‹ Recherches sur l'histoire et la civilisation de l'ancienne Égypte [microform]Chapitre 19 sur 31 · Mimmm'ia ou Nimmuria des lettres de Tell el-Amàrna · texte numérisé non relu

Mimmm'ia ou Nimmuria des lettres de Tell el-Amàrna

Que Oros ou Horus représente Amenhotep III suit avec nécessité de la place qu'il occupe dans la série des rois de la XVIII® dynastie; Ensuite les 37 ans que Manéthon attribue à Oros sont d'accord avec les dates d'Amenhotep III sur les monuments : A Sarbut el Ghadem l'an 36 de son règne est deux fois noté \ et à Silsilis on lit son 35® an, de sorte qu'il n'est pas permis d'identifier Amenhotep Illavec Amenophis, dans la série le. prédécesseur d'Oros à qui Manéthon donne seulement 31 ans, toutefois, si l'on ne veut pas donner libre carrière à la fantaisie sans tenir compte des textes documentaires qui seuls ont valeur dans la science. Mais ce qui serait encore plus important, il est peut-être, de même, possible de trouver la raison pour laquelle Manéthon aurait donné le nom d'Oros à Amenhotep III. Josèphe raconte^, citant verbalement Manéthon, que le roi Amenophis avait désiré de voir Dieu comme l'avait fait Horus un de ses prédécesseurs sur le trône, et qu'il s'était ensuite adressé à son homonyme le sage Amenophis, fils de Paapis, demandant des conseils pour savoir ce qu'il devait faire relativement à son désir. Cette relation est importante, car cet Amenophis, fils de Paapis nous est bien connu comme contemporain d'Amenhotep III: il était Erpa-ha, chef des prêtres d'Athribis, chef des travaux du roi, et plusieurs fois il est nommé avec honneur comme le plus sage de son

1 Lepsius, Lenkmâler, III, 71 c, d.

2 Josephus contra Apionem, I, 26.

temps 1. Il est donc bien certain que le roi Amenophis de qui parle Josèphe en cet endroit était identique avec Amenhotep III. Maintenant, Amenhotep III vivait à la fin de la période sothiaque, dans le temps où l'on attendait le commencement d'une nouvelle période; le Pharaon, comme toute l'Egypte, entrevoyait avec anxiété un événement céleste dont Dieu, le dieu Soleil, Horus était l'ordonnateur, la cause première, ou, pour ainsi dire, une apparition, une révélation d'Horus lui-même. De cette manière on pourrait facilement comprendre l'expression: "le roi désirait voir Dieu". Quant aux mots qui suivent: "comme l'avait fait Horus, un de ses prédécesseurs sur le trône", le fait curieux se présente, qu'un roi appelé: "Hor-aku" régnait en vérité environ l'an 2780 a. J. G., c'est-à-dire au commencement de la période sothiaque qui finit l'an 1322 a. J. C. ^ Voilà les raisons que Manéthon avait ou pouvait avoir pour donner le nom d'Oros à Amenhotep III. M. Maspero voit dans ce conte un roman moitié historique ^; il a parfaitement raison, je crois, mais je crois aussi, qu'il est permis, comme il est utile de démêler la moitié historique de la moitié fictive autant qu'il est possible.

L'ère de Menophrès, ta {etï]) arto MevôcpQBioç d'après Théon, commença avec la période sothiaque l'an 1322 a. J. G. Lepsius voyait ici une faute et lisait Ménephthés au lieu

ï Legrain, Répertoire généalogique et onomastique, nos. 250 ss. Maspero, Histoire ancienne. II, 448. Breasted, Historical Documents, II, 371, etc. etc. — on pourrait écrire tout un volume sur ce fameux personnage.

