‹ Recherches sur l'histoire du langage et des patois de ChampagneChapitre 27 sur 39 · CONVERSATION · texte numérisé non relu

CONVERSATION

entre deux cultivateurs de Somme-Tourbe.

Pierre. — Bonjou , papa Bâtis’, k'ment qu’ vus v’ portez?

Baptiste. — Mais ben, et ti, mou garçon?

P. — Mais assez ben étou, comme uv’ voyez.

B. — Comme uj’ vois! Tiens stu diabe ! comni’ i s’ moque du min ! On dirouat qu’ i n’ saime qu’uj su quasi aveule.

P. — G’è vrai, 1’ papa, j’avous oublié qu’uv n’y voyez pu guère.

B. Héla ! moun homme , v’ia ç’ qu’ c’è d’ veni viès ;

on s’âva d’ut partout. Et assi meu ça commance à s’an aller pa les euis et pa les jammes ; ca uj cloche étout tout plen annuè.

P. — Uj pense, père, qu’ si vos euis et vos jammes s’anallont , la m’moire è toujou bonne , et qu’ uv savez aco

tout plen d’ choses don temps passé?

B. — Uj tu voi v’ni, gaiard I Ut vourrous aco annué qu’ uj tu cause du moun p’tit temps? Tu m’eonouas moût ben; ut sai mou ben moun fouable ! et ben pis qu’ ut vu causei

avu meu , j’ commençra à t’ dire qu’ ju ne sume contant dou jours d’annué, pa c’ qu’ ul ciel n’imme si biau, ul soulé n’imme si chaud, les souales et les avinnes une v’nomme si bien qu’ dâ mou p’tit temps.

P. — Père Bâtis, une disimme ça ! disez pu tout qu’ vos euis , que n’i voyomme , une savent s’ ul ciel è biau. Et disez étou qu’ voûte song, qu’ coule dâ vous vinnes, comme assi les viez gentes , n’è pu si chaud. Mais pou-ç-qui è

des souales et des avinnes, y pourrouat s’ faire qu’ uv avez in pouc raison , pa ç’ quu , quand v’ étiez junne , gn’ y

(1) Nous devons tous les cléments de cette notice au bon vouloir de M. Julien Haymart, propriétaire à Somme-Tourbe.

avouame tant d’ monde à nourri qu’ annue ; ce qui faisouat que les champs soufisouat; et pis tout plen de laboureux avont pris à la terre dou grain, don fourrage , et aco tout plen de choses et avont minné tout ç’Ia su le marchié et n’ontme ur’mins d’ fient à la place.

B. — G’è uj commance h 1’ voé, moun garçon , ben vrai qu’ j’avons gaspiié. J’ demandièz toujous, uj prenièz toujous, et uj r rendièz l’moins possible , à la terre. G’è pou ç’ia qu’on i è obligié d’us luver matin et d’us couchié tard pou faire v’ni don grain pou nourri tout ce mond’ la.

P. — Oui , père Bâtis , c’è ç’ia qu’ ul laboureux y tant d’ maux ; et ses maux grandiront toujou , s’ on n’ vienme in po l’aidiér.

B. — Et qu’è ce qui l’aidrieit, moun garçon?

P. — Ça surouat long temps à v’ di pou ben l’espliquié. Mais uj va vu 1’ dire à iun mot. Y faurouast qu’ les laboureux saviessent ç’ qui faisont et pourquoi y faisont pu tout eune chose qu’eune aute.

B. Ju ne tu compromme bien ; et ju n’ sais pouquoi qu’ut dis ça ; ca meu , uj sais ben quant j’ labour qu’ uj labour, quant j* bot’ qu’ j’ bot’.

P. — Ah ouiche! uv savez, ou vu ne saveime ! uv labourez, pasqu’ c’è la mode. Mais pouquoi ? V’ n’en êtes min su. V’ n’ savemme à quoi servont vos fient ; uv faisez tou ça, pa ce qu’on l’i fait devant vus.

B. — Et ben ! qu’è qu’ ut vourrous qu’ uj saviese ! Dis lu, ti qui fais 1’ docteur, ti, qui crais â savoé pu long et qu’è pu bête, ti, qui viens eume faire causer pou apenre !

Jeanne. — Ah tiens ! Uv la ben en train de causé. Bâtis !

B. — Ah oui! G’è ç’ gars la, qui m’i fait causé. Mais

l’ée l’air mou pressiez, ma Jeanne. D’ous qu’ ut vas don si vite?

