‹ Recherches sur l'excrétion chez quelques annélides;Chapitre 11 sur 19 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Analyse globale de Lombrics.

Nous nous proposons d'exposer dans ce chapitre les résultats obtenus dans une analyse globale d'une grande masse de Lombrices. Dès labord, nous cherchions à reconnaitre d’une façon précise l'existence chez ces animaux de substances graisseuses, dont nous ne trouvions pas trace dans les cellules chloragogènes; nous voulions aussi vérifier macrochimiquement la présence de l'acide urique, déjà démontrée par des caractères microscopiques. Chemin faisant, notre attention a été attirée par divers phénomènes, et pour utiliser les matériaux réunis, nous avons été amenés à élargir le cercle de nos investigations et à rechercher d’autres corps, tels que la cholestérine, le glycogène, etc.

La seule analyse de ce genre que nous connaissions est celle que L. FrepericQ a faite sur 200 grammes de Lombries, pour y trouver les ferments digestifs; accessoirement, en recherchant les acides et les pigments biliaires, il a constaté dans l'extrait alcoolique la présence de cholestérine et d’un peu de graisse !.

1100 grammes de vers de terre, récoltés dans le terreau du Jardin botanique de Gand, furent broyés dans un mortier et additionnés de formol

pour éviter leur putréfaction ?. La bouillie fraiche présentait une odeur de triméthylamine, ce qui nous a conduits à rechercher ultérieurement cette substance.

{ L. Freperico, Sur la digestion des albuminoïdes chez quelques Invertébrés. (BULLETIN DE L'ACAD. ROY. DES SCIENCES DE BELGIQUE, 1878, 2e sér., t. XLVI, p. 217.)

2 Cette addition de formol n’est pas recommandable; la formaldéhyde, ou plutôt la paraldéhyde qui en résulte, ne se sépare que fort difhcilement des matières qu’elle a imprégnées et peut occasionner une certaine gène dans les opérations ultérieures.

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1. Dessiccation. — Dans le but de les dessécher, les vers broyés furent soumis à l'ébullition sous pression très réduite (30 mill. de mercure), et cela pour éviter des décompositions éventuelles par l’eau bouillante à température plus élevée. La cornue renfermant la substance fat d’ailleurs chauffée au bain de glycérine, afin d'empêcher des carbonisations locales. L’eau provenant de la cornue, condensée dans un réfrigérant, coulait dans un ballon-récipient.

Pour arrêter les bases volatiles, celui-ci contenait préalablement une petite quantité d'HCI étendu ; il en était de même pour un tube de Péricor interposé entre ce ballon et la trompe d'aspiration. L’évaporation du distillat et du contenu du tube donna un résidu tellement faible, que son étude était: impossible. L'opération fournit 750 grammes d’eau; la substance contenue dans la cornue n’était cependant pas complètement desséchée.

IL. Épuisement par l'éther. — Les vers, ainsi débarrassés de la presque totalité de l’eau qu'ils renfermaient, furent placés dans un grand appareil à extraction et épuisés par de l’éther pur. L'opération fat poursuivie pendant deux jours, et nous nous assurâmes que l'extraction des principes solubles avait élé complète en faisant bouillir ensuite la matière avec de léther nouveau.

La solution ayant été chauffée au bain-marie pour éliminer l’éther, il resta un résidu formé de deux couches : l’une inférieure, constituée par de l'eau que l’éther avait entrainée ; l’autre de consistance poisseuse, brune, plus légère.

Le tout fut secoué avec du benzol pour dissoudre cette dernière partie, et la dissolution benzolique fut séparée de l’eau dans un entonnoir à robinet. Elle fut ensuite desséchée sur du chlorure de calcium et le benzol chassé par distillation au bain-marie. Le résidu, comprenant les graisses, la cholestérine, etc., constituait une substance brune, gluante, à odeur âcre; il pesait approximativement 15 grammes.

IT. Séparation de la cholestérine. — L’extrait éthéré fut traité par une solution alcoolique de soude (5 grammes dans 100 centimètres cubes) à

chaud, au bain-marie. L'alcool fut ensuite évaporé; le résidu redissous à deux reprises par l'alcool et évaporé, de manière à obtenir une matière sèche, La substance fut épuisée par l'éther dans un appareil de Soxucer, pour enlever la cholestérine et la séparer des savons de soude.

La solution éthérée ayant été évaporée à sec, le résidu brun fut repris par l'alcool bouillant : la solution alcoolique, en se refroidissant, laissa déposer des cristaux de cholestérine. Évaporée, elle fournit T4 centigrammes de celte substance, que nous caractérisämes par la réaction de Semirr (chlorure de fer et chloroforme).