2 Lepsius, DenTcmàler, II, 74 d.

3 Maspero, Histoire ancienne, II, 448.

de Menophrès, et était forcé de le faire, s'il ne voulait pas abandonner son système dans lequel il avait placé le règne de Ménephthès, fils de Ramsès II, au commencement de la période sothiaque, c'est-à-dire entre 1322—1302 a. J. C. Mais il n'est pas permis de corriger les textes à volonté. D'ailleurs, la faute ici n'était pas dans le texte ancien, mais dans le système moderne de Lepsius. En vérité, ce n'était pas Ménephthès, mais Amenhotep III qui occupa le trône pharaonique l'an 1322 a. J. C. Le nom Menophrès est, je pense, la transcription grecque du nom d'intronisation d'Amênhotep llï; ce nom est écrit alternativement foil'^d^^j Manébré ou ( o^viii^^j Nébmaré et

peut être traduit: "la vérité est le seigneur, le dieu Soleil" ou "le seigneur est la vérité, le dieu Soleil''; les égyptologues lisent généralement: "Nebmara", moi je préfère lire: "Manebré", lecture qui cependant aussi a des adhérents parmi les égyptologues ^ On voit: les formes sont différentes, mais le sens est dans les deux cas entièrement le même. N'était-il donc pas possible que les formes fussent facultatives? que l'on pouvait écrire Manebré et JNTebmaré à plaisir. L'usage seulement pouvait les rendre obligatoires. Mais le nom d'intronisation n'était pas en usage journalier. Le peuple appelait le roi ou Pharaon, ou Majesté, ou on, s'il voulait l'appeler par nom, il disait, quant à notre roi, Amenhotep; c'était seulement aux occasions solennelles ou

1 AL Gayet, Le temple de Louxor dans Mém. de la Mission archéol. Française, T. XV, 4 et passim. M. Daressy dans Notice explicative des ruines du temple de Louxor, p. 70 et ailleurs lit : "Râ-mât-neb".

dans le style officiel que le nom d'intronisation était employé. Ce qui me porte à penser ainsi, ce sont les lettres de Tell el-Amarna. Là Amenhotep III est appelé Nimmuria ou Mimmuria. Lorsqu'on eut découvert le nom de Nimmuria et qu'on l'eut identifié avec le nom d'intronisation Nebinaré, on en a conclu instantanément, que ce nom de cartouche devait toujours se lire Nebmaré et jamais autrement; le lecteur était forcé d'accepter cette preuve: elle était sans réplique. Mais aujourd'hui nous savons que la conclusion était précipitée. Les lettres de Tell el-Amarna portent à côté de Nimmuria une autre forme: Mimmuria, non seulement une ou deux fois, mais assez fréquemment^. Or, comme Nimmuria, avec raison, a été rapproché de Nebmaré, la forme Mimmuria ne peut être autre chose qu'une transcription cunéiforme de Manebré; j'ai donc des motifs de croire, que les deux formes Manebré et Nebmaré étaient en usage simultanément et sans aucune distinction appréciable.

Je reviens à l'ère de Menophrès. Si j'ai raison, si Manebré-Mimmuria et Nebmaré-Nimmuria ont été écrits indifféremment pour nommer Amenhotep III, je n'ai pas besoin de beaucoup de mots pour démontrer que Menophrès- Manebré indique le même Amenhotep III. La transcription ne fera aucune difficulté, j'espère, je veux seulement ajouter la remarque qu'elle semble avoir reçu une certaine empreinte de l'étymologie popula.ire qui y aurait reconnu Mennofer, le nom de Memphis. Pour moi tout est ici clair et

1 Je ne citerai que les endroits suivants de l'ouvrage de M. Knudtzon: Die El-Amarna-Taféln: Page 222 cinq fois, p. 224 trois fois, p, 228 trois fois, p. 230 une fois, p. 232 deux fois.

s'explique bien sans faire la moindre correction dans le texte grec ou plutôt parcequ'il n'y en est faite aucune: l'ère de Menophrès dont Théon parle est bien certainement l'ère de Manebré-Amenhotep III qui régnait précisément au commencement de la nouvelle période l'an 1322 a. J. C.

