CHAPITRE XV
Le Catalogue des Fixes.
1. «Cet Hipparque qu'on ne louera jamais assez,)) nous dit Pline {Hist. nat., II, 26), « car personne n'a jamais mieux prouvé » que rhomme a une parenté avec les astres et que nos âmes font » partie du ciel, reconnut une nouvelle étoile qui venait de naître » de son temps, et fut ainsi amené, par les changements qu'elle » éprouva (*), à se demander si le même fait ne se reproduirait » pas souvent et si les étoiles que nous regardons comme fixes » n'ont pas quelques mouvements. Il entreprit donc une tache » qui eût pu faire reculer même un dieu, de compter pour la 1) postérité les étoiles et de leur assigner des noms dans les cons- )) tellations; il inventa des instruments pour déterminer la position D de chacune aussi bien que sa grandeur, afin que l'on pût facile- » ment reconnaître, non seulement s'il en naissait ou s'il en )) disparaissait, mais aussi si quelques-unes se déplaçaient ou bien )) augmentaient ou diminuaient; ainsi il laissa à tous le ciel en » héritage, s'il se trouve quelqu'un qui veuille l'accepter. »
Ce récit emphatique nous montre bien à quelle occasion Hipparque entreprit de dresser un catalogue d'étoiles rapportées à un système de coordonnées, et comment il fut amené dès lors à rechercher si les déterminations auxquelles il arrivait concordaient avec celles qu'il pouvait tirer des observations antérieures. Il ne trouva comme utilisables que celles faites par Aristylle et
(i) Ejus molu : Sans doute ces mots n'indiquent pas un mouvement local de la nouvelle étoile (car Hipparque aurait cru alors découvrir une planète inconnue)^ mais un changement d'éclat. Elle dut briller, puis s'éteindre, comme celle del572 (Tycho-Brahé).
Timocharis, portant soit sur des déclinaisons, soit sur des distances lunaires. En les comparant avec les siennes, il en conclut que les longitudes, comptées du point vernal, avaient augmenté, que les déclinaisons avaient changé, mais que les latitudes paraissaient invariables. Il adopta donc les longitudes et latitudes comme coordonnées, et conclut à la probabilité d'un mouvement général de la sphère des fixes autour des pôles du zodiaque moyen. Ce mouvement, qu'il était le premier à soupçonner, ne lui parut pas épuiser toutes les possibilités, car les observations d'Aristylle et Timocharis ne portaient guère que sur la zone zodiacale; il n'était donc pas prouvé que le mouvement qu'il supposait fût général, ni qu'en somme les étoiles fixes conservassent rigoureusement leurs mêmes positions sur la sphère. Pour permettre à la postérité de décider aisément cette question, comme il se rendait compte de l'incertitude des observations en longitude dépendant de la théorie de la lune, il eut soin de relever un certain nombre d'alignements que Ptolémée vérifia, et auquel il en ajouta d'autres.
2. L'auteur de la Syntaxe évalua d'ailleurs à 1° par cent ans, soit 36' par an, le mouvement de précession des équinoxes. On admet généralement que cette évaluation est précisément celle qu'avait faite Hipparque. Il est probable, au contraire, que ce dernier s'était beaucoup plus rapproché de la vérité. Ptolémée nous dit expressément qu'Hipparque avait évalué à 6° la dislance de l'Épi de la Vierge au point automnal, tandis que des observations de Timocharis il avait déduit 8° pour cette distance. C'était donc un mouvement de 2° pour un laps de temps qu'on doit évaluer comme suit :
• Ptolémée rapporte son catalogue à la première année d'Antonin, 137 ap. J.-C, et dit qu'Hipparque observait 205 ans avant lui ; le catalogue de ce dernier se rapportait donc à l'année 129 av. J.-C. (50* année de la 3^ période callippique). Ces observations de Timocharis sur l'Épi paraissent avoir été conservées (livre VII, 3); elles sont de la 36« et de la 48® année de la l'" période callippique, soit 295 et 283 avant J.-C. Pour cet intervalle de 12 ans, la
précession, d'après le calcul de Ptolémée lui-même sur ces observations, aurait été de 10', soit 50" par an, et si Ton prend Tintervalle de 129 à 283, on a 154 ans, pour lesquels un mouvement de 2° donne environ 46", 8 par an, c'est-à-dire la précession supposée par la l""^ période lunaire dllipparque {voir p. 195).
On peut objecter les circonstances suivantes, qui semblent avoir entraîné l'erreur concernant la véritable évaluation de la précession par Hipparque. La longitude de TÉpi est, d'après Ptolémée, de 86° 40'; comme il admet 2<>40' d'augmentation entre lui et Hipparque, celui-ci fixait bien celte même longitude à 84° (6° avant le point automnal, comme il a été dit plus haut). Mais la longitude déduite de l'observation de Timocharis en 283 est, d'après Ptolémée, de 82° 30'. le mouvement aurait donc été de 1° 1/2 de Timocharis à Hipparque, et si celui-ci a parlé de 2°, ce serait en nombres ronds et par manière d'hypothèse, ce que permet d'admettre la citation textuelle de Ptolémée (i).