J. — Uj vo avu ma füe donné à mangié à noute vaehe , taïé noute vingne , traire noute gaïette , voir si noute rusin n’emme pourri, si nos pouiie on à mangié et pis d’ l’iau, urgardé si les suris on été à nos mouches à mié , recuré noute vaien et nos altifages de cusine, urfaire nonte lie, torchié nonte auraaire , ramonnér noute gurnier , lavé nos chaières , frotté noute taie, urgardé ul jou d’ la lune pou voir quant nos p’tits

bourris vanront au monde , et allé ratlé avu 1’ retiau nonte

fient d’utsus la lizerne.

B. — Ma pauve Jeanne, uj t’ pleins. T’ée d’ l’ouvrage. Ul diabe

ne les galants n’aremrae ul temps d’ut tenter; et meu ju sue enrumé d’avoi causé, uj va m’ couchié. »

Conjugaison des Verbes Être et Avoir.

Infinitif. — Ête. Avoé, avoi.

Présent.

Ju su.

J’as.

T’ es.

T’ es, t’ ée.

11 é, il i.

J’ sons.

J’ avons.

V’ etes.

V’ avez.

Ils sont.

Ils avont.

Imparfait.

J’étous.

J’avous.

T’étous-

T’avous.

II étouat.

Il avouai.

J’étions.

J’avions.

V’ etiez.

V’ aviez.

Ils étié.

Ils avoué.

Conditionnel.

Ju surrouas,

J’arrouas.

Il surié.

Il arrié.

Subjonctif.

Qu’ uj sié.

Que j’euye.

Qu’ ut soie.

Qu’ ut ieuyes.

Qu’ il sié.

Qu’il euye.

Qu’ uj soyons.

Que j’eussiesses.

Qu’ uv soyez.

Que v’eussiesses.

Qu’ils sié.

Qu’ils eussiessent,

GLOSSAIRE

Abrassier. — Embrasser.

Apeure. —

Apprendre.

Acore, aequo. — Encore.

Aployer. -

- Employer.

Afant. — Enfant.

Arichi. —

Enrichir.

Aminner, — Amener.

Assi. — Chez.

Annue. — Aujourd’hui,

Attifages,

— Ustensil

Auniaire, — Armoire.

Avo, on s’. — On s’en va.

Aveule. — Aveugle.

Avinne. — Avoine.

Avu, aveu. — Avec.

Ben, — Bien.

Biau. — Beau.

Bnftre. — Battre.

Bourri. — Oie.

Brui. — Bruit.

Caue. — Col.

Cestu — Celte.

Chaière. — Banc, chaise.

Chameau. — Nuage.

Clamer. — Appeler.

Clocher. — Boiter.

Conte. — Contre.

Cusine. — Cuisine.

Dâ. — Dans.

Deveni. — Devenir.

Diabe. — Diable.

Don. — Du.

Donneme. — Donnez-moi.

Duvoirie, il. — Il devrait.

Étou. — Aussi.

Etouamme , qui n’. — n’était.

Euis. — Yeux.

Euj. — Je.

Eulqué, — Lequel.

Eune. — Ne.

Euste. — Cette.

Faurouat, il. — 11 faudrait.

Fien. — Fumier.

Fouable. — Faible.

Galette. — Chèvre.

Gaiot. — Chevreau.

G’n’ ia. — Qu’il n’y a.

Gurnier. — Grenier, laise. — Aise, laute. — Autre.

Imme, il n’. — 11 n’est pas.

In. — Un.

lun. — Un.

Junne. — Jeune.

Lée. — Lit, lait.

Loier. — Lier.

Long. — Loin.

Lue. — Lui.

Luver. — Lever.

Men, meu, min. — Me, moi. Menme. — Même.

Mié. — Miel.

Milliau. Meilleur.

Minner. — Mener.

Moun. — Mon.

Mourt. — Mort.

Noute. — Notre.

Pa — Par.

Pauc, un. — Un peu.

Pis. — Puis.

Pleuge. — Pluie.

Pou. — Pour.

Poulie, — Poule.

P’tit temps. — Jeunesse.

Pu, pue. — Plus,

Que, — quel, — quéque. — Quelque.

Ramoner. — Balayer.

Rusin. — Raisin.

Ruvière. — Rivière.

.Solée. — Soulier.

Sou. — Son.

Souale. — Seigle.

Soulé. — Soleil.

Sourt, il. — 11 sort.

Su. — Sur.

Summes, je ne. — Je ne suis.

Taie. — Table.

Tée. — Tel.

Tu. — Te.

Tuier. — Tuer.

Ud. — De, — Uddans : Dedans.

Ul. — Le.

Urveni. — Revenir.

Us. — Ce.

Uv. — Nous.

Vaingne. — Vigne.

Vies. — Vieux.

Vinne. — Veine.

Y. — Lui.

Zeues. — Eux.

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