MODIFICATIONS VASCULAIRES ET HISTOLOGIQUES
Toutes les modifications que nous venons de décrire sont évidemment sous la dépendance d’un même acte vital, la nutrition. C’est par l’intermédiaire de cette grande fonction, qui commande et prime toutes les autres, que se produisent les différences dans la composition chimique de l’os, de même que, grâce à l’absorption, ou, au contraire, à l’apport de nouveaux matériaux, ont lieu les changements dans la forme, le volume, le poids, la densité. Mais il est des modifications qui sont d’un ordre plus essentiellement vital, si l’on peut dire ; ce sont celles qui se passent dans l’élément histologique et le modifient. Nous négligeons ici l’étude de l’atrophie, à laquelle sera consacrée la seconde partie de ce travail. L’atrophie, telle que nous la comprenons, est un état morbide; dans cette première partie de notre mémoire, nous ne décrivons que l’état que nous pouvons considérer comme normal, car il se produit par suite des progrès de l’âge.
Tout d’abord seront examinés les vaisseaux qui rampent à la surface interne du crâne, ou plutôt les traces qu’ils laissent sur les os; à cette étude se rattachera celle des corpuscules de Pacchioni, qui paraissent être sous la dépendance intime des canaux vasculaires. Après un court chapitre consacré à l’oblitération des sutures et aux modifications qu’elles peuvent subir, viendra l’examen de l’élément histologique, du système. Et d’abord, commençons par les vaisseaux.
§ 1 . — Etat clés sillons vasculaires .
Dès les premiers mois après la naissance, on voit trèsdistinctement, accolée aux méninges, l’artère méningée moyenne, accompagnée de ses deux veines, aller jusqu’à la fontanelle bregmatique, et arrivée là s’anastomoser avec l’artère du côté opposé. A cet âge, aucune impression n’existe à la face interne du crâne; ni les vaisseaux, ni les sinus n’ont encore laissé leur trace sur les os. Puis à un âge que l’on ne peut nettement préciser, car il est très-variable, de faibles dépressions logent les sinus et les canaux vasculaires. Ces dépressions se prononcent de plus en plus « et leur accroissement continue non-seulement dans l’âge adulte, mais encore dans la vieillesse, » et a il est rare d’ouvrir le crâne d’un sujet un peu avancé en âge sans y rencontrer dans quelques points une usure plus ou moins considérable des parois du crâne par des veines dilatées » (l). M. Tourdes a fait la même observation; il a, de plus, noté que « l’épaississement porte fréquemment sur la lame interne. On voit, dit-il, se creuser plus profondément le sillon de l’artère méningée moyenne,
(1) Gruveilhier. Anal, descriptgt. I, P- ’H9 et P* *54.
qui peut même, par place, se changer en un canal, pendant que la lame externe qui la recouvre s’amincit notablement. « ( Loc- . cit ., p. 172). Nous avons vu très-souvent aussi cet amincissement de l’os au point où passent les vaisseaux ; il peut être porté jusqu’à une grande transparence. Ce fait ne se remarque pas exclusivement chez les vieillards, quoiqu’il soit alors presque la règle générale ; nous avons pu aussi fréquemment le remarquer sur des crânes d’individus âgés de moins de quarante ans, quoiqu’il soit rare, et cela aussi bien dans la race blanche que dans la race éthiopique, sur des crânes modernes que sur des crânes anciens.
A l’angle mastoïdien l’artère méningée, après un court trajet, se divise le plus ordinairement en deux rameaux, se séparant sous un angle prononcé. L’un de ces rameaux, le postérieur, est le moins considérable et se dirige obliquement en arrière vers la suture lambdoïde. Le rameau antérieur longe la suture coronale à une faible distance, et au niveau du bregma vient se terminer en s’anastomosant avec celui du côté opposé; vers le tiers inférieur de ce rameau s’est délachôe une branche qui occupe la partie moyenne du pariétal; ces trois branches sont anastomosées par de légers ramuscules. C’est le rameau antérieur qui presque toujours est le plus profond ; c’est lui aussi qui se transforme en canal.
En examinant des crânes de vieillards on en rencontre un assez grand nombre qui, sur le trajet du rameau méningien coronal, présentent une série de petites dépressions, amincissant l’os, irrégulièrement profondes, comme gaufrées. Ce fait a été représenté par Breschet, dans son bel ouvrage sur le système veineux des os. La ligure 2 de la planche xjxl montre parfaitement cette disposition ; « Sur la face interne de la paroi latérale droite de la
1868. — Sauvage. 5
cavité du crâne, on peut distinguer deux sortes de canaux : les uns correspondent aux artères méningiennes, et les autres aux veines qui accompagnent les artères et qui sont placées sur les côtés des sillons artériels. Les sillons artériels sont minces, polis, réguliers, sans ouvertures. Les sillons veineux ont de nombreux pertuis et communiquent avec les veines méningiennes, souvent par de larges ouvertures, de véritables trous ou rainures profondes qui pénètrent jusque dans la substance du diploé. » De plus (p. 45), « le cours des canaux veineux est subitement interrompu par la communication avec les veines de la face interne des parois du crâne, de manière qu’alors les veines diploïques sont en partie situées dans l'épaisseur du diploé et en partie dans la cavité du crâne. Le diploé communique aussi, par de nombreux pertuis, avec la cavité crânienne, et des abouchements multipliés existent entre les veines diploïques et les veines méningées moyennes.»
Très-fréquemment à la face interne de crânes de vieillards, et cela aussi souvent sur ceux qui sont le plus épais que sur ceux qui sont le plus minces, on observe de nombreux canaux vasculaires plus ou moins profonds unissant entre eux les différentes branches de la méningée. Ges canaux forment un véritable lascis, interrompu en divers points par une série de petits pertuis communiquant avec le diploé.
