DES MALADIES ET DES PRATIQUES MÉDICALES
Jusqu’ici, nous n’avons rencontré qu’un nom de maladie, celui de la lèpre (V. p. 10) ; mais nous pouvons encore en signaler deux, d’abord la consomption on phthisie {Raddjayakchma), pour laquelle on implore le secours d’Agni et d’Indra (1), puis, si nous ne nous trompons, une allusion allégorique à l’effusion de sang {dourriaman) qui accompagne l’avortement (2). Enfin, il y a quelques passages qui se rapportent à la piqûre des serpents ou autres bêtes venimeuses (3), piqûre très-redoutée des Aryas, qui voient du venin partout, contre laquelle il existe plusieurs conjurations, et dont les médecins, dans les siècles postérieurs, s’attachent particulièrement à combattre les conséquences fatales. Aussi, les meilleurs médecins, comme on le voit au temps d’Alexandre, étaient ceux qui se montraient les plus habiles dans le traitement des morsures venimeuses. Peut-être pourrions-nous trouver dans cette crainte des serpents les origines reculées du serpent d’Esculape; ce qui serait un souvenir des légitimes préoccupations de nos ancêtres, car les serpents sont répandus à profusion dans rinde et dans les pays avoisinants (4).
On n’a pas besoin d’insister pour montrer que, dans cette médecine, tout est indécis, indéterminé, enveloppé de symboles; que les dieux (j’entends ce mot à la façon des Indous) y jouaient le principal rôle, et que c’est bien là le caractère des époques primitives chez les peuples qui doivent arriver plus tard à un certain degré de civilisation et non pas rester dans les ténèbres de la barbarie, comme sont les sau-
(1) VIII, vm, 19; 1.
(2) VIII, YIII, 20; 1 et 4.
(3) V, IV, 15; 1 et 4.— II, V, 8; 16, et presque tout rhymne qui est une allégorie qu’on ne saisit d’un bout à l’autre que dans la traduction de Wilson.
(4) Voy. sur les noms multiples des serpents : Pictet, Orig. indo-europ., l'= partie, p. 499 et suiv.
vagcs où le fétichisme se trahit par les superstitions les plus grossières et où nulle apparence de progrès ne se fait jamais sentir.
Ce caractère essentiellement religieux de la médecine s’est perpétué, car, dans un livre comparativement récent, mais qui est l’écho des plus vieilles coutumes et le résumé des rituels les plus anciens (1), il est dit : « Lorsqu’un homme est pris de maladie au moment où il allume le feu [du sacrifice], il doit se diriger vers l’est, le nord ou le nord-est (2); il invoque le feu et obtient sa guérison; après quoi il offre un sacrifice; » de même « celui qui est attaqué de consoiïiption se délivre avec une offrande de crème et des prières. »