‹ Recherches sur l'histoire et la civilisation de l'ancienne Égypte [microform]Chapitre 13 sur 31 · IV · texte numérisé non relu

IV

122 ans

103 ans

Je ne sais d'où proviennent les différences chez Kn., mais comme les listes de Pinches et de Hommel sont identiques et que deux témoins valent mieux qu'un, je crois devoir les suivre. Si nous ajoutons à l'an 1250 a. J. C, l'année de la mort de Tukulti-Ninib I, la somme de 103 ans indiquée plus haut, nous arrivons à l'an 1353 a. J. G. Donc,

1 Society of Bïbl. Archœdlogy, Proceedings, 1884, 196. 3 Hommel, GeschicMe Babyloniens und Assyriens, 170.

l'an 1353 a. J. C, et non l'an 1372 a. J. C. comme Kn. i le démontre^ le roi babylonien Kurigalzu est monté sur le trône avec l'aide du roi assyrien Ashur-uballit.

Eh bien! voilà enfin le roi assyrien Ashur-uballit qui envoyait des lettres aux rois Amenhotep III et IV ^. Lorsque Ashur-uballit, l'an 1353 a. J. C, intronisa Kurigalzu comme roi de Babylone, il était lui-même roi de l'Assyrie. Corn? bien de temps avant a-t-il régné, nous ne le savons pas; Kn. pense (page 38) 3 à 8 ans, et, certainement, cela ne peut avoir été longtemps avant, car dans sa lettre à Amenhotep III (page 127) il s'exprime comme si son père Ashurnadin-akhe tout récemment avait fait son envoi de lettres à l'Egypte.

De cette manière nous arrivons à la conclusion qu'Ashuruballit monta sur, le trône de l'Assyrie à peu près en même temps qu' Amenhotep TU devint roi de l'Egypte, c'est-à-dire l'an 1355 a. J. G. Son règne a été long ; il a survécu à Amenhotep III et envoyé des lettres à son successeur Amenhotep IV. Le roi babylonien Kurigalzu, qui monta sur le trône l'an 1353 a. J. G. soit 2 ans plus tard qu'Amenhotep III, était sans doute fils du roi babylonien Kadashman-Kharbe qui échangea des lettres avec Amenhotep III ^

Voici comment je me figure la chose:

1 Knudtzon, Die El-Amarna-Taféln, page 38.

2 Knudtzon, ibid. page 29.

3 Quant à la double série étrange que Kn. a dressée (page 38) qui commence avec Karaindash et finit par Kurigalzu, je ne veux pas en parler — c'est l'affaire des assyriologues — pour moi elle me paraît plus ingénieuse que vraie, et je pense que les inscriptions qui en forment la base doivent être interprétées d'une autre manière que ne le fait M. Kn.

1. Les deux dernières années de Kadashman-Kharbe étaient contemporaines avec les deux premières d'Amenhotep III, c'est-à-dire de l'an 1355 à 1353 a. J. C.

2. Le fils Kurigalzu dont tout le règne s'écoule sous Amenhotep III a occupé le trône pendant 22 ans, 1353 — 1331 a. J. G. ; ce sont probablement ces mêmes 22 ans avec lesquels commence la série de chiffres donnée plus haut. Il n'a échangé aucune lettre avec le Pharaon, mais il est souvent mentionné dans les lettres (6, 8; 9, 7, 19; 10, 9 et 11, 20).

3. Burnaburiash, fils de Kurigalzu, monta sur le trône 13 ans avant la mort d' Amenhotep III c'est-à-dire l'an 1331 a. J. G. lors de la mort de son père. S'il a régné les 26 ans qui occupent la deuxième place dans la série de chiffres nommée, il a régné 13 ans contemporainement avec Amenhotep III et 13 ans contemporainement avec Amenhotep IV, les mêmes rois avec lesquels il a aussi, en vérité, échangé des lettres.

4. Nous avons vu plus haut qu'Ashur-uballit monta sur le trône assyrien à peu près à la même époque qu'Amenhotep III sur le trône égyptien et qu'il a correspondu d'abord avec Amenhotep III et pendant sa vieillesse ("als greiser Kônig" comme le dit Hommel) avec Amenhotep IV.

Les relations respectives envisagées de cette manière, nous aurions sur tous les points la plus belle harmonie entre la chronologie égyptienne, babylonienne et assyrienne.

Si M. Knudtzon n'a pas obtenu des résultats satisfaisants, la raison en est qu'il a pris la base dans une fausse chronologie égyptienne, et qu'il a essayé de mettre

d'accord avec celle-ci la chronologie assyrienne-babylonienne, par conséquent un essai tout à fait impossible. Il a été égaré par les recherches chronologiques faites par MM. E. Meyer, Mahler et Lehmann.

D'abord, quant à M. Meyer je reconnais volontiers qu'il est un historien éminent, mais je ne peux accepter sa chronologie égyptienne. Quand il croit, p. ex., que la domination des. Hyksos en Egypte n'a pas duré plus de 200 ans environ et qu'il parle, relativement à l'époque qui suit immédiatement après, d'une erreur "von hôchstens einem Jahrzehnt", c'est probablement par oubli qu'il n'a pas ajouté: risum teneatis, amici!