Mais il suffit de remarquer, contre cette objection, que Ptolémée, avant cette citation, donne ces déterminations comme formelles, et que, d'un autre côté, rien ne nous prouve que ses réductions des observations de Timocharis soient identiques à celles d'Hipparque. Il pouvait certainement, dans ses corrections d'inégalité et de parallaxe, se trouver une différence d'un demidegré.
3. A la vérité, Ptolémée cite un autre texte d'Hipparque tiré de son Traité sur la grandeur de Vannée, et où la précession n'est estimée qu'à la valeur admise par la Syntaxe.
« Car si, par cette cause, les tropiques et les équinoxes avaient » progressé vers les signes antécédents d'une quantité d'au moins » un centième de degré, il faudrait en 300 ans que la précession )> eût été d'au moins 3°. »
Mais il est clair que ce passage, emprunté à un autre ouvrage
(1) Hipparquo dans son Traité du déplacement des points tropiques et équii noxiaux : « Si donc, par exemple, l'Épi précédait alors de 8" le point automnal en yi longitude zodiacale, et si maintenant il lé précède de 6», etc. d
que celui qu'Hipparque avait spécialement consacré au déplacement des points tropiques et équinoxiaux, ne peut être décisif. Il semble bien, au contraire, qu'il n'ait indiqué, en parlant de la longueur de Tannée tropique, qu'une limite inférieure de la valeur de précession.
Laplace dit à ce sujet (') : « L'erreur de Ptolémée sur le mou- » vement annuel des équinoxes me paraît venir de la trop grande y) confiance dans la durée qu'Hipparque assigne à l'année tropique. » En effet, Ptolémée a déterminé la longitude des étoiles, en les 0 comparant au soleil par le moyen de la lune ou à la lune elle- » même, ce qui revenait à les comparer au soleil, puisque le mou- » vement synodique de la lune était bien connu par les éclipses. » Or, Hipparque ayant supposé l'année trop longue et par consé- » quent le mouvement du soleil, par rapport aux équinoxes, plus » petit que le véritable, il est clair que cette erreur a diminué les » longitudes du soleil dont Ptolémée a fait usage. Le mouvement » annuel en longitude qu'il attribuait aux étoiles doit donc être 2) augmenté de l'arc décrit par le soleil, dans un temps égal à » l'erreur d'Hipparque sur la longueur de l'année, et alors il devient » à fort peu près ce qu'il doit être. L'année sidérale étant l'année » tropique augmentée du temps nécessaire au soleil pour décrire )) un arc égal au mouvement annuel des équinoxes, il est visible » que Tannée sidérale d'Hipparque et de Ptolémée doit peu différer » de la véritable; en effet, la différence n'est que ~ de celle qui » existe entre leur année tropique et la nôtre. »
L'explication est très juste en ce qui concerne Ptolémée; elle rend bien compte de la concordance qu'il prétend avoir trouvée dans la comparaison des longitudes directement déterminées par lui avec celles données par Hipparque. Mais Laplace a identifié à tort Tannée sidérale d'Hipparque avec celle de Ptolémée; d'un autre côté, il n'a pas remarqué que ce dernier aurait aisément pu s'aviser de l'incertitude de la durée de Tannée tropique, mais qu'il a probablement suivi, pour la précession, d'autres évaluations d'astronomes intermédiaires.
(1) Exposition du système du Monde, p. 421.
4. Sur le premier point, il est bien certain que Tannée tropique d'Hipparque et de Ptolémée
a avec la valeur de l'année tropique en 137 ap, J.-C, soit 365.2423255, une différence de 0^00434H, tandis que, entre notre année sidérale 365,2563744 et celle de Ptolémée (précession des équinoxes 36" par année tropique), qui est de 365^2568126, la différence n'est que de 0,0004382, c'est-à-dire environ f^ de la précédente, comme le dit Laplace.
Mais, pour Hipparque, nous avons une détermination de l'année sidérale qui ressort de la période écliptique de 126007^ 1'' pour 345 révolutions solaires sidérales moins 7° {. Cela met l'année sidérale à 365^,259854, et la différence avec la valeur des modernes, 0,003 110, est tout à fait comparable à l'erreur d'Hipparque sur l'année tropique. Dès lors, des valeurs d'Hipparque poiT l'année sidérale et l'année tropique, on peut déduire une valeur de la précession assez rapprochée de la vérit), ainsi que nous l'avons fiut plus haut.
