‹ Recherches sur l'état sénile du crâneChapitre 13 sur 20 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Nous avons déjà, dans l’historique général qui sert d’introduction à ce mémoire, fait connaître les principaux travaux sur l’état sénile des os. Nous devons maintenant nous occuper spécialement de l’atrophie des os du crâne.

Ce n’est que dans la littérature de la seconde moitié du dernier siècle que nous trouvons mentionnée l’altération qui va faire le sujet de cette étude.

Sœmmering se borne à dire que l’atrophie peut aller jusqu’à perforer le crâne de trous et de fentes.

Nous devons à Kohler la première observation détaillée d’atrophie sénile du crâne (1). Le même fait a été plusieurs fois observé par Rosenmüller (2). Delseriès,

(1) Obs. I. — Ivohler... vidit in media ossi pariétale dextri parte, « propo in suturain sagittalem, orbiculam quondam et concavam « impressionnera, quæ pollicis diametrum habebat; hic loci tantæ « tenuitatis fuerat os ut transparius appartient et quod imprimis « notandum,ininterioresuperficie ne vestigium quidem convexitatis « cujusdam repertum est.» Rosenmüller. Loc. cit., p. 24.

(2) «E contrario admodum tenuia inveniuntur ossa cranii. Senum « interdum vidi in regione ossium parietalium, pone suturam saagittatem ita depressa et tenuia, ut charto papiraceæ tenuitalem « babuerint. b Op. cit., p. il.

vers la même époque, signale aussi cette lésion. Quelques années plus tard la question est étudiée plus sérieusement; on ne se contente plus de constater le fait, on l’analyse, on cherche à se rendre compte du mécanisme de sa production, llibes nous dit que «le centre de l’os des lies, le milieu de l’omoplate et les os du crâne s’amincissent considérablement chez certains sujets, [et particulièrement chez les femmes» ( loc . cit ., p. 300). « On voit, ajoute-t-il, par les progrès de l’âge, le tissu spongieux se dissoudre, les deux lames compactes se rapprocher, rester séparées un temps plus ou moins long, et enfin se réunir pour ne former qu’une seule lame mince qui ploie sous le doigt, mais qui quelquefois se dissout elle-même, se perfore dans ce point. Il en est de même à l’omoplate. Des phénomènes remarquables et particuliers s’observent aussi, dans certains cas, aux os du crâne. En effet, la substance diploïque se dissout et disparait complètement, de manière que cette boîte osseuse semble formée d’une seule lame mince, compacte, qui se dissout et se perfore même quelquefois dans certains cas, et y laisse des ouvertures »(p. 301). Béclarda étudié l’atrophie avec grand soin ; nous n'avons malheureusement que le résumé de son travail, résumé inséré dans le Bulletin de la Faculté de médecine. L’anatomiste d’Angers nous apprend qu’ayant, dès 1805, dirigé «la préparation d’une série nombreuse de squelettes, » il s’aperçut bientôt que « les travaux, même les meilleurs, sur la formation, le développement, le changement sénile des os, étaient loin d’être complets.» Il fit du résumé de ses observations «le sujet d’un mémoire lu, le 26 août 1813, devant l’assemblée des professeurs. » Après avoir étudié, d’une manière générale, l’atrophie des os, Bêclard, dans ce travail, écrit que «les os du crâne, et particulièrement les pariétaux, et précisé-

1869. — Sauvage. -j

ment le milieu (le ces derniers os, présentent souvent ce dernier et singulier genre d’atrophie dans lequel c’est la lame externe qui s’enfonce vers l’interne. Il ajoute que « l’agrandissement des sinus nasaux et mastoïdiens est un fait du même genre. »

Plus tard, dans ses Eléments d'anatomie générale , Béclard écrira encore que « les os larges du crâne éprouvent, assez souvent, dans la vieillesse, un amincissement; il résulte de la résorption du diploé et du rapprochement de la table externe vers la table interne, de manière à produire tout à la fois et un grand amincissement et une dépression extérieure. C’est par les bosses pariétales, qui en sont fréquemment affectées, que cette atrophie commence ordinairement ( op . cit. p. 530). »

Pendant assez longtemps nous n’avons en Franceaucun mémoire sur le sujet qui nous occupe. C’est en Allemagne que, vers le milieu de ce siècle, paraissent les meilleurs travaux. Rokitansky, Meyer, Kolliker, Virchow commencent alors leurs belles études sur la constitution histologique, le développement et les altérations des os ; ils s’occupent du processus de régression qui frappe le crâne.

Bibra, dont les travaux ont tant contribué à la connaissance de la composition chimique du tissu osseux, analyse les os atrophiés et par le microscope et par les réactifs chimiques. Un peu plus tard, Geist s’occupe de la même question dans sa Clinique des maladies des vieillards.