Certains auteurs ont considéré ces canaux comme produits par les battements artériels, usant la substance osseuse de même que les tumeurs pulsatiles finissent par détruire les os contre lesquels elles sont situées. Dans certains cas, les choses se passent certainement de la sorte, mais nous croyons que, d’une manière générale, les sillons se forment par suite de l’accroissement en
épaisseur de l’os, par l’apport de nouvelles couches osseuses à la face interne du crâne. Le vaisseau augmentant peu en volume, ces nouvelles lamelles doivent évidemment Unir par le recouvrir en partie l’artère paraît s’être enfoncée dans l’épaisseur de l’os, tandis que, en réalité, deux bourrelets se sont formés autour d’elle. Ce fait est rendu évident par l’examen des deux figures 2 et 3 de la planche ir, qui représentent une section perpendiculaire de la table interne du pariétal. Il est certain que si le vaisseau avait usé l’os,, on aurait ce que l’on observe quand un cours d’eau vient à creuser son lit : les couches se retrouvent des deux côtés à la même hauteur, et ne s’infléchissent nullement vers le fleuve.; elles sont, au contraire, taillées perpendiculairement. Or, ce n’est pas ce que l’on observe dans une coupe de l’os. Que l’on examine , par exemple, la fig. 2, on verra les couches de la table interne les plus rapprochées du diploé être presque horizontales ; puis, un peu avant le fond du sillon, une ligne plus foncée s’ondule légèrement au niveau de la dépression et sépare le tissu ancien de celui de plus nouvelle formation ; au-dessus, tous les systèmes de lamelles fondamentales, ainsi que les rangées des cavités osseuses, sont aussi en stratification concordante, mais horizontale. A. une légère distance du sillon vasculaire, l’ensemble s’infléchit, passe en s’amincissant au fond du sillon et reparaît de l’autre côté, les deux premières lamelles seules manquant, détruites par l’usure.
La pièce figurée sous le n° 3 est encore plus instructive, en ce qu’elle montre ces inflexions, ces ondulations sur toute la longueur de la coupe; en un point surtout le vaisseau très-large a déterminé de chaque côté de ses bords un épais bourrelet ; dans ce cas les couches n’ont pas plongé sous l’artère pour se continuer de l’autre côté;
à chaque talus elles sont venues se disposer de telle façon que les plus profondes sont presque horizontales, tandis que les autres s’infléchissent, en s’arrondissant d’autant plus qu’elles sont plus superficielles ; ainsi, les couches s’amincissant de plus en plus viennent se mettre, au fond du sillon, en contact par une partie étroite. Au milieu de ce même sillon bien différente a été l’action d’un autre vaisseau ; celui-ci a corrodé, a usé le tissu osseux, s’y est creusé un canal : aussi les couches osseuses se terminentelles abruptement de chaque côté de cet espèce de talus.
A l’aide de la lumière polarisée, on se rend encore bien mieux compte de la disposition des lamelles; on voit très-manifestemeut s’infléchir au bord du canal vasculaire les espaces interlamellaires et les ostéoplastes ; ceux-ci, en effet, restent noirs et se détachent parfaitement sur la substance fondamentale qui se colore en blanc, ou en jaune, en violet foncé, en teinte sensible, selon que Ton se sert de la lame de gypse ou que l’on ne l’emploie pas.
Nous trouvons l’opinion que nous venons d’émettre sur la formation des canaux énoncée par Albinus (1), et, à cet égard, nous pouvons aussi noter l’observation de Sabatier. « On a toujours cru, dit-il, que les scissures et les gouttières de la face interne de ces os étaient creusées par l’action du sang que contiennent les vaisseaux qui y sont logés. On a comparé cette action à celle d’une goutte d’eau qui, tombant d’en haut et se succédant toujours, parvient à ronger les pierres les plus dures... On ne peut dire que ce soit en vertu d’une pression constante et longtemps continuée; car, si cela était vrai, on ne verrait pas les ouvertures pratiquées à travers les os du crâne pour
(1) Op. cit., lib. IV, cap. !, p. 5.
le passage des veines, tels que les trous pariétaux, les mastoïdiens postérieurs, les condyloïdiens postérieurs et autres, se fermer lorsque ces os prennent de l’accroissement. D’ailleurs, comment les battements des artères et la pression constante des veines pourraient-elles changer les gouttières et les scissures dont il s’agit, en de véritables canaux? N’est-il pas plus vraisemblable qu’elles sont formées par la gêne que les artères et les sinus de la dure-mère apportent à l’accroissement des pariétaux, à l’endroit qu’elles touchent, et à peu près comme les enfoncements et les creux que l’on remarque dans les arbres qui se trouvent gênés en quelques points de leur surface, par des corps durs? Il y a trop de ressemblance entre ces enfoncements et ceux qui se voient en dedans des pariétaux, nour attribuer ces derniers à des causes différentes... Ce n’est pas la pression que les corps exercent sur les arbres, qui les creusent; cette pression n’a d’autre effet que de les empêcher de croître, pendant que les parties voisines, qui ne sont pas gênées dans leur accroissement, prennent peu à peu le développement dont elles sont susceptibles » (1).
§ 2. - Corps de Pacchioni.
Les granulations qui se trouvent à la face interne de la dure-mère et se montrent principalement sur les côtés de la base de la grande faulx, dans les plexus choroïdes, au fond de la scissure des hémisphères cérébraux, et surtout dans le sinus longitudinal supérieur, mentionnées trèsbrièvement, pour la première fois, par Méry, en 1701 (2), ont été redécouvertes et très-bien décrites par Pacchioni,
(1) Loc cit., pp. 49 et 50.