Ptolémée aurait sans aucun doute pu faire celte remarque. D'un autre côté, s'il affirme avoir observé comparativement à la lune l'Épi et les plus brillantes étoiles du zodiaque (les longitudes des autres ont été déterminées par différence d'étoile à étoile), il appuie en réalité son évaluation de la précession sur quatre couples seulement d'observations, dont une seule de lui :
1° Longitude de Régiiliis d'après Hipparque et une observation de Ptolémée : augmentation, 2° 40' pour 265 ans, soit 37" par an;
2° Longitude des pléiades d'après une observation de Timocharis et une autre d'Agrippa en Bithynie, en 93 ap. J.-G. : augmentation, .3° 45' pour 375 ans, soit 36" par an;
3" Longitude de l'Épi d'après une observation de Timocharis et une de Ménélas à Rome, en 97 ap. J.-C. : augmentation, 3° 45' pour 379 ans, soit 35" 6 par an ;
4° Longitude de (3 du Scorpion d'après une observation de
Timocharis et une de Ménélas à Rome ; augmentation, 3" 55' pour 391 ans, soil 36' par an.
Les autres observations d'étoiles que rapporte Ptolémée comme faites par lui-même portent exclusivement sur des déclinaisons.
On ne peut guère douter que Ménélas et Agrippa s'étaient proposé de vérifier les variations de longitudes depuis Timocharis d'après la théorie de la lune d'Hipparque, et l'on constate qu'en fiul Ptolémée s'en rapporte au moins autant à eux qu'à lui-même. C'est donc surtout à leurs conclusions que s'applique la remarque de Laplace; Ptolémée n'a fliit que les suivre.
5. Nous avons dit (p. '148) que le traité d'Hipparque De la longueur de Vannée avait incontestablement précédé (d'environ sept ans) celui Du déplacement des points tropiques et équinoxiaux . Cependant dans le premier, comme nous l'apprend Ptolémée (VII, 3), Hipparque avait déjà supposé que le mouvement propre de la sphère des fixes s'effectuait autour de l'axe du zodiaque moyen; il avait, comme nous l'avons dit, fixé pour ce mouvement une limite minima de 36" par an, que Ptolémée devait, après Agrippa et Ménélas, prendre comme valeur définitive. Si cette limite inférieure était très au-dessous de la vérité, cela doit probablement tenir à ce qu'Hipparque attribuait à l'année tropique une durée trop élevée, et qu'il supposait par suite, pour la période écoulée depuis Timocharis, des mouvements moyens trop faibles au soleil et à la lune. Mais dans son traité postérieur, écrit d'ailleurs après qu'il eut établi ses périodes lunaires, desquelles, dans l'hypothèse de l'exactitude de son année tropique, ressortait, pour la précession deséquinoxes, une valeur sensiblement supérieure (46", 8) à la limite précédemment assignée, Hipparque appuya cette nouvelle déterm.ination d'observations d éclipses de lune faites par lui et d'autres dues à Timocharis (^).
Il est clair que ces observations avaient été accompagnées de déterminations de distances de la lune à des étoiles, et que l'em-
(•) Aucune de ces deniicras n'a été conservée dans la Syntaxe,
ploi de ces éclipses permettait d'éviter les corrections de parallaxe. D'autre part, il était facile d'éliminer l'erreur possible sur l'année tropique, si les équinoxes voisins de ces éclipses avaient été observés et pris pour point de départ du calcul des mouvements moyens.
Hipparque aurait donc, par une voie plus sûre, rectifié ses premières déterminations, et Ptolémée aurait eu le tort de reprendre le problème sans discuter suffisamment la méthode à employer.
Les longitudes d'étoiles de Ptolémée doivent donc être regardées comme systématiquement trop faibles, pour la date de son catalogue, de l'excès sur 2° 40' de la précession réelle depuis Hipparque; ou bien on peut, pour faire la correction, les rapporter à 74 ans auparavant, soit en 63 ap. J.-C. Les positions ne sont d'ailleurs, en longitude et en latitude, estimées qu'au moyen des fractions du degré f , {, j, \, |.
6. Hipparque (*) avait énuméré 1080 étoiles; nous en retrouvons seulement 10125 dans le catalogue de Ptolémée, savoir :
Première grandeur, 15; seconde, 45; troisième, 268; quatrième, 474; cinquième, 217; sixième, 49; 9 qualifiées d'obscures (à;/ajpc':), 5 de nébuleuses (veç-eASEiSetç) ; 3 enfin dans l'amas de la Chevelure.
Les astérismes déjà reconnus par Aratus, c'est-à-dire formés au temps d'Eudoxe, étaient les suivants, en dehors des douze signes du zodiaque :
Constellations boréales.— 1. Petite Ourse. — 2. Grande Ourse.
— 3. Dragon. — 4. Bouvier. — 5. Géphée. — 6. Gassiopée. — 7. Persée. — 8. Le Cheval (Pégase). — 9. Andromède. — 10. L'Agenouillé (Hercule). — 11. La Couronne boréale. — 12. La Lyre. — 13. L'Oiseau (Cygne). — 14. Le Cocher.— 15. Le Serpentaire (Ophiuchus). — 16. Le Serpent. — 17. La Flèche.
