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DE L’INOCULATION

Je ne connais que deux médecins dans Paris qui puissent fixer un avis sur l’inoculation, ou l’appuyer, comme il doit s’appuyer, sur un grand nombre d’observations, M. Hosty, médecin de la Faculté de Paris, et M. Gatty, médecin consultant du roi. Le premier, ayant fait une étude particulière de tout ce qui peut avoir trait à cette question, s’est transporté en Angleterre, où il a été s’enrichir d’un certain nombre de faits que l’expérience seule peut apprendre. Le second, ayant voyagé dans le Levant, qui est le berceau de l’inoculation, y a fait, de même qu’en Italie, une récolte abondante sur cette matière.

L’un et l’autre de ces médecins, auxquels on ne saurait sans injustice refuser les connaissances nécessaires à leur état, se sont, pour ainsi dire, voués à l’inoculation : ils ont fait chacun plusieurs heureuses expériences dans Paris : c’est au moins un préjugé des plus favorables pour cette méthode.

On peut, après ces deux médecins, en nommer encore deux autres dont la décision a beaucoup de poids, M. Petit le père, premier médecin de Son Altesse Sérénissime monseigneur le duc d’Orléans, et M. Antoine Petit, médecin de la Faculté de Paris. Le premier, loin d’avoir survécu à sa réputation faite depuis longtemps, la rend, au contraire, de jour en jour plus brillante. Dans un âge où les talents languissent ordinairement, et où l’on vit de repos et de sa gloire passée, ce praticien infatigable s’ouvre une nou-

velle carrière ; il se décide pour l’inoculation, qu’il protège et qu’il pratique lui-même avec succès. Le second, célèbre par ses beaux talents, combat avec force les préjugés contre l’inoculation ; il l’adopte, il la pratique, et se loue du parti qu’il a pris. Cette méthode a-t-elle donc d’invincibles attraits ?

Quel est le Français» qui n’ait été frappé du parti courageux pris sous nos yeux par un médecin de la première classe ? M. Tronchin, qui, se croyant assuré par son expérience de la bonté de l’inoeulation, est venu la pratiquer au milieu de Paris. Nous ne pouvons sans doute nous empêcher d’adopter et de regarder comme un des nôtres un médecin qui, en rassurant tous les bons citoyens sur la santé d’un prince et d’une princesse chers à l’Etat, a donné lieu à de plus grandes espérances, et fait naître de plus grands désirs. Quel autre sentiment, en effet, l’étoile de M. Tronchin a-t-elle pu allumer dans des cœurs honnêtes et généreux I et de quelle émulation salutaire à la patrie, nous qui cultivons aussi la médecine, n’avons-nous pas dû. être enflammés !

La principale question sur l’inoculation devrait paraître décidée, après l’exemple de ces maîtres de l’art. Cet exemple peut suffire pour des particuliers ; mais il s’agit du bi'en général et du corps de la société. La justice, qui veille également à la conservation de tous les sujets du roi, ordonne que chaque médecin donne son avis. Après un pareil ordre, tout médecin a droit de parler ; si on vouloit l’ôter à quelqu’un, il serait dans le cas de dire, ainsi que le disait Caton, qu’il lui suffirait que le monde demandât pourquoi Caton n’avait point de statue.

Le public ne peut douter qu’en vertu de l’arrêt du parlement tout médecin de la Faculté n’ait été requis de donner son avis. A l’exemple de mes confrères, je hasarderai mes conjectures : elles seront telles qu’on peut les attendre de quelqu’un qui a aussi peu d’expérience que j’en ai sur cette matière. Je n’ai suivi que dix inoculations ; ceux qui sont les derniers parmi nous ouvrent les avis : c’est notre usage ; je dois, par le rang que j’occupe, parler des premiers et attendre la décision de nos anciens : je l’attendrai.

