MARNE
Fragment recueilli dans les archives de la ville de Reims et rédigé vers le commencement du XYiii® siècle.
D. — Couper ! te vêla bian évotaye : et où est ce que tu revian?
R. — Je revian ed la ville.
D. — I-a-il rian de nouviau ?
R, — Edvin’ 1
D. — J’ernonce , Couper.
R — Ou van faire enne mou belle aiglise ; car ou dit qu’ou la jettera en moule sur la tour ad Babulone pour en faire la méaporlitaine ad l’Europe et qu’ai sera ene ousiame merveille du monde.
D. — Diâtre ! ho ! 11 y ara don ne mou grande porte ? Ad quoy est qu’ai sera? Y ara-t-il ter bian du d’or?
R. — Al sera d’arguian , bian grande et mou large.
D. — Al sera d’arguian ! Al sera belle , diable !
R. — Ouy.
D. — Ça s’ra don mou biau? Es qu’ous i ,boutra du marbre?
R. — On dit qu’on panra ce qu’il faut dans la mer glaciale pour la bâtir à la surdaine , comme ad temple ad Salomum , sans martiaux , et qu‘il y ara des orches de chechicture , et qu’ai plus grand des orches soutenra tout le bâtiment.
D. — Ça sera dou mou admirable ?
R. — Ouy , puisque au chapiau des couloimes y ara des rouminasgrobis aussi gros que des osiaux d’Inde.
D. — I ara-t-il ter bien des Praires?
R. — Ou dit qu’il y en ara par tassiaux , et que je n’ manquerons moins d’iau bénit !
D. — Y aura-t-il en biau autel?
R. — Oh ! il s’ra mou biau ; car il y ara tant de petits osiaux , que je ne sçay quoy , qui chifleront , Couper.
(1) Noël imprimé à Reims plusieurs fois , notamment en 1781 et en 1812. Des traditions orales nous ont permis de faire subir à son texte altéré quelques rectifications notables.
D, — Je ne soro cugire tout ça,
R. — Ou dit pourtant que l’arcliitecteux a déjà fait comme en tabliau de la remerabrance, et que l’enterperneux venra diner à la Plume au vent.
D. — Ho ! j’en su quasi tout étonné.
R. — Cy cro béda!,.. Mais il se fait tard. Couper. Je vois bian au temps aine etoille, qui nous menace d’un verglas, qu’on sera minable à se soutenir.
D. — Ege n’avons qu’à nous ferrer à glace.
R. — T’a raison, Couper; fais en paux mes baisemains à Colas.
D. — Et quil ?
R. — El fils du magister !
D. — Ege lui dirons. Adieu, Couper ! (\).
PATOIS DE LA COMMUNE DE BERü, i Canton de Seine, arrondissement de Reims.)
Parabole de l’Enfant prodigue.
A ce temps la Jésus disot aux Pharisiens et aux Scribes :
Ou père avot deux fils. El pu june dit à sou père : — Dounez mo la part dou vot ben, qui mou revinra.
Et lo père leu partogea sou ben.
Pou dou temps après el pu june ayant ramassi tout c’ qu’etot à li, alla ayatgi dans u paiïsmolt long et y dissipa tout so ben à 4ébauchi. Quant il out tortout pardu , il arrivo oune grande ' fomène dans les paiïs. Et y s’ trouva dans oun grand besoin.
(1) Nous ne pouvons dire à quel patois de Champagne appartiennent ces lignes ; nous pensons même que leur auteur n’a nullement cherché à donner un échantillon sérieux du langage de nos campagnes. Son but nous semble avoir été do déguiser, sous un jargon rustique, un style qu’on aurait pu reconnaître , et mettre sur le compte de la naïveté champêtre les hardiesses renfermées dans ce dialogue , dont nous nous bornons à publier le commencement et la fin.
1 alla don s’ mette u gage d’oun habitant V paiïs, qui l’avoyo U meson des chomps pour gardi lu cotchions. Tout-là i aurait ben volii so empli ii cosses, quTi cotchions mantgiaient ; mais personne n’ l’y â donnoit.
