P.4TOIS DE POSSES5E
Canton d'Heiltz-k-Maurupî , arrondissement de Vitry- Je~ François.
Ein houm avout daoux enfants ; et T pus joune dit à soun peire : — Moun peire , d’neil min çu qu’ det m’ r’veni d’ vonte bien. — Et lu peire louil eu feist 1’ patage.
Pau du jous ensouite , lu pus joune des daoux enfants aniachit tourtout çu -‘qu’i avout et s’ n’allit dans un ieu fourt long, là zoù i despensit touriout soun bien en paillardises.
Et après aouer tourtout despenchieil , eine grant faninine advunit en çu ieu là, — et i commenchit à chaloir en poureté. I s' n’âllit et entrit achiez ein houm doou ieu , qu’
l’envovit à soun hosté des champs pou z’y gardeil les cochons.
Et i eume yeté ben aige d’emplizeil sa panse des cos, qu’
li cochons maingiint; mes nejun n’ li en d’nout.
A la parfin r’vunu à soye , i disit en louil musme : — Ouanlbien n’i-t-il min des garçouns d’achiez moun peire , qu’aviont pus de pain qu’ n’ lou z’i en fault , et mi ju sous touci à m’ péri de faim. I faulme qu’ j' m’ lieve ,
qu’ j’aille troveil moun peire et qu’ ju louie dige : — Moun peire, j’as péchieil conte Dieu et conte mis , et ju n’ sous min dine d’yete hucheil vonte fis. Traiteil mi com l’ein des garçons, qu’ sount à vons gaiges.
I su lievit donne , et lorsqu’i étint enco bien long , soun peire l’aperchut et courant à louil , i se jetit z’à soun caou et lu baiji.
Et sc>un fis louil disit : — Moun peire , j’as péchieil
conte Diu et conte vus ; et ju n’ sous min dine d’yete hucheil vonte fis.
Et sitout soun peire disit à ses garçons : — D’neil li sa prumière gippe , et li r’veteil ; et metteil li eine bague au det et des soleis à si pieds. .Vmaingnei! touci lu -^ras-vey et faisom-
Parabole de l’Enfant prodigue.
mes bounne cliièrc , pa çu qu’ moun fils , qu’ veci, étout mourt et i ost r’venu à la vie : il étout peurdu et il ost r’troveil.
Ils commenchièrent à faire festins : Ce pendant soun freire ainsneil, qu’étout aux champs, r’vint; et lorsqu’i fu à couteil de l’hosté , il écautit lu soun des instruments et lu brouy du c’tila qui dansient.
Il huchit un des garçons et louil demandit çu qu’ c’étout.
— C’iost vente freire , qu’ost r’venu : et vonte peire i è tueil lu gras-vey pa çu qu’i lu oit en santeil.
Çu qu’ l’ayant entenné , il n’ ouloit min entreil à l’hosté.
— Soun peire sortim pou lu proieil.
I louil faist çutte répounse ; — Y’ià dijie moult d’z ans qu’ j’ vus sers ; et ju n’ vus as janmès d’sobéi en rin d’ çu qu’ v’ aviez mi counmandeil ; et pou çula vus n’ m’aviez janmès d’neil ein biquet pou m’amusir aveu meis anmins , mès tout à l’haoure qu’ vounte enfant , qu’a mengié vounte bien aveu des fanmes peurdues, ost ruvenu, vons tueil pou louil lu gras-vey.
Lu peire louil dit : — Moun lis , vus êtes toujours aveu mi , et tout çu qu’ j’as ost à vus. Mès i îallint fère festin et lions erjoui , pou çu qu’ vounte freire étint mourt, et il ost r’venu à la vie ; il étint peurdu , et i ost r’troveil.
POÈME DE GROWESTEIN., Fragment (1).
Quand tout ç’ia fut bâcleil , les bourjoués s’assemblirent Duzous lu grous Ivard (2j, et là délibérirent
(J) Le poème de Growestein a été publié en entier par M. Louis Paris. — Techener ; 1850, grand in-8°. — L’auteur, après une préface pleine d’une malicieuse bonhomie , raconte que Growestein, chef de partisans allemands, menace la Champagne. Les habitants de Possesse prennent l’héroiquo résolution de se défendre : ils commencent par se fortifier, creusent des fossés et élèvent des parapets.
(2) En Champagne, les arbres sont rares : ils ont des noms particuliers.
Qu’, si fourt qu’ seroit lu nombre des Lorrains ,
Janmès on n’ su rendroil à ces nobles vilains.
