PATOIS DE LA COMMUNE DE SÜIPPES
Canton de Suippes, arrondissement de Châlons-sur-Marne.
Chanson.
— Bonjou, mon cousi,
Gn’y-t-i longtemps qu’ v’ ête à Suippes?
(Ij Chalettc : Statistique du département de la Marne.
— J’y suniie de jeudi
Par la oiture don maile Philippe.
— J’ sunne bien abaï D’uve voir, mon cousi.
Ennetrez et purney une chaière Qu’ Je jususse bié à nonle aise.
Cousi , voulez v’ bié penre in ver de vi En attendant la soupe à niaindi ?
— Eh biè, mon cousi ,
Etev’ biè cherchié à famille ?
— J’avons cinq afants,
Deux garçons et trois filles :
Nos garçons tissont
Et nos filles filont.
Mi j’ bats su la cloye,
Ma fem’ fait des boudis à moye.
Nuit et jour, uj’ chantons
Fanfan 1’ tulip'e , la mèr’ Gaudichon.
— Coubié lisse vend l’aune Du voûte médiocre fabrique ?
— Est ce la grand aune.
Ou la petite métrique ?
Gagny j’ n’i y mi mèche :
L’aune est grande comme une perche.
— Ah ! grand Dieu, qu’ ça sent dou l’huile î
— C’est d’Ia blouse pouyas’, qu’on file. J’alons charger ç’ia manique et trichai :
Puis j’ nous mettront à faire dou schal.
PATOIS DE COÜRTISOLS ,
Canton de Mar son, arrondissement de Châlons sur-Marne.
PAHABOLE DE l’eNFANT PHODIGUE.
Evindzile saint Luc, tzapitre quainze, verseu yonze.
Eins ç’ teimps là, Dzésus y di aux Pharisiains ey aux docteurs de la loua ç’tu parabole :
In homo avec dioux el'eins ; et 1’ pu dzounc di à son
peuire : — Mon Peuire, bailleume ç’ que dze daye avaye d’ voûte bian. — Et le peuire y eé feé tout d’in kéo ce partadze là.
Queuque dzours apreus, eul pu dzouu de ci dioux enfeins là euye ramassiè ç’ qu’il avée d’ bian , y s’euye an aleu
dains in pais benne long et y a eu dissipeu tout ç’ bian là pa la dibautze et le libertainadge. Et quant tourtout eé éteu dispanseu , y eé v’nu in grainde famaine dains c’ païs là ; et il a eu k’mencie à y ôte dains ine grainde néciss’teu.
Y s’en euye en aleu , et s’euye mins valet chuy yun des
habitains do païs , qui y euie dit qu’il alli dains sa maijou
des tzains pou y houardcu si cottzons. Et tou là il aré éteu
benne containt d’ rimpli son vintre dis icorces, qu’ li cotzons maindzaingt ; mai parsonne en n’y eu bayée.
Etaint r’venu à luye, y s’euye dit : — Combien y peut il avère d’ valets , qui sont aux gadzes de mon père , et combenne ont y pu de mittze qu’y n’y ans en faut , et min dze sue toiici à mouri de fan.
Y faut qu' dze me levage et qu’ dz’alaye trouveu mon
peuire et dz’y diras : — Mon peuire, d’za fée in péché conte
eulle ciel et conteure vou itou, et dze ne sue pu ain itat d’y
ite houyé voûte infeins. Traiteu min donc c’ment yun di valets, qui sont à vous gadzes.
Y s’euye don l’veu, et s’en eu euteu trouveu son peuire. Il en étée enco benne arrie , quant son peuire l’euye apparçeu. Y1 en euye cnteutin trémoussi de tindreusse ; y euye couru à luy , et seu tzUaint à son kiou , y l’euye bagiie. — Et son einfins y euye dit : — Mon peuire , dze ne sue pu daigne d’êie hutzie voulte enfain ; dz’a péché conte eulle ciel et contere vous itout.
Et le peuire euye dit à si valets qu’on i apportie sa peurmière dzaqueulte et qu’on 1’ ly vtichi ; qu’on ly meutte ine
bague dains le da et di soleus à si pis. — Alleuye qu’ri
le vieaus gras , et lieuye lou. Maindzons et fons bonne tzière, vous voyez mon einfeins , qu’iteuye mourt, et il ée r’sussiteu ; il itée peurdu , et il ée r’trouveu.
Il ont c’mencié tout d’in keo à faire z’eo r’pas. Mais son pu vi infeins , qii’ettée aux ttzaimps , euye r’venu. Quant il éteu amont la maijon , il deuye ohïe 1’ son dis inslrumains et r bruich de ceux, (jui dainsaingnent.