— 18. L'Aigle. — 19. Le Dauphin. — iO. Le Triangle. Constellations australes. — 1. La Baleine. — 2. Orion. — •
(*) In Arati Pliœnomena dans VUmnologien de Petau, p. 262.
3. Éridan. — 4. Le Lièvre. — 5. Le Chien. — 6. Procyon (le Petit Chien). — 7. Argo. — 8. L'Hydre. — 9. La Coupe. — 10. Le Corbeau. — 11. Le Centaure. — 12. La Bête (le Loup). — 13. L'Autel. — 14. Le Poisson austraL
Aratus distingue en outre l'Eau (du Verseau au Poisson austral), que Plolémée fait rentrer dans le Verseau, et deux groupes principaux d'iHoiles non réunies en constellations : l'un, entre le gouvernail d'Argo et la Baleine, paraît avoir servi plus tard à grossir l'Éridan; l'autre, en cercle, forma la Couronne australe, déjà connue sous ce nom par Geminus; celui-ci nous apprend que d'autres l'appelaient oùpav.r/ic (petit ciel), et qu'Hipparque disait '/.r,p:^'/,=Xo') (caducée?). Ptolémée ignore ces secondes appellations.
La Chevelure de Bérénice, nommée par Conon, ^st comptée par Ptolémée dans les non-figurées autour du Lion.
D'après Geminus, Hipparque aurait ajouté la Tête (Ttpctsy.rj) de Cheval (que nous connaissons sous le nom de Petit Cheval) et le Thyrse que tient le Centaure. Ptolémée a conservé la première constellation (boréale); il a fait rentrer la seconde dans le Centaure.
Enfin il nomme Antinous comme formé des étoiles non figurées voisines de l'Aigle. On sait que cette constellation date du règne d'Hadrien; Ptolémée devait être encore dans son adolescence à l'époque on elle fut nommée.
Les étoiles de première grandeur qu'il reconnaît sont : 1. Arcture (rougeâtre). — 2. La Lyre (Wéga). — 3. La Chèvre. — 4. La Brillante des Hyades (rougeâtre = Aldébaran). — 5. Le Petit Roi (Régulus). — 6. L'étoile de l'extrémité de la queue du Lion (ji). — 7. L'Épi de la Vierge. — 8. La dernière de l'eau du Verseau à la bouche du Poisson austral (Fomalhaut). — 8. La brillante de l'épaule droite d'Orion (rougeâtre = Betelgens). — 9. La brillante du bout du pied d'Orion, commune à l'Éridan (Rigel). — 10. La dernière du Fleuve Éridan (Acharnar). — 1 1. Le Chien (rougeâtre = Sirius). — 12. Procyon. — iS. Canopus (a d'Argo). — 14. Celle du bout du pied droit de devant du Centaure (a).
l^igel est complée deux fois, dans Orion et dans TÉridan; en sorte que la récapitulation donne 15 étoiles de première grandeur au lieu de 14. Il y a de même quelques autres doubles emplois. En revanche, quelques étoiles sont marquées comme doubles. En résumé, la récapitulation n'est pas rigoureusement faite.
Les autres étoiles qui ont des noms particuliers sont : les deux Chevreaux (du Cocher); TAigle (Altaïr); les Ilyades (cinq dans le Taureau); la Pléiade (quatre du Taureau); la Crèche (amas nébuleux) et les Anes dans le Cancer; la Vendangeuse (de la Vierge); Antarès (du Scorpion); le Lien des Poissons et son Nœud (a des Poissons).
Je passe naturellement sous silence le détail des membres et des accessonres des diverses figures au moyen desquelles l'imagination systématisée des Grecs était parvenue à désigner, sans trop d'ambiguïté, près d'un millier d'étoiles.
Il est clair toutefois que cette nomenclature n'allait pas sans une part de convention, et que l'astronome devait avant tout se familiariser avec les tracés des figures tels qu'on les dessinait sur les globes célestes. La tradition de ces figures ne s'est point conservée sans altération, et, par suite des inexactitudes dans les positions du catalogue de Ptolémée, l'identification de quelques étoiles reste douteuse pour les modernes.
7. Avant Hipparque lui-même, les conventions avaient notablement varié; la première systématisation ne paraît pas antérieure à Eudoxe; mais au temps de l'astronome de Nicée, elle se trouvait déjà tellement modifiée que, dans ses Exégèses des Phénomènes d' Eudoxe et d'Araliis (ouvrage de jeunesse, très antérieur au catalogue), quoiqu'il se rendit plus ou moins compte de certaines différences notables ('), il s'est certainement trompé sur l'identification de certaines étoiles et a, par suite, adressé à Eudoxe des reproches qui ne sont pas justifiés.
La seconde systématisation, celle qui a servi de point de départ
(') Notamment le retournement de figures, qui a fait substituer la droite à la gauche et inversement.
