‹ Recherches sur l'histoire et la civilisation de l'ancienne Égypte [microform]Chapitre 18 sur 31 · Les Nubiens et le Liban dans la montagne du nord · texte numérisé non relu

Les Nubiens et le Liban dans la montagne du nord

1 Cfr. plus haut p. 166.

2 Maspero, Guide du visiteur, Boulaq 1883, p. 72—74, et Histoire ancienne, II, 267 ss. Le texte est publié plusieurs fois, aussi dans Reinisch, Aegyptische Ghresfomathie, Taf. 8, traduit et traité par Maspero, Breasted dans Historicàl Documents, II, 262 ss., Pielil dans Proceedings of the Society of Bibl. Arcli. XV, 259 ss. etc.

3 Je lis ^^^^^^ ^5\ X , r\yxyi Bemen ou Bemenen-in tneht

set, "le Liban dans la montagne du nord". L'inscription dit que la Nubie dans le sud et le Liban dans le nord étaient dans la

Pendant son long règne Thotmès III faisait beaucoup de bâtisses, érigeait des stèles, des statues, des obélisques, fondait, restaurait et agrandissait des temples et des villes. Dans un tombeau d'Abd el Qurna ^ nous voyons qu'il employait des captifs de différentes physionomies. et couleurs — jaune clair, jaune gris, rouge — de diverses nationalités: Sémites, Syriens, peut-être Européens, pour mouler des briques, construire des murs, sculpter des statues, tandis que le gardien égyptien, muni de son bâton, surveille les travailleurs; c'est une illustration vivante du récit biblique sur l'esclavage sévère des Hébreux en Egypte. En vérité Thotmès III était probablement le Pharaon que la Bible décrit comme l'oppresseur des Hébreux, du moins Théo-

niain du Pharaon, le représentant des deux frères Horus et Set, et comme Horus et Set sont les dieux des deux pays, le nord et le sud de l'Egypte, de même la Nubie et le Liban sont-ils les frontières septentrionales et méridionales de, l'empire égyptien. Ils étaient, comme il semble, tous deux sous la domination directe du Pharaon, et ils payaient "leurs taxes et leurs impôts chaque année" (Lepsius AuswaM, T. XII, 1. 24-; cf. Breasted, Historical Documents II, 204, note 1 : It is to be noted that thèse supplies were collected as "impost" (not "tribute") and probably by an Egyptian officer as was the "impost" of Nubia). Ligne 5 de notre texte a la même juxtaposition des deux pays: Les Nubiens et les Septentrionaux; par les derniers le texte veut probablement dire "les habitants de la montagne du Liban" comme dans la ligne 22. Quant à ce dernier endroit je ne peux épouser ni la traduction de M. Maspero: "jusqu'au pays de Pidit", ni celle de M. Breasted: "As far as . . . "; car rmen m ne peut pas signifier: "jusqu'à dans", où la préposition m: clans n'a rien à faire, mais bien: "le Liban. dans la montagne du nord", où tout est grammaticalement correct, comme le sens s'adapte au contexte, aussi l'hiéroglyphe ~=\ meh, "le nord" est très distinct dans la publication de Léo Reinisch.

1 Lepsius, DenTemàler, III, 40 s.

phile 1 dit que Tethmosis forçait les Hébreux à bâtir Peitho (Pitum), Ramese et On.

Mais ce que Thotmès III a fait de plus grand et de plus important, était la conquête définitive de la Syrie et la consolidation de l'empire égyptien en Asie, Par ses victoires il inaugurait une nouvelle ère qui durait plusieurs siècles et doiit le trait caractéristique était la prééminence de l'Egypte sur les voisins asiatiques; avec le pouvoir politique suivait, comme généralement est le cas, un ascendant culturel; c'est cependant un long chapitre sur lequel je reviendrai ci-après plus en détail.

Amenhotep IL II était le fils et successeur immédiat de Thotmès III. La biographie de l'officier A menemheb nous en donne la confirmation authentique. Après avoir raconté que Thotmès III était mort le 30 Phamenot de l'an 54 de son règne le texte continue hgne 37 ainsi: "Quand la terre s'éclaira le matin et que le disque du soleil se leva et que le ciel brilla ^ le roi Amenhotep II fut oint ^ et s'établit sur le trône de son père et occupa le siège royal".