('2) Hisl. Acad. roy. des sc., 1701 : Div. observ. anat., n° 1.
dont elles portent le nom, l’anatomiste romain ne connaissant pas l’observation faite par Méry (1). G’est dans la lettre adressée à Schrok, le x des Kalendes de mai (2), que Pacchioni fit connaître sa découverte, dont il entretient encore Fan ton dans sa lettre datée des Ides d’avril
Pacchioni émit l’opinion que les corpuscules,, qu’il venait d’observer, étaient des glandes d’où partiraient en grand nombre de très-fins tubes, traversant la pie-mère pour aller finir dans le cerveau; la dure-mère étant un muscle destiné à « presser les glandes corticales du cerveau, pour en exprimer ensuite la liqueur dans les racines des nerfs » (3) ; les corpuscules ne seraient, pour Malpigbi, que des organes destinés à lubrifier ce muscle « de la même manière que la lymphe de la membrane qui enveloppe le cœur, lui sert à un usage semblable. » La théorie des espritsanimaux règne alors dans la science, aussi Méry ne manque-t-il pas de faire jouer un rôle immense aux petits corps qu’il vient de découvrir, en concluant que « les esprits animaux ne seraient rien autre chose que la lymphe même que séparent, du sang les petites glandes de la dure-mère» (4).
On sait aujourd’hui que les corpuscules de Pacchioni ne sont formés que d’une substance dense, fibroïde, ressemblant au tissu conjonctif, et de quelques fibres élastiques incomplètement développées, de corpuscules amy loïdes et de concrétions calcaires (5).
L’usage de ces corps est jusqu’à présent inconnu; ce
(1) Lettre à M. Méry, 30 juin 1705.
(2) Op. cit., p. 127 , pl. i.
(3) Deux lettres à M. Méry, 20 mars 1706.
(4) Réponse de M. Méry à la première lettre de M. Pacchioni,
18 nov. 1705.
(5) Kolliker. Op. cit., p. 354.
que nous savons, c’est qu’ils sont en relation intime avec les vaisseaux, fait déjà observé par Pacchioni.
Nous n’avons ici à nous occuper que des impressions que les corpuscules laissent à la face interne du crâne* Faisons d’abord remarquer que toujours ces dépressions, qui se trouvent le long du sinus longitudinal supérieur, sont à l’extrémité d’un rameau ou d’un ramuscule méningien ; il y a, de plus, coïncidence presque constante entre la profondeur du sillon de cette artère et la présence d’amincissements du crâne, dus aux corps de Pacchioni. Le plus souvent aussi, les dépressions sont situées vers l’angle bregmatique, formé par la réunion des sutures sagittale et coronale, à une distance moyenne de 25mm de cette dernière suture et de 15 de la bipariétale. Ges fovea cjlandulares , comme les nomme Meckcl, existent presque toujours des deux côtés et sont symétriquement placés (52 fois sur 100); lorsqu’ils ne sont marqués que d’un seul côté, c’est ordinairement à gauche (34 sur 100), où, d’ailleurs, ils sont en général plus profonds ; plus rarement ils n’existent que du côté droit seul (14 fois pour 100). Quand ces corpuscules ont laissé leur empreinte sur le frontal, c’est presque toujours sur la ligne médiane, dans la continuation du sinus longitudinal supérieur.
Luscka, qui a nommé les corpuscules de Pacchioni franges arachnoïdiennes , les considère comme normales, lorsqu’ils sont peu développés (1). Quoique pouvant exister chez des individus jeunes encore, les dépressions de la voûte du crâne occasionnées par ces franges sont cependant rarement aussi fréquentes et aussi marquées que dans un âge avancé, alors que les corpuscules augmentent beaucoup de volume. C’est ce que Pacchioni (2),
(1) Serose Haute.
pi) « In senibus... ita conspicuæ emergunt, ut... discernantur,
Meckel (1), Cruveilhier (2), pour ne citer que ces auteurs, ont parfaitement remarqué.
Au niveau d’un corps de Pacchioni développé, la dureunère perforée laisse passer le corpuscule qui détruit la table interne et le diploé, de manière à n’être souvent recouvert que par une faible lamelle de la table externe. Aussi l’os est-il très-transparent en ce point. Assez souvent encore voit-on la lamelle qui recouvre la glande céder légèrement, de manière qu’il y ait une faible
dépression à la surface interne du crâne ; d’autres fois on
voit l’inverse; l’os est repoussé, et l’on a une petite élévation au-dessus du reste de la surface (3). Assez souvent aussi, au milieu d’un espace pouvant avoir jusqu’à 20 millimètres de large, et même plus, déprimé circulairement, on voit une série d’autres dépressions irrégulières, n’atteignant le plus souvent que le volume d’une tête d’épingle, mais pouvant être beaucoup plus considérables, creusées au milieu du diploé ; ces perforations sont tout à fait semblables à celles que l’on observe sur le trajet des veines méningiennes qui se sont enfoncées jusqu’au diploé; nous les avons principalement remarquées lorsque les cellules du diploé sont grandes, communiquant librement entre elles ; les canaux de Breschet
« non solum in interiori parte sinus prominentes, sed in Iacerto- « rum interstitiis, qua piam meningem respiciunt, et attingunt; « ut si membranarum divulsionem leniter instituas, harumglan- « dularum plurimæ, piæ meningis adhærentes adhuo persistant... « In senitas vero, in quibus hujusmodi Gbræ enervatæ minus « Iaxantur, et ferme disparent, glandulæ albescentes, et magis lur-
« gidæ cernantur. »
(1) Op. cit., p. 039, 1. 1.
(2) Op. cit., t. I, p. 134.
