ANATOMIE
Pour aborder avec quelque succès et quelque profit l’étude des connaissances anatomiques dont le Rig-Véda porte l’empreinte, il faudrait entrer sur le domaine de la philologie comparée, et surtout pouvoir disposer en maître des textes sanscrits. On se contentera donc ici de noter quelques expressions qui révèlent une certaine
(1) VIII, I, 16; 5 et 6.
(2) IV, IV, 16; 6 à 9. - VIII, viii, 42; 3.
(3) h'arani, pièce de bois dont on retirait fétincelle par le frottement.
(5) Voy. plus haut note 5.
(6) Hausregeln, I, 16.
liabilude de l’examen des cadavres d’animaux de bouciierie ou destinés aux sacrifices (1); encore, doit-on reconnaître que la nomenclature est, dans le Rig-Véda, beaucoup moins riche et que l’observation n’est pas aussi pénétrante que dans Homère, ce qui lient à la fois à la différence des époques et à la diversité des sujets.
Presque toutes les notions anatomiques du Rig-Véda se trouvent rassemblées dans l’hymne suivant (2), qui est une conjuration contre les maladies dont les parties du corps peuvent être attaquées, et où il n’est pas malaisé de reconnaître une forme liturgique, un ton déjà impérieux et des détails techniques qu’on chercherait vain^ement dans les premières sections du Rig- Véda (3).
Hymne pour la guériison des maladies.
1. De tes yeux, de ton nez, de tes oreilles, de tes lèvres, de ta cervelle, de ta langue, j’enlève la maladie qui attaque la tête.
2. De ton col, de tes nerfs, de tes os, de tes jointures, de tes épaules, de tes bras, j’enlève la maladie qui attaque le haut du corps.
3. De tes intestins, de ton fondement, de ton ventre, de ton cœur, de tes flancs, de ton foie, de tes chairs, j’enlève la maladie.
à. De tes jambes, de tes genoux, de tes talons, de tes pieds, de tes reins, de tes parties honteuses, j’enlève la maladie.
5. Du membre qui chasse le liquide {urine?), de tes poils, de tes ongles, de tout ton corps, j’enlève la maladie.
6. De tous tes membres, de toutes les parties velues, de toutes les articulations, de tout ton corps, j’enlève la maladie.
Les Indous tirent de fréquentes comparaisons des organes génitaux , surtout de ces organes chez les femelles : le beurre du sacrifice est la matrice {tjoni-birt h-place dans Wilson) d’Agni (4) ; le foyer du sacrifice est assimilé à la matrice, où les libations
(1) II, III, 5; 19 : on offrait en sacrifice le cœur, la langue, la poitrine, d’après Langlois, t. I, p. 561, note 35.
(3) Voy. aussi, autant qu’on peut s’en fier à l’interprétation de Langlois, II, iii, 5; 19.— VII, vu, 9; 17 (les membres en général). — VIII, iv, 5; 10-14 {membres en particulier, dents à double rangée, bouche, bras, cuisses, pieds, oreilles). — VI, iv, 4; 14 {mâchoires d’Agni armées de dents). — VI, v, 9; 10 {mâchoires d’Indra). — V, iv, 20; 2 (la Prière montre ses dents qui mordent les gencives). — VI, V, 2; 12 {gosier de Varouna). — V, i, 8, 7 (remplir son ventre). — VIII, iv, 1; 15 (double ventre d’Indrani, c’est-à-dire le ciel et la terre).— VII, viii, 12; 4 {estomac (?) d’Indra).— VII, iii, il, 22 {entrailles d’Indra). — V, iv, 21; 13 {épaules et poitrine des Marouts). — II, vu, 11; 2, et VII, vu, 9; 14 {mamelle P oudban ; mamelle de la vache céleste). — VIII, iv, 1; 8; VI, v, 9; 3 {sein ou mamelle?). — IV, iv, 16; 8. — Cf. III I, 23; 11 {enveloppes, membranes de Vembryon-garbha-âsoura). — V, i, 14; 18, et VI, VII, 3; 7 {nerfs d’Agni et de Vritra). A en juger par un passage de VAithareya-brahmana du Rig- Véda, extrdiit par M. Barthélemy Saint-Hilaire {Journal des savants de septembre 1866, p. 557), l’explication canonique des rites fournirait, à propos des sacrifices, une nomenclature anatomique assez riche et se rapportant à une époque encore ancienne. En effet, il n’y avait pas moins de trente-six morceaux de la bête immolée, et qui tous avaient des noms : la mâchoire, la poitrine, la gorge, le palais, V échine, la vessie, etc.