1 TheopJiilus ad Autolycum, IIJ, 19 (Migne 6, 1147 et 1157).

2 Toutes ces expressions indiquent seulement le jour suivant, comme Papyrus d'Orbiney, PJ. 2 1. 6 passim.

3 J '^^^ A ^v ) \ l, haqatha, oindre, frotter d'huile consacrée,

oindre les rois à leur sacre; le mot est dérivé de baq, olivier' Saûl, David, Salomon et probablement les autres rois des Israélites, étaient oints; l'onction des Pharaons était, comme nous voyons ici, régulièrement en usage parmi les Egyptiens sous la XVIIIe dynastie; ni Chahas {Mélanges égyptologique, 3® série, tome II, p. 289), ni Breasted {Historical Documents, vol. II, p. 319) n'ont donné dans leurs traductions le sens correct du mot haqatha.

A l'avènement d'Amenhotep II les peuples subjugués ont probablement essayé de se délivrer du joug étranger, car l'an II de son règne le Pharaon traversa la Syrie, passa rOronte et l'Euphrate et pénétra jusqu'à la ville de Nii vainquant, pacifiant et châtiant les Ruthennu supérieurs, les Mitanni et les autres rebelles. L'inscription du Temple d'Amada ^ nous en donne quelques renseignements, très pea, il est vrai, et moins que nous eussions pu attendre, mais pourtant une espèce de résumé. Après un long préambule de vaines louanges qui s'étale sur quatorze lignes seulement les six dernières communiquent des faits historiques: "Voici, sa Majesté fit faire cette stèle et l'érigea dans ce temple à l'endroit où était debout (la statue) de sa Sainteté, inscrite de son grand nom du seigneur des deux terres Amenhotep II, lorsque sa Majesté fut de retour du pays de Ruthennu supérieurs ayant vaincu tous ses ennemis et élargi les frontières de l'Egypte pendant la première campagne victoi'ieuse. Retournant, la joie dans le coeur, à son père Araon le Pharaon immola lui-même avec son glaive les sept princes du district de Thakhis qu'il avait amenés suspendus sur la proue de son bateau appelé de son nom "Aa-kheperu-ré faisant stables les deux terres". Il pendit les six de ces misérables avec leurs mains sur les murs de Thèbes, transporta le septième en Nubie et le pendit sur le mur de Napata pour "faire voir à l'éternité et à jamais ses. victoires dans tous les pays et contrées de la terre des Nègres, ayant subjugué les peuples du sud et châtié les peuples du nord jusqu'aux limites de la terre sur laquelle le soleil rayonne".

1 Lepsius, Denkmâler, III, 65.

La cruauté que le Pharaon à cette occasion a commise envers les sept rois captifs était contraire au caractère doux et humain des anciens Egyptiens. Nous avons vu que les vainqueurs Egyptiens, régulièrement, laissaient les peuples subjugués conserver leur liberté, leurs rois, leurs lois, leur autonomie seulement à condition de payer leurs tributs annuels; les rois vaincus restaient dans leur pouvoir royal, mais ils donnaient au Pharaon comme otages leurs fils ou parents qui cependant au cas de vacance étaient renvoyés dans leur patrie pour s'asseoir sur le trône héréditaire.

On voit souvent sur les monuments un tableau qui est très vigoureux et expressif: le Pharaon empoigne par les cheveux un faisceau de têtes des ennemis vaincus pour les couper d'un seul coup avec le glaive qu'il brandit dans la main droite; mais ce tableau ne signifie sans doute autre chose qu'une immolation fictive faite à l'honneur des dieux pour indiquer que la victoire vient du dieu et que le butin lui appartient de plein droit; peut-être l'immolation a-t-elle réellement eu lieu dans les plus anciens temps, mais plus tard elle n'était certainement qu'exceptionnelle.

