérer sous forme de graisses commercialement utilisables (au moins comme combustible), une proportion importante de matières

Azote organique 155 82

Matières grasses 1 950 0

— en suspension totale. 3325 91

— organiques 1 504 32

— minérales 1819 59

Les matières en suspension contiennent :

Matières grasses 17,6 0/0

Azote 2,0 0/0

grasses. La valeur de celles-ci venant en déduction des frais (le traitement rendrait Tépuration moins onéreuse.

Au cours d-un récent voyage d'études en Allemagne, nous avons eu l'occasion de voir appliquer à Koepenick^ près de Berlin^ un procédé mécanique et chimique de séparation et d'utilisation des boues qui nous a paru susceptible de rendre de graïids services dans le cas dont il s'agit. Nous estimons qu'il y aurait lieu d'en faire Fessai en variant au besoin la nature des réactifs employés.

Nous reproduisons ci-après les notes que nous avons rapportées à son sujet.

I. — Traitement des eaux dégoût à Koepenick, près Berlin. Utilisation des boues, non desséchées, à la production d'énergie électrique. — La ville de Kœpenick, pour une population de 7)0000 habitants, doit rejeter en moyenne par jour à la Sprée environ 4000 mètres cubes d'eaux d'égout, composées eu majeure partie d'eaux ménagères contenant une proportion notable de matières grasses.

L'épuration de ces eaux est obtenue par traitement chimique, au moyen de lignite et de sulfate d'alumine. Les eaux sont d'abord additionnées de 900 grammes de lignite en poudre grossière par mètre cube, puis d'une solution concentrée de sulfate d'alumine à la dose de 200 grammes de sel par mètre cube. Le mélange est rendu intime par un courant rapide au travers d'un grand nombre de chicanes.

Les eaux traitées se rendent dans un bassin simplement creusé dans le sol, sans maçonnerie ni bétonnage, de 190 mètres de long sur 65 mètres de large et d'une profondeur de 0'",80 à 0 ',90, ayant ainsi une superficie de 12550 mètres carrés et une capacité de 10 à 11 000 mètres cubes. Il faut environ 5 jours pour remplir un bassin qui reste en fonctionnement pendant un mois. Au bout de ce temps, la capacité volumétriquc du bassin étant trop réduite par suite de l'accumulation des boues qui s'y est effectuée, l'eau traitée est dirigée dans un autre bassin, puis après un mois dans un troisième bassin. Pendant les intervalles de fonctionnement, les boues sont égouttées puis transportées dans un hangar où elles se dessèchent en partie. Au bout de 5 semaines envi-

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ron. elles ne contiennent plus que 60 pour 100 d'eau. On y «joute alors un cinquième de leur poids en charbon. En cet état, elles servent de combustible à une usine électrique qui fournit Téiairage et la force motrice aux tramways et aux industries.

On peut admettre qu'un mètre cube d'eau d'égout donne environ 3 kilogrammes de boues à 60 pour 100 d'eau, soit environ 400 tonnes par mois.

Bien que Içs prix de vente de l'électricité soient assez réduits (0 fr. 50 le kilowatt-heure pour l'éclairage et 0 fr. 175 le kilowatt-heure pour la force motrice), l'exploitation semble devoir donner de bons résultats financiers.

Nous ne pensons pas qu'on puisse s'attendre à obtenir des bénéfices, car la quantité de matières combustibles retirées des eaux d'égout est relativement très faible et il semble que c'est seulement la proportion considérable de charbon ajoutée qui permet le fonctionnement de l'exploitation.

Cependant nous croyons que cette méthode de traitement serait à retenir pour l'employer dans certains cas où elle pourrait être avantageuse.

Certaines villes industrielles, dans lesquelles le travail delà laine est très développé, doivent évacuer des volumes parfois énormes d'eaux contenant une si forte proportion de matières grasses qu'elles ne peuvent être traitées par les procédés biologiques. Ainsi les eaux d'égout de Bradford [Angleterre) contiennent 650 grammes de matières grasses par mètre cube ; les ediUxdeV Espierre{RoubaiX'Tourcoiny) àehOi) h 1000 grammes] il en est de même pour les eaux de Verviers {Belgique).

De très nombreux procédés ont été proposés pour l'épuration de ces eaux grasses (procédés chimiques basés sur remploi de réactifs précipitants), mais ils produisent des quantités considérables de boues inutilisables comme engrais. On a bien essayé d'en retirer les graisses, mais les modes opératoires proposés n'ont jamais donné les résultais qu'on en espérait.

La méthode la plus rationnelle d'utilisation de ces boues semble être la combustion. En effet, desséchées convenable-

ment, elles peuvent contenir près de la moitié de leur poids en matières grasses éminemment combustibles. Des essais entrepris pour VEspieiTc^ dans ce sens, par M. Ihenvaux, ingénieur des Ponts et Chaussées, et continuées par son successeur, M. Grimprez, à l'usine de Grimonpont et à la station expérimentale de Tourcoing^ ont donné d'excellents résultats.

La précipitation des eaux de XEspierre^ et même des eaux de peignage seules, par Teau de chaux, permet d obtenir un effluent limpide ne coutenant pas de matières en suspension, pourvu que Teau de chaux ajoutée soit en proportion convenable et que le mélange soit intime, ce qui est obtenu à Tourcoing par un cheminement très long de Teau avant son entrée dans le bassin de décantation. Nous croyons que Taddition d'une certaine quantité de tourbe ou de lignite comme à Koepenick, ou encore de charbon maigre en poussière, favoriserait la décantation et produirait une rapide décoloration de Teau. Pour rendre transportables les boues obtenues par précipitation par la chaux seule,. on a généralement fait usage de filtres-presses dont l'emploi est très coûteux par suite de l'usure rapide des toiles; la précipitation avec addition de charbon a l'avantage de donner des boues qui s'égouttent plus facilement et n'exigent pas d'être liltrées. Des essais sur de grands volumes pourraient seuls fixer les avantages de cette technique sur laquelle nous croyons devoir appeler l'attention des ingénieurs et des municipalités des villes intéressées.

H. Séparation des graisses. — A Yorkshire [Angleterre), les eaux de lavage des laines sont d'abord concentrées par évaporation, puis traitées par des appareils centrifuges qui agissent comme les écrémeuses sur le lait. On obtient ainsi trois couches : une de boues, qui n'est pas utilisée; une solution concentrée de savon de potasse qui est calcinée et transformée en carbonate de potasse; enfin une couche do lanoline brute, marchande.

Ces méthodes ne sont évidemment pas applicables aux villes dont les eaux ne renferment qu'une quantité faible de matières grasses, mais elles présentent un grand intérêt pour

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