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QUELQUES OBSERVATIONS SUR LES PHENOMÈNES DE L'EXCRÉTION CHEZ NÉREIS

Chez un certain nombre de Polychètes sédentaires, comme l’Arénicole, les substances solides et les produits d’excrétion liquides sont rejetés de la cavité cœlomique par les néphridies, tubes très larges, courts et droits, munis d’entonnoirs de grandes dimensions, qui servent en même temps de conduits pour l’expulsion des produits génitaux !.

Nous avons vu que, chez le Lombrie, l'élimination des substances solides et celle des produits liquides se font par des voies différentes : les derniers sont rejetés par les néphridies; les premiers quittent l'organisme, peut-être en partie par les pores dorsaux, bien certainement par les conduits spermatiques ; il n'y a d'exception à celte règle que pour les substances solides de petites dimensions comprises dans les amas phagocytaires des entonnoirs néphridiens. Les données que nous possédons sur la structure des néphridies des Annélides montrent, malgré le peu de connaissances que nous avons de leur fonctionnement, que le mode d’excrétion cité chez les Sédentaires dont nous parlons est plus primitif que le double procédé observé chez le Lombric.

Nous allons trouver chez Néreis une disjonction fonctionnelle plus complète encore : chez ce Polychète, l'expulsion des particules cœlomiques solides s’accomplit tout à fait indépendamment de l’activité des néphridies. Nous ne nous sommes pas proposés, en étudiant Néreis, d’élucider l’ensemble

1 V. Waisen, L'excrétion chez l'Arénicole. (TRAVAUX Du LABORATOIRE DE WIMEREUX, t. VII, 1899.)

des phénomènes d'excrétion chez cet animal; nous nous sommes seulement intéressés à celte disposition qui nous présentait, au point de vue physiologique, un stade intermédiaire conduisant au type fonctionnel très spécial que nous avions, auparavant déjà, reconnu dans le groupe des Hirudinées.

Comme le résultat de nos observations morphologiques sur Néreis concorde avec les données que fournit Goopricu !, nous serons très brefs dans leur exposé.

La néphridie de Nereis diversicolor ? O.-F. MuLzer est constituée par un long tube, probablement intracellulaire, étroit et contourné, dont les circonvolutions multiples sont condensées en une masse ovoide logée dans la base du parapode et accolée à un amas de cellules glandulaires dépendant du cirre ventral. Ce tube débute par un orifice extrêmement étroit, à peine évasé, bordé de délicates franges ciliées, et présente sur une partie de sa longueur deux bandes ciliées analogues à celles qui existent chez le Lombrie et jouant le même rôle : faire progresser vers l'extérieur le contenu du canal népbridien. Les cellules qui limitent celui-ci ont un protoplasme à grandes lacunes, plus dense cependant du côté interne, et présentent souvent de nombreuses petites vacuoles qui crèvent dans la lumière centrale.

La structure de cet appareil le rend inapte à rejeter du cœlome des particules solides. Après une injection de matières pulvérulentes, pas un grain ne sort par le tube néphridien ; il ne se forme même pas, comme chez le Lombric, d'amas phagocytaire à proximité de l’entonnoir, disposition que nous avons vu permeltre encore l’excrétion de quelques matériaux solides.

Mais, après une semblable injection, comme l’a décrit avant nous A. KowaLevsky 5, on voit apparaitre dans la région dorsale, vers le milieu

1 E. S. Goovricu, On a new Organ in the Lycoridea..…. (QUARTERLY JOURNAL 0F MICROSCo- PICAL SCIENCE, 1893, vol. XXXIV.)

? Les exemplaires que nous avons étudiés vivaient dans l’eau saumâtre et provenaient de Wimereux et de Philippine (bouches de l’Escaut).

3 A. KowaLevsky, Ein Beitrag zur Kenniniss der Excrelionsorgane. (Brozociscnes Cen- TRALBLATT, 1889, Bd IX, S. 70.)

Sur les glandes lymphatiques des Néréides. (COMPTE RENDU DES SÉANCES DU TROISIÈME CONGRÉS INTERNATIONAL DE Z00LOGIE [Leyde], 1895, p. 526.)

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de chaque segment, à droite et à gauche de la ligne médiane, deux taches colorées triangulaires qui s'aperçoivent à travers les téguments translucides de l'animal. Ces taches correspondent à des amas de cellules chargées de matières injectées, et rassemblées dans une dépendance du cœlome comprise entre le muscle longitudinal dorsal et les téguments ".

Des phagocytes bourrés de corpuscules se rencontrent, dispersés irrégulièrement, dans toutes les régions du système plasmatique, et si l'injection a élé abondante, un excès de granulations se retrouvent flottant librement dans le liquide cavitaire. A. KowaLevskY considère à tort ces groupements d’amibocytes comme de petites « glandes lymphatiques » ; ces paquets, plus ou moins nombreux suivant l'importance de l'injection, ne sont fixés que momentanément aux infractuosités de la cavité cœlomique et finissent d'ordinaire, après une série d’arrêts, par aboutir plus ou moins altérés aux amas dorsaux.

Ceux-ci ne constituent pas des organes spéciaux, comme l’admet KowA- LEVSKY qui en fait des « glandes lÿmphatiques » dépendant de la peau, mais des accumulations d’amibocytes cœlomiques bourrés de substances étrangères et destinés à évoluer sur place jusqu’au moment lointain de leur expulsion.

