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III. — STRUCTURE DE L’ERGOT DU SEIGLE MUR

Voyons maintenant en quoi la structure que nous venons de décrire diffère de celle de l’ergot complètement arrivé à maturité, tel qu’on l’emploie dans les officines.

La coupe transversale ne montre plus que deux parties :

1° La zone périphérique mince, colorée en rouge foncé; elle comprend plusieurs assises de cellules dont la membrane est légèrement épaissie, mais dont le contenu ne paraît pas différer de celui du reste du sclérote; vue à l’œil nu, cette zone a une teinte noire ; au microscope, on distingue nettement la coloration rouge violacé des membranes. C’est la zone protectrice de l’ergot. Il n’y a plus trace, en dehors d’elle, de la zone des filaments conidifères.

2° La zone interne, à peu près incolore, formant le corps de l’ergot; traitée par l’eau iodée, elle prend une coloration jaune uniforme et n’offre plus les bandes amylacées que nous avons signalées dans la phase précédente. Tout au plus trouvet-on, en de très rares points, un petit granule d’amidon qui a échappé au travail de digestion et que le réactif colore en bleu ou en bleu rougeâtre, mais destiné lui-même à disparaître à

la longue. Il est à remarquer que fréquemment le tissu correspondant aux anciennes zones amylacées prend dans l’eau iodée une teinte rougeâtre, et non une teinte jaune, comme les parties voisines.

Les cellules (fig. 15) ont un contour arrondi,ovale ou polyédrique; dans les coupes longitudinales, on distingue facile-

Fig. 14. Fig. 15.

Fig. 14. — Ergot du Seigle.

Fig. 15. — Fragment d’une coupe transversale d’un ergot mûr. Il n’y a plus d’amidon. En blanc, l’huile. (Cross., 800.)

ment leur groupement en filaments rectilignes ou flexueux, serrés les uns contre les autres.

Les lacunes qui, dans la phase précédente, étaient souvent, assez développées vers le centre dé l’ergot, sont ici à peu près complètement occupées par le thalle; l’ergot est devenu un corps massif.

a structure des cellules est semblable à celle que nous avons décrite précédemment.

Au-dessous d’une membrane cellulosique très distincte, qui ne se colore pas en bleu par la solution d’iode dans l’iodure dépotas- FlG . i6. Même sium, mais seulement en jaune, nous retrou- “° upo a ? uo / u a s vons (fig. 10) les corpuscules albuminoïdes S i e ’. (Gross!, 2250°) granuleux, jaunissant par l’iode, rougissant fortement par l’hématoxyline, et formant en définitive la réserve azotée de la cellule; puis la gouttelette grasse, très développée, située généralement au centre, et constituant la réserve ternaire. Certaines cellules paraissent présenter un

Fig. 18.

contenu granuleux exclusivement albuminoïde; mais peutêtre la gouttelette grasse plus intërne est-elle simplement masquée par le revêtement périphérique qu’il constitue. Quelquefois on observe plusieurs gouttelettes oléagineuses dans une cellule. Jamais on n’y trouve trace d’amidon.

Outre ces produits figurés, l’ergot renferme un principe sucré dont la nature n’est pas encore nettement établie, mais qui paraît être, soit du tréhalose, soit du mycose; de plus un principe actifet des sels, tels que le phosphate de potasse. On a pu en retirer aussi de la mannite. M. Tanret en a extrait un alcaloïde cristallisable, Yergotinine (1), douée de propriétés hémostatiques, qui justifient l’emploi de la poudre d’ergot contre les hémorrhagies qui succèdent aux accouchements. Le même auteur en a récemment séparé un nouveau principe immédiat, de nature ternaire, cristallisable, Yergoslérine, qui rappelle la cholestérine par certaines propriétés, mais s’en distingue par d’autres, notamment par la réaction de l’acide sulfurique (2).

L’ergot est administré à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme. À haute dose, par exemple dans les farines impures, il produit la gangrène ou sphacèle des membres ; parfois son effet se limite à des accès convulsifs.

Il résulte de ce qui vient d’être dit que pendant la dernière phase de la maturation de l’ergot, ceux des grains d’amidon d’origine ovarienne, qui jusqu’alors étaient restés intacts, ont été eux-mêmes lentement digérés par lui, puis assimilés,- de telle sorte qu’il n’en reste plus trace au moment où le sclérote a atteint sa parfaite maturité. A proprement parler, c’est alors seulement que le parasite s’est complètement substitué à l’ovaire dans lequel il s’était installé.

Par la nature de ses principes de réserve, l’ergot du Seigle se rapproche des graines aleuriques et oléagineuses, telles que le Ricin, le Pin; il rappelle l’albumen de ces graines, non seulement par ses réserves, mais par sa structure purement cellulaire.

(1) Tanret, Comptes rendus de l’Académie des Sciences, 1875.

(2) Tanret, ibid.,U janvier 1889.

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