Enfin, Amenhotep III était, je crois, le Pharaon de l'Exode. J'ai dit plus haut ^ que les Hébreux probablement immigrèrent en Egypte environ l'an 1535 a. J. G. sous le roi Hyksos Apopi V et qu'ils quittèrent le pays, après un séjour de 215 ans, un peu plus ou moins, vers l'an 1320, c'est-à-dire sous le règne d' Amenhotep III. Il est donc ici, où nous nommes arrivés à cette époque, l'endroit convenable de traiter cette question, tant et si souvent discutée, un peu en détail.

Plus je refléchis sur la question de l'Exode hébreu, plus je suis persuadé d'être tombé juste quant aux traits principaux du moins. Cependant je ne peux ni ne veux approfondir la question dans toutes ses particularités. En me permettant de renvoyer le lecteur à ce que j'en ai dit ailleurs ^ je me bornerai à mettre en avant quelque nouveaux arguments qui me semblent parler en ma faveur.

Ce qui a égaré les savants, c'est que le texte biblique qui raconte ces événements et qui pour nous est la source principale, surtout celui qu'on appelle le texte de l'Elohiste, sans doute a été rédigé aux temps de Ramsès II qui d'après moi régnait de 1180 à 1114 a. J. G., cela veut dire environ deux

1 Voyez p. 146 et p. 148.

2 Lieblein, AegypUsche Chronologie, 1863, pp. 116—125, Bêcher ches sur la chronologie égyptienne, 1873, p. 136, s., L'Exode des Hébreux dans Froceedings, 1898, pp. 277 ss.

cents ans après l'Exode. Dans cette période surtout, depuis la fin de la guerre de Ramsès II contre les Khetti jusqu'à la mort de Ménephthès, la relation entre l'Egypte et la Syrie était très intime. L'influence politique, sociale et civilisatrice de l'Egypte dominait en Syrie, les Egyptiens y voyageaient et y demeuraient comme fonctionnaires, gouverneurs ou administrateurs, des idées, des mots et expressions comme des marchandises sont échangées entre les deux pays, et des lettres sont envoyées de l'un à l'autre.

Nous retrouvons les traces de cette influence dans les récits bibliques, surtout dans ceux de l'Elohiste, et non seulement dans ceux qui traitent l'histoire du séjour des Hébreux en Egypte où cette influence était absolument inévitable, mais aussi dans d'autres parties des livres mosaïques. De là les mots et les expressions égyptiennes qui se trouvent souvent dans les livres du Pentateuque. De là la table généalogique des premiers patriarches que le chapitre V de la Genèse nous donne ^ et qui vraisemblablement est faite d'après la chronologie égyptienne, telle qu'elle avait été fixée par l'école savante des historiens et chronologues égyptiens du temps de Ramsès IP. De là le récit du Déluge, fait de l'Elohiste dans les chapitres Vil et VIII de la Genèse et formé, ainsi qu'il semble, d'après le modèle de l'inondation du Nil. De là, enfin, le nom de Ramsès employé pour désigner le pays ou une des villes de Gosen. Cet emploi qui certainement n'était en usage qu'aux temps de Ramsès II est fait par suite d'un anachronisme dans Gen. XL VII, 11, où nous lisons: "La terre de Raamsès"

^ Voyez plus haut p. 136.

2 Lieblein, Recherches sur la chronologie égyptienne, p. 9 s.

comme nom du pays ailleurs appelé Gosen, et dans Exode I, 11, où "Raamsès" est le nom d'une ville qui antérieurement sans doute a porté un autre nom.

