‹ Recherches sur l'état de la médecine durant le période primitive de l'histoire des IndousChapitre 14 sur 15 · AUX INVOCATIONS SUCCÈDENT LES ♦CONJURATIONS · texte numérisé non relu

AUX INVOCATIONS SUCCÈDENT LES ♦CONJURATIONS

La période des invocations nous conduit à la période de conjurations (1), où nous voyons apparaître l’usage superstitieux de plantes et d’autres moyens physiques plus déterminés. Las d’attendre avec patience la bienveillance secourable des divinités protectrices, les Aryas attaquent le ciel de vive force et contraignent par des charmes les dieux à leur venir en aide; le résultat n’est pas meilleur, mais l’imagination est plus satisfaite ; on croit aux sorciers quand on ne croit guère ou qu’on croit mal en Dieu. C’est la seconde période védique, dont nous dirons ici quelques mots pour compléter cette vue d’ensemble et marquer les grands traits de la médecine parmi les Indous d’après les anciens documents.

Quoique le Sâma-Véda soit tiré presque uniquement du Rig-Véda, il offre néanmoins un grand intérêt pour Thistoire littéraire, puisque, en plusieurs de ses parties, il représente le Rig avant la rédaction en samhita, c’est-à-dire dans sa forme primitive; mais, en ce qui concerne la médecine, ce n’est pas le Sâma qui peut nous instruire; ce seraient les Brahm.anas^ espèce de commentaire qui, pour les différents Vedas^ servent de lien entre les hymnes ou les formules du sacrifice, et fournit toutes sortes d’explications précieuses pour les détails du rituel, et même pour les usages domestiques qu’il nous faudrait interroger. Ainsi, le cinquième livre du Schadvinça- Brahmana, du Sâma-Samhita , renferme les cérémonies conjuratoires contre les maladies ou accidents des hommes et des animaux, contre les prodiges célestes ou terrestres, les apparitions, la perte des objets, etc. (2); mais on ne possède la traduction que de courts et rares fragments des Brahmanas ou des autres vastes appendices et commentaires des Védas.

VYajur-Véda^ d’après les renseignements fournis par Weber (3) et par d’autres indianistes, ne paraît rien contenir qui se rapporte à notre sujet ni dans l’une ni dans l’autre des deux parties dont il se compose {Yajusnoir et Yajus blanc).

Comme l’a remarque Weber (4), dans le plus récent des Védas, dans VAtharva-..

(1) Nous reviendrons sur ce sujet à propos de Théophraste.

(2) Weber, l. l., p. 1 43-144.

(3) L. L, p. 167-251. Voyez aussi Liétard, Lettres, etc., p. 46.

(4) L.I., p. 64; Cf. page 271, sur l’anatomie dans la Garbha-Upanishad de VAtharva. Voyez aussi un important travail de M. Grohmann sur la médecine de VAtliarva-Véda , dans A. Weber, Indische Studien, 1X« vol., 2« et S" cahiers; Leipzig, 1865. — Nous aurons proehainement l’occasion de parler de ces recherches.

Yéda^ où l’on distingue cependant des morceaux très-anciens, on est sous l’empire pusillanime des mauvais esprits et de leur pouvoir magique, on redoute les dieux, on n’a plus en eux une pieuse confiance (1); le peuple a perdu son indépendance et sa spontanéité ; il y apparaît enveloppé dans les liens de la théocratie et de la ! superstition. Ce Véda et le Schadvinca-Brahmana du Sâma représentent, à mon avis, sinon exactement pour la chronologie et pour toutes les conditions de civilisation, du moins en ce qui regarde l’histoire de la médecine, l’époque de VOdyssée^ celle où commencent à se développer chez les Grecs les pratiques de la magie et de la théurgie ; mais tandis que chez les Grecs ces pratiques font de vains efforts pour se substituer à la médecine naturelle, qui déjà et de très-bonne heure avait acquis la suprématie, elles se perpétuent, prennent les plus vastes proportions et régnent [h peu près souverainement durant de longs siècles parmi les Indous.

Il y aurait donc lieu de revenir sur ces diverses questions, et, en particulier, sur VAtharva-Véda, quand l’occasion se présentera de traiter de la mythologie médicale grecque, à propos des temples d’Esculape.

Enfin la troisième et dernière période de l’histoire de la médecine indoue correspond à la rédaction de VAyur-Véda attribué à Susruta, Ayur-Véda, où la médecine est considérée comme une révélation divine, mais où la science a repris cependant une partie de ses droits, grâce sans doute à quelque influence étrangère; car on peut supposer, et sans l’appui des autres preuves que nous ferons valoir plus tard, que les brahmanes ont eu la main forcée lorsqu’ils ont laissé pénétrer peu à peu quelques lueurs de l’esprit scientifique dans un Véda, même dans un Véda accessoire, eux qui avaient gardé si longtemps le monopole des exorcismes et des cures merveilleuses! Gette troisième période de la médecine indoue est sans contredit la plus intéressante, mais l’on doit en réserver l’étude pour le moment où la suite chronologique de l’histoire nous amène pour la première fois en présence de VAyur-Véda de Susruta.

10. — COMMENT ET POURQUOI LA POÉSIE PRIMITIVE NOUS RENSEIGNE SUR L’ÉTAT

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