Pour illustrer la manière dont il traite la chronologie je ne citerai qu'un seul fait qui est cependant assez concluant. Dans les mémoires de l'Académie de Berlin pour 1907 M. Ed. Meyer a publié un travail: NacMrdge zur (igyptischen Chronologie. A la page 20 il parle de l'intervalle qui sépare la VP dynastie de la XIP et s'exprime ainsi: "Auch die Stammbâume und Nomarchenfolge der Graffiti's von Hatnub, welche jetzt G. Môller neu verglichen und w^esentlich vermehrt bat, und demnâchst publiciren w^ill, bestâtigen, dass das Intervall vom Ausgang der 6. bis zum Beginn der 12. Dynastie nicht mehr als 300 — 400 Jahre betragen bat".

Je ferai cependant remarquer que ces. mots ne concordent pas avec la source d'où il les a puisés, car M. Môller dit: "Wir haben also mindestens 12 Generationen oder etv^a 300 Jahre zwischen dem Ende der 6. Dynastie (Phiops II) und dem 51. Jahre der 12, Dynastie". M. Meyer escamote par une fausse citation les 51 Jahre de la

XII® dynastie. Ensuite je veux faire rappeler, ce que j'ai démontré dans un autre endroit \ que M. Môller lui-même a fait une erreur et que les 12 générations, d'après mon opinion, doivent être distribuées ainsi: 4 générations sous la VP dynastie, 6 générations pour l'intervalle entre la VI® dynastie et la XIP et enfin deux générations sous la XIP dynastie. L'espace de temps entre la VI® et la XII® dynasties n'est pas de 12 générations ou 300 — 400 ans^ comme le pense M. Meyer, mais environ 6 générations ou,^ pour mieux préciser, seulement 146 ans.

J'ai cru nécessaire de mentionner ces erreurs inconcevables pour démontrer que j'ai des raisons de douter de l'exactitude des déterminations chronologiques de M. Ed.

Meyer en ce qui concerne l'Egypte du moins.

Quant à M. Mahler je conviens qu'au commencement j'ai salué avec joie ses essais, avec l'aide de l'astronomie, de trouver des points fixes pour la chronologie égyptienne, malheureusement j'ai bientôt découvert que je me trompais: sa méthode est défectueuse.

Dans les inscriptions de Thotmès III deux néoménies sont mentionnées. M. Mahler les a calculées astronomiquement, pour l'une des néoménies il fixa la date au 5 avril 1481 a. J. C. et pour l'autre au 15 janvier 1479 a. J. C. Mais lorsque Eisenlohr lui fit l'objection d'avoir commis l'erreur de calculer d'après l'année fixe au lieu de l'année vague, il refit un nouveau calcul et de suite trouva deux autres néoménies, l'une à la date du 16 mai 1482 a. J. C. et l'autre à la date du 24 février 1480 a. J. C. Pour ce

Sphinx, vol. XII, 5.

motif je ne doute pas qu'il ne trouve facilement une troisième paire de néoménies qui lui conviendrait, s'il suppose que Thotmès III a régné de 1456—1386 a. J. G.; il a un superflu de néoménies à sa disposition, 12 à 13 par an. C'est pourquoi je suis d'accord avec M. Maspero qui dit que les calculs de M. Mahler sont fondés sur de fausses suppositions i.

Pour moi il est bien clair que M. Knudtzon n'a pas été heureux dans le choix des guides sur le chemin difficile de la chronologie égyptienne. Mais s'il désire prendre place à leur table je ne puis lui souhaiter que bon appétit, puisse-t-il avaler et digérer des pierres pour du pain il a un estomac meilleur que le mien. Il cite aussi M. Maspéro, je le sais, cependant il ne faut pas oublier la restriction que ce savant a faite, admettant "une erreur d'un demisiècle plus ou moins sur les dates qui remontent au temps du second empire thébain". Ainsi lorsque M. Kn, ^ d'après M. Meyer, place Tavénement d'Amenhotep IIÏ l'an 1415 a. J. C. ou bien (mit einem Spielraume von hôchstens einem Jahrzehnt, que M. Meyer nous accorde) l'an 1405 a» J. G., tandis que moi je le place l'an 1355 a. J. G. précisément 50 ans plus tard, l'autorité puissante de M. Maspero ne peut être citée comme témoin contre moi.

G'est une satisfaction pour moi de pouvoir ajouter ici ime remarque, et j'espère que le lecteur ne m'en voudra pas. Lorsque l'an 1868 dans mon livre: Aegyptische Ghronologie, je m'opposais contre la chronologie égyptienne que Lepsius, mon savant et très vénéré maître, avec une

1 Maspero, Histoire ancienne, II, 289. note 1.

2 Knudtzon, Bie El-Amarna-Tafeln, page 8^.

grande érudition et une rigueur scientifique avait mise en système et qui avait trouvé une approbation tellement générale qu'elle fut introduite dans les livres de l'instruction publique, c'était alors que je m'en écartais d'environ 200 ans au moins pour ce qui concerne les dynasties XVIÏI et XIX.

Amenhotep III régna d'après Lepsius 1524 — 1488 a. J. G.

Amenhotep III régna d'après mon opinion d'autrefois comme celle d'aujourd'hui 1355 — 1318 a. J. C.

Ramsès II régna d'après Lepsius 1388—1322 a. J. G.

Ramsès II régna d'après mon opinion d'autrefois comme celle d'aujourd'hui 1180-1114 a. J. G.