En tout cas le droit de guerre chez les Egyptiens n'était pas si cruel et impitoyable que celui qui était en valeur chez leurs voisins p. ex. les Assyriens. Je ne peux faire mieux que de citer la description vivante que M. Maspero fait de l'implacabilité des Assyriens envers leurs ennemis '^i "Les Assyriens menaient leurs guerres

Maspero, Histoire ancienne, II, 637 s.

avec une rigueur que les moeurs égyptiennes n'avaient jamais tolérée. Leurs rois ne se contentaient pas, comme les Pharaons, d'emprisonner ou d'envoyer à la mort le& fauteurs principaux d'une révolte, mais leur colère s'appesantissait sur le peuple entier. Tant qu'une ville résistait encore, ceux de ses habitants qu'on saisissait les armes à la main subissaient les supplices les plus cruels, on le& hachait en morceaux, ou bien on les empalait vivants par le creux de l'estomac, puis on plantait les pieux en terre, sur le front de bandière, afin que les assiégés ne perdissent aucun des détails de l'agonie .... la place rendue, on larasait parfois et l'on semait du sel sur les décombres, puis on procédait au massacre des survivants ou à leur déportation en masse. Faisait-on grâce de la vie et de l'exil au gros de la population, les nobles et les riches payaient pour ceux à qui l'on avait pardonné: on les précipitait du haut des tours, on leur coupait le nez et les oreilles, onleur tranchait les mains et les pieds, on les brûlait à petit feu avec leurs enfants, on les écorchait vifs, on les décapi-^ tait, on amoncelait leurs têtes en colonne. Et les souverains ne se montraient pas peu fiers de l'ingéniosité avec^ laquelle ils variaient les manifestations de leur vengeance: ils insistaient très complaisamment sur le récit de leurscruautés. "Je construisis un pilier à la porte de la cité, disait l'un d'eux, puis j'enlevai la peau de tous les notables et j'en recouvris le pilier; j'accrochai des cadavresau pilier même, j'en empalai d'autres sur le sommet du pilier, je rangeai les derniers sur des pals autour du pilier".. Cela rappelle un peu la cruauté assyrienne, quand nousvoyons la manière brutale avec laquelle Amenhotep 11

traitait les sept rois asiatiques; mais je suis convaincu, et je profite de cette occasion pour y insister, qu'une telle cruauté n'était ni dans le caractère ni dans les moeurs des anciens Egyptiens.

M. Maspero cite la 5® année du Papyrus Rollin 1887 ^ comme la dernière date que nous connaissions du règne d'Amenhotep II, et il croit que ce Pharaon n'a régné qu'une dizaine d'années 2. D'après M. FI. Pétrie sa 26"^ année est nommée,^; mais je ne connais pas cette inscription et n'étant pas à même de la vérifier je n'ose rien décider pour ou contre les deux autorités. D'ailleurs la question n'a aucune importance pour moi, voici pourquoi. Julius Africanus donne dans la liste après "Thutmosis 9 ans", qui sans doute représente une partie du règne de Thotmès III*, un roi "Amenophis 31 ans"; dans celui-ci sont réunis, je suis convaincu, les deux rois Amenhotep II et Thotmès IV, car les deux noms suivants, Oros et Akherres, indiquent Amenhotep III et Amenhotep IV; c'est absolument impossible d'expliquer autrement la liste de J. Afri^ cànus. Si Amenhotep II a régné seulement 10 ans, comme M. Maspero pense, Thotmès IV aurait régné 21 ans, mais

1 W. Pleyte, Les Papyrus BoUin de la. Bibliothèque imper, de Paris, PI. XV, 1.

2 Maspero, Les premières Mêlées des Peuples, p. 292.

3 W. M. Flinders Pétrie, A History of Egypt, vol. ÎI, 154: "Lately the absolute proof of the length of reign bas been found on a winé jar dated in the 26th year of Amenhotep II, thus agreeing with Manetho". La dernière assertion ne s'accorde pas avec l'opinion de M. Pétrie que la ligne: "Tbutmosis 9 ans" qui précède dans le texte manéthonien se réfère à Thotmès IV, le successeur d'Amenhotep II.