Les exemples cités de l'influence égyptienne sur le récit de l'Elohiste nous révèlent plus ou moins clairement le temps de Ramsès IL Les noms : "La terre de Raamsès" et "La ville de Raamsès" sont à cet égard sans équivoque. Tout le monde sait que nous avons un anachronisme dans le premier endroit, Genèse XL VII, 11; généralement on ne croit pas que c'est le cas dans le dernier endroit. Exode 1,11, mais je suis persuadé que nous y avons le même anachronisme, convaincu comme je suis, que Ramsès II régnait longtemps après l'Exode. M. Maspero a cependant fait une objection très importante. Il dit: "Une conjecture très ancienne identifie avec Ramsès II le Pharaon qui n'avait pas connu Joseph (Exode I, 8). Les fouilles récentes, en montrant que les grands travaux ne commencèrent à l'orient du Delta que sous ce prince, ou sous Séti P^ au plus tôt, confirment l'exactitude de cette tradition d'une manière générale" ^. Mais à ce sujet je me permettrai de faire une observation. Si le pays de Gosen, oîi Joseph "assigna une demeure à son père et à ses frères", était situé dans l'Guady Tumilat, comme je le crois d'accord avec M. Navijle ^, et qu'il était le plus fertile,

"le meilleur de l'Egypte"; il s'ensuit avec nécessité, que rOuady Tumilat était canalisé, fertilisé, cultivé et par conséquent habité avant l'immigration de Jacob, c'est-à-dire aux temps des Hyksos au plus tard. Je soupçonne cependant

^ Maspero, Histoire ancienne, II, 442, note 2. 2 Naville, The Boute of flie Exoclus, la carte.

que c'était déjà Amenemha III de la XÏP dynastie qui canalisait ce pays comme il l'avait fait au Fayum ^. M. Naville a trouvé dans le temple de Bubastis, situé à l'entrée de cet ouady, plusieurs monuments des rois de la XII® dynastie. Il dit: "Usertesen III, the greatest king of the dynasty, evidently desired to adorn Bubastis with a temple which might compete with his construction in other parts of Egypt". Et plus bas il ajoute: "I believe that we must attribute to Usertesen III the foundation of what was the finest part of the temple, the hypostyle hall" 2. Il est donc bien probable, que les rois de la XIP dynastie, antérieurs de beaucoup à Ramsès II ont fait des travaux et des constructions, ont fondé des villes, creusé un canal, etc., dans la terre de Gosen.

Plus tard Thotmès III, selon moi l'oppresseur des Hébreux, fonda ou rebâtit la ville de Pithom et une autre ville, ci-après appelée la "ville de Ramsès" ^. A vrai dire, nous ne connaissons aucun monument de ce roi dans le Delta — en ceci nous sommes d'accord avec M. Maspero — mais c'est un fait négatif qui ne prouve rien de positif. Pour citer un exemple M. Naville noiis apprend, relativement au temple de Bubastis, que Ramsès II a couvert

1 Voyez ce que j'en ai dit plus haut p. 97 s.

3 Naville, Bubastis {1881-1889), p. 9 et 10.

3 J'en ai parlé plus haut, voy. p. 249, et quoique les critiques modernes ne témoignent pas de grands égards aux sources grecques qui autrefois étaient les seuls guides et qu'il n'est pas prudent de négliger totalement, je citerai les mots de Theophilus ad Autolycum III, § 20: Oi tih' 'E^gaZoï- xar' èxeZvo xaiçov naçot- KrjaavTES ev rîj AiyvTtrcp xal y.axaSovlcod'évrse vno fiaçiléms Téd"ficoais (oKoSôfirioav avriô 7i67,£ts oyjvoàe^ tïjv te Usid'co xal ^Pafiso^

tout ce monument de son nom. "At first sight", il ajoute, "it looks as if lie alone and the Bubastites had to be credited with the foundation of the beautiful sanctuaiy, which was the object of the admiration of Herodotus. But it is just the reverse; a careful study of each inscribed stone has revealed that ail the great architraves which bear his name has been usurped, and that nearly everywhere his inscriptions M'aère engraved on elder t.ext" ^.