à Hipparque ('), semble, à première vue, avoir été faite par Ératosthène et avoir été accompagnée d'un dénombrement. Il nous reste, en effet, sous le nom du savant Cyrénéen, un petit opuscule (*) des Cataslérismes (constellations), donnant avec ce dénombrement Thistoire fabuleuse de chaque groupe. Le travail d'Ératoslhène a été compilé dès le premier siècle de notre ère avec quelques divergences, dans le livre III du Poeticon astronomicon d'Hygin et dans les scholies de la paraphrase versifiée du poème d'Aratus par Germanicus. Pour donner un exemple de la forme des énumérations d'étoiles dans chaque constellation, je prendrai celle qui se rapporte à la Grande Ourse dans les scholies de Germanicus :
«Elle a sur la tête sept étoiles, plus une à chaque oreille, y> toutes peu brillantes; deux à Tépaule, une à la poitrine, deux y> brillantes à la patte de devant [•. et y.], une brillante à la nais- )) sance de la queue [o], une brillante sur le flanc [,3], une sur » répine du dos [a], deux sur la jambe de derrière [y et ^!'(?)], » deux au bout de la patte [a et [j], trois sur la queue [s, C, "^m]; » en tout 24. »
La récapitulation générale donne pour les trois sources dont nous disposons (ropuscule attribué à Ératosthène, Hygin et Germanicus) des nombres assez différents, mais dont on peut prendre 700 comme moyenne. En réalité, Torigine de ces dénombrements est passablement incertaine.
8. L'opuscule grec des Cataslérismes paraît apocryphe ; il est certain, en effet, par une citation d'Hygin (^), que ce dernier avait sous les yeux un ouvrage versifié d'Ératoslhène en vers, et il semble probable, d'après un autre passage (^), que cet ouvrage
(1) Ptolémée remarque lui-même qu'il s'écarte quelquefois de la nomenclatui'e de son précurseur; nous n'avons donc pas exactement celle d'Hipparque. (*) L'édition princeps est celle de Fell, Oxford, 1672. (') Livre II, Arctophijlax : Itaque Eratosthenes ait
'Ixapt'oV TtOifl TTpWTat 7tcp\ (TTpâxOV Ôf^r,(7avT0.
(*) Hygin, II, Sur la voie lactée : « Ératosthène dit que Junon donna le sein à Mercure enfant, ne sachant pas que c'était le fils de Maia; l'ayant appris, elle rejeta le nourrisson et le lait répandu apparaît brillant au milieu des étoiles. »
n'était autre que le grand poème d'Hermès, où nous savons d'autre part que l'auteur avait déployé sa science au sujet des planètes, des zones, etc. Si le vers cité plus haut paraît plutôt provenir de YÉrigone, œuvre célèbre dans Tantiquité par sa perfection littéraire, on peut conjecturer que ce petit poème n'était qu'un épisode de Y Hermès.
Il est dès lors tout à fait invraisemblable que, si Ératoslhène avait mis en vers les fables astronomiques compilées par Hygin et les scholiastes d'Aratus et de Germanicus, il en ait rédigé également un précis en prose, tel que les Calastérismes. Cet opuscule ne serait donc que le sec résumé, dû à quelque grammairien, des récits du savant de Cyrène. Mais ce résumé n'en est pas moins une œuvre de l'antiquité et non pas une compilation du Bas-Empire, comme on l'a prétendu d'après l'indication qui s'y trouve relativement à la Polaire. Car cette indication se retrouve aussi bien dans Hygin et dans Germanicus (*).
Ce n'est pas, en tout cas, notre Polaire actuelle qui s'y trouve désignée; ce serait plutôt la première de la queue, e de la Petite Ourse. 11 faut sans doute supposer que le texte poétique d'Ératoslliène était ambigu, car de son temps le pôle se trouvait plus rapproché des deux étoiles i; et p du quadrilatère, quoique d'ailleurs sa dislance, à l'une et l'aulre, surpassât leur éloignement réciproque.
Déjà, à la vérité, Eudoxe avait écrit: «11 y a une étoile qui reste toujours à la même place; cette étoile est le pôle du monde. » Mais probablement il ne désignait pas une étoile apparente déterminée, et Pythéas de Marseille avait remarqué, comme nous l'apprend Hipparque dans les Exégèses, qu'au pôle il y a une place vide, mais que ce point forme un quadrilatère avec trois étoiles voisines (probablement ^ de la Petite Ourse, a et •/. du Dragon).