Afin râtré à ly marne, i dit : — Comben u servants u meson dou mo père , qu’avont dou pan mou ; mo ej meuri ed faim tout là. Ej mou l’vra ; j’ira à mo père ; et je l’y diro : — Mo père, j’a petchié cont’ u ciel et cont’ vous : ej n’ su pu digne d’ête applé vot’ fils. Rangez me comme u dou vos servants.
l partit dou et allô treuver sou père. Lorsqu’il étot aco ben long, sou père el voyant ettouchié ed campassian : y courot à lu; et s’ jetant à so cou, i l’abrassit.
So fils l’y disot : — Mo père, j’a petchi cont’ u ciel et cont’ vous. Ej ne su pu digne d’et’ applé vot’ fils. »
Alors u père dit à servants: — Apportez tôt vite u robe la pu belle ; et qu’on 1’ rabille. Mettez li u anneau an det et u solets aux pis. Arainez 1’ viau gras et lou touez. Magi et fesan u fête. Mu fils tout là étot mori , et i et ressuscité. 1 étot pardu, et i et r'trové.
I commincent dou u fête. — Mais sou fils pu ainé, qu’étot u chomps, ervint; arrivo u meson; i âttend u monsique. Alors i appla u servant, lu d’mande ece que c’étot. 11 servant l’y disot: — Vot frère y est r’venu. Et vot’ père i a tuié u viau gras, parce qu’i lu r’vu â santé.
L’ainé étot choqué, et ne voulot my rentrer. U père sort pou li dire ed rentrer; ma i répoud: — V’ia d’jà molt d’années que j’ vous servo, ej vous a man désobii en ren. Et c’pendant vous n’ m’avez man donné u cabri pou m’amuji avé mes amis. Man tout d’ suite que vote aut’ fils , qu’a mâgi tout so ben avé u fouîmes pardues, est ar’venu, v’ avez tuié u viau gras ! » U père li diso : — Mé fils, v’ etez toujou avé mo. Et tout c’ que j’a est à vous. Man y fallut ben fare u fête et nous gaudi, parceque vot frère étot mort et y est ressuscité. Y étot pardu et y est artrové.
Chanson de Mai (Ij.
Trimousettes emmi les chomps !
('!) Les jeunes filles de Béru, ayant à leur tête la plus petite d’entre elles vêtue de blanc , ornée de rubans et couronnée de fleurs, vont tous les ans de porte en porte quêter
Nous ervcnoiis ocldans les chomps; J’avons trové les blés si gronds Et lus avaines on avenont.
Tfimousettes (bis)
O’èl lo mai,
Mois ed mai,
C’èt lo joli mois ed mai.
Ùuand vot’ mari s’on va dehors (bis)
Que Dieu soit ben à soun accord,
Et à l’accorde de sou fils.
Fils Jésus, fils Jésus !
C’el lo mai etc.
Quand vous couchez vot’ bel enfont (bis), Vous lo couchez et lo leuvez.
Et à toute heure ed la jornée Eddevant Dieu, eddevant Dieu.
C’et lo mai etc.
En passant eddevant vote porte (bis)
Ç’ n’et pas pou nous qu’ nous edmandons : G’et pou aidey achetey u cierge Et pou luniey la noble Vierge Eddevant Dieu, eddevant Dieu.
C’et lo mai etc.
U p’tit brin ed vot’ farine (bis) !
Ç’ n’ct pas pou nous qu’ nous edmandons ; C’et pou la Vierge et sou saint fils.
Fils Jésus, fils Jésus !
C’et lo mai
Mamselle, nous vous remercions.
(Le rëste comme au couplet précédent) (1).
pour avoir de quoi garnir de cierges l’autel de la Vierge. Elles entrent dans chaque maison et chantent ces couplets en dansant en rond.