Depuis l'époque de Lepsius l'opinion générale sur la chronologie égyptienne est de beaucoup changée, de sorte que, bien que je maintienne la mienne sans aucun changement, je ne m'écarte pas plus de 50 ans de la chronologie qui est aujourd'hui à la mode. Cependant comme les modes se changent d'une manière irrégulière je ne sais si elles continueront dans l'avenir de s'échanger en ma faveur ou non.

Mais pour le moment en voilà assez de la chronologie. On trouvera peut-être que j'ai trop abaissé l'époque de la XVIII® dynastie. Cependant mon opinion a été confirmée par tant de faits et dernièrement par les lettres de Tell el-Amarna que je n'ai aucune raison de faire le moindre changement.

Lorsque Aahmès chassa les Hyksos, il les poursuivit au delà des limites de l'Egypte jusqu'en Asie et y conquit, après six ans de siège la forteresse Sharohen où. les fugitifs avaient probablement cherché un dernier asile contre leurs persécuteurs. La route militaire à ce

grand pays voisin était donc ouverte pour les Egyptiens. Amenhotep I était d'un caractère paisible, et à part cela avait suffisamment à faire pour rétablir l'ordre à l'intérieur après la domination étrangère. Mais Thotmès I, lui, était belliqueux, il passa par la porte maintenant ouverte avec une armée bien aguerrie et bien disciplinée. Il fit une grande campagne en Syrie et, de victoire en victoire, marcha de Gaza à Megiddo, de Megiddo à Kadesh près de l'Oronte, de Kadesh à Karkemish près de l'Euphrate, pénétra ainsi du Nil, dont les eaux coulent du sud au nord, jusqu'à l'Euphrate dont le courant est du nord au sud \

Cette route militaire à travers la Syrie, une fois tracée par Thotmès I, fut depuis généralement suivie des armées égyptiennes pendant leurs expéditions fréquentes en Asie. De ses successeurs ce fut surtout Thotmès III qui combattit en Syrie. A partir de sa 22® à sa 42® année de règne il n'y fit pas moins de dix-sept campagnes. Aucun Pharaon n'a conduit de si continuelles et de si heureuses guerres comme l'a fait Thotmès III; il est sans aucun doute le plus grand guerrier qui ait jamais été assis sur le trône des Pharaons. Sous ces guerres continuelles il assujettit tout le pays entre l'Egypte et Karkemish près de l'Euphrate d'une manière plus efficace que ne l'avait fait antérieurement Thotmès I qui cependant avait à peu près atteint aux mêmes limites. Il va s'en dire que les pays soumis se révoltaient

1 Ceci éveilla l'étonnement des Egyptiens ; sur le Nil ils montaient contre le courant vers le sud et descendaient avec le courant vers le nord; mais sur l'Euphrate le cas était contraire: quand ils "montaient" vers le sud (comme ils l'exprimaient eux-mêmes) ils descendaient en réalité le courant du fleuve.

souvent en sorte que le roi de l'Egypte devait à nouveau combattre et punir les rebelles, principalement, près des bords de l'Oronte, le puissant Kadesh était un vassal obstiné qui occasionnait continuellement des troubles, mais qui finalement dut se rendre, et lorsque Thotmès III dans sa 42® année de règne termina sa 17® campagne était^il sans contestation aucune reconnu maître de la Syrie. Ni lui ni ses successeurs ne régnèrent immédiatement sur les pays conquis : ceux-ci conservèrent leurs lois, leurs limites, leurs princes natifs qui payaient annuellement le tribut convenu et envoyaient comme otages leurs fils à la cour du Pharaon où ils étaient élevés et d'où ils retournaient chez eux, lorsqu'un trône se trouvait vacant, pour en prendre le gouvernement comme d'obéissants et égyptianisés vassaux.

Dans les villes qui se gouvernaient elles-mêmes on installait, selon leur dépendance plus ou moins grande et d'après les besoins du moment, soit des princes natifs ou des gouverneurs égyptiens ou bien encore établissait-on des garnisons dont les chefs administraient selon leur bon plaisir et avec une autorité toute dictatoriale sous l'ordre du Pharaon. Parfois, mais rarement, le roi de l'Egypte passait l'Euphrate pour montrer sa puissance militaire aux habitants de l'Est. Les rois de la Mitanni, dans le nord de la Mésopotamie, l'Assyrie et même Babylone envoyaient leurs présents que les orgueilleux Egyptiens appelaient tributs et recevaient comme un témoignage de soumission. Cependant ces pays ne reconnurent jamais la. souveraineté égyptienne; leurs rois se considéraient les égaux du Pharaon : dans leurs lettres ils l'appelaient "frère"

ainsi que le Pharaon le faisait à leur égard; ils lui envoyaient des ambassadeurs et des lettres ainsi que le faisait le Pharaon, en un mot, ils étaient, comme nous le disons de nos jours, réciproquement dans les mêmes rapports diplomatiques. Ils lui faisaient apporter des présents, mais en exigeaient de lui en échange.

Cet état de choses que Thotmès III avait établi par ses victoires fut de longue durée. L'assujettissement de la Syrie sous l'Egypte était un fait accompli. Lorsque mourut Thotmès III, les pays et les villes essayèrent bien d'en profiter pour secouer le joug haïssable, mais son fils et successeur Amenhotep II mit, si énergiquement, un frein à leurs projets qu'ils trouvèrent plus sage à l'avenir de se tenir tranquilles, de sorte que les Pharaons suivants, avec plus ou moins de peine et d'efficacité, purent en général sans grand effort maintenir la souveraineté égyptienne. Ce fut seulement lorsque les Héthites dans le nord de la Syrie eurent fondé leur puissant royaume et qu'ils osèrent lutter ouvertement avec l'Egypte, que l'empire égyptien dans cette partie du pays fut interrompu; dans la partie sud de la Syrie il se maintint à peu près plein et entier, de sorte que l'on peut dire que dans ces contrées la puissance et l'influence égyptiennes durèrent depuis Thotmès III au moins 300 ans.