Il est ainsi possible que les noms de Thotmès III soient couverts ou cachés sous les inscriptions de Ramsès II; car M. Naville a trouvé à Bubastis quelques traces des constructions faites par Amenhotep II, le successeur immédiat de Thotmès III, sans parler des autres monuments découverts des rois postérieurs de la XVIII® dynastie. Mais ce ne sont pas seulement ses successeurs les plus proches qui ont travaillé ici, aussi la reine Hatshepset qui le précédait se vante-t-elle d'avoir exercé son activité dans le Delta pour restaurer ce que les Hyksos, étant dans le pays du nord à Avaris, avaient ruiné ^. Bien que le récit ne soit pas tout-à-fait clair, il doit être permis de croire, que la reine Hatshepset a fait des constructions dans le Delta et d'en tirer en outre cette autre conclusion : quand Hatshepset qui avait précédé immédiatement Thotmès III, et qu'Amenhotep II, son fils qui le suivait sur le trône ainsi que d'autres successeurs de la XV IIP dynastie ont pu bâtir dans la Basse-Egypte, il n'y a aucun motif pour nier que Thotmès III, qui était le plus puissant de tous, ne l'ait fait également. Par conséquent je ne peux épouser

1 Naville, Bubastis (1887-1889), p. 36.

2 Voyez plus haut p. 122.

l'opinion de M. Maspero, que les grands travaux ne commencèrent à l'orient du Delta que sous Ramsès II ou sous Séti 1^^ au plus tôt, et je persiste à croire qu'il n'y a rien qui, sérieusement, s'oppose à l'opinion que le règne de Ramsès II avait lieu environ 150 ans après l'Exode des Hébreux.

Jetons maintenant un coup d'oeil sur le séjour des Hébreux en Egypte. Arrivés sous un roi Pasteur ils y restaient tranquillement pendant l'empire des Hyksos. Mais à l'expulsion de ceux-ci, la situation changea subitement. La Bible raconte:

"Or Joseph mourut, et tous ses frères, et toute cette génération-là.

Et les enfants d'Israël foisonnèrent et multiplièrent extraordinairement, et ils s'accrurent et devinrent très-puissants, tellement que le pays en fut rempli. .

Depuis il s'éleva un nouveau roi sur l'Egypte, qui n'avait point connu Joseph" i.

Le nouveau roi, qui n'avait point connu Joseph, ne pouvait pas être le successeur immédiat du Pharaon de Joseph; car le vers 7 indique un assez long intervalle, mais c'était la nouvelle dynastie indigène, la XVIIP, qui naturellement n'avait aucune connaissance de Joseph.

Cependant l'oppression des Hébreux ne commença pas tout de suite avec le commencement de la XVIII® dynastie. Aahmès, Amenhotep I, Thotmès I, Thotmès II et Hatshepset furent tellement occupés, d'abord par l'expulsion des Hyksos et par la guerre faite en Syrie à la suite de

1 L'Exode, I, 6-8.

l'expulsion, et plus tard par les troubles relatifs à la succession royale, qu'ils n'eurent pas le loisir nécessaire, comme ils n'eurent aucune raison urgente pour attaquer les Hébreux qui vivaient d'une manière paisible et loyale dans une vallée éloignée du théâtre de la guerre. D'ailleurs les quatres premiers rois de cette dynastie n'ont probablement exercé que peii d'activité dans le Delta, car jusqu'ici au moins on n'a trouvé aucun monument de leur règne dans cette partie de l'Egypte i.

Mais enfin Thotmès III monta le trône et les choses prirent un autre aspect.. Il était, nous le savons, le plus fort et le plus grand conquérant de tous les Pharaons; il écrasa tous ses ennemis, il élargit, autant au nord en Asie qu'au sud en Afrique, les frontières de son pays plus qu'aucun autre roi égyptien n'eût fait. Il régna jusqu'à l'an 1386 a. J. G.; à sa mort les Hébreux avaient donc habité Gosen 149 ans, et pendant son règne les Egyptiens pouvaient conséquemment avec raison commencer à craindre leur multitude croissante. Les Hébreux exilés ont toujours et partout été des sujets loyaux et ils l'étaient sans doute également en Egypte; cependant ils étaient des étrangers, et Thotmès III, le puissant Pharaon qui avait triomphé de tant d'ennemis ne pouvait sans inquiétude et indignation voir un peuple étranger au coeur de l'Egypte. Ici nous pouvons apprécier la valeur des mots de la Bible 2.