Cette cholestérine n’est pas spécialement associée aux substances graisseuses localisées surtout, comme nous le verrons plus loin, dans l'intestin moyen. Pour le constater, nous enlevons dans un nouvel essai les intestins moyens à une quinzaine de Lombrics et mettons à part l'ensemble des autres organes situés au même niveau du corps. Nous analysons séparément, suivant les mêmes méthodes que précédemment, la somme des extraits alcoolique et éthéré provenant de ces deux portions; les deux opérations fournissent des quantités comparables de cholestérine. Cette substance parait donc répartie dans tous les tissus.

IV, Substance jaune. — L'extrait éthéré de cette dernière expérience, débarrassé de sa cholestérine par une série de dissolutions fractionnées dans l'alcool, forme une substance poisseuse, fortement colorée en brun ; c’est la matière qui, dans l'analyse principale, colorait en noir brun l'extrait éthéré et qui provenait au moins en partie, ainsi que nous l'avons vu dans l'étude des corpuseules chloragogènes, de lintestin et des cellules chloragogènes. La très faible quantité de matière dont nous disposions, ainsi que le manque de données préliminaires sur la marche à suivre, ne nous ont pas permis de déterminer sa composition.

V. Analyse des graisses. — Les savons de soude furent dissous dans l’eau et la solution amenée à 450 centimêtres cubes.

A. — Une première portion, soit 50 centimètres cubes, fut additionnée de 40 centimètres cubes d'acide sulfurique au 40e et chauffée jusqu’à distil-

lation de 50 centimètres cubes; l'appareil était monté de façon à éviter tout entrainement d'acide sulfurique. Le distillat, renfermant les acides gras volatils, neutralisait 4,8 centimètres cubes de soude déci-normale. La quantité totale de graisse de Lombries renfermait donc, en fait d'acide gras volatils, une quantité (trois fois plus grande) correspondant à 14,4 centimètres cubes d’une solution de soude déci-normale.

B. — Une deuxième portion de 50 centimètres cubes fut consacrée à la détermination des acides liquides et des acides solides. Cette solution fut additionnée d’acétate de plomb; les savons de plomb, insolubles, furent séparés par filtration, desséchés et épuisés par léther, qui dissout les savons de plomb des acides liquides.

Le résidu insoluble dans Péther (savons de plomb des acides solides) fut traité par HCI étendu, et les acides gras, mis ainsi en liberté, furent enlevés par agilation de la masse avec de léther; la solution, desséchée ensuite sur du chlorure de calcium, puis évaporée, fournit 05',1126 d'acides solides.

Cette quantité très faible n’a pas permis d'effectuer les opérations conduisant à la détermination de sa teneur en acide stéarique et en acide palmitique.

La solution éthérée (oléate de Ph et savons similaires) fut évaporée, puis desséchée à 60°; nous obtinmes ainsi 3:",0150 de savons.

Nous y avons dosé le plomb, pour nous rendre compte de la nature de cette substance; ces 3,0150 grammes ont donné 1,188 de PbSO, soit 0.8113 de Pb ou 26.9 °/, [calculé pour l’oléate (C1s H53 O2)2Pb, 26.77 °/,]. Cette portion est donc exclusivement formée d’acide oléique.

Les données précédentes apprécient les quantités des divers constituants de la graisse en expressions qui ne sont pas comparables. Pour donner une idée approximative de la nature de la substance, nous allons ramener ces quantités à des corps de même nature. Pour rendre le calcul possible, nous rapporterons d’abord à l'acide butyrique la quantité d'acides volatils observée : celte supposition ne peut amener d'erreur considérable. Ensuite, nous admettrons que, dans les acides solides, acide palmitique et acide stéarique sont représentés en quantités égales.

D'après ces principes, on trouve, par une série de calculs que nous croyons fastidieux de transcrire ici, les résultats suivants :

Butyrine. . . . . :. .1:1400.1 0,137igramme.

Oléine ne RON RD: 58 — Stéarine + palmitine. . . . . . . . 0,3537 —

ce qui donne, en composition centésimale :

Buiyeine al AENENSORR EN REERE 4,47 0}.

Dléine LES LUE MOTS PATRREANE TUECP AE CRIS TEE Sétones HIT 2 D OR © à à à < 8,110

Cette teneur considérable en oléine rapproche la graisse des Lombrics de celle des autres animaux à sang froid !. L’oléine sert de dissolvant pour les graisses moins fusibles et le mélange reste liquide à la température basse de l'organisme.