(') Hygin, m : « Dans les premières étoiles de la queue (delà Petite Ourse) il en est une à laquelle on donne le nom de pôle, comme le dit Ératosthène, parce qu'on la i*egarde comme occupant le point autour duqucïl tourne le monde. Les deux autres (des trois) sont apoelées yopz-j-:y.i (du chœur) paice qu'elles tournent autour du pôle. »
9. Celte dernière citation d'Ératostliène par Hygin sur la Polaire est la seule qui se rapporte à quelque étoile déterminée; il' est donc au moins douleux que les énumérations que nous retrouvons dans les compilations postérieures aient été tirées de ses écrits. Ces énumérations semblent plutôt l'œuvre de grammairiens décrivant les figures tracées sur une sphère matérielle, comme les Grecs en construisaient pour représenter le ciel. Il existait déjà de telles sphères plus ou moins grossières au temps d'Eudoxe,et sans aucun doute à Alexandrie, dès le siècle où vivait Ératosthène, on en avait établi de relativement perfectionnées, quoique les étoiles y fussent, en général, placées d'après un dessin des figures effectué sans mesures rigoureuses. Il est certain, en tout cas, que c'était sur de telles sphères que l'on s'exerçait à reconnaître les étoiles et qu'Hipparque est parti des conventions admises de son temps pour les dessiner.
Il remarque d'ailleurs que nous devons nous représenter les figures comme ayant la face tournée vers nous ; avec les sphères matérielles, on devait être tenté d'adopter la convention inverse, et c'est ce qui explique les retournements pour lesquels il est en désaccord avec Eudoxe et Aratus. Ceux-ci, par exemple, plaçaient le pied droit de l'Agenouillé (Hercule) sur la tête du Dragon. Hipparque remarque que c'est le pied gauche qu'ils auraient dû dire.
10. Une donnée de Pline {Hist.nat., Il, A\) est plus difficile à mettre d'accord avec les autres témoignages. « Il y a soixante, y> douze constellations, images d'êtres animés ou de choses, entre î) lesquelles les savants ont partagé le ciel; ils y ont remarqué » mille six cents étoiles, notables par leurs influences ou leur » aspect, comme par exemple sur la queue du Taureau les sept » que l'on appelle Vergilies (Pléiades), sur son front les Sticules y> (Petites truies : Hyades), le Bouvier qui suit les Sept Bœufs (*). »
Il est tout à fait invraisemblable qu'Hipparque ou quelque autre
(}) Septem Triones, d'où le mot Septentrion qui, originairement chez les Romains, désignait l'une ou l'autre Ourse.
— 27G — astronome eût catalogué 1,600 étoiles, alors que Ptolémée n'a guère dépassé mille. Il est plutôt à croire que Pline avait écrit, suivant l'usage latin, sexcenlas dans le sens d'un grand nombre indéterminé; sur un manuscrit on aura noté comme glose ou comme correction mille, nombre rond du catalogue d'Hipparque. Les deux mots seront restés ajoutés l'un à l'autre dans les copies. L'indication de 72 constellations est également tout à fait isolée; nous avons vu que Ptolémée n'en reconnaissait que AS. Ici on ne peut guère soupçonner une corruption du texte, et l'on est réduit à conjecturer que quelque grammairien compilé par Pline se sera évertué à multiplier les constellations en distinguant les accessoires des figures principales jusqu'à ce qu'il fût arrivé au nombre 72. La véritable explication ne peut être attendue que du rapprochement d'un témoignage analogue, s'il peut en être découvert un chez quelque auteur encore inexploré.
11. Quant aux récits des mythographes sur l'origine fabuleuse des constellations, il n'y a guère qu'une conclusion à en tirer : c'est qu'ils ont été forgés après coup, et qu'à l'exception de la série (') nettement mythologique (Céphée, Cassiopée, Andromède, Persée, la Baleine), les noms slellaires ne proviennent nullement des légendes qu'on y a rattachées plus tard, mais bien plutôt de l'imagination populaire ou de la fantaisie réfléchie des premiers astronomes hellènes. Nous avons vu (page 7) que, dès le temps d'Homère, il y avait un doublet populaire (le Chariot) pour désigner la Grande Ourse; nous en connaissons un autre, la Queue du Chien, qui s'applique à la Petite Ourse. Bien d'autres noms semblables, en dehors de ceux qui nous ont été conservés, ont pu être donnés aux divers groupes des étoiles par les premiers pâtres ou les premiers marins de l'Hellade, et devenir plus ou moins populaires pour les constellations les plus remarquables. Ces diverses appellations ne reposaient sur aucune tradition antique remontant au berceau de la race; la preuve en est dans les
(*) Cette série a été sans doute introduite par un même astronome, ce mot entendu dans son sens primitif.
divergences qu'elles offrent avec celles que nous retrouvons chez les Romains. Mais n'en subsiste-t-il pas encore assez dans nos campagnes pour nous prouver que, chez tous les peuples, Timagination des illettrés est toujours prête à accepter des assimilations de pure invention?