Ceci est un fait, et je profite de l'occasion pour le faire expressément ressortir, étant d'une grande importance pour bien comprendre la marche de la civilisation égyptienne, puisque nous avons là un des chemins sur lesquels elle s'immisça eh Syrie et delà par les îles jusqu'en Grèce et en Europe.

Sur les rapports entre l'Egypte et l'Asie dans ces temps là, les lettres de Tell el-Amarna nous donnent de bonnes informations. Elles étaient contemporaines avec les faits dont elles parlent, et le grand ouvrage de M. Knudtzon nous fournit de ces témoignages oculaires une interprétation à laquelle nous pouvons nous fier. Les lettres sont, comme on le sait, écrites sur des tables d'argile dans l'écriture cunéiforme et conçues à l'exception de trois, dans la langue babylonienne-assyrienne. De même les Pharaons ont dans leurs lettres employé la même forme et la même langue. Ceci est assez frappant et semble montrer que la culture égyptienne était assujettie à la babylonienne-assyrienne. En vérité cependant le cas était plutôt contraire à peu près comme il en est de nos jours, lorsque la civilisation européenne doit se procurer entrée et influence dans les autres parties du monde en employant les langues des indigènes.

Du reste il est possible que dans les relations entre les états asiatiques la langue babylonienne fut devenue le langage officiel diplomatique bien avant que l'Egypte n'ait été en contact avec eux, et lorsque Thotmès III eut terminé ses conquêtes en Syrie, les Pharaons durent accepter les usages tels qu'ils étaient, et se subordonner aux conventions nationales prescrites dans les royaumes avec lesquels ils entraient en relation. Cependant, par là ce n'était pas leur opinion de reconnaître leur infériorité, car dans leur chauvinisme ils exigeaient au contraire, que l'Egypte soit considérée supérieure à n'importe quelle autre puissance. Un petit fait assez notoire nous en donne une idée. Alors que les rois asiatiques avaient en honneur de

donner leurs filles aux Pharaons, ces derniers ne voulaient pas faire de même. Le roi de Babylone, Kadashman- Kharbe écrit dans une lettre à Amenhotep III: Quant à ma fille que tu as demandée en mariage, elle est prête, envoie la chercher" i. Plus tard ce même roi a probablement sollicité pour avoir une princesse égyptienne en mariage, car dans la lettre suivante il écrit à Amenhotep III: "Lorsque tu ne me permets pas d'épouser ta fille et que tu as écrit: 'jamais une fille royale de l'Egypte n'a été envoyée à des étrangers comme épouse', (je réponds donc) "pourquoi parles-tu ainsi? tu es roi et peux agir selon le plaisir de ton cœur" ^. Cet orgueil égyptien se transmit longtemps, car lorsque le puissant roi de Perse Kambyses exigea une fille du roi égyptien Amasis, celui-ci trouva la chose au-dessous de sa dignité et envoya à la place la fille du roi détrôné Apriès et par là s'attira la grande colère dé Kambyses. Peut-être cela s'accorde-t-il avec l'opinion générale des Égyptiens sur leur plus haute dignité comme Betu qui signifie homme à côté des Sémites, des Nègres et des Libyens comme races d'un rang inférieur.

Cependant des lettres de Tell el-Amarna il ressort que les rois de Babylone, d'Assyrie, de Mitanni, d'Alasia, de Khetti, négociaient de pair avec les rois de l'Egypte. L'ouverture des lettres et les formules de politesse sont les mêmes aussi bien pour les rois asiatiques que pour les Pharaons égyptiens. Le roi de Babylone commence sa lettre ainsi: "A Amenhotep IV, roi d'Egypte, parle Burnaburiash, roi

1 Knudtzon, Die El-Amarna-Taféln p. 71.

2 Knndtzon, Ibid. 73.

de Babylone, ton frère, en ces termes: Je me porte bien. Santé et bonheur je te souhaite ainsi qu'à ta maison, tes femmes, tes enfants, ton pays, tes grands dignitaires, tes chevaux, tes voitures" ^. De même dit Amenhotep III: "A Kadashman-Kharbe, roi de Babylone, mon frère, Amenhotep III, le grand roi de l'Egypte, ton frère, m'adresse ainsi: Je me porte bien" etc. . . comme ci-dessus 2.

Pour l'histoire contemporaine ces lettres donnent des renseignements de grand intérêt sur les affaires publiques et privées. Burnaburiash dit qu'il est malade et se plaint qu' Amenhotep IV ne s'est pas informé de sa santé ^. A un autre endroit il rapporte que sa caravane est pillée et ses gens tués; il exige une restitution pour la perte et le châtiment des meurtriers, "autrement tous les rapports entre les pays cesseront" *. Et plus loin : "Aux temps de Kurigalzu, mon père, les Kinakhœens le sommaient de s'unir à eux contre l'Egypte, mais il répondit: "Abandonnez cette pensée! Voulez-vous vous déclarer les ennemis du l'oi de l'Egypte mon fi'ère, je ne puis me joindre à vous. A cause de ton père mon père ne les écouta point. Et maintenant les Assyriens, mes sujets, viennent à toi sans être envoyés par moi, laisse les partir les mains vides" ^ De riches présents furent échangés entre les rois d'Egypte et ceux de Babylone; de longues spécifications à ce

1 Knudtzon, Die El-Amarna-Tafeln, pag. 89.

2 Knudtzon, ibid. 61.

3 Knudtzon, ibid. 81.

^ Knudtzon, ibid. 87.