Ces substances graisseuses sont, en presque totalité, localisées dans l'intestin moyen. Nous avons constalé ce fait par le procédé suivant : nous enlevons à une quinzaine de vers les intestins moyens et meltons à part l’ensemble des autres organes ; chaque portion est traitée par l'alcool absolu, puis par l’'éther et les deux extraits réunis sont évaporés à sec; le résidu repris par l’éther, filtré, est évaporé de nouveau. Nous obtenons ainsi de part et d'autre une substance fluide, jaune, formée surtout par de la graisse, dont on peut apprécier la quantité en évaluant la perte que subit par la saponification la portion soluble dans léther.

Nous avons exposé dans un autre mémoire paru pendant l'impression des présentes pages ?, que cette graisse constitue, dans lintestin moyen, les fines granulations jaunes que renferment en quantité variable les cellules ciliées de l’épithélium intestinal.

1 A notre connaissance, on n’a considéré jusqu’à présent que des Vertébrés.

2 WiLzem et Mine, Recherches sur la digestion et l'absorption intestinale chez le Lombric. (LIVRE JUBILAIRE DÉDIÉ À CH. VAN Baneeke, Bruxelles, 1899.)

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VI. Recherche du glycogène * (méthode de Arcs). — Le résidu des vers desséchés fut, après extraction par léther, divisé en deux parties. La première portion fut bouillie avec de Peau et la décoetion ainsi obtenue fut filtrée. La solution bouillante fut additionnée d’une solution saturée de chlorure de zinc, jusqu’à précipitation complète des albuminoïdes, puis filtrée. Le filtrat fut concentré sous un très petit volume, acidulé par HCI (pour empêcher la précipitation par l'alcool d'un sel basique de zinc), puis additionné d’alcool à 60 °/, pour précipiter le glycogène, la dextrine, ete.

Le précipité fut lavé soigneusement avec l'alcool à 95 °/,, redissous dans l’eau ; la dissolution, ramenée par évaporation à un petit volume, fut traitée de nouveau par Zn Cle pour obtenir une précipitation complète des albuminoïdes et des substances similaires. Aprés filtration et concentration, la liqueur fut traitée de nouveau par laleool à 60 °/,; le précipité fut derechef lavé avec de l'alcool à 95 °/., puis redissous dans l’eau.

La solution opalescente fut additionnée d’acétate neutre de plomb pour précipiter la dextrine : nous n'obtinmes qu’un trouble à peine appréciable ; la quantité de dextrine était presque nulle. La présence de cette substance est facilement compréhensible dans l'organisme du Lombrie : c’est un produit intermédiaire entre le glycogène et sa forme active, le glycose.

Le filtrat fut additionné d’acétate basique de plomb, ce qui précipita du glycogène; le précipité réuni dans une éprouvette fut abandonné au repos et le liquide surnageant, décanté et remplacé à de nombreuses reprises par de l'alcool (pour enlever l’acétate de plomb).

La substance ainsi obtenue servit à faire les réactions du glycogène.

La quantité de glycogène obtenue était fort faible; mais il est à remarquer que la méthode suivie ne pouvait donner des résultats quantitatifs sérieux : la multiplicité des filtrations de liquides sirupeux qu'on ne pouvait laver complètement et qui filtraient avec une lenteur désespérante, la solubilité faible du glycogène dans certains réactifs qui ont servi à le précipiter, étaient autant de causes de déperditions.

1 Le glycogène a été décelé par voie microchimique, au moyen d’iode, dans certaines cellules péritonéales de divers Oligochètes. (Voir Cuénor, mém. cité, p. 80.)

VII. Recherche de l'acide urique. — La seconde partie du résidu épuisé par l’éther fut traitée par une solution de 4 grammes de carbonate de lithium dans 500 c5 d’eau, et chauffée à ébullition au bain de glycérine. Ce traitement avait pour but de dissoudre l'acide urique et de mettre en liberté les bases ammoniacales.

Nous observâmes le dégagement d’une base très volatile, à odeur ammoniacale désagréable, qui fat recueillie dans un tube de PéLiGor contenant de l'acide chlorhydrique à 40 °},.

La solution alcaline, fortement colorée en brun, fut évaporée à sec; nous obtinmes de la sorte une substance amorphe à odeur d'extrait de viande, soluble dans l'eau et déliquescente, qui devait contenir une grande quantité de matière extraclive,

Pour y rechercher l'acide urique, nous l'avons ox ydée par l'acide nitrique ; le résidu d’évaporation formait une masse très fortement colorée en jaune, qui déflagrait avec la plus grande facilité, dès qu'on voulait achever l'évaporation en chauffant à feu nu. Aussi nous faut-il impossible d'essayer sur cette matière la réaction de la murexide.

