Mélanoses
XLIX. La présence de ce tissu accidentel dans le poumon ne pourrait être annoncée par la nature de l’expectoration que dans le cas où les mélanoses, ramollies^, verseraient dans les bronches la matière qui les forme. Mais ce tissu existe dans les poumons beaucoup moins communément que ne le pensent ceux qui le confondent avec la matière noire pulmonaire. Il est plus rare encore d’observer son ramollissement et les excavations qui en sont le résultat.
Tant que les mélanoses sont à l’état de crudité, nous ne pensons pas qu’elles puissent donner lieu à une expectoration particulière.
Cependant Bayle l’a décrite d’une manière spéciale. « D’après lui , « les crachats sont ordinairement ronds et un peu opaques; ils nat gent presque toujours dans une assez grande quantité de piluite « difïluente. »
Mais cette expectoration appartient aussi-bien au premier degré de la phthisie tuberculeuse. On peut l’observer également dans beaucoup de catarrhes pulmonaires, bien que le poumon ne contienne pas de mélanose : elle n’est donc nullement caractéristique. Nous avons vu ouvrir un assez grand nombre d’individus dont les poumons offraient ce genre d’altération ; chez tous , les crachats avaient été très-variables ; chez les uns, ils avaient conservé pendant long-temps les caractères de l'expectoration du catarrhe aigu ; chez d’autres , ils étaient plaqués, opaques , et véritablement puriformes , comme dans le catarrhe chronique.
Il n’est pas rare de trouver chez les vieillards de la mélanose développée au milieu même des masses tuberculeuses qui remplissent leurs poumons. Il semble donc qu’à mesure que celles-ci s’évacuent à travers les bronches , elles devraient entraîner avec elles la matière noire de la mélanose ; cependant , dans ces mêmes cas , nous ne l’avons jamais observée dans les crachats : la couleur noire de ces derniers ne suffirait pas d’ailleurs pour annoncer qu’ils appartiennent à la mélanose. On sait en effet que beaucoup de personnes jouissant d’une parfaite santé expectorent tous les matins des crachats opaques ou transparens, mêlés de stries noirâtres; quelques-uns expectorent même de petites masses arrondies et très-noires , qui , examinées avec attention , présentent toutes les qualités du mucus, et dilîèrent totalement de la matière de la mélanose telle qu’elle existe dans le poumon. On sait que beaucoup d’auteurs ont placé dans les ganglions bronchiques la source des crachats noirs; mais l’anatomie ne permet guère d’adopter cette idée. Ils paraissent avoir été , dans quelques cas , le produit d’une sécrétion vicieuse de la muqueuse même des bronches, ainsi que le prouve le fait suivant , cité par M. Portai. Ce savant médecin, en disséquant le cadavre d’une femme sexagé-
naire , trouva la surface interne des bronches et de la trachée-artère enduite d’une liqueur très-noire , semblable à celle dont la choroïde est imprégnée.
M. Portai a mis en contact avec l’eau chaude cette matière noire ; quelquefois il l’a vue se dissoudre sur-le-champ dans le liquide, qui devenait noir comme de l’encre; d’autres fois il n’a pu la dissoudre; elle s’est précipitée sous forme d’une poudre noire , et l’eau s’est à peine colorée. « Il faut bien se garder, dit l’illustre archiatre ^ de « confondre ces deux expectorations noires; la première peut exister « sans aucun danger, tandis que l’autre a presque toujours des suites « fâcheuses. » ( Traité de la phthisie pulmonaire, t. 2. ) Cette dernière ne serait-elle pas formée par la matière de la mélanose ?