5 Knudtzon, ibid, 89.

sujet remplissent plusieurs colonnes sur les tables \ Quatre autres colonnes contiennent les listes des présents de Mitanni; elles terminent par ces mots: Tous ces présents de noce de toutes sortes ont été donnés à Amenhotep III, son frère et son beau-fils, par Tushratta, roi de Mitanni, lorsqu'il envoya sa fille, Tadukhipa, en Egypte comme épouse pour Amenhotep III 2. Tushratta, le roi justement nommé de Mitanni, raconte dans une lettre à Amenhotep III qu'il était jeune lorsqu'il succéda à son père et que son frère avait été assassiné; "mais je ne fus pas négligent, je tuai les meurtriers et tous ceux qui leur appartenaient". Plus loin il communique que, "lorsque les ennemis du pays de Khetti pénétrèrent dans mon royaume, je les battis et il n'y eut personne qui retournât dans sa patrie; Tushratta envoya une partie du butin comme présent au Pharaon ^. Nous apprenons ici à connaître trois rois de Mitanni qui se succédèrent les uns les autres: Artatamu, son fils Shuttarna, et le fils du dernier Tushratta, et de plus nous lisons que la fille d'Artatamu fut mariée avec le Pharaon Thotmès IV, Gilukhipa, fille de Shuttarna, avec Amenhotep III, et enfin Tadukhipa, fille de Tushratta, avec Amenhotep IV ^. Nous avons ainsi cette liste:

^ Knudtzon, Die El-Amarna-Taféln, pag. 101—125,

3 Knudtzon, ibid. 155-179.

3 Knudtzon, ibid. 133 ss.

^ Knudtzon, ibid. 247. Il semble cependant que Tadukhipa fut d'abord envoyée pour être mariée avec Amenhotep III, mais qu'elle ensuite, comme celui-ci bientôt mourut, se maria avec Amenhotep IV.

Artatamu

Shuttarha. Fille N. N. — Thotmès IV

I • Tushratta. Gilukhipa — Amenhotep III

Tadukhipa — (Amenhotep III et) Amenhotep IV

Il est intéressant de pouvoir constater le fait que les trois générations des Pharaons égyptiens répondent aux trois générations des rois de Mitanni, dont les lettres de Tell el-Amarna nous donnent les noms.

Ces lettres royales sont d'une grande importance parce qu'elles nous manifestent d'une manière évidente quelles étaient les relations politiques entre l'Egypte et les états indépendants de l'Asie limitrophe dans le quatorzième siècle a. J. C. Les autres lettres de Tell el-Amarna, quoiqu'elles portent un sceau privé, sont cependant aussi très intéressantes peut-être encore à un plus haut degré, car elles jettent de la lumière sur la vie intime des peuples. Voici quelques extraits de ces lettres.

Labaja écrit au roi égyptien^: "Au roi, mon seigneur et mon soleil, parle ainsi Labaja, ton serviteur et ta poussière, sur laquelle tu mets tes pieds ; aux pieds du roi, mon seigneur, je me prosterne sept fois, sept fois. J'ai entendu les. mots que le roi, mon seigneur, m'a écrits sur une table. Je suis le serviteur du roi, comme mon père et mon grandpère depuis longtemps; je n'ai pas péché, je n'ai pas fait de mal, je n'ai pas refusé de payer mes tributs et d'agir d'après la volonté de mon préposé. On m'a calomnié,

1 Knudtzon, Die El-Amarna-Tafeln, p. 809 ss.

maltraité, et le roi, mon maître, me n'a pas fait (savoir) mon péché ... Et puis, si le roi écrit et demande ma femme, certes je ne la refuserai pas; et si le roi m'écrit: Mets le poignard de bronze dans ton coeur et meurs ! j'exécuterai le message" \ Je souligne les derniers mots puisqu'ils caractérisent la puissance absolue des Pharaons sur les peuples vaincus de l'Asie et en même temps nous donnent une idée précise de l'assujettissement complet des pays soumis pendant ces temps anciens. Labaja était pro- ' bablement un gouverneur asiatique qui administrait une ville ou un district syrien sous l'autorité directe du Pharaon. Une lettre écrite peut-être d'un fils du même Labaja porte ceci: "Au roi, mon maître et mon soleil, a parlé ainsi Mutbalu, ton serviteur, la poussière de tes deux pieds, la glaise sur laquelle tu marches. Devant les pieds du roi, mon maître, je me prosterne sept fois, sept fois. Le roi, mon maître, m'a envoyé Khaia pour dire: "Voici les caravanes qu'on a envoyées à Khanakalbat, envoie-les donc plus loin!" Qui suis-je que je n'enverrais pas plus loin les caravanes du roi, mon maître? Or, (La)baia, mon père, a servi le roi, son maître, et il a envoyé plus loin