Il euye hulzie tout d’ suite yun d’ si valets , et y aie d’mandcu quoirç’ qu’i avée. L’ valel y oiiio dit que ç’étoit
son freuire q’tait rVnu ain bonne sainteu , et qii’ son pcuire aveuye thieu V viau gras.
I se maingue en colère ; il éteé ça hour , y ne v’lême rainlrue à la maijon. Mais son peuire eiiye sorti , et l’euye pryé de raintreu. Il euye répondu à son peuire qu’ ç’éteé là long temps qu’y seurveé sans avère dzameé désobéi à tout ç’ qu’on n’i aveé c’maindeu ; et qu’y n’aveé dzamais yeu in bika pou se ridzoi aveur si amains. Mais clii tout q’ voûte ante einfeins, qu’euye mindzié tout voûte bian aveu li fammes peurdues , euy éteu r’venu , vous euye thieu 1’ viau gras pour luye.
Le peuire y euie dit : — Mon einfeins , vous êtes toudzous aveure min , et tout ce que dz’a c’en pour vous. Ma y fallei soupeu et se redzoï, que dit le peuire , par ce que voûte freuire itée mourt , il eu ressusteu ; il ittée peurdu et il eu r’t ouveu.
Ain. — En.
Afeins. — Enfant.
Alaye, que dz’. — Que j’aille.
Amont, amout, — Auprès, e haut, à coté.
Apreus. — Après.
Auz. — Leur.
Arrie, — Arrière.
Âvaye. — Avoir.
Aveu, aveure. — Avec.
Dailleume. — Donnez-moi.
Bailley , bayey. — Bailler donner.
Batelie. — Batelier.
Benne. — Bien.
Bian. — Bien.
Bierbis. — Brebis.
Boutie. — Boucher.
Bruich. — Bruit.
Ccrquey. — Cercueil .
Cheute. — Chouette.
Cheur. — Sœur.
Clii tout. — Si lot.
Chuy. — Chez.
Ci. — Ces.
Combenne. — Combien.
Containt. — Content.
Conteure, — Contre.
Cordonnie. — Cordonnier.
Coteau. — Porc.
Cotzon. — Cochon.
Ç’tu. — Cette.
Coujin. — Cousin.
Couvrioux. — Couvreur.
Da. — Doigt.
Daigne. — Digne.
Dains, dins. — Dans.
Dainsaingnent, y. — Ils dansaient.
Dardenie — Jardinier.
Daye, dze. — Je dois.
Denisse. — Génisse.
Dibautze. — Débauche.
Diniieye. — Dîner.
Dioux. — Deux.
Dissipeu. — I)lssi[)é.
Que je
Diudi. — Jeudi.
Diumande. — Dimanche.
Dzamée. — Jamais.
Dzaqueutte. — Jacquette.
Dzardin. — Jardin.
Dze. — Je.
Dzoune. — Jeune.
Dzour. — Jour.
Ecorsenie. — Tablier.
Efin, einfain. — Enfant.
Ein. — Un.
Eins. — En.
Enco. — Encore.
Enteutin. — Tout à fait de suite.
Etie. — Chemin.
Eul, eulle. — Le.
Evindzile. — Évangile.
Ey. — Et.
Famaine. — Famine.
Fan. — Faim.
Fautie. — Faucheur.
Freuire. — Frère.
Gadze. — Gage.
Grain. — Grand.
Grainde. — Grange, grande.
Graindze. — Grange.
Habitains. — Habitant.
Haoue. — Pioche.
Hâte. — Hache.
Hordeu. — Grenier, îlouardeu. — Garder.
Hour. — Hors.
Houyey. — Appeller, crier.
Hutzey. — Appeller, hucher.
Iclair. — Éclair.
Itat. — État.
Itrin. — Coffre (écrin).
Itout. — Aussi.
In, ine. — Un, une.
Keo, keou. — Coup.
Kiou. — Col.
Kri. — Quérir.
Labouraye. — Labourer.
Lali. — Lâcher.
Levaye, que dze m’.
me lève.
Long. — Loin.
Loua. — Loi.
Luye. — Lui.
Lyndi. — Lundi.
Maijon. — Maison.
Maindzons. — Mangeons.
Marendey. — Faire la collation.
Menugie. — Menuisier.
Meuire. — Mère.
Meutte, gn’y. — Qu’il mette.
Mieurdi. — Mercredi, tout Min. — Moi.
Mins. — Mis.
Mitin. — Méchant.
Mitze. — Pain fraiche).
Moût à mie. — Mouche à miel.
Nécessiteu. — Nécessité.
Oune. — Aujourd’hui (en’huij.
Oye. — Entendre.
Partadze. — Partage.
Persi. — Presser.
Peuire. — Père.
Peurmière. — Première.
Pis. — Pied.