(3) Cf. Crânes astèques modernes de Duranzo. fColl. Domenech, nMO.) Lab. anthrop. du muséum et plusieurs crânes basques de Z. Mus. Soc. d’anthropologie. Id. n" 37, col. citée.
vont alors largement s’ouvrir dans le sinus longitudinal, en entourant la frange arachnoïdienne. Semblable disposition a été figurée par Sandifort (pl. xli, p. 155) et par Weber (pl. xiii). Ribes, qui s’est beaucoup occupé des altérations qu’éprouvent les os, a « observé deux espèces d’altéralions au crâne, par suite de la dissolution du diploé. Dans l’une, et celle-ci a été également observée par plusieurs anatomistes, la table externe, dans quelques points du crâne, se rapproche de l’interne; le crâne présente alors des enfoncements extérieurs, et il est trèsmince dans ces mêmes points. D’autres fois c’est la table interne qui se rapproche de l’externe, et alors on trouve à l’intérieur du crâne une fosse ou cavité que j’ai cru produite par la présence du corps connu sous le nom de glande de Pacchioni. L’os s’amincit considérablement dans ce point et se perfore. Je n’ai qu’un exemple de cette dissolution, mais l’ouverture était entièrement différente de celles qui sont produites par les fongus de la dure-mère. La face interne et le trou de l’ouverture étaient minces et formées d’une lame osseuse, compacte et lisse. Une portion ligamenteuse ou membraneuse était attachée autour et la bouchait complètement ( op . cit., p. 303). »
Le Dr F. Pornmerol ayant longuement étudié, tout récemment, le crâne au point de vue de la soudure des sutures, nous ne reprendrons pas ce travail ici. Nous nous contenterons d’énoncer les résultats auxquels l’auteur est arrivé et de donner ceux que nous avons pu tirer de l’examen d’un tableau qui nous a été communiqué par notre excellent ami le Dr E. Hamy. Ce tableau, dont les
éléments ont été recueillis à Bioêtre et à la Salpêtrière, dans le service de M. le professeur Broca, indique le 'degré de soudure et de complication des sutures chez 126 sujets (55 hommes et 71 femmes), dont l’âge est déterminé. On comprend de quel précieux secours il nous a été lorsquè nous avons voulu nous rend!re compte de la synostose des os du crâne.
Etudiant 57 crânes d’anciens Egyptiens, le DT Pommerol classe de la manière suivante les quatre périodes d’ossification des os du crâne ;
a 1° Portion temporale de lâ coronale ; 2° sagittale; 3° coronale, sphéno-frontale, lamlxloïde, sphéno-pariétale; 4° temporo-pariétale , temporo-sphénoïdale. » De plusl’auteur que nous venons de citer a remarqué que : « le crâne dolichocéphale se fermait de préférence dans l’ordre suivant : P0 sagittale; 2° coronale; 3° lambdoïde; tandis que, pour le crâne brachycéphale, la coronale commençait à se fermer après la lambdoïde. »
Dépouillons maintenant notre tableau et énonçons-en les résultats.
Sur les 126 sujets dont il donne l’état des sutures, 8 ont de 40 à 50 ans; 9, de 50 à 59; 23, de 60 à 69; 41, dé 70 à 79; 30, de 80 à 89; et enfin 5 ont dépassé cet âge; s’y trouvent aussi mentionnés 10 individus n ayant pas atteint 40 ans.
Nous remarquons :
1° Que c’est par la suture bipariétale que commence la synostose, et, par conséquent, que la lambdoïde' et la coronale restent plus longtemps ouvertes que cette suture.
2° Que c’est par la partie postérieure de la sagittale que se fait la synostose ; elle a lieu là où la suture est la moins compliquée, dans la division 4 de Welcker, entre les trous pariétaux ; nous avons déjà dit que c’est à ce niveau
qu’ordinairement commence à se manifester le sulcus sagittalis externus de Barkow.
3° L’ossification de la sagittale est ensuite plus active dans la partie médiane de la suture qu’à la partie antérieure.
4° Après la sagittale commencent à s’oblitérer la coronale et la lambdoïde.
5° Les parties latérales de la coronale restent plus longtemps ouvertes que la partie médiane.
6° C’est la partie médiane de cette suture qui s’efface le plus complètement; sur 53 cas où cette suture est représentée par les nos 0 et 1/2, on a 30 fois sur 53 l’oblitération de cette partie (1).
7° La partie latérale droite s’oblitère avant la gauche, et plus que celle-ci, dans le rapport de 14 à 9.
8° La lambdoïde reste un peu moins longtemps ouverte que la coronale.
9° A l’inverse de la coronale, la lambdoïde commence à s’oblitérer par sa partie latérale droite, puis par la partie médiane; c’est la partie latérale gauche qui se ferme la dernière; ces résultats peuvent être exprimés par des nombres qui sont entre eux comme 96 : 58 : 49.
10° La soudure, quoique commençant à droite, est cependant moins active de ce côté qu’à la partie médiane où la suture s’efface plus souvent complètement.
11° La suture sphénoïdale s’oblitère avant la suture écailleuse ,• ces sutures- sont les deux dernières à se souder.
12° Ces deux sutures sont rarement largement ou-
(1) M. Broca employé la notation suivante pouf exprimer l’état des sutures: n° 0 désigne une soudure absolue, un effacement de la suture : n° I. nnp. srmH il ta cnmnlÀfft tvtfiîn « i ii
vertes, puisque sur les 125 crânes -nous ne notons qu'une fois le n° 2 pour la sphénoïdale, et trois fois pour la suture écailleuse.
13° La suture écailleuse se ferme plutôt à gauche qu’à droite.
14° Il est très-rare que cette suture soit complètement oblitérée; 1,3 pour 100.
15° L’oblitération des sutures commence toujours par la face interne du crâne.
16° Il ne paraît y avoir aucune relation entre le degré de complication de la suture et le degré de soudure de cette même suture. C’est ainsi, par exemple, qu’une suture compliquée comme 4 et comme 3, pourra n’avoir sur la même crâne comme n° de soudure que 1 et 1/2, tandis qu’une suture compliquée comme 0, pourra être ouverte comme 1 et même comme 2.
17° Il est très-rare que les sutures soient complètement oblitérées à la face externe du crâne; chez les 5 sujets âgés de plus de 90 ans, nous notons 4 fois la suture coronale encore visible aux parties latérales et 2 fois au milieu; la sagittale est 3 fois visible à la partie postérieure et 1 fois à la partie antérieure ; la lambdoïde présente encore quelques traces 4 fois.