* Voyez plus haut p. 162.

si, comme M. Pétrie croit, Amenhotep II a régné 26 ans et Thotmès IV pendant 9 ans 8 mois ^ c'est-à-dire les deux ensemble 35 ans 8 mois, Amenhotep II aurait été nommé co-régent 4 ou 5 ans avant la mort de son père Thotmès III "2. Aussi d'autres alternatives sont possibles, mais il est inutile de les exposer: je me tiens à Manéthon qui compte un règne de 31 ans pour les deux rois Amenhotep II et Thotniès IV. Si l'on peut expliquer Manéthon d'une autre manière probable, je me rends, mais seulement à condition que l'on ne change ni les noms ni les chiffres de Manéthon. Le 9 mars 1898 M. Loret, alors Directeur du Service des Antiquités et Musées d'Egypte, eut la bonne chance de découvrir dans les Biban el-MoIuk le tombeau d'Amenhotep II qui est d'un intérêt tout particulier et que le Service a mis sous sa surveillance spéciale pour le bien conserver et le présenter aux visiteurs comme modèle d'un tombeau royal. Après avoir descendu et traversé plusieurs escaliers et couloirs en pente rapide le visiteur se trouve enfin dans la chambre funéraire, une vaste salle dont le plafond est soutenu par une rangée de six piHers rectangulaires. Les parois de la salle portent en hiéroglyphes cursifs accompagnés de figures un exemplaire du Livre de ce qui est dans V mitre monde. Derrière les piliers était le sarcophage, dans celui-ci le cercueil "et à l'intérieur la momie

1 Quand M. Pétrie dit: Thotmès IV "died after reigning 9 years and 8 months, according to Ma'netho", (Pétrie, A Hisfory, II, 168) c'est un mal-entendu, car dans le texte de ManétHon les 9 ans 8 mois rfont pas relation à Thotmès IV, mais à Thotmès III.

2 Et Wiedemann, Aegyptische GeschicMe, p. 375, et Budge, Egypt and the Asiatic Empire, p. 70 se sont prononcés pour une telle co-régence. Cf. aussi Lepsius, JDenkmâler, III, 65 b. c.

royale intacte, le cou entouré d'une guirlande et portant sur le coeur un petit bouquet de mimosa". Dans l'une des quatre chambres qui flanquent la salle gisaient au moment de la découverte "trois momies couchées côte à côte: un homme, la bouche serrée d'un linge, un enfant de 14 à 15 ans, la tête ornée de la mèche d'adolescence, une femme encore pourvue d'une abondante chevelure"; on a émis l'opinion, qu'ils avaient été les domestiques du Pharaon vivant, à la mort duquel ils auraient été tués pour suivre leur maître dans l'autre monde — je cite seulement- l'opinion sans vouloir en garantir la vérité. Dans une autre chambre M. Loret fit la découverte importante de neuf momies royales qui pendant des troubles intérieurs y avaient été cachées; ce sont les rois: Thotmès IV, Amenhotep III, Ménephthès, Seti II, Siptah, Setnekht, Ramsès IV, Ramsès V et Ramsès VI; M. Loret croyait d'abord que l'une des momies était celle d'Amenhotep IV, mais à son ouverture il fut constaté qu'elle appartenait à Ménephthès, fils de Ramsès II i, ce que je peux attester moi-même étant personnellement présent.

Thotmès IV. Il suivit son père Amenhotep II sur le trône. Sa mère était une certaine Tha-aa, qualifiée seulement "femme royale, mère royale", non pas "fille royale" ^, par conséquent elle n'était pas du sang royal, n'étant plutôt qu'une concubine de basse extraction, peut-être il est permis d'aller plus loin et de penser que Thotmès IV est né dans le voisinage de Memphis comme fruit d'une liaison passa-

1 G. Maspero, Guide to fhe Cairo Muséum translated hy J. E. and A. A. Quibeîl (Fourth Edition) Cairo 1908, p. 459.

2 Legrain, Bépertoire généalogique et onomastique, no. 209. .

gère, contractée par Amenhotep II pendant un séjour fortuit dans le nord de l'Egypte. Il semble au moins que l'opinion des contemporains ne regardait ni la naissance de Thotmès IV comme légitime, ni son droit héréditaire au trône comme absolument irréprochable, car d'abord son droit fut fondé, ou par lui-même ou par la postérité, sur la vocation et l'adoption du dieu Horus, et puis la légitimité de son fils et successeur Amenhotep III fut dans la suite dérivée de la paternité physique du dieu Amon \