La manière dont j’ai présenté la question m’a conduit à

mettre sous les yeux du public une esquisse des opinions diverses qui ont régné dans notre art. Quelques traits qui regardent les médecins, ou bien l’histoire de la médecine, ne déplairaient pas sans doute, si ma façon de les rendre était supportable. C’est une histoire trop peu connue du commun des hommes, que celle de nos prédécesseurs célèbres dans les divers états. Elle m’ériterait l’attention d’un écrivain qui, avec des talents supérieurs, aurait beaucoup de connaissances et les ressources nécessaires pour se faire lire sans ennui. Elle n’intéressera jamais, comme elle devrait le faire, lorsqu’elle sera tracée par un pinceau gothique et sans âme.

J’ai réduit les médecins à huit classes principales : 1- les empiriques ou ceux qui ne suivent que l’expérience; 2' les dogmatiques, et notamment les mécaniciens'ou les physiciens modernes ; 3- les observateurs qui, dans le traitement des maladies, suivent la nature pour guide ; 4- les praticiens, les phyrrhoniens ou les anlisystématiques, qui composent leur secte des débris des autres; 5- les médecins militaires ; 6' les médecins théologiens ; 7- les médecins philosophes ; 8- les médecins juristes.

11 s’agit d’examiner quel doit être l’avis des divers médecins sur l’inoculation, suivant les principes des empiriques, des mécaniciens, des observateurs ou des autres. C’est le plan de cet ouvrage, dont l’objet principal serait de soumettre à la justice des faits dont elle aura peut-être besoin pour peser, comparer et réduire à leur juste valeur les avis des médecins.

Eh ! quel autre objet peut avoir aujourd^’hui tout médecin, que celui de concourir au bien que notre auguste sénat prépare à la société? Il veut nous entendre et pénétrer dans nos dogmes et dans nos maximes : c’est le plus beau jour de la médecine ; elle écoutera la justice et la conduira dans les détours les plus cachés de l’art. Tous nos livres sont ouverts ; nos opinions particulières sont dévoilées ; nos discussions sont soumises au jugement des sages.

Le public nous goûtera mieux lorsque nous aurons l’approbation, et que nous suivrons les ordres de la puissance souveraine, qui veille sur les intérêts de la société, de même que sur noire doctrine et sur nos moeurs. Puisse la

vigilance du parlement, appui de nos règles, de nos statuts et de notre existence, ne point s’arrêter précisément à ce qui regarde l’inoculation, et peser aux poids des lois tant d’autres objets qui regardent la médecine française !

Puisse le meilleur des rois jouir longtemps des soins assidus et éclairés du médecin qu’il a choisi pour veiller sur sa santé ! Puisse-t-il jeter un coup d’œil sur la médecine de son Etat ! Dix mille de ses sujets tiennent la médecine et l’exercent d’une manière ou d’autre dans son royaume. Si notre doctrine^ nos opinions, nos mœurs, nos prétentions, nos usages n’étaient contenus dans de justes bornes, nous pourrions devenir les ennemis les plus à craindre des peuples ; il nous faut de la. liberté ; mais nous avons besoin de frein. Il nous faut des règles ; mais elles ne peuvent être si générales qu’elles embrassent tous les cas particuliers. Notre état, qui semble nous humilier devant tous les hommes, et qui nous rend les esclaves de chaque particulier, nous élèvé aussi au-dessus de tous ; notre élévation pourrait se changer en tyrannie, puisqu’elle soumet le monde à nos décisions journalières.

Le dirai-je ? Quoique je sois pénétré de respect pour un grand nombre de ceux qui cultivent les diverses parties de la médecine ; quoique les connaissances des médecins d’aujourd’hui puissent entrer en parallèle avec celles des siècles les plus heureux ; quoique jepusse aisément, parmi les médecins français, trouver, après celui qui est le premier, à tant de titres, des hommes de grands talents et de grandes vertus, des connaissances sublimes et une pratique consommée, des talents utiles, agréables et louables en tout point ; le dirai-je ? Nous avons encore à combattre quelques restes de l’impressiôn que firent sur notre médecine les siècles barbares, malheureusement trop peu reculés.

SUR l’histoire de la médecine

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