‹ Recherches sur l'état sénile du crâneChapitre 5 sur 20 · MODIFICATIONS CHIMIQUES · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS CHIMIQUES

S’il est une question complexe et non encore résolue, malgré de nombreuses recherches, c’est celle de la composition exacte des os, et ce fait se comprend de lui-même quand on se rend compte de la difficulté insurmontable qu’on éprouve ponr séparer complètement les os des tissus accessoires, et surtout des nombreux ramuscules vasculaires qui les sillonnent en tous sens. « Tandis qu’il est affirmé, dit Kiihne, que les os des jeunes sujets sont plus riches en eau et en substances organiques(osseme) que les os des individus âgés, et qu’une même différence existe quand on compare la substance spongiense à la substance compacte, d’autres soutiennent que les os ont partout la même composition » (Op. cit., p, 294), Nous ne nous occuperons maintenant que de la détermination des proportions relatives des matières organiques et des substances inorganiques, examinant plus bas les variations que les quantités des divers sels peuvent subir.

« Le tissu osseux desséché, dit Frey, est composé de 30 à 45 p. 100 de matière collagène durcie par un excès de sels inorganiques. On trouve, en outre, une petite quantité, variable du reste, de substances non collagènes qui provient des cellules, des parois des cavités osseuses et des canalicules, ainsi que du contenu des canaux médullaires.

« On trouve également de petites proportions de chondrine (Mtiller, Simon, Bibra) ; cette substance provient des débris persistants de l’ancien cartilage. Les masses osseuses secondaires, formées aux dépens du périoste, ne doivent pas contenir de cliondrine.

«En chauffant les os au rouge, on se débarrasse des substances organiques sans altérer pour cela la forme de l’os.... Le phosphate de chaux n’est pas uni chimiquement à la glutine; la quantité des sels varie dans les différents os; de. plus, on peut débarrasser un os de toutes les substances minérales qu’il renferme sans altérer sa texture; il faut donc admettre que les sels sont unis d’une manière simplement mécanique au cartilage osseux » (0/j„ cit., p. 223). Plusieurs chimistes considèrent, au contraire, le tissu osseux comme un composé défini et admettent non un simple mélange, mais une véritable combinaison des substances organiques et des matières terreuses; la question est encore à l’étude.

Quant à ce qui esL de la proportion relative des deux substances qui composent le tissu osseux, nous avons dit que deux opinions régnaient dans la science.

Au commencement de ce siècle, le grand chimiste anglais J. Davy crut trouver que la quantité de matières organiques diminue avec l’âge, pour certains os du moins. La composition des os du crâne, les seuls dont nous ayons à nous occuper, est pour lui la suivante :

Subs. organiques.

Entant (pariétal) 45 5

AduLe id 36,6

Id- »d 37,5

Id. (occipital) . . 34J

Homme de 50 ans (frontal). . 4d , l

Id. id. (occipital). 42,0

Id- id. (pariétal).. 41,2

Vieillard (occipital) 31 70

Subs. inorganiques.

Thilenius, Schreyer, Sébastian, Frerichs, Lehman sont arrivés aux mêmes conclusions que Davy. Reuss a constaté, qu’en général, la proportion des substances organiques était plus forte dans le jeune âge; tandis que les os d’un nouveau-né en renfermaient de 41 à 44 p. 100, ceux d’un adulte n’en contenaient que de 36 à 45 p. 100.

Bibra, analysant le fémur, a trouvé la série croissante sui-

vante :

Mat. organiques.

Mat. inorganiques.

Fœtus de 7 mois. .

Enfant de 9 mois.

Enfant de 5 ans. .

Homme de 25 ans.

Femme de 62 ans.

Femme de 62 ans.

D’après Schreger, les

< os seraient

moins riches en

matière organique à mesure que l’homme avance en âge, envahis qu’ils seraient par les matériaux inorganiques ; » de sorte, dit Bichat, k qu’en accumulant ainsi dans nos organes une substance étrangère à la vie, la nature semble vouloir les préparer insensiblement à la mort. »

D’une opinion tout à fait contraire sont Stark, Recklinghausen, Follin, Frémv. M. Alphonse Milne-Edwards, dont les recherches sur la composition chimique des os ont fait avancer la question, a cherché à rendre compte de semblables différences obtenues par des chimistes également habiles. D’après lui, l’os doit présenter toujours une composition identique, mais se trouve sillonné de

vaisseaux qui, dans une analyse, sont comptés comme matière cartilagineuse, d’où chez l’enfant on doit nécessairement trouver plus de matière, organique. MM. Sappey et Nélaton, pour échapper, autant que possible, à de semblables causes d’erreur (1), ont pris des lamelles sur les diaphyses d’os longs d’individus âgés de 2 ans, de 5 ans et demi, de 26 ans, de 74 ans et de 92 ans, et sont arrivés aux conclusions que nous transcrivons ici :

« 1° L’élément organique diminue, et l’élément minéral augmente à mesure que les os approchent du terme de leur complet développement.

2° Ces deux éléments ne présentent plus alors ni diminution, ni augmentation, et restent longtemps unis dans la même proportion.

« 3° Dans l’extrême vieillesse, l’élément organique augmente, tandis que l’élément minéral diminue, d’où il suit qu’ils reviennent à la proportion qu’ils offraient au début de la vie. »

Les chiffres obtenus par les auteurs cités sont :

Mat. organiques. Mat. inorganiques.

Enfant de 2 ans. . . 37,52 61,48

Enfant de 5 ans 1/2. 37,49 62,51

Homme de 26 ans. . 34,72 65,28

Homme de 74 ans. . 39,51 64,09

Femme de 92 ans. . 37,88 62,12

« Si la substance organique semble augmenter pendant la vieillesse, ajoutent-ils, c’est que le tissu osseux se raréfiant, cette trame vasculaire reprend une importance relativement plus grande. » Et plus loin : « De 90 à 92 ans, les os subissent une raréfaction considérable. Le tissu compacte passe tout entier à l’état de tissu spongieux, de tous côtés envahis par les cellules adipeuses. » M. Sarazin est du même avis : « D’après Kolliker, dit-il,

fl) Op. cit., p. 85.

1869. — Sauvage. 3

la substance calcaire est résorbée, et la cellule'osseuse, subissant différentes transformations , devient cellule médullaire ou adipeuse... Dans l’atrophie sénile du tissu osseux, les choses se passent de la même manière, mais ce sont surtout les cellules pleines de graisse qui succèdent aux cellules osseuses et qui prennent la place de la substance intercellulaire ramollie et résorbée. »

Les recherches auxquelles nous nous sommes livré sur la composition des os du crâne nous ont amené aux mêmes conclusions. Le tableau suivant fera voir la quantité relativement considérable de matière organique pouvant exister dans les pariétaux de vieillards, grâce à l’énorme quantité de matière grasse qu’ils contenaient. Nous donnons aussi quelques analyses de pariétaux d’enfants comme points de comparaison :

Mat.

organiques.

Mat. inorganiques.

Nouveau-né

Fille de 1 1 jours

A. Enfant de 1 an

Enfant de 1 an

Fille de 3 ans , . .

B. Homme de 34 ans (aliène).

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