La stèle du Sphinx nous révèle la première fiction. Thotmès résidait pendant sa jeunesse comme princp dans Memphis d'où il avait l'habitude d'aller chasser les lions et les autres bêtes fauves du désert. Un jour, à l'heure de midi, qu'il se reposait à l'ombre du grand Sphinx, il fut endormi, et Horus, le dieu du Sphinx, se révéla à lui et parla avec sa propre bouche comme le père à son fils: "Contemple-moi, regarde-moij mon fils Thotmès, je suis ton père Hormakhis-Khepera-Tum, je te donne la royauté de l'Egypte et tu porteras la couronne blanche et la couronne rouge sur le trône de Seb, l'héritier; la terre est à toi en sa longueur et en sa largeur tant que l'oeil brillant du Maître du tout (le soleil) l'éclairé, l'abondance pour toi dans l'intérieur et les tributs de tous les pays étrangers, la durée de la vie pendant une longue période d'années; ma

face est à toi, mon coeur est à toi Le sable du

désert sur lequel je suis placé m'avait couvert, ma récompense pour avoir fait faire ce qui est dans mon coeur, car je sais que tu es mon fils, mon défenseur".

Voyez plus haut p. 203.

Le sens de l'inscription est clair. Le sable avait presque enseveli le grand Sphinx, et le dieu Horus récompense son fils Thotmès pour l'avoir déblayé en lui donnant la royauté de l'Egypte. On a discuté la question pour savoir, si l'inscription a été faite au temps de Thotmès IV ou plus tard, mais elle n'a aucune importance historique: l'essentiel est que d'après l'opinion générale une manifestation divine était nécessaire pour confirmer la légitimité de Thotmès IV.

Nous n'avons aucun récit suivi relatif aux guerres de ce roi, mais il y a des notes dispersées ça et là qui en parlent. Hormheb qui était scribe royal, chargé de l'enregistrement des recrues et préposé aux chevaux "suivait le roi, maître de glaive dans les pays du nord et du sud" i.

Le scribe des soldats Zanuni raconte que "Thotmès IV recevait de ses mains les tributs des Ruthennu et d'autres peuples étrangers^.

Mais ces guerres n'avaient que peu d'importance; il semble que les peuples soumis pendant cette période restaient tranquilles et continuaierit à payer leurs tributs du moins dans le nord — je fais cette restriction, puisque les inscriptions de Konosso, Tune datée l'an 7 ^ l'autre datée l'an 8 \ parlent d'une insurrection nubienne que Thotmès IV avait à dompter avec son glaive sanglant.

L'obélisque de Sain-Jean de Latran porte dans la colonne médiate les noms de Thotmès III, mais dans les

1 Bouriant, Tombeau de Harmhabi dans Mémoires de la Mission archéol. Franc. V, 416.

2 Mém. de la Mis. etc. V, 601.

^ Lepsius, Denkmdïer, III, 69 e.

4 Becueil, vol. XV, 178.

colonnes latérales ceux de Thotmès IV. Ce dernier Pharaon nous apprend qu'il avait érigé l'obélisque 35 ans plus iard, pendant lesquels "il gisait sur le sol entre les mains -des artisants". M. Breasted qui croyait que Thotmès III par la mort avait été empêché d'ériger l'obélisque en a conclu qu'Amenhotep II et Thotmès IV auraient régné ensemble au moins 35 ans i. Mais l'excellent égyptologue avec son bon sens américain avoue sans doute volontiers que cette conclusion n'est guère logique attendu que la proposition hypothétique n'est pas prouvée. Rien n'indique que la mort de Thotmès III était la cause de l'inachèvement de l'obélisque, pas un seul mot; par conséquent nous ne sommes pas forcés d'accepter une chronologie impossible. Nous avons d'ailleurs une autre raison qui à mon opinion est plus probable. Je viens de dire^ qu'Amenhotep II d'après toute vraisemblance fut nommé co-régent 4 ou 5 ans avant la mort de son père Thotmès III; ce qui avait occasionné l'établissement de la co-régence peut trèsbien avoir été la cause de l'inactivité relativement à l'obélisque, et dans ce cas nous aurions exactement les 35 ans cherchés.