A. KowaLevsky, malgré qu'il reconnaisse à la «glande lymphatique » en question l'aspect d’une « agglomération de leucocytes » , fonde sa manière de voir sur quelques faits qui lui paraissent incompatibles avec la supposition, faite par GoopricH, qu'il s'agirait d’un amas accidentel d’amibocytes ; les objections du savant russe sont faciles à réfuter :

1° On rencontre ces amas non seulement sur les animaux injectés, mais aussi sur les individus sains (non injectés); dans ce cas, leurs cellules renferment souvent des granules bruns, quelquefois en assez grand nombre ?, Ces granules sont des corps analogues aux grains chloragogènes, provenant des cellules péritonéales et tombés accidentellement dans le cœlome :

les phagocytes qui s’en emparent subissent le même sort que les cellules

{ Voir les figures du deuxième mémoire de A. KowaLEvSkY. 2 Sur les glandes lymphatiques des Néréides, pp. 527-598.

chargées de carmin ou d'encre de Chine; les injections cœlomiques ne font qu'exagérer un phénomène normal et augmenter artificiellement le volume des amas dorsaux.

2° Ceux-ci se conservent inaltérés, quant à leur forme et leur coloration, pendant un temps indéterminé,

La raison en est que l’expulsion de ces corps de rebut, si elle s'effectue, ne se présente, comme nous allons le voir, que périodiquement et à des intervalles éloignés. Entretemps, l'amas des amibocytes, modelé par les contours de la cavité infundibuliforme dans laquelle ils ont été poussés les uns après les autres, y persiste en se désagrégeant lentement.

Enfin, si des corps plus ou moins inertes viennent se rassembler de préférence dans cette région de la cavité cœlomique, c'est qu'ils sont amenés là par le courant ciliaire d'organes métamériques dont nous allons parler.

Gooprica à décrit chez les Lycoridiens un organe spécial, constitué par

Fig. 2. — Nereis diversicolor. — Diagramme montrant une vue latérale de deux segments, dont la paroi a été enlevée du côté gauche (d’après GoonricH, mémoire cité, fig. 2).

m. Muscle longitudinal dorsal. n. Néphridie.

m'. Muscie longitudinal ventral. d. Intestin.

c. Organe cilié de Goonricn.

une zone épaissie et ciliée de l’épithélium péritonéal, qui se rencontre dans tous les segments à partir du dixième et à l'exception des deux derniers.

C'est une région bien définie, débutant à la face interne du muscle longitudinal dorsal, ou plus exactement sur une portion du dissépiment qui le côtoie et que limite le vaisseau tégumentaire dorsal, Elle contourne inférieurement le bord du muscle et remonte sur sa face externe en formant là une région triangulaire plissée, dont le sommet, placé vers le milieu du segment, alteint presque la ligne médiane dorsale. Le jeu des cils vibratiles détermine un courant de la base vers le sommet de l'organe.

Goopricu considère cet « organe cilié dorsal » , dont l’aspect lui rappelle les conduits génitaux des Capitellides, comme un conduit génital incomplètement développé, dont lorifice extérieur se formerait seulement lors de la maturité des produits sexuels. Il fonde son opinion sur ces considérations :

4° Les néphridies, à raison de leur calibre insuffisant, ne peuvent servir à l'expulsion des œufs:

2° Ilest peu probable que la sortie des produits sexuels se fasse, comme le croit CuNNINGHAM !, par déhiscence de la paroi de chaque segment : ce procédé, fort préjudiciable à l'individu parent, ne peut raisonnablement s’'admettre que pour les Hétéronéréis, qui ne possèdent d’ailleurs pas d’organe dorsal et dont l’organisation dénote une existence fort éphémère;

3° Enfin Pauteur n’a pas rencontré de trace d’organe semblable chez d’autres Polychètes, où existent, au contraire, des néphridies à entonnoir large et à canal court plus ou moins droit, pouvant livrer passage aux produits sexuels.

Bien que nous n’ayons, pas plus que Goopricn, trouvé sur les dix Néréides que nous avons étudiées en coupes de trace d'ouverture dorsale, nous considérons l'hypothèse de cet auteur comme fort plausible. Elle entraine celle conséquence, que l'expulsion des phagocytes dégénérés réunis dans les amas dorsaux est périodique et coïncide avec l'émission des produits sexuels.

Nous n'avons pas eu l’occasion d’étudier de Polychètes chez lesquels des néphridies, perdant en partie ou en tout leurs caractères de tubes sécrétoires, se sont organisées plus ou moins exclusivement en conduits génitaux,

1 CuNNINGHAN, On some points in the anatomy of Polychæte. (QUARTERLY JOURNAL 0F MICRO SCOPICAL SCIENCE, 1887-1888, vol. XXVIII, p. 257.)

Nous croyons néanmoins pouvoir préjuger par analogie que chez ces animaux les néphridies non spécialisées excrèêtent principalement ou excelusivement les produits liquides, tandis que les conduits génitaux servent, continuellement ou périodiquement au moment de la ponte, de canaux d'élimination pour les substances solides déversées dans le cœlome et phagocytées par les amibocytes plasmatiques.

La concordance entre cette disjonction au point de vue excrétoire et la spécialisation de certaines néphridies en conduits génitaux nous paraît être un fait général que vérifieront les études ultérieures; le cas de Néréis la fait prévoir et celui du Lombric la réalise en partie.

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