« Nous v’ia bien, disint-i ! Grâce à nonte industrie « Nons fanraes, nons enfants sont au chur du lou vie !
« Au temple de menmoire in jour j’arriveront ,
« N’en déplaige à messieurs les ambroueils d’ Charment (\) , « Qu’arint pouyu meuil qu’ nous , en montrant doou courage, « Arreteil ces brigands et sauveil lu village.
« Mais c’ost de francs couillons, qui n’ont qu’ lu babi,
« Et qu’ par quarturons vus oireil qu’on pendri. »
Lu Gureil, vi routier, excellent politique ,
En vain cherche à calmeil çutte fougue héroïque ,
En lou représentant du pranre garde à z’aoux
Et du nu min bougier. — Mais, both ! les lauharaoux ,
Au ieu du l’écauteil , de louye su mocquirent ,
Et pa des quolibets la bouche li fromirent.
Bien clos, bien retranchiés, comme on dit qu’ li étint,
V’ia comme lu pahours ensanne raisonnint:
« — Du soile, du fronment nonte ville ost pourvue !
« J’ons in diale chargié du char couite et crue.
« Lu vin nu manque min : nons fosseils sont profonds.
« Attendons l’annemi. Qu’ost ce qu’ Ju risquons? »
« — Pour mon. compte, dit iun, ju vourous bien qui vangne. « J’ii montrurons qui j’sous et comment ju mu mangne.
« Ju veux yete pendu , si d’un caoup du fusin « Ju ne cueiche par terre — Eh qui ? — lu Grous Vestin.
« Villeil, z’enfants, villeil 1 qu’ checun à sou poste,
« Su tangne bravement tout prêt à la riposte.
« Ju n’ sommes cent touci : c’ost bien pau ; mais enfin « On z’ost dialement fourt quand on z’osl su sou fin »
Verbes Etre et Avoir
Eté, yete. — Être.
Aoué, aouer. — Avoir.
Ju sous. — Je suis.
T’is. — Tu es.
1 ost. — 11 est.
J’as. — J’ai.
T’ais, tés, t’is. — Tu as.
Il i, y. — lia.
(1) Village situé à deux lieues de Possesse.
J’ sons , nus soms. — Nous sommes.
V’etes. — Vous êtes .
J’étins. — J’étais.
J’étous. — J’étais.
T’étous. — Tu étais.
Ils étint. — Us étaient.
Js’ras. — Je serai.
J s’ris. — Je serai.
J’ons, nus ons. — Nous avons.
V’aveil, v’avez. — Vous avez.
J’avins. — J’avais.
J’avous. — J’avais.
T’avous. — Tu avais.
Y avint. — Ils avaient.
J’aras. — J’aurai.
GLOSSAIRE
Accueilcheil. — Accoucher.
Achiez. — Chez.
Adrat. — Adroit.
Aigé. — Aisé.
Ainla. — Ainsi.
Alleil, v’. — Vous allez. Allous, j’. — J’allais.
Anmin. — Ami.
Aoux, — Eux.
Asseil. — Assez.
Aubre. — Arbre.
Avant. — Profond.
Aveini, s’. — S’évanouir.
Aveu. — Avec.
Bé. — Bon, bien, beau.
Biquille. — Béquille.
Bourdeil. — Mentir.
Bourjoués. — Bourgeois.
Bous. — Bois.
Cadabre. — Cadavre.
Caoux. — Coup.
Cauper. — Couper.
Champunès. — Champenois.
Chapeix. — Chapeau, tête.
Chatée. — Château.
Checun. — Chacun.
Cheil. — Six.
Chopaine. — Chopine.
Chourd. — Sourd.
Chur. — Sur.
Couit. — Cuit.
Courps. — Corps.
Couteil. — Côté.
Grès me. — Crois-moi.
Çti, çtici. — Celui, celui-ci.
Curtien. — Chrétien.
Curveil. — Crever.
Çut, çutte. — Ce, cet, cette.
Danme. — Dame.
Daoux. — Deux.
Diale, in. — En diable, beaucoup.
Dijie. — Déjà.
Diu. — Dieu.
Doou. — Du.
Drié*’ — Derrière.
Du. — De.
Duvenin. — Devenir.
Duvons, je. — Nous devons.
Duzous. — Dessous.
Ecourchu. — Tablier.
Egravisse. — Ecrevisse.
Eluveil. — Elever.
Embroué. — Bègue, embarrassé, niais.
Enco. — Encore.
Endret. — Endroit Enne. — Une.