Les relations des Pharaons avec les rois et les états asiatiques dont parlent les lettres de Tell el-Amarna com-

^ M, Breasted dit : Accepting Thutmose lU's death as the probable cause of the unfinished condition of the monument, we shouUl have an important chronological datum, if only Thutmose IV had given us the year of his own reign in which he found it. But as it is, the datum indicates only that Amenhotep II and Thutmose IV together reigned at least thii'ty-five years. Breasted, Historical Documents, II, 330 a.

'^ Voyez plus haut p. 255.

méncèrent sous Thotmès IV, peut-être déjà sous Thotmès IIL Nous avons vu ^ que la fille d'Artatamu, roi de Mitanni,. fut mariée avec Thotmès IV. A vrai dire le nom du Pharaon n'est pas indiqué, mais l'identité de la personne est clairement démontrée, car il est appelé père d'Amenhotep III,. et ce père c'était Thotmès IV; il n'y a donc aucune raison d'en douter la vérité, d'autant moins que les trois générations des rois de Mitanni correspondent tout à fait aux trois générations égyptiennes Thotmès IV, Amenhotep III et IV. La lettre 2 écrite par Addu-nirari au roi de l'Egypte,. Amenhotep IV probablement, s'exprime ainsi: "Je me prosterne devant les pieds de mon maître. Lorsque Manakhbiia, roi d'Egypte, ton grand-père, avait installé mon grand-père sur le trône de Nukhashshe et donné l'huile sur sa tête, il dit: L'homme que le Pharaon nomme roi et à qui il donne l'huile sur la tête ^, possède la royauté de

plein droit Et si le Pharaon ne veut pas lui-même

se mettre en route, qu'il envoie un de ses conseillers avec ses soldats et ses chars de guerre". A mon opinion la lettre était adressée à Amenhotep IV qui, si occupé de sa réforme religieuse, ne pouvait aller à l'étranger. Son grandpère Thotmès IV portait le nom d'intronisation Menkheperure qui répond à Ma-na-akh-bi-ia de la lettre assyrienne ^.

1 Voyez plus haut p. 186 s.

'^ No. 51 dans Knudtzon, Die El-Amarna-Taféln, p. 318.

3 Le lecteur remarquera sans doute que c'était une coutume générale d'oindre le roi pour le sacrer.

4 M. Knudtzon croit que le nom par une faute de calame est écrit ainsi au lieu de Manakhbiria, El-Amarna-Taféln, p. 41.

La lettre no. 59 ^ écrite par un habitant de la ville de Tiinip et adressée au roi d'Egypte, on ne sait lequel, si ce n'était pas Amenhotep IV. Le Manakhbiria, nommé dans cette lettre comme étant un des ancêtres de celui-ci, peut être identifié, je crois, avec Menkheperré Thotmès III qui pendant sa campagne de l'an 29 conquit la ville de Tunip.

Amenhotep IIL II était le fils de Thotmès IV, mais comme le père, du côté de la mère, n'était pas de pur sang royal, le fils ne l'était pas non plus. Pour remédier à cette tache les légitimistes égyptiens ont recouru à un expédient dont ils s'étaient servis déjà autrefois. Ainsi que le dieu Afuon avait daigné s'incarner dans le père terrestre Thotmès I au moment de la conception pour infuser dans les veinés d'Hatschepset le sang divin ^, de la même manière Amon prit la forme de Thotmès IV pour le remplacer auprès de la reine Mutemua au moment de la conception relative à Amenhotep III. Une série d'inscriptions et de tableaux dans le temple de Louxor donne un récit assez complet de ce miracle légendaire; j'en parlerai davantage plus bas, quand j'aurai à traiter de l'influence égyptienne sur la civilisation naissante de l'ancienne Grèce et de l'Europe en général.

Manebré ou Nebniaré Amenhotep III régna 37 ans de l'an 1355— 1318 a. J. G. Il est d'après mon opinion identique à:

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