Pendant ce temps, en France, M. Cruveilhier observe quelques cas d’atrophie crânienne et à propos d’une présentation faite à la Société anatomique par M. Bauchet, il déclare qu’il attribue l’amincissement partiel des pariétaux à l’absorption du diploé et de la table externe; il fait observer qu’on trouve un épaississement considérable de

l’os tout autour du point aminci; de plus, ajoute-t-il, quand la perforation a lieu, c’est toujours au niveau de l’artère méningée moyen ne ( 1). Dans son Traité cl anatomie descriptive, il parle, en passant, de la même altération (t. I, p. 163 ), qui est aussi signalée comme assez fréquente par M. Durand-Fardel : « Les os du crâne, écri cet auteur, s’amincissent, quoique Bichat ait dit le contraire (2), ceux du crâne surtout, dans lesquels le diploé finit par disparaître et les deux tables par se confondre en uneseule. Nous avons vu plusd’une fois, comme M. Barth, la voûte du ciane iéduite par places a une couche mince de substance compacte et translucide; c’est surtout chez les vieillards amaigris et décrépits que nous avons fait cette observation. » [Op. cit., 1. 1, p. 22.)

Deville (1844), Barth (1851), Dolbeau, Bauchet, Bastien et Boullard ( 1 855) présentèrent à la Société anatomique des crânes atteints d atrophie sénile, provenant presque tous de la Salpétrière. Ces crânes et quelques autres qui se trouvent au musée Dupuytren ont été étudiés avec soin par M. Houël à qui nous devons un résumé de la question qui nous occupe.

? «Trois ordres de causes, écrit cet anatomiste, le repos,

1 inflammation et la pression d’une tumeur, exercent une grande influence sur l’atrophie des os, le repos principalement... M. Cruveilhier pense que, dans l’atrophie, les os ne diminuent pas de volume, exception qui tient à leur solidité... Dans cette première forme, lorsque le volume de l’os ne diminue pas, il est alors plus léger, poreux; il présente les traces non équivoques d’une ostéite raréfiante.

« Dans la seconde forme, celle avec diminution de

(1) But. Soc. anat., t. XXX, 1855, p. 24.

(2) Anat. gén., p. 80. Anat. descript., 1. 1, p. 58.

volume, l’os ne porte le plus souvent aucune trace d’inflammation ; à l’exception du volume et du poids, il est normal; l’atrophie peut alors être considérée comme spontanée, essentielle ; elle résulte d’un travail morbide encore incomplètement étudié. Cette forme est rare dans le jeune âge, même dans l’âge adulte; on ne l’observe guère que chez les vieillards, et on peut lui réserver le nom d’atrophie sénile.

« En même temps que l’on trouve l’os diminué de volume, d’un quart, d’un tiers de sa circonférence pour les os longs, on constate que, sans qu’il y ait trace de la vascularisation si caractéristique de son inflammation, la lame de tissu compacte est amincie. Dans certains points, elle est quelquefois complètement résorbée; les canalicules osseux dans cette variété d’atrophie ne son pas notablement agrandis.

«...Dans ce cas d’atrophie, l’os ne reprend jamais préalablement l'aspect cartilagineux; c’est molécule à molécule qu’il disparait à l’état d’élément osseux et non calcaire. »

«... Sur les os plats, l’atrophie sénile est souvent remarquable au crâne, et c’est principalement à la voûte et cà la partie postérieure des pariétaux (n° 438 (1), 439, 439 a) qu’on l’observe ; elle se répète avec une certaine régularité, et elle est plus visible à la surface externe, où l’on trouve une dépression notable, qu’à l’interne, où l’on ne peut la constater que par la transparence de l’os, qui résulte de son amincissement; mais de ce côté il n’existe pas de dépression. C’est par le diploé que paraît commencer la résorption, car dans les points atrophiés on n’en trouve plus trace; les deux lames de tissu com-

M) Ces numéros correspondent aux pièces du musée Dupuytren.

pacte arrivent à se toucher, et il est facile de voir que l’externe parait encore plus amincie que l’interne; enfin, dans certains cas, il m’a paru que la résorption pouvait être complète, et la pièce n° 439 en est un exemple remarquable. Il existe sur cette pièce une petite perforation osseuse à bords très- minces, et dont l’aspect ne permet pas de croire qu’il y ait eu fracture. C’est par le même mécanisme que se fait l’atrophie sénile des autres os plats du squelette. « ( Op . cit., p. 529)

Après les auteurs que nous venons de citer, mentionnons lourdes. Fort, Lorain, Sarazin, qui ont parlé de l’atrophie sénile.

Dans la littérature anglaise nous devons signaler le mémoire de Paget sur l’atrophie et quelques travaux anthropologiques de Barnard Davis.

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