Plinte. — Planche.
Poichon. — Poisson.
Pou. — Pour.
Pouille. — Poule.
Pu. — Plus.
Punayge. — Punaise.
Queuque. — Quelque.
Raintreu. — Rentrer.
Redzoi. — Réjouir.
Rigin. — Raisin.
Rissi. — Regarder.
Sainteu. — Santé.
Seurvi. — Servir.
Seuti. — Sentir.
Si. — Ses.
Sieu. — Taupe.
Soleus. — Souliers.
Sommaye. — Semer.
Sommioux. — Semeur.
Soulaye, se. — Se saouler.
Soupeu. — Souper.
Taïr. — Tomber (chaïrj.
Tarpentie. — Charpentier.
Taudernie. — Chaudronnier.
Tée, il. — Il était.
Tegeye. — Choisir.
Teimps. — Temps.
Thieu. — Tué.
Tieuey. — Tuer.
Tindreusse. — Tendresse.
Toudzous. — Toujours.
Tourtout. — Tout.
Toussi, toula, toutla, toutsi. ■ Là, ici.
Traiteu min. — Traitez-moi.
Ttée, il. — Il était.
Ttzaemp. — Champ.
Tzalon. — Chalon.
Tzapitre. — Chapitre.
Tzare. — Viande {caro).
Tzttey. — .Jeter.
Ttzettaint, seu. — Se jetant.
Ttzière. — Chère.
Uge. — Nuage.
Utinam. — Plut à Dieu.
Vaque. — Vache.
Vingue. — Vigne.
Vayen. — Pelle à feu.
Verseu. — Verset.
Vendand. — Vendange.
Vi. — Vieux.
Viurdi. — Vendredi.
V’lême , il ne. — - Il ne voulait.
Vous. — Vos.
Voûte. — Votre.
Voyeuye, vous. — Vous voyez.
Y. — 11, lui.
Ygravisse. — Écrevisse.
Yonze. — Onze.
Ytran. — Paille.
Verbes Être et Avoir.
Ête. — Être.
Dze sue. — Je suis.
Y é, eé, eu. — Il est.
Dz’éteé. — J’étais.
Y, il iteuye. — Il était.
Dz’a éteu. — J’ai été.
Y, ei, éteu. — 11 a été.
Étaint. — Étant.
Éteu. — Été.
Avaye, avère. — Avoir.
Dz’ a. — J’ai.
Y ée, ai. — 11 a.
Dz’aveé. — J’avais.
Y aveé. — Il avait.
Dz’areé. — J’aurais,
Il aré. — 11 aurait.
Dz’euis. — J’eus.
Il euye , euie. — Il eut (J).
(l) Nous devons les éléments de cet article aux travaux de MM. Hubert et Lenormand, publiés dans les Annuaires de
Langage français de Courtisols en 1266.
Cogneue chose soit à tous ceux , qui ces lettres verront et orrunt , que comme descord fut entre Mon Signeur Pierre de Courtisuel, chevalier d’une part, et Munier de Bourc de l’autre, d’un moulin , qui est delez la court : — de ce que Muniers disoit que Messires Pierre devoit métré le tiers en toutes choses au moulin , Messire Pierre ne li cognoissoit mie. — Ensi comme il disoit , pais et concorde fu faite entre aus en tel manière que Messire Pierres dut mettre le tiers en gros marrien par le consel de charpentiers. Raporte Messire Maheus li prévos de la ville et Messire Watiers doyens et curés de la ville de Curtisuels que toutes les atouses de la maison dou moulin et la roiliée, et toutes les atouses dou moulin soiont de gros marrien , mais que les tapines, li fusel , li dragon , les auves, les corbes , les tourtes pour le rouet seint de menu marrien. — Et pour ce que ce soit ferme chose et estable, nous devant dit Messire Maheus et Watiers avons mis nos seaus en ces présentes lettres en tesmoignage de vérité par la requeste des parties, — Ce fu fait quant le miliare couroit par mil et deuz cens sexante et siz ans eu mois d’Avril (1).
HAUTE-MARNE. (Environs de Langues. )
Patois.
Parabole de l’Enfant prodigue, selon saint Luc, chap. 15.
Ein haume evo doux gacheneu , le pu jeune é di ai sou
la Marne, 1812, p. 59.— 1813, p. 55, 61. — 1820, p. 226. — Et aux publications de la Société des Antiquaires de France : l^e série, t, V, p. 526. — T. VI, p. 219. — Nous avons dû faire au texte de la parabole diverses corrections indispensables.
(1) Cartulairc de St-Rerny, p. 625, grand in-folio. - Archives do la ville «le Reims.
paire : — Mou Paire , baillez mei ç’ que da m’ revené de not’ bié.