1 Je traduis ainsi d'après M. F. Delitzseh (Memnon, Zeits. f. die Kilnste u. KuUurges. des alten Orients, Bd. 3). M. Knudtzon a compris le texte dans un sens contraire et traduit: Fur den Fall, dass nach meiner Frau geschrieben hâtte der Kônig, dann wûrde ich sie verweigern. Fur den Fall, dass an mich geschrieben hâtte der Kônig : "Setze einen Dolch von Bronze in dein Herz und stirb!" dann wûrde ich nicht ausfuhren die Meldung des Kônigs. (Knudtzon, Die El-Amama-Tafeln, p. 813) M. Knudtzon n'a pas compris une obéissance tellement aveugle que le texte comporte; mais M. Delitzseh a sans doute raison; évidemment Labaja dans sa lettre au Pharaon ne pouvait s'exprimer comme Kn. le pense; ce serait une impertinence.

toutes les caravanes que le roi a envoyées à Khanagalbat. Si le roi, mon maître, envoie des caravanes à Babylone, je les conduirai de sorte qu'elles y arriveront très vite". Nous avons vu plus haut (p. 185) que le roi babylonien Burnaburiash se plaignait que sa caravane était pillée et ses serviteurs tués; ici nous voyons qu'il était nécessaire d'escorter les caravanes. Comment expliquer cet état de choses? Malgré les royaumes puissants du Nil, de l'Euphrate et du Tigre, malgré les guerres victorieuses de Thotmès III, le pouvoir central n'avait pas la force nécessaire pour maintenir l'ordre civil et l'autorité de la loi. Le passage à travers le désert syrien, où tant de repaires donnaient aux brigands de sûrs asiles, était probablement surtout dangereux pour les caravanes.

Un certain Milkili, gouverneur d'une ville syrienne, nous a laissé quelques lettres, écrites au Pharaon: "Que le roi, mon seigneur, sache le mal, que lankhamu m'a iait, après que j'eus quitté le roi, mon seigneur; or, il a demandé deux mille sekels d'argent de ma main et a dit: "donne-moi ta femme et tes enîans, ou bien, je te battrai !'* Oui, vraiment, que le roi sache ce fait, .et que le roi, mon seigneur, envoie des chariots pour m'amener à lui, de sorte que je ne sois pas anéanti !" ^

Abimilki était gouverneur de la ville phénicienne Tyr sous les auspices du Pharaon; il lui écrivit plusieurs

1 Knudtzon, Bie El-Amarna-Tafeln, p. 835. Ce lankhamu était envoyé par la cour égyptienne pour inspecter les gouverneurs et les roitelets des villes et états asiatiques soumis sous l'empire égyptien, et Milkili invoque la protection du Pharaon contre l'émissaire impérieux.

lettres^: "Au roi, mon seigneur, mon soleil, parle ainsi Abimilki, ton serviteur; sept fois et sept fois je me prosterne devant les pieds du roi, mon seigneur; je suis la poussière au-dessous des sandales du roi, mon seigneur. Mon maître est le soleil qui monte au-dessus des pays tous les jours selon la résolution du soleil, son gracieux seigneur" ^ . . . "Je protège Tyr, la grande ville pour le roi, mon seigneur . . . Mon visage est amiable envers le roi, mon seigneur, comme au temps où le roi, mon seigneur, me nommait gouverneur pour protéger sa ville".

Dans les lettres postérieures (no. 6 ss) Abimilki se plaint qu'il ne lui était pas possible de soutenir sa position et il demande le secours du roi: "Je protège bien la ville du roi (Tyrus) qu'il a confiée à ma main. Mon visage désire venir voir le visage du roi, mon seigneur, (probablement pour trouver protection), mais je ne peux me sauver de la main de Zimrida, roi de Sidon ; entendant que je veux partir, il a commencé des inimitiés contre moi. Que le roi, mon seigneur, me donne vingt hommes pour protéger la ville du roi, mon seigneur. J'ai vu les troubles excités par Zimrida rassemblant des navires et des troupes dans les villes d'Azira contre moi. Les ennemis sont devenus puissants envers moi". Probablement Amenhotep IV était-il si occupé de sa réforme religieuse qu'il n'avait ni temps ni intérêt pour les affaires asiatiques; aussi la puissance et l'influence politiques diminuaient sous

1 Knudtzon, ibid. 605— 639, où il en a reproduit pas moins de dix.

2 La lettre était probablement adressée, à Amenhotep IV; car il était en même temps et le dieu, le soleil, le seigneur, et, comme réformateur et novateur du culte de soleil, le serviteur du dieu Soleil, son seigneur et maître.

le règne de ce zélote fanatique, mais la suprématie égyptienne, restituée par les exploits militaires des rois postérieurs, restait cependant intacte pendant des siècles dans la Syrie et les autres pays limitrophes de l'Egypte.

Sous Amenhotep IV les affaires étaient fort embrouillées et compliqjjées. Nous, venons de voir qu'Abimilki se plaint de Zimrida, roi de Sidon, et de ses inimitiés. Mais ce Zimrida était gouverneur de Sidon de même installé par le Pharaon et par conséquent son serviteur soumis. Il le dit sans réserve dans sa lettre adressée au Pharaon ^ : "Au roi, mon seigneur, mon dieu, mon soleil, haleine de ma vie, parle ainsi Zimrida, gouverneur de Sidon. Je me prosterne devant les pieds du roi etc. Que le roi, mon seigneur, sache que Sidon, la ville servante du roi, qu'il a placée dans ma main, est en bonne condition, et que j'ai entendu le mot du roi, mon seigneur. Lorsqu'il écrivait à son serviteur, mon coeur se réjouissait, je portais haut la tête, mes deux yeux brillaient en entendant le mot du roi, mon seigneur" . . . "J'ai exécuté l'ordre du roi, mon seigneur, mais les ennemis sont devenus très puissants envers moi. Les villes que le roi a mises dans ma main se sont alliées avec les Sa-Gaz-peuples". Il est évident qu' Amenhotep IV qui représentait le pouvoir central devait être bien faible ne pouvant empêcher une guerre ouverte entre Abimilki et Zimrida qu'il avait nommés luimême gouverneurs de Tyr et de Sidon.