18° L’oblitération des sutures commence, en général, vers l’âge de 45 ans; dans certaines circonstances exceptionnelles, elle peut être retardée beaucoup au delà. D’autres fois, au contraire, la synostose est prématurée; comme ce fait peut avoir une grande importance au point de vue de la médecine légale, nous dirons avec Welcker que «l’oblitération précoce soude ordinairement les os, suivant toute leur épaisseur; 1 ossification a des limites bien définies et ne fait pas de sauts. L oblitération sénile commence par souder çà et là quelques dents de la su-
tare; fréquemment aussi la soudure des tables vitrées est déjà achevée, tandis qu’extérieurement on voit encore des endroits intacts. »
19° D’après le Dr Pruner-Bey, l’ordre d’oblitération des sutures différerait suivant la forme brachycéphale ou dolichocéphale du crâne.
20° La suture médio-frontale se soude de très-bonne heure et par les parties supérieure et médiane. Lorsqu’elle persiste, elle est la dernière à se fermer. La persistance est généralement héréditaire ; elle est beaucoup plus élevée dans les races supérieures.
L’étude que nous ferons de la structure de l’os portera sur le pariétal, cet os ayant déjà été, dans les pages précédentes, étudié quant à la composition chimique. C’est au pariétal, en outre, que se produit l’atrophie; nos points de comparaison seront donc plus exacts.
Pi g. i.
Dès la treizième semaine de la vie intra-utérine, d’après Gegenbauër, le pariétal montre déjà des trabécules osseux bien caractérisés avec leurs prolongements ; la figure que nous reproduisons ci-dessus et qui est empruntée à l’ou-
vrage de Frey, fait voir en b les couches d’ostéoplaste», qui au point c se transforment en cellules osseuses, tandis qu’en a les trabécules osseux et leurs cellules ont apparu.
Chez le fœtus de 7 mois, l'es ostéoplastes sont très-nets et en partie pourvus de canalicules' osseux dont plusieurs communiquent entre eux, comme le montre la fig. 2.
Dès ce moment, les ostéoplastes sont développés, les lames et les lamelles, les canaux de Havers se prononcent. Nous ne pouvons évidemment entrer ici dans aucun détail à ce sujet. Prenons l’os tout formé et comparons-le chez l’adulte et chez le vieillard, en poussant l’analyse de plus en plus loin.
Que l’on fasse une coupe perpendiculaire du pariétal, et l’on aura la disposition des cellules du diploé et l’épais seur relative de chacune des tables de l’os. Les fig. 4 à 7 de la pl. n représentent de semblables coupes grossies deux fois. La fig. 4 se rapporte à un adulte, les fig. 6 et 7 à deux femmes âgées l’une de 62, l’autre de 84 ans. La coupe n° 5 a été faite au point le plus vasculaire d’un crâne de femme âgée de 64 ans, très-épais et très-lourd. On voit, comme nous l’avons dit plus haut, que l’épaississement se fait principalement aux dépens du diploé, et aussi que les cellules en sont beaucoup plus prononcées et plus nombreuses dans.la vieillesse. Même conclusion doit se tirer de l’examen des fig. 16 et 15, qui représentent des sections horizontales du diploé d’adulte et d’individu âgé.
Lame externe. — - Vue à un grossissement suffisant, la lame externe, chez l’adulte, commence par une série de lamelles fondamentales ou externes parallèles à la surface de l’os, variant d’épaisseur entre 0,20 et 0,73 et pouvant atteindre jusque 0,98 en certains points, et dont le nombre peut aussi varier de 4 à 18, suivant les endroits examinés, parfaitement limités par une partie un peu plus foncée; l’intervalle qui les sépare varie de 0,025 à 0,045.
Chez une femme de 02 ans (obs. D), la table externe du pariétal est à peine marquée, et le diploé arrive presque jusqu’à la surface externe- de l’os (pl. ir, fîg. 7). On n’aporçoit que dans certains points une série d’ostéoplastes dirigés parallèlement à la surface et appartenant aux lamelles externes ; dans tous les cas, une partie dés lamelles fondamentales a disparu; les ostéoplastes sont très-voisins de la surface et leurs canalicules y vont déboucher. Chez F adulte, nous avons vu toujours un espace notable entre la dernière ligne d’ostêoplastes et la surface la plus externe du crâne. En certains points ces lamelles n’existent plus, et les ostéoplastes présentent la disposition irrégu-
lière curviligne qu’ils affectent dans les espaces in t rmédiaires aux systèmes de canaux de Havers.
Chez l’adulte, l’os présenle, en certains points, à la section horizontale, une série de lamelles, séries les unes plus claires, les autres plus foncées ; cette disposition est reproduite dans la figure 3.
Au milieu de la figure, on voit les ostéoplastes plus pâles, moins nombreux, à prolongements moins longs et plus rares; des deux côtés, les ostéoplastes sont bien plus foncés, plus nombreux, plus serrés, et leurs canalicules plus fréquemment anastomosés ; dans le bas est une partie de l’ensemble d’un système de Havers.
Si nous faisons la même coupe au pariétal d’un individu âgé, nous remarquons une série de lamelles parfaitement limitées, fréquemment contournées, et bien plus nombreuses que chez l’adulte. L’aspect que présenle une section à plat de la lame externe est représenté à la fig. il de la pi. ii.
Sur la coupe d’un autre crâne assez mince, venant d’une femme de 84 ans (obs. 0), on voit que les lamelles fondamentales externes ont disparu (pl. n, fig. 6) presque partout, et qu’en certains points des canaux de Havers s’ouvrent directement à la surface, n’ayant ainsi qu’une partie de leur système spécial ; semblable disposition a été notée par Kœlliker : «D’autres fois, dit-il, des lamelles fondamentales de la table externe manquent complètement, par places, dans certaines régions vasculaires, et alors les lamelles de Havers arrivent très-près de la surface. » Ce fait est la règle non-seulement sur le crâne que nous étudions en ce moment, mais encore sur un autre d’une femme de 64 ans (obs.E), crâne très-lourd, trèsépais, très-vasculaire à la face interne, et sur lequel deux rangées d’ostéoplastes appartenant aux lamelles fondamentales externes ne se voient qu’en quelques points.