(1) Dom François, dans son Glossaire wallon-celtique , publie un refrain analogue , que voici :
La Chanson du Lundi gras (1).
Volucres cœli Et pisces mari !
Stila , qu’a perdu sa pouille ,
On èt ben marri :
Esse qu’on bon bon.
Donnez nous u bon jambon.
S’il èt p’tit , nous 1’ pernons :
S’il èt gros, nous 1’ rendons.
Quant les blés sont ou verdeure Dieu nous donne bonne aventeure.
Vive le roi François !
Epistre de Monsieur Saint Estienne^ chantée le jour de sa fête en l'église de Béru-lès-Reims,
Entendez tous à ce sermon ,
Et clercs et lays tous environ :
Conter vous veux la passion De saint Estienne le baron.
Comment et par quel méprison Le lapidèrent les félons ,
Pour Jésus-Christ et pour son nom :
Vous l’orrez bien en la leçon.
C’est maye,
La mi maye,
C’est le joli mois de maye,
Aux trimasots!
Dans les Ardennes , le premier jour de mai, les jeunes gens et les jeunes filles décoraient de feuillages la porte de leurs parents, de leurs amis et celle des gens distingués; puis, au point du jour, ils allaient chanter sous leur fenêtre la chanson, à laquelle appartiennent les quatre vers ci-dessus. L’usage était de faire un cadeau aux joyeux chanteurs.
(1) Le lundi gras, les jeunes garçons de Béru promènent en triomphe le plus coq du village et vont demandant de porte en porte de quoi faire un festin : ils chantent ce couplet devant chaque maison.
Lectio actuum Aposiolorum.
Cette leçon , que cy vous list , Saint Luc , s’appelle qui la fist.
Le Saint-Espérit l’y apprit Des douze apôtres Jésus-Christ,
In diebus illis.
Ce fut en un jour de pitié,
En temps de grâce et de bonté , Que Dieu par sa grant charité Reçeut mort pour chrétienté :
En iceux jour bien eurez ,
Les apôtres, que Dieu aimaient.
Ont saint Estienne ordonné Pour prêcher foy et vérité (1).
Conjugaison des verbes Etre et Avoir.
Ej chuis. — Je suis.
Ej su. — Je suis.
Il et. — 11 est.
J’ sons. — Nous sommes.
V’ étez. — Vous êtes.
Y sont. — Ils sont.
Ej’étions. — J’étais.
Il étot. — Il était.
Ej’ s’ra. — Je serai.
Je s’ro. — Je serai.
J’ai su. — J’ai été.
J’ s’ran. — Je serais.
Été. — Être.
J’a. — J’ai.
J’avons. — J’ai, nous avons.
T’as. — Tu as.
J’avons. — Nous avons.
V’ avez. — Vous avez.
J’avioBS. — J’avais.
11 avot. — Il avait.
J’ai eiu. — J’ai eu.
J’aura. — J’aurai.
II out. — 11 eut.
(1) Nous avons publié ce texte complet à la suite d’une leçon de la même épitre, chantée dans l’église de Saint- Etienne de Reims. — Reims , 1845.
Phrases diverses.
Viûs-tu avec man ? — Non ; je n’ veux pas m’en v’ni avé ti . — Ma voie dou ! i plu moût. — Oh ! besamni mars, besam tâle ! (1) — D’où ès ti ? D’où es qu’ous êtes ? — Eche chuis là :
Glossaire.
A. — En.
Abrassie. — Embrasser.
Aco. — Encore.
Afant. — Enfant.
Affuler. — Coiffer.
Aguille. — Aiguille.
Aguyon. — Aiguillon.
Aine. — Ane.
Allot, il. — Il allait.
Aminer . — Amener.
Amonde. — Amande.
Amuji. — Amuser.
Armona. — Almanach.
Arnicho. — Hanneton.
Arrive, il. — 11 arriva.
Artchis. — Gendarme (archer).
Artrouvé. — Retrouvé.
Aujord’hui. — Aujourd’hui.