"Et le Pharaon dit à son peuple: Voici, le peuple des enfants d'Israël est plus grand et plus puissant que nous.

1 Naville, Bubastis (1887-1889), p. 29.

2 II Moïse, I, 9-11.

Venez donc, agissons prudemment avec lui, de peur qu'il ne multiplie; que s'il arrivait quelque guerre il ne se joigne aussi à nos ennemis, qu'il ne combatte contre nous, et qu'il ne se retire de ce pays.

Ils établirent donc sur le peuple des commissaires d'impôts, pour l'accabler de charges; et le peuple bâtit des villes fortes à Pharaon: savoir Pithom et Raamsès".

Or, Théophile nous apprend que les villes Pithom et Raamsès ont été bâties par un roi Tethmosis qui à mon opinion n'est autre que Thotmès III, et j'ai démontré 1 qu'un monument égyptien nous apprend, que Thotmès III employait des captifs, parmi lesquels des Sémites ou, si l'on veut, des Hébreux figuraient, pour mouler des briques et construire des murs, et ce texte est accompagné d'un tableau qui est une illustration complète du récit biblique sur l'esclavage des Hébreux en Egypte. A vrai dire, il ne s'agit pas des villes de Pithom et Raamsès dans ce tableau dont le sujet, d'après l'inscription ajoutée, est la construction d'un temple dans Thèbes. Mais le travail est le même, les esclaves qui travaillent sont des Sémites, les gardiens égyptiens surveillant les travaux sont les mêmes; en un mot le tableau égyptien correspond tellement au récit biblique que l'on est autorisé à les mettre côte à côte. Il n'y a donc rien d'invraisemblable dans ce que Théophile raconte, et que Thotmès III fut le Pharaon qui a fait bâtir les deux villes, Pithom et Raamsès, par les Hébreux.

Le pays de Gosen que le roi Apopi V donna à Jakob et à sa famille était situé dans la vallée qui s'étend à l'est

1 Voyez plus haut p. 249.

de Bubastis jusqu'au lac Timsah et aux lacs amers. Autrefois on a beaucoup discuté cette question et les opinions ont divergé radicalement, aujourd'hui il n'y a plus aucun doute possible, surtout après les fouilles de M. Naville pendant l'hiver de 1882 — 1883, par lesquelles il a retrouvé la ville de Pithom-Heroopolis. Au commencement Lepsius a fait des efforts pour prouver le contraire ^ Aussi les savants académiciens de Berlin, Dillmann et Mommsen ^ qui pour la plupart sont d'accord avec M. Na ville, font-ils une objection, importante selon eux, mais qui se base seulement sur une ponctuation fautive de l'endroit d'Hérodote n, 158:

Ney.èiç, oç rfj ôicoQvxi sn;sx£tQr}a£ rcçiàroç rî] èç rrjv ^Eqv&q^v d-âXaaaav (psQOvoif] . . . . fjYJvai. ôs ccTto rov NelXov ro vôcûQ eç avTtjv, {r^xTat de) y.arvrtSQd-e oXiyov Bov^âaTioç TtôXioç. ITaçcc nârovi-iov rrjv ^AQtt^Lrjv TtôXtv eaéxsù de sç Z7]v ^EQvd-QTjV d-âXaOGav,

Larcher a traduit cet endroit ainsi: "Nekos entreprit le premier de creuser le canal qui conduit à la mer Erythrée .... L'eau, dont il est rempli