Chez l’adulte, dans une section de l’os, on a en moyenne 7 cavités de Havers par millimètre carré pour la lame externe, ce nombre pouvant varier de 4 à 11 ; l’on voit leur coupe dans la préparation; ils suivent donc une direction générale parallèle à la surface. Ces canaux de Havers sont peu abondants dans les couches les plus superficielles, mais le deviennent davantage quand on se rapproche du diploé. Le nombre de couches d’ostéoplastes faisant partie d’un système de canal de Havers varie de 3 à 7 ; il est, en général, de 5. La largeur relative du canal et du système spécial l’entourant est très-variable ici, comme d’ailleurs dans tous les points du système osseux. La largeur du canal a varié de 0,04 à 0,20, et l’épaisseur de l’ensemble des lamelles de 0,07 à 0,23. Une section horizontale de l’os donne la coupe en long des canaux de Havers, qui, en certains poinLs, sont nombreux, fréquemment anastomosés et ramifiés, comme le montre la fig. 13 de la pl. II; ils peuvent avoir de 0,05 à 0,10 de large.
La fig. 14 de la même planche montre la section de canaux de Havers préparés au moyen de la térébenthine et du carmin ammoniacal sur un pariétal de vieillard. On voit que ces canaux sont bien moins nombreux à la coupe, et moins fréquemment anastomosés que chez l’adulte.
Tomes et de Morgan ont signalé un phénomène intéressant se produisant lors du développement des os. Un espace de Havers a peut être le point de départ d’une dissolution d’une partie de l’os; les lamelles sont alors .irrégulièrement rongées, et les canaux de Havers se présentent sousl’aspectdelacunes de dimensions et de formes variables, désignées par Tomes et de Morgan sous le nom de Uaversian s paces, espaces de Havers. Plus tard, « ces espaces peuvent se remplir ultérieurement de nouvelles couches lamellaires, que l’on reconnaît par la limite irré-
18C9. — Sauvage. 6
gulière, caractéristique, qui les sépare des lamelles anciennes (b, b). Il semble même qu'il puisse se produire encore une nouvelle résorption, suivie du développement de lamelles concentriques tertiaires c; «j’aiobservé ce fait, ditFrey, il y a quelques années, sur une phalange humaine. » La figure ci-dessous, empruntée à l’auteur que nous venons de citer, montre cette disposition.
Fig. 4.
Semblable observation a été faite par nous dans les parties les plus externes delà coupe du pariétal de la femme âgée de 62 ans. Un canal de Havers est devenu un espace de Havers de 0,40 de long; plus tard, dans une longueur de 0,25, des couches osseuses avec très- peu d’ostéoplastes, ceux-ci n’ayant que quelques grêles canalicules, sont venus se déposer; cet espace arrivait tout près de la surface externe de l'os. D’autres canaux de Havers présentent le même phénomène; quelques-uns sont complètement oblitérés. Remarquons ici, pour compléter ce que nous avons dit plus haut, que sur ce pariétal, au point où les lamelles de la lame externe existent elles ont par leur ensemble 0,35 d’épaisseur et sont au nom-
bre de 15; on les isole bien mieux au moyen de la lumière polarisée; on voit ainsi un faisceau large de 0,17
contourner un canal de Ha vers et venir se fusionner avec
son système spécial.
La lame externe de ce pariétal ne présente que quelques rares canaux de Havers.
Quant à la lame externe du pariétal d’une femme de 84 ans, les canaux de Havers étaient, en moyenne, de 10 par millimètre carré ; leurs diamètres ont variéde 0,05 à 0,12 et de 0,04 à 0,12; le nombre des lamelles de 4 à 7. Dans la lamelle externe du pariétal de la femme de 64 ans, le nombre des canaux de Havers s’est élevé, par millimètre carré, de 10 à 14 ; les diamètres ont été de 0,12 à 0,20 et de 0,15 à 0,35, le nombre des lamelles de 4 à 10.
Chez l’adulte, les dimensions des ostéoplastes ont été en moyenne, pour la hauteur de 0,015 (de 0,010 à 0,020),
Îg. 5.
pour la largeur de 0,023 (0,020 à 0,030) et pour la longueur de 0,065 (0,050 à 0,070). La coupe du pariétal
montre que les ostéoplastes en sont nombreux, grêles, longs, et très-fréquemment anastomosés ; l’aspect que
Fig. 6.
présentent ces ostéoplastes est représenté ci-dessus ; cette figure, comme toutes les autres -d’ailleurs, a été dessinée à la chambre claire et reportée directement sur
Fig. 7.
métal ; chaque trait se trouve donc à sa place et avec son importance relative; faisons de plus remarquer que toutes ces figures sont faites à un grossissement de 320 diamètres.
Dans une section horizontale bien différente est évidemment l’aspect des ostéoplastes ; ils se présentent alors suivant leur coupe en épaisseur; leur aspect chez l’adulte est reproduit à la figure 6 ; nous donnons en regard la vue d’ostéoplastes pris dans une semblable coupe du frontal, pour montrer que, pour que les résultats soient comparables, il faut emprunter ses matériaux de comparaison aux mêmes os, mieux encore aux mêmes points d’un même os ; c’est pourquoi toutes les coupes ont été faites au pariétal, au lieu d’élection de l'atrophie sénile.
Dans certains crânes de vieillards, les ostéoplastes de la lame externe peuvent être très-grêles et leurs canalicules très-peu nombreux, quoique plus larges que chez
l’adulte ; c’est qu’une partie en a été oblitérée. Cette disposition est visible sur la figure 12 de la planche n représentant des ostéoplastes préparés au carmin ammonical (femme de 83 ans). Chez d’autres vieillards, ils peuvent atteindre des dimensions plus considérables ; chez la femme de 64 ans, leur hauteur a été en moyenne de 0,012 (de 0,008 à 0,0 18), leur largeur de 0,015 (de0,008 à 0,015), leur longueur de 0,060 (de 0,050 à 0,080). Dans d’autres préparations, les hauteurs ont été 0,015 (0,010 à 0,018) et 0,010 (0,008 à 0,015), les longueurs de 0,060 (0,040 à 0,070), et 0,065 (0,050 à 0,080). Les ostéoplastes de la lame externe du pariétal sont donc un peu plus petits chez le vieillard que chez l’adulte. La figure 8 montre ces ostéoplastes pris dans une section horizontale etlafigure 9 dans une section verticale.