1 Knudtzon, Die El-Amarna-Taféln, 601. Kn. le nomme Zimriddi; mais c'était sans doute le même Zimrida dont nous avons fait la connaissance, plus haut, aussi Budge, A History of Egypf, IV, 225, le nomme Zimrida.

Rib-Addi, gouverneur de Byblos, écrivit une foule de lettres \ Il se plaint de la situation pénible dans laquelle il se trouve. Il a demandé secours sans pas même recevoir une réponse, de sorte qu'il se verra forcé de quitter la ville et de partir avec tous ceux qui lui sont dévoués. "Je me trouve dans Byblos comme un oiseau dans son nid, et mon champ est pareil à une femme sans mari" . . . "Autrefois les rois de Kinakhni fuyaient à la vue d'un homme d'Egypte, aujourd'hui les fils d'Abdi-ashirta chassent devant eux les Egyptiens". C'était un reproche amer relatif à la faiblesse politique de l'Egypte qui seulement pouvait être lancé avec raison contre le règne d'Amenhotep IV ^.

Nous avons passé en revue les événements principaux de l'empire national depuis l'expulsion des Hyksos jusqu'à la consolidation, quelquefois précaire, dé la suprématie égyptienne sur la Syrie, la Phénicie, les îles grecques, comme la Crète, la Cypre etc. Par cette expansion l'Egypte fut à même de propager la lumière qu'elle avait acquise pendant son développement de milliers d'années et d'accomplir sa mission civilisatrice dans le monde.

1 Knudtzon, JDie El-Amarna-Taféln, pp. 361—587, en donne 53.

2 Dans une de ces lettres (Kn., ibid., p. 407) Byblos est comparée à Hikuptah ; ce nom est probablement la transcription

cunéiforme du nom hiéroglyphique H ^ ^ | LJ ^ Ha-Tea-ptaK

qui d'abord indiquait le temple de Ptàh, puis la partie sacrée* de.Memphis, ensuite toute la capitale avec les environs et enfin aux yeux des Grecs, venant du côté de la mer, le pays du Nil en général, "AiyvnTos.

Le nouvel empire thébain.

La XVIIF dynastie, 1490—1231 a. J. C.

AinenJiotep I. Il était fils et successeur d'Aahmès, le fondateur de la XVIIP dynastie. Il fit une expédition militaire en Nubie sur laquelle l'officier de iftarins Aah mes, fils d'Abana, dans sa biographie parle ainsi: "Je conduisis le roi Amenhotep 1, quand il monta le fleuve (allant) à Kush pour élargir les frontières de l'Egypte. Sa Majesté fit captif le chef des Nubiens au milieu de ses soldats qui

furent déportés en esclavage, S -Jp ] ^^j. @ , sans que personne ne pût échapper, v\ f A ' ^^ furent mis de

côté comme s'ils n'existaient plus. Me voici étant à la tête de nos soldats où je combattais véritablement. Sa Majesté a vu ma bravoure, lorsque j'apportais deux mains pour (les) présenter au roi. Lorsqu'on rassembla les hommes et le bétail de l'ennemi, j'emmenai un captif vivant pour (le) présenter au roi. Je conduisis sa Majesté en deux jours du bassin supérieur à l'Egypte. Je fus décoré d'or". Evidemment ce ne fut pas une guerre de longue durée, seulement une expédition rapide faite pour punir et en même temps piller les vassaux insidieux et turbulents; le roi

ne s'avança pas plus loin dans la Nubie, car le retour se fit en deux jours. Le "bassin supérieur" n'était en réalité autre chose que la partie du Nil au delà de la première cataracte depuis l'île de Philae jusqu'à quelques kilomètres vers le sud. Il y a donc des raisons pour croire que l'expédition avait pour but de châtier le pays de Wawa dans la Nubie inférieure. Ce pays limitrophe de l'Egypte était alors sous l'administration des gouverneurs d'EI-Kab. Hormena, chef de la ville Nekhen ^ le dit expressément: ^'J'ai vécu de nombreuses années comme gouverneur de Nekhen présentant ses tributs" au seigneur des deux mondes .... J'ai vieilli dans le pays de Wawa aimé de mon seigneur. En descendant le fleuve, j'ai apporté de là des tributs au roi tous les ans" 2. Hormena avait comme gouverneur de Nekhen l'administration de Wawa ^. C'était peut-être à la suite de l'expédition d' Amenhotep I que Hor-

1 II règne quelque confusion relativement aux noms dé ville Nekheb et Nekhen. Dûmichen, Geschichte des alten Aegyptens, p. 60, n'y voit qu'une seule ville; "Necheb oder Nechen, Eileithyia in der Nâhe des heutigen El-Kab". De même M. Erman, Aegypten, p. 134: "EI-Kab fuhrte die Namen Nechebt und Nechent = EI- Kab". Brugsch dit aussi à peu près la même chose: "Nekheb est Eileithyia" {Dictionnaire géographique, p. 351) "Nekhen est dans Nekheb ou près de Nekheb" (ibid. p. 354-). Pour M. Maspero Nekhabit est Eileithyia, appelée par les Arabes El-Kab {Histoire I, 74), mais Nekhnit est Hieraconpolis, Kom el-Ahmar, presque en face de Nekkabit, sur la rive gauche du fleuve (ibid. II, 83). M. Breasted y voit également deux villes: Nekheb = El-Kab, sur la rive droite {Historical documents, II, 6, note c), Nekhen = Hieraconpolis sur la rive gauche (ibid. II, 20). C'étaient probablement deux villes voisines qui ont alterné comme résidence du gouverneur.