Aiimaille. — Genisse.
Aumelle. — Armoire.
Avé, aver. — Avec.
Avene. — Avoine.
Avoyo, il. — Il envoja.
Ayatgi. — Voyager.
Rabanne. — Lèvre, babine.
Babure. — Vase à faire le beurre-.
Bacoule. — Belette.
Balisio. — Baliveau .
Baquet. — Bassin.
Bassinuire. — Bassinoire.
Batame. — Baptême.
Bâton. — Échalas.
Battabure. — Baratte.
Ben. — Bien.
Berbis. — Brebis.
Bergi. — Berger.
Desant. — Pesant, pluvieux.
Bilot. — Oie.
Boère. — Boire.
Botret. — Crapaud.
Boudan. — Boudin.
Bounet. — Bonnet.
Bouquetrou. — Fruit de l’églantier.
Bourreli. — Bourrelier.
Bronnequin, — Brodequin.
Bure. — Beurre.
Cabrette. — Chèvre.
Cabri. — Chevreau.
Campassian. — Compassion.
Canneçon. — Caleçon.
Carême. — Carême.
Casaque. — Grosse fève.
Cayot. — Noix.
Ceriche. — Cerise.
Charchi. — Chercher.
Chardron. — Chardon.
Chare. — Chair.
Charpâtie. — Charpentier.
Chauffui. — Chauffoir.
(1) Pesant mars, pesante table, c’est-à-dire mars pluvieux, beaucoup de pain.
Cheau. — Cheval.
Clien, chin. — Chien.
Chepiau. — Chapeau.
Chesseu. — Chasseur.
Chesselet. — Claie.
Chiman. — Chemin.
Chodeli. — Chandelier.
Chomp. — Champ.
Chopanne. — Chopine.
Chuan. — Sureau.
Churis. — Souris.
Ch’vus. — Cheveux Cimmofière. — Cimetière.
Clongne. — Quenouille.
Glosure. — Clôture.
Co. — Coq.
Conard. — Canard.
Congne. — Couenne.
Coranne. — Noisette.
Cornet. — Écritoire.
Corselet. — Gilet.
Cotchion. — Cochon.
Gouaille. — Chiendent.
Courot, il. — Il courut.
Courot. — Carotte.
Couturi. — Couturière.
Couvrou. — Couvet, chaulfoir.
Croie. — Craie.
Dchêne. — Chêne.
Deffuler. — Décoiffer.
Diro, je. — Je dirai.
Üisot, il. — Il disait.
Dou. — Du. Donc.
Donner. — Donner.
Ece. — Ce.
Eche. — Je.
Ecalle. — Coque.
Echille. — Echelle.
Ecquerviche. — Ecrevisse.
Ed. — De.
Edman. — Demain.
Eddevant. — Devant.
Ej, eje. — .le.
El. — Le.
Empli. — Remplir.
Epanne. — Epine.
Epinque. — Epingle.
Ercinée. — Réveillon.
Erluquer. — Regarder.
Eronche. — Ronce.
Erveni. — Revenir.
Erzan. — Raisin.
Etondoi. — Eteignoir.
Etole, étaule. — Etable.
Fallot, il. — 11 fallait.
Fare. — Faire.
Ferloque. — Chiffon Fernete. — Fenêtre.
Fesans. — Faisons.
Filé. — Fil.
Flenelle. — Flanelle.
Fomène. — Famine.
Fomille. — Famille.
Fonme. — Femme.
Fouille. — Feuille.
Froumage. — Fromage.
Frouniont. — Froment.
Fumi. — Fumier.
Ganache. — Mâchoire.
Caudir. — Se réjouir, Gralon. — Grêle.
Grond. — Grand.
Guette. — Guêtre, llarong. — Hareng.
Hoe. — Hoyau, lau, — Eau.
.lardinie. — Jardinier.
Jombe. — Jambe.
Joumont. — Jument, June. — .Tenue.
Juni. — Jeûner.
Jus. — Jeu.