On voit dans les fig. 8 et 9 que les ostéoplastes sont encore plus fréquemment anastomosés que, chez l’adulte, et que les canalicules en sont tout aussi longs. C’est que, comme l’ont indiqué Tomes et Campbell de Morgan o dans un système récemment formé, les canalicules ne
paraissent pas passer au travers de la couche des systèmes de Iiavers, tandis que, chez les sujets âgés, ils paraissent
Fig. 8.
passer au travers des lacunes externes et s’anastomoser avec ceux des interstices et des lames circumférentielles,
Fig. 9.
ou avec ceux des systèmes de Havers voisins, t Ce fait est réel, et les deux flgures dessinées ci-dêssous le démontrent.
Dans la figure 10 on voit des ostéoplastes b , b appartenant aux lamelles intermédiaires s’anastomoser par
leurs canalicules avec ceux d’un système de canal de Havers a, a, « voisin.
La figure 11 est encore plus instructive en ce qu’elle
Fig. 11.
montre des ostéoplastes dont les canalicules «, a unissent les ostéoplastes appartenant à deux systèmes de canaux
de Havers b, b, H. Nous n’avons pas vu avec la même netteté semblable disposition chez l’adulte.
Diploé. — Le diploé est loin d’être toujours diminué, comme l’ont avancé la plupart des auteurs, en généralisant trop un fait bien observé. L’examen des figures 4 à 7 de la planche n fait voir qu’il peut ne pas en être ainsi ; on voit que les cellules du diploé sont bien plus grandes chez les vieillards; semblable disposition est rendue manifeste par l’examen des figures 15 et 16 qui représentent des sections à plat ; comme conséquence du fait que nous venons d’énoncer, il suit que les colonnettes qui séparent les espaces diploétiques sont beaucoup plus grêles que chez l’adulte.
Les lamelles sont beaucoup plus fréquentes, et plus fréquemment les lignes d’ostéoplastes s’entrecroisent, comme le montre la comparaison des figures 17 et 18 de la planche n, celle-ci donnant le schéma d’une portion de diploé d’adulte, celle là de vieillard.
Lorsqu’une cellule du diploé vient à s’agrandir, la résorption a presque toujours pour point de départ un espace de Havers, et ce fait n’est jamais aussi fréquent que dans l’âge avancé ; un des bords du canal disparaît, et l’on ne voit plus qu’une partie du système spécial des lamelles; cette disposition se trouve représentée en deux points de la figure 17. Cette résorption peut être telle qu’au diploé il ne reste plus de canal de Havers qui n’ait été le point de départ d’une cellule du diploé ; c’est en particulier ce que nous avons observé sur le crâne d’une femme de 62 ans. Nous pouvons établir aussi que les canaux de Havers intacts sont bien plus abondants dans le diploé de l’adulte que dans celui du vieillard ; dans certaines coupes on remarque que les canaux de Havers deviennent
beaucoup plus abondants dans les couches les plus voisines de la table externe; souvent une bande mince plus claire à ostéoplastes moins nombreux la limite.
Dans certains crânes de vieillards, les canaux de Havers des lamelles de séparation de la table externe et du diploé peuvent devenir tellement abondants qu’ils ne sont séparés que par des espaces de 0,03 ; 0,02; 0,09; 0,10; l’épaisseur du système propre n’étant évidemment pas comprise.
Par la résorption d’une partie de ces lamelles, le canal de Havers devient une lacune de Havers comme nous l’avons indiqué plus haut; cette lacune peut se remplir de graisse, comme nous l’avons observé assez souvent, ou, au contraire, être le point de départ d’une nouvelle résorption ; une légère ligne plus foncée, déchiquetée, irrégulière, marque le temps d’arrêt entre les deux résorptions. Un dépôt de matière osseuse peut avoir lieu consécutivement dans l’espace ou dans un point de l’espace de Havers; cette matière nouvellement déposée a . peu d’ostéoplastes, et les canalicules de ceux-ci sont peu nombreux, grêles et peu anastomosés entre eux. La résorption du tissu osseux ne se fait pas d’une manière régulière; elle a lieu tantôten un point du système spécial, tantôt en un autre ; ce qui fait qu’au milieu d’un espace formé on peut voir des parties, de petites plaques de tissu osseux ne se reliant que par une mince lame au reste de l’os. Nous avons remarqué l’aspect beaucoup plus fortement granuleux du tissu osseux de nouvelle formation se déposant dans les espaces de Havers.
Les ostéoplastes du diploé sont plus grêles et moins nombreux chez le vieillard que chez l’adulte. Les ostéoplastes qui font partie des systèmes de navers sont aussi disposés sur moins de lignes; ils communiquent fré-
quemment, comme nous l’avons dit du reste en parlant plus haut de la table externe, avec ceux des lamelles intermédiaires ; leurs canalicules viennent très-fréquemment s’ouvrir dans les espaces diploétiques; ils sont moins nombreux, en général, au bord des lacunes que dans les trabécules qui séparent ces lacunes. Les dimensions des ostéoplastes ont été trouvées en moyenne de0,016 et 0,037.
À la lumière polarisée le diploé se distingue parfaitement des deux lames par l’entrecroissement irrégulier des lamelles dans tous les sens ; une série des cercle concentriques blanchâtres limite les canaux de Havers. Dans le diploé, les lamelles ne sont pas nettement limitées, comme dans la table externe, et l’on voit des espaces considérables qui polarisent complètement, à part toutefois les canalicules et les ostéoplastes qui se détachent en noir.