2 Schiaparelli, Museo arch. di Firense, 1567, stèle.

3 Cf. Breasted, Historical documents, II, 21.

mena comme noraarqiie le plus proche fut nommé administrateur de Wava: on ne sait pas exactement le nom du roi sous leqiiel il servait, mais ayant une fille appelée Aahmès et une autre du nom d'Aahhotep- il est permis de conclure, qu'il vivait sous les premiers rois de la XVIII® dynastie.

Après l'expédition à Wawa Amenhotep I fît une incursion chez les Libyens ; Aahmès Pennekheb en parle dans sa biographie-^, où le nom Kehek indique la localité. Notre roi n'a pas entrepris d'autres guerres, autant que nous le sachions ; il était d'un caractère paisible et principalement occupé de panser les plaies, faites par les Hyksos. Il travaillait pour avancer le bien-être matériel du peuple, pour restituer le culte des dieux, pour agrandir et restaurer les temples. C'était probablement en souvenir de ses bienfaits envers le pays qu'il a été adoré pendant des siècles comme dieu quelque fois seul, mais plus souvent ensemble avec sa mère Nofrtari ^. C'est surtout sur les stèles

des fonctionnaires appelés ^ ^ \\ H ^^ où

son nom est adoré. Si le titre indique les juges subalternes, il est à présumer qu' Amenhotep I était vénéré comme juge suprême qui de nouveau avait fait valoir la

^ Lepsius, DenJcmâler, III, 43, a.

2 Wiedemann, Aeg. GescMcJite, I, 319.

3 ïAehlein. Dictionnaire de noms, nos. 560—67 et 574. Ce titre: setem âsh m, sa-t mà-t indique ou simplement: "celui qui entend le cri, la plainte dans la maison de justice", c'est-à-dire un juge inférieur dans le palais de' justice, ou bien, comme Brugsch {Die Aegyptologie, p. 311) le pense: die, welche einem Rufe folgen in der Nekropolis auf der westlichen Seite Thebens, c'est-à-dire un employé au culte des morts.

justice, l'ordre légal; si, au contraire, le titre indique les fonctionnaires, employés au culte des morts, le roi était adoré comme dieu funéraire. La dernière hypothèse est la plus probable; M. Maspero ^ dit: "Thèbes avait métamorphosé Nofritari en une Isis, elle fit d'Amenhotep I un Osiris protecteur de la nécropole, et elle lui prêta le teint sombre des divinités funéraires".

La reine Nofrtari se trouve souvent sur les monuments placée à côté de son fils Amenhotep I, et elle joua sans doute un grand rôle dans l'histoire de son temps. On rencontre sur quelques tableaux notre reine aux chairs noires, et on en a conclu qu'elle était de négroïde extraction, mais comme M. Maspero le pense, on lui prêta le teint sombre en sa qualité de déesse funèbre. Si elle avait été négresse de naissance, elle aurait eu une physionomie négroïde, telle que nous la voyons p. ex. à Soleb et dans le tombeau 13 d'Abd el-Qurna^; mais il n'en est rien: elle avait une physionomie purement égyptienne. Aussi Amenhotep 1 est-il quelquefois peint noir, mais c'était certainement en sa qualité de dieu funéraire, comme nous venons de voir, non pas pour indiquer son origine négroïde.

Thotmès I succéda à son père Amenhotep L Son nom d'intronisation était Aa-kheper-ka-re à peu près le même que celui de son fils Thotmès II: Aa-kheper-n-re; les deux noms avaient donc les mêmes parties principales: Aakheper-re, et Manéthon qui probablement dans l'initiale Aa ou A voyait une prosthèse facultative lisait ou pouvait lire les noms cités Kheper-re, c'est-à-dire Khébros, comme

^ Les premières mêlées, p. 103.

2 Lepsius, Benkmàler, 111, 88 et 63

Ma-n-re, nom d'intronisation d'Amenemha III, devenait Maros, et Ba-n-re, celui de Menephthès, se lisait Pheros. Manéthon confondait ainsi Thotmès I et Thotmès II en un seul roi Khebros et pouvait le faire d'autant plus qu'ils régnaient, surtout le dernier, peu de temps, la somme de leurs années de règne n'étant pas plus de 21 ans.

Au commencement de son règne Thotmès I annonça son avènement au trône par un décret dont deux exemplaires sont conservés jusqu'à nos jours; celui qui était adressé au gouverneur du pays sud (probablement là Nubie avec la résidence Eléphantine) nous apprend, que le roi avait écrit cet ordre "pour te faire savoir que ma Majesté est couronnée comme roi sur le trône de Horus, le dieu des vivants, sans pareil éternellement. Que le protocole de mes noms soit fait ainsi: Comme

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