Calculs
LL Le développement de concrétions pierreuses dans le poumon s’observe surtout chez les vieillards. Leur expectoration , assez rare , est le seul signe pathognomonique qui puisse avertir de leur existence.
Les calculs expectorés peuvent avoir une double origine : tantôt ils se forment dans le parenchyme du poumon , et se fraient une route à travers les bronches, de la même manière que les autres productions accidentelles ; tantôt ils prennent naissance dans les petites ramifications des bronches elles-mêmes, au milieu de la mucosité qu’elles sécrètent. Il en est, à cet égard, du. mucus des bronches comme des autres liquides du corps vivant ; il en est peu au milieu desquels on n’ait vu se développer des calculs.
Le volume des concrétions pulmonaires est très-variable ; on en a observé qui égalaient à peine la grosseur d’un grain de millet ; d’autres , plus rares , ont le volume d’un haricot ordinaire. On lit dans les Actes de l’académie de Copenhague l’histoire d’une femme qui , au milieu d’une toux violente , rejeta une pierre de la grosseur de la première phalange du pouce. Morgagni dit avoir vu un calcul pulmonaire aussi volumineux que le noyau d’une pêche ; il avait été expectoré au milieu d’efforts très-considérables [conatu immani). Le malade affirmait l’avoir senti très-distinctement monter du poumon droit dans la trachée. Schenkius parle d’une jeune fille de quatorze ans qui expectora un caldtil du volume d’une noix , après avoir éprouvé les accidens les plus graves , et qui se rétablit ensuite parfaitement.
Le nombre des concrétions qui sont expectorées est généralement en raison inverse de leur volume. Dans le cas où elles ont leur origine dans le tissu même du poumon , les malades n’en, rejettent souvent qu’une seule, plus ou moins considérable ; mais , lorsqu’elles sont formées dans les bronches , elles peuvent être expectorées, pendant un
long laps de temps , en quantité vraiment étonnante. On trouve dans le Dictionnaire des sciences médicales ( art. Cas rares ) l’observation d’un phthisique qui , pendant les huit derniers mois de son existence , expectora plus de deux cents petites pierres. Une jeune fille , dont l’histoire a été rapportée dans l’un des cahiers de la Bibliothèque médicale pour 1820, rendit en trois mois vingt-deux concrétions pulmonaires , dont la plus grosse avait le volume d’une cerise. M. Portai parle d’un individu , nommé Vaillant , qui rendit plus de cinq cents calculs par l’expectoration : les premiers qui furent expulsés n’étaient pas plus gros qu’un grain de millet : il en rendit ensuite d’autres qui avaient le volume d’un pois.
Leur forme , leur consistance , leur couleur , et leurs autres propriétés physiques ne sont pas moins variables. Tantôt ce sont de petites masses tophacées , friables , semblables à du plâtre saturé d’humidité , s’écrasant facilement sous le doigt qui les presse : tantôt elles ont une dureté beaucoup plus grande ; il faut employer une certaine force pour les briser. Quelquefois elles ressemblent à des grains de sable , ou à des fragmens du caillou le plus dur. Elles peuvent être ovalaires, cylindriques, globuleuses, pyriformes. Souvent elles offrent des embranchemens , comme si elles s’étaient à la fois formées et étendues dans plusieurs petits rameaux bronchiques. On les a vues hérissées à leur surface d’aspérités nombreuses , et se rapprocher ainsi , par leur forme , des calculs muraux de la vessie. ( J’en ai rencontré de semblables dans la vésicule du fiel. ) Le plus ordinairement les concrétions pulmonaires ont une couleur d’un gris cendré ; on en a observé quelques-unes qu^étaient comme tachetées de petits points noirs ou rouges.
L’analyse chimique a démontré que la plupart de ces concrétions sont formées de phosphate de chaux uni à un peu de matière animale. Quelques-unes seulement contiennent du carbonate de chaux.
L’expectoration des calculs pulmonaires est précédée , accompagnée et suivie des symptômes les plus variables. Dans beaucoup de cas , des douleurs atroces dans un ou plusieurs points de la cavité thoracique ,
des hémoptysies abondantes , une dyspnée plus ou moins considérable , une toux fatigante , sèche , ou accompagnée de crachats puriformes, une fièvre hectique bien prononcée , se sont manifestés avant que les calculaient été expectorés. Ces symptômes peuvent persister pendant très-long-temps avant qu’on puisse reconnaître la cause qui les entretient. On lit dans les Ephémérides des curieux de la nature l’histoire d’une femme âgée de cinquante-sept ans , qui , après avoir été tourmentée pendant dix-neuf ans par une toux violente et une grande oppression , en fut enfin délivrée par l’expectoration d’un grand nombre de petits calculs. Ils sont quelquefois si volumineux , qu’ils ne peuvent être expectorés , obstruent les voies aériennes , et déterminent la mort par suffocation. Tel était , au rapport de Benevenius J le cas d’un homme qui périt asphyxié, et dans les bronches duquel il trouva des calculs de la grosseur d’une noix.
D’autres fois aucun phénomène grave n’a précédé l'expectoration des calculs. Des personnes, jouissant de la meilleure santé, à la suite d’une quinte de toux souvent assez légère, ont été étonnées de trouver dans leurs crachats une ou plusieurs petites pierres.
Ces grandes diflférences dans les symptômes précurseurs doivent dépendre de l’origine, du nombre, de la situation, de la forme et du volume des concrétions.
Rien n’est aussi plus variable que les phénomènes qui suivent leur expectoration. Arélée avait déjà remarqué que les individus dont les crachats contiennent de petits calculs n’en éprouvent souvent aucun accident fâcheux. Vaillant, dont nous avons déjà rapporté l’histoire, était dans ce cas. Olaüs Borrichius a cité l’observation d’un de ses amis qui depuis douze ans crachait de temps à autre de petites pierres, à la suite d’une quinte de toux, sans que sa santé en fût altérée. De nombreux exemples prouvent, a dit Morgagni , que nonseulement l’on peut vivre long-temps après avoir expectoré des calculs , mais encore que leur expectoration a rendu beaucoup de malades à une santé parfaite.
Il n’en est pas malheureusement toujours ainsi. L’hémoptysie , par
exemple, est un des accidens les plus graves et les plus communs qui précèdent et suivent l’expulsion des calculs. Elle est quelquefois assez abondante pour épuiser les forces du malade et compromettre son existence. Trop souvent aussi cette expulsion est le phénomène précurseur d’une phthisie pulmonaire , soit que les calculs par leur nombre ou leur volume s’opposent au libre exercice des fonctions du poumon , soit qu’ils en produisent primitivement l’ulcération , soit enfin que , par l’irritation qu’ils produisent , ils y favorisent le développement des tubercules.
Il résulte de ces diverses considérations que, dans tous les cas d’expectoration calculeuse, le prognostic que portera le médecin devra nécessairement varier selon les circonstances antécédentes , la constitution du sujet , et la nature des accidens qui se déclarent pendant et après l’expulsion des calculs.