Ensanne. — Ensemble.
Entout. — Tout-h-fait , de suite.
Entrei. — Entrer.
Esme, tu n’. — Tu iTaspas.
Eté, en. — En as tu ?
Eté, n’. — N’as tu pas ?
Faite, que. — Que fais tu ?
Fanme. — Femme.
Fi, — Fil.
Fin. — Fumier.
Fosseil. — Fosse.
Fourt. — Fort.
Fred. — Froid.
Fromirent, ils. — Us fermèrent.
Funssent , qu’ils. — Qu’ils fassent.
Cracher. — Cracher.
Crante. — Crande.
Cron. — Crouin, nez.
Crous. — Cros.
Cueil. — Cueux.
Habersac. — Havresac.
Hateil ve. — Hâtez-vous.
Houit. — Huit, îau. — Au. leu. — Lieu, lèrrc. — Lierre.
111e. — Elle.
In, iun. — Un.
.lame. — Jambe.
Janmès. — Jamais.
Jieil. — Jouer.
Joune. — Jeune.
Ju. — .Te.
Laiche. — Son de cloche.
Laicher. — Laisser.
Largeau. — Largeur.
Leu. — Lieu, — leur,
Leuil. — Lieue.
Lingage. — Langage.
Long. — Loin.
Lou. — Le, leur.
Louie, louil. — Lui.
Lous, louz, — Leur.
Lu . — Le.
Lunotte. — Linotte.
Mainlle. — Main.
Maite. — Maître.
Mangner. — Manier.
Margreil. — Malgré.
Meildi. — Midi.
Meine. — Mine.
Menmoire. — Mémoire.
Mette, su. — Se mettre.
Meuil. — Mieux.
Mi, min. — Me, moi. — Pas.
Milliau, — Meilleur.
Moinslle. — Moins.
Montangne. — Montagne.
Mou. — Mon.
Mu. — Me, moi.
Mujurer. — Mesurer.
Nejun. — Aucun, pas un.
Noge. — Neige.
Nons. — Nous.
Nonte. — Notre.
Nu. — Ne.
Oiet, on. — On voit.
Oir. — Voir.
Oireil, vos. — Vous verrez.
Cou. — Ou.
Oroille, — Oreille.
Ouider. — Vider.
Oyant. — Voyant.
Paressaou. — Paresseux.
Pau. — Peu.
Peix. — Paix.
Pendri, on. — On pendra.
Peye. — Pis.
Plaingis, nous. — Nous plaisions.
Plaigis. — Plaisirs.
Pleuge. — Pluie.
Pleume. — Plume.
Poine. — Peine.
Poinlle. — Point.
Pong. — Poing.
Pou. — Pour.
Poure. — Pauvre.
Pourre. — Poudre.
Pourturous, je, — Je porterais. Sou, soun. — Son. Pousque. — Puisque. Soustet. — Au logis.
Pouyait, on. — On pouvait.
Pouye. — Puis.
Pouyu, i n’ont. — Us n’ont pu Prenne. — Prune.
Prumier. — Premier.
Purnoit, il. — 11 prenait.
Purtey. — Porter, Put-ete. — Pent-être.
Quoiqu’un. — Quelqu’un.
Queil. — Quel.
Regreil. — Regret.
Renclotme,il ne.pas.
Reoir. — Revoir
Souvinte. — Souviens toi.
Tangne , qu’y su. — Qu’il se tienne.
Te, ti. — Tu, toi.
Tou. — Ton.
Tourtous. — Tous.
Traverseil. — Traverser.
Vangne, qu’i. — Qu’il vienne.
Vanrette, quand. — Quand viendras-tu ?
Vautme , cela ne. — Cela ne 11 ne renferme vaut pas.
Vé. — Vers.
Venin. — Venir.
Reune. — Ruine. Venoute. — Venais-tu?
Revinrime, il ne. — 11 ne revien- Veute, en. — En veux-tu ?
dra pas.
Rin. — Rien,
Rongent, ils. — Us rongent.
Saouer. — Savoir.
Sayin. — Graisse.
Sitout. — Sitôt.
Soile. — Seigle.
Solement. — Seulement, Sonneau. — Sonneur.
Sorti, au. — Au sortir.
Vi, viel. — Vieux.
Viche. — Vesce.
Villeil, vous. — Vous veillez.
Vingne. — Vigne.
Virons-je, quand. — Quand irons-nous ?
Vouri, il. — 11 voudra.
Yeun. — Un.
Yeuvre. — Lièvre.
Zaoux. — Eux.