Nous avons essayé une autre méthode : une autre dose de même substance fut dissoute dans l'eau et traitée par l'acide chlorhydrique pour précipiter l'acide urique. Le précipité peu abondant, lavé plusieurs fois avec l'acide chlorhydrique étendu, fut examiné par la réaction de la murexide. Avec l'acide nitrique, il donnait une matière jaune, probablement de l'acide picrique, dont la coloration masquait celle de la murexide : celle-ei ne fut done aperçue que d’une manière douteuse.

Ces insuccès nous engagèrent à reprendre une portion de vers frais ; débarrassés de leurs tubes digestifs, ils furent traités par une solation froide et concentrée de potasse caustique. Après contact d’un jour, la solution presque incolore fut étendue, filtrée, puis neutralisée par l'acide nitrique. Après évaporation à sec, la masse cristalline obtenue fournit nettement la réaction de la murexide.

VIT. Recherche de l'amine. — Le contenu du tube de PéciGor obtenu dans la première recherche de l'acide urique, évaporé à sec dans une

capsule, fournit un résidu cristallin assez important. Il fut repris par l’alcool absolu pour abandouner le chlorure d’ammonium et la solution fut ensuite évaporée; l'opération fut recommencée pour assurer une élimination complète.

De la solution alcoolique acidulée par HCI fut précipitée, par le chlorure de platine, une substance cristalline de couleur jaune d’or, que nous avons recueillie sur un filtre et lavée soigneusement à l'alcool.

L'analyse fut faite par dosage du platine et fournit les résultats suivants :

0,1697 de chloroplatinate donnèrent 08r,0705 de platine, soit 41.6 °/.

Cette teneur en platine correspond à celle du chloroplatinate de méthylamine (NH,.CH,), Pt CI;, qui contient 44.25 °,, de Pt. La différence en trop provient vraisemblablement du mélange à la substance d'un peu de chlorure d’ammonium, qui est légèrement soluble dans lalcoo! absolu.

Il faut remarquer que cette méthylamine ne provient pas de la décomposition par le carbonate de lithium de substances dérivées, comme la créatine ou la sarcosine. En effet, ces corps ne se décomposent par les alcalis, en donnant de la méthylamine, que par fusion avec de la potasse caustique ou de la chaux sodée, ou en tube scellé à 150° avec de l’eau de baryte. La base très étendue que nous avons employée n’a done pu donner lieu à des décompositions de ce genre, et on doit admettre que la méthylamine préexistait à l’état de sel chez les vers, et cela d'autant plus que le dégagement commençait à se produire par simple ébullition sous pression réduite, en labsence de base étrangère.

Une hypothèse qui se présente à l'esprit est que cette substance proviendrait non du Lombric, mais du terreau contenu dans son tube digestif: on a, en effet, signalé de la triméthylamine chez nombre de végétaux et une substance identifiée à la méthylamine a été rencontrée dans la mercuriale !.

Pour élucider cette question, nous avons pris 200 grammes du terreau

{ Consulter Husemann et Hiccer, Die Pflanxenstoffe. Berlin, 1882, S. 5925.

séché où vivaient les Lombrics analysés !, et nous avons soumis cette matière au même traitement. Nous avons ainsi obtenu un chloroplatinate qui avait le même aspect que le précédent, mais dont la quantité trop faible, 0:',0506, ne permetlail pas une analyse exacte ?.

La quantité ci-dessus observée, 0#,1697, qui correspondait à un poids moyen de 150 grammes de vers secs, se trouve être néanmoins trois à quatre fois plus considérable que celle fournie par 200 grammes de terreau, Elle ne pouvait donc pas provenir exclusivement des matières contenues dans le tube digestif des Lombries 5.

D'autre part, nous avons recommencé la même opération avec 300 grammes de Lombries vivant, non plus dans du terreau, mais dans de la terre de jardin très pauvre en débris végétaux. L’extraction des bases volatiles a fourni une substance dont le chloroplatinate contenait 43.91 °,, de Pt, c'est-à-dire du chlorure d’ammonium (teneur calculée : 43.84 °,).

Il résulte de ces expériences que la méthylamine observée dans le premier cas ne constituait pas un produit constant de lexerétion chez le Lombrie ; mais que cette substance, empruntée au sol, peut s’'emmagasiner dans l'organisme de cet Annélide,

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