Du v« au IV® siècle avant notre ère, lorsque commença la littérature grecque, les dénominations flottantes se fixèrent, la nomenclature tendit à Tuniformité; elle fut en même temps développée systématiquement par Cléostrate et ses pareils à l'imitation du procédé populaire. Aux noms les plus antiques s'étaient sans doute attachées, dès les premiers temps, des fables simples et grossières, dont on retrouve un écho dans Homère, mais qui ne rentraient pas dans le cadre des mythes religieux ou héroïques. Vers l'époque des premiers astronomes, on commença à faire des emprunts à ces mythes, propagés par la littérature (*). Mais ce ne fut que plus tard, au temps des Alexandrins, qu'on chercha à employer ces mythes pour expliquer les noms donnés aux constellations. On rechercha donc dans les antiques légendes toutes celles qui pouvaient se prêter à des explications de ce genre (eu particulier celles qui concernaient des métamorphoses). Mais la diversité de celles qui nous sont rapportées suffît amplement pour reconnaître qu'aucune ne peut être la véritable.
42. En tout cas, ces diverses légendes sont grecques d'origine ou de forme (-), et on ne discerne aucun indice d'emprunt d'une constellation à un peuple étranger, si ce n'est pour quelque groupe au sud de l'équateur, comme le Poisson austral (^). Le ciel astronomique nous apparaît donc comme véritablement hellène.
(1) Sophocle est le plus ancien poète connu qui ait exposé la fable d'Andromède, (') Un certain nombre peuvent certainement provenir de l'Egypte, mais par des emprunts remontant au vii« ou au vi» siècle avant notre ère, antérieurs par conséquent à la formation des constellations.
(') Métamorphose de la déesse syrienne Dercéto. — Les Poissons du zodiaque ont été rattachés à la même fable. — Comme constellations probablement empruntées aux Égyptiens, on ne voit guère que le Fleuve et le Navire, dont les Grecs ont fait l'Éridan et l'Argo; le nom égyptien de l'étoile Canopus montre bien qu ici un mythe purement htUène est venu s'adapter a des noms ëti'angere.
Lorsque les Arabes ont, au moyen âge, reçu Théritage de la science antique, ils n'ont point changé le caractère des constellations, mais simplement traduit (quelquefois involontairement défiguré) les noms grecs; si, avant les Hellènes, d'autres peuples, comme les Chaldéens ou les Égyptiens, avaient probablement créé, eux aussi, une nomenclature complète pour les groupes d'étoiles, il ne semble nullement qu'elle ait été de même adoptée par les Grecs, et en tous cas nous ignorons quelle a pu être cette nomenclature. Dans ces conditions, on peut juger à quel point il est contraire à toutes les règles de la critique historique de prétendre tirer des noms des constellations du zodiaque des conclusions quant à l'époque où il aurait été divisé pour la première fois.
Par exemple, dans le remarquable Précis de Thisloire de l'astronomie qui termine VExposition du Système du Monde, Laplace remarque que la Balance paraît désigner l'égalité des jours et des nuits à l'équinoxe, YÉcrevisse et le Capricorne la rétrogradation du soleil aux solstices; que deux mille cinq cents ans avant notre ère, lorsque le lever de la Balance à l'entrée de la nuit pouvait marquer l'équinoxe du printemps, les constellations du zodiaque avaient des rapports frappants avec le climat de rÉgypte et avec son agriculture.
Des conjectures de ce genre, quoique moins audacieuses que les rêveries de Bailly (^), ne reposent pas, en réalité, sur des fondements plus assurés. On commence par supposer que les Grecs n'ont fait que traduire dans leur langue des noms empruntés à un peuple plus ancien, et loin d'avoir aucune preuve à l'appui de cette supposition, on néglige les témoignages historiques qui devraient la faire écarter.
Sans doute, ainsi que je l'ai dit (page 33), les Grecs ont emprunté la division mathématique du zodiaque en douze parties égales, et il est infiniment probable que les Égyptiens, comme
(1) On sait que dans son Histoire de l'astronomie ancienne, il a supposé, antérieurement aux Chaldéens et aux Égyptiens, un peuple vivant dans le climat tempéré de l'Asie centrale, qui se serait élevé à un haut degré de civilisation et dont les connaissances n'auraient été conservées que par débris.
les Chaldéens, avaient des dénominations pour ces diverses parties. Mais nous ne les connaissons pas, et une preuve décisive qu'il n'y a pas eu traduction de ces dénominations en grec, c'est que les Hellènes, pour remplir deux des divisions, ont partagé en deux une constellation, le Scorpion et ses Pinces ^ le nom de Balance étant peut-être tout simplement une invention d'Hipparque ou d'un contemporain (^).
Peut-être les futures découverles de l'archéologie orientale, en nous apprenant les noms des conslellations en Egypte et à Babylone, nous révéleront que les emprunts faits par les Grecs aux étrangers ont été plus considérables que nous ne devons actuellement le supposer. Mais tant que nous n'avons pas un seul indice sérieux à cet égard, nous ne pouvons que nous en tenir à l'ensemble des témoignages historiques réunis jusqu'à présent.
13. On se demandera peut-être comment en tout cas, si les observations astronomiques ont été poursuivies en Chaldée [tendant une longue suite de siècles et que la division du zodiaque soit ancienne, la précession des équinoxes n'ait pas été soupçonnée avant Hipparque. C'est là, semble t-il, le point le plus obscur de Thistoire des connaissances primitives du ciel.
