PATOIS DE LA COMMUNE D’ALLIANCELLES
Canton de Heiltz-le-Maurupt, arrondissement de Vitryle-François.
Parabole de l’Enfant prodigue.
Dans ce temps la Jésus dijaut aux pharisiens et enco aux docteurs de la loi ste paraboule :
Un homme avant dae ofants , et 1’ pus jeune dit à sou peère : — Mou peère, donnome ç’ qui deue me revenin d’ vole bien.
Et sou peère li en et fâ V partage. Pou d’ jou apré ç’
pu joune de ces dae ofants et ramassié tout ç’ qu’il avaut,
et s’et en allé d’un pays bin long, oùs ce qu'il et mangié tout son bin en fricoteries et en libertineries ; et quant il et yeu depensié tourtout , une grande fanminne arrivit ; il et coumencié à chor malheurâe.
Il s’eun enballé; et il s’et attachié au service d’un houme, qui demôrot dans 1’ pays, qui 1’ et envié dans sa majon des champs pou y garder les cochons. Et toutla il âté bien
hâje, s’il avaut pu remplin sou vantre avou le restant dos épluchures, que los cochons maogieont. Mais persune ne li en donnôè.
Enfin étant urvunu à lu , il at dit en lu meeme. —
Combien qu’il y a d’ domestiques chez mou pèire, qui iont pus d’ pain que min et pu qui n’ lou en faut; et min je seue touci à meuri de fain. Il faut que j’eime luvie et qu’ j’ailli trouver mou pèere et qu’ j’ li dijie : — Mou pèere, j’a péchié conte le ciel et conte vous ; et je n’ime digne d’ête appellé vote ofant. Traitome comme heun de vous domestiques, qui sont à vous gages. » 11 s’est luvé, et s’est min en route pou aller trouver sou pèere.
Et il étot cnco bien long , que sou pèere l’et vu venin, et SOS entrailles en furent boulversées de compatsion ; il se gita à sou koe et il le rembrassau.
El sou gaçon li dijau : — Mou pèere, j’a péchié conte le ciel et conte vous: et j’ n’ime digne d’ête appelé votre gaçon.
V’ia que le pèere dit à iun de ses domestiques : — Va-t-en k’ri sa première robe et mès li : mès li étout une bague au doye et des solais à sos piés. Amoine touci le vey gras, et thuye le. Mangeons et fayons bonne chière , par ce que mou gaçon, que v’ia, ata ut mourt et qu’il ot ravigotté ; il ataut perdu et il ot r’trouvé.
Ils commencinrent à faire la fêete , quand 1’ pus vyi dos gaçons , qui ataut aux champs , s’en r’vint ; et atant tout près de lou majon, il entendaut du brue et le son dos instruments et de la danse. 11 et clamé hiiin de lous domestiques, et li è demandé qu’ost ce que ç’ataut, le domestique li et dit : — Ç’ost que vote fréerc ost r’venii, et votre peère et thuyé le vey gras parcequ’il le revoit bien portant.
Ç’ qui r et min en colère. Il n’ v’io pus râtrer soustet. Son père est sorti pou l’en prié ; mais il l’y dit : — V’io déji moe d’années que je v’ sers. Et je n’ v’ a jema desobligé en rin de c’ que v’ m’avez kemandé. Vous n’ m’avez
jeiTia donné sallemont un biquai pour m’ rajouic avoî mos camarades. Et hauchetot que vol aute gaçon, qui n’ et jema rin fâ, et qui et avalé vote bin avo dos femmes de rin qui vaille, et r’venu , v’ Ihios le vey gras pour lu. »
Le peère li dit : — Mou gaçon, tout ç’ que j’a et à vous tout net. Ma il fallo bien faire la feêle et nous rajouy pa ce que vol freère ataut mourt et qu’il ost ravigotté, qu’il ataut perdu et qu’il ot r’trouvé.