Queuque temps eprès le pu jeune de cé gacheneu quant y è eieu remassey tout ce qu’il évo , s’en allô bié loin, lé voù qu’il ay pedui son bié en fayant le libertein.
Quand il è yeu tout daipensey , voichi qu’erryvey eune grande famigne dans c’ pays ley ; et y c’mençot à ête bien preuve. Y s’en allé ay mètre ches ein haibitant de ç’ pays lay , qui l’ay envoyey dans say ferme pou y gadiey les gouris.
Lay yl aira bié v’iu meingé les écauches que ley gouris
mingeaient : ma nun n’ ly en baillot. É la fin el è rentré
en lu mâme, é y dit : — Corabiéien n’y ai-t-y pas dans not’ maigeon de domesties , qui ont brament ay minger , et mey teucy j’ meus d’ faim ! Y faut que j’ me leuve et que j’ m’en ayle treuvey mon paire, et j’ li diro : — Mou Paire ,
j’ai p’ché cont’ l’ bon Dieu et peu vos , et j’ n’ seu pu digne
d’ête vot’ gacheneu. Regadiez mai quement un d’ vos domestic.
Y s’ai l’vé et s’ay en allé trouvé sou paire. Et quand il étot encore bié loin , son paire l’ay aipperçu ; et attant aittendry , el ay coru d’sus lu ; et s'ay jeté ai sou ceu et l’ay rembraissay. Et sou gacheneu ly dit : — Mou paire , j’ai p’ché cont’ r bon Dieu et pus vos; et je n’ seu pas digne d’eite vot’ gacheneu. »
Ai peu 1’ paire dit ay sés domesties ; — Aipotiez vith lay pu belle raube et mettez ly eine bague dans le do et day soulay dans lay piés. Emnez aireu 1’ vaic gras , ai peu tuai lu. Mingeons ai fayons bonne cha. Ç’a que voichi mou gacheneu , qu’étot mo, qu’a raissuscitai ; yl étot p’du et il a retreuvai.
Chanson
Composée à Langres contre les habitants de Chaumont en Bassigny.
Ay Langres y fait frod , dit-on ;
Mès y fait chaud ay Chaumont.
Car quand la bise ay v’iu rentey.
Pour mieux l’altrappey Et l’empochey d’entrey Les pothes y ont fait fromey.
Ay Chaumont, ay la saint Jean Lay musique ç’ay du pien chant.
Stu, que fait la basse, est obligey Pou grossi sa veix.
Et pou mieux chantey To lé jo d’ s’alley baigney (1).
Noël
Composé par le Curé de la commune de Peigney, près Langres , vers 1188.
Peigney , petit vyège Qu’a si ben renommé Tant pou son bon freumège Que son buerre et son lét (î).
GLOSSAIRE
A, il, — Il est.
Ai, ait, ay, ayt. — Et. — Il a, il est.
Aipotié. — Apporter, apporté :
Vous aipotié. — Vous apportez.
Aireu. — Ici, de suite.
Aira, il. — Il aurait.
Airo, il. — Il aura.
Aittendry. — Attendri.
Alley, aller. — 11 s’en est alley : il s’en est allé.
Allô, il s’en. — Il s’en alla.
Allos, j’. — J’allais.
Attant. — Étant.
Attrapey. — Attraper.
Aut’ foy. — Autrefois.
Ay, ç’. — C’est.
Ayle, que je m’en. — Que je m’en aille.
Baigney. — Baigner.
Bailley. — Donner, donné.
Baillo, il. — Il donna.
Ben. — Bien.
Bié, biein. — Bien.
Boas, boés. — Bois.
Brament. — Beaucoup, grandement.
(1) Je dois cette chanson et la traduction de la parabole de l’Enfant prodigue à l’obligeance de M. Pernot , peintre et littérateur distingué.
(2 j Recherches historiques sur l’arrondissement de Langres: Langres 183G, p. 4l2. — Nous avons fait de vains efforts pour nous procurer une copie complète de ce Noël.
Buerre. — Beui’re.
Cé. — Ces.
Ceu. — Col.
Cha. — Chair, chère.
Chantey. — Chanter.
Cheux, cheuz. — Chez.
C’mencey. — Commencer.
Combiéien, — Combien.
Cont, conté. — Contre.
Da, ce qui. — Ce qui doit Daipensey. — Dépenser.
Day. — Des.
Diro, je. — Je dirai.
Dizaye, saint. — Saint-Dizier.
Do. — Doigt.
Doux. — Deux.
É. — Et. — Il é : Il a, il est.
— C’é ; C’est.
É. — En, a.
Écauche. — Écorce.
Ein, eine. — Un, une.
Eite. — Être.
Eieu, il é. — Il a eu.