Lame interne. — Chez l’adulte, la table interne se distingue de l’externe par le plus grand nombre de canaux de Havers, presque aussi serrés en quelques points les uns contre les autres que dans la diaphyse d’un os long. Une bande de lamelle intermédiaire, en général de couleur un peu plus foncée, irrégulière et onduleuse, sépare cette table du diploé. Nous n’avons jamais vu de canal de Havers s’ouvrant directement à la surface interne. Une bande de lamelles fondamentales internes peut avoir de 0,10 à 0,35 d’épaisseur, et comprendre de cinq à dix rangées d’ostéoplastes , l’espace entre chaque rangée étant en moyenne de 0,012.
Chez l’adulte comme chez le vieillard, au niveau d’un vaisseau, on voit les rangées d’ostéoplastes s’infléchir, comme nous l’avons dit plus haut.
Quant à la table interne chez le vieillard, elle peut pré-
senter de telles différences, suivant l’épaisseur du crâne, que nous devons entrer dans quelques détails à ce sujet.
Sur la coupe du crâne de la femme de 64 ans (pl. n, fig. 5), la lame vitrée est très-épaisse et a plus de 1 mm. en certains points; 35 rangées de lamelles se voient à ces niveaux, et leurs canalicules communiquent entre eux, avec ceux des rangées voisines et des couches plus profondes et superficielles; ces ostéoplastes ont de 0,008 à 0,012 de hauteur sur 0,030 à 0,060 de long; les canalicules sont très-minces et ont tout au plus 0,0015 de diamètre ; on comprend que leur longueur doive varier beaucoup suivant les points observés ; en moyenne, elle est de 0,050, comme la distance qui sépare deux rangées d’ostéoplastes. Dans ce système de lamelles fondamentales dans un espace de 0,4550 mm. q. , on compte 380 ostéoplastes, en un point où n’existent pas de canaux de Ha vers.
Ceux-ci sont d’ailleurs rares, car nous n’en notons que 7 pour la coupe de la lame vitrée dont la surface est de 10,78 mm. q.
Sur le crâne venant du sujet âgé de 84 ans, la table interne est moins épaisse (pl. ii, fig. 6); une bande plus claire à nombreux et petits ostéoplastes la sépare du diploé d’une manière assez régulière; 12 à 18 rangées d’ostéoplastes font partie du système fondamental interne; ces cavités osseuses sont plus petites et plus serrées en se rapprochant de la surface; l’intervalle qui sépare deux rangées varie de 0,01 à 0,07, et l’espace entre chaque ostéoplaste d’une même rangée de 0,01 à 0,08. Dans une étendue de 6 mm. q. , on compte 10 canaux de Havers ; leur coupe donne comme largeur de 0,08 à 0,50 sur 0,09 à 0,58, c’est que les plus grands commencent à se transformer en Uaversian spaces.
r La coupe figurée sous le n° 7 de la pl. 11 est celle du pariétal de la femme de 62 ans; les lamelles les plus internes de la lame vitrée s’infléchissent, comme nous l’avons dit plus haut, et tel qu’on le voit à la fig. 3. Nous avons vu aussi que le système de lamelles fondamentales n’existait qu’en certains points. Les couches les plus internes ou les plus voisines des méninges sont plus foncées, à ostéoplastes plus petits, plus rapprochés que les couches plus diploétiques.
Chez l’adulte, la section à plat de la table que nous étudions montre, de même que l’externe, la coupe en long de nombreux canaux de Havers; des espaces assez grands,de3à4mm. q.,ensontcependant dépourvus; dans d’autres points les ostéoplastes sont nombreux et rapprochés; leur largeur peut varier de 0,02 à 0,04. Leur aspect est représenté à la fig. 12.
Fig. i-?.
Leur hauteur, donnée parla coupe perpendiculaire, est de 0,01 a 0,02, et leur longueur de 0,02 à 0,07. Ces ostéoplastes communiquent entre eux par de nombreux canaciules, pouvant être très-longs et reliant ainsi deux ou
plusieurs ospléoplastes assez éloignés, comme le montre la fig. 13.
Fi?. 13.
Chez la femme de 64 ans, la section horizontale de la lame vitrée nous donne la coupe en travers de canaux de Havers ; dans un espace de 35 mm. q., ils sont au nombre de 23, bien moins abondants que chez l’adulte. En de nombreux points on voit des dépôts irréguliers de matière osseuse de nouvelle formation, tranchant sur le reste de la préparation par leur peu d’ostéoplastes, petits, à rares canalicules, par leur couleur beaucoup plus foncée et par leur limite irrégulière.
Fig. 14.
Les ostéoplastes sont plus petits que chez l’adulte, et, en certains points, leurs canalicules moins nombreux. La figure 14 représente ces canalicules vus dans une coupe perpendiculaire, et la figure 15 les mêmes corps tels qu ils apparaissent à la section horizontale. Les ostéo-
Fig. 15.
plastes des couches les plus méningiennes sont les plus rapprochés ; l’intervalle qui existe entre deux rangées varie de 0,02 à 0,07, et la distance entre deux ostéoplastes d’une même rangée de 0,05; il est de 0,03 en moyenne. Dans les couches les plus diploétiques, ce dernier intervalle est de 0,056 en moyenne, et l’espace entre deux rangées de 0,038.
Les dimensions des ostéoplastes sont, en moyenne, hauteur : 0,009 (0,012 à 0,005); longueur : 0,063 (0,045 à 0,090); largeur : 0,020.
Tele sont les résultats que nous fournit l’examen histologique des pariétaux de vieillards ; on voit qu’ils peuvent varier selon que le crâne est mince ou épais, qu’il a été soumis à une résorption partielle, ou, au contraire, au dépôt de nouvelles couches de matières ôs-
seuses. 11 faudrait étudier à ce point de vue les autres os du squelette. Le sujet est vaste, et nous nous proposons du reste de poursuivre des recherches des plus intéressantes, auxquelles, dans notre pensée, ce chapitre est destiné à servir seulement de programme.