On peut remarquer tout d'abord que la question de la précession ne se pose, chez les Grecs, que parce que leur année (civile ou religieuse) était liée au retour des solstices, que, par suite, Hipparque détermina l'année solaire comme tropique et eut à rechercher si elle coïncidait avec l'année sidérale. Chez les Chaldéens, au contraire, l'année religieuse paraît avoir été exclusivement sidérale, de même que chez les Égyptiens. Le lent déplacement des saisons dans leur année leur apparut dès lors comme un fait d'ordre exclusivement terrestre, et n'appela pas l'attention des observateurs du ciel.
(*) Nous avons vu de même (p. 21) que probablement Cléostrate dénomma le Bélier et le Sagittaire avant la distinction des douze signes. La première appellation se lie évidemment avec celle de la constellation voisine, le Taureau, qui, beaucoup plus remarquable, dut être nommée la première; le nom de Sagittaire paraît devoir être rattaché à ceux de la Flèche et de V Aigle.
Ceux-ci semblent au reste s'être particulièrement consacrés à l'étude du retour des éclipses et du cours des planètes, mais il est remarquable que dans les observations chaldéeniies d'éclipsés qui nous ont été conservées par la Syntaxe, aucune relation de position par rapport au zodiaque ne se trouve indiquée.
Enfin, on s'exagère probablement la régularité avec laquelle furent faites les observations cbaldéennes, au milieu des vicissitudes politiques que les découvertes modernes nous ont révélées. De cette circonstance qu'Hipparque n'a pas utilisé d'observations antérieures à Tère de Nabonassar, on doit conclure au moins que les Grecs n'en avaient pas trouvé de plus anciennes dont ils pussent se servir.
Née en Grèce des besoins d'un calendrier luni-solaire mal réglé et du désir de pouvoir annoncer le temps, l'astronomie, déjà sortie de l'enfance, ayant conscience d'un but plus élevé et cherchant les moyens de l'atteindre, hérita de procédés imaginés et d'observations poursuivies en Chaldée dans un dessein qui semble avoir été tout autre : celui de prédire les événements de la terre d'après l'étude des phénomènes célestes. Ajoutant à cet héritage les découvertes de la géométrie grecque, elle tenta de construire du système du monde une explication rationnelle qui devait en même temps lui permettre d'assigner jour par jour, heure par heure, la position de chaque astre dans le ciel. Dans cette tentative, elle toucha la vérité, s'en écarta sans la reconnaître et n'aboutit qu'à une œuvre imparfaite. C'est l'histoire que nous avons essayé de retracer dans ce volume.
Après Ptolémée, le but entrevu par les Grecs s'obscurcit pour de longs siècles; la science est comme épuisée par l'effort déployé d'Eudoxe à Hipparque, et cependant l'astrologie judiciaire, rajeunie et transformée, reprend l'héritage agrandi. Elle s'est mise à l'école des mathématiciens alexandrins, elle sait mettre désormais quelque précision au calcul d'un thème génethliaque; l'astronomie ne doit plus être que son humble servante, et elle lui réclamera des éléments et des procédés de plus en plus exacts. Déjà Ptolémée, malgré ses professions de foi philosophiques, verse dans
laslrologie, et les écrits qu'il consacre aux pratiques judiciaires vont jouer un rôle comparable à celui de la Syntaxe. Jusqu'à la Renaissance, Byzantins, Arabes, Occidentaux pourront dans leurs écrits se poser, à son exemple, en fidèles de la science pure, mais en réalité ils n'auront étudié l'astronomie que parce qu'elle est nécessaire à l'astrologue.
C'est ainsi que la fausse science sauve et conserve la vraie pendant celte longue période; en même temps elle entretient la mathématique pure, qui, autrement, se réduirait aux calculs mercantiles ou aux opérations de l'arpentage. Sans la croyance à l'astrologie, jamais les princes arabes ou mongols n'auraient construit des observatoires et encouragé les savants ; au xvi^ siècle, c'est encore cette croyance qui assure le pain de Kepler et fait trouver des éditeurs pour les ouvrages de Copernic et de Tycho- Brahé.
Mais qu'on évalue les quelques rares progrès réels accomplis pendant les quatorze siècles de ce temps d'asservissement scientifique, et que l'on réfléchisse qu'il ne s'en est écoulé que neuf depuis l'époque de Nabonassar jusqu'à Ptolémée; on se rendra compte plus aisément peut-être que cette dernière période pourrait être allongée de beaucoup sans qu'il fût besoin de se demander sérieusement comment les Chaldéens n'ont pas précédé les Grecs dans une de leurs découvertes les plus importanles. En tout cas, on ne pourra se refuser à admettre cette vérité que la science ne se développe que lorsqu'elle est cultivée pour elle-même; voilà sans doute la plus solide conclusion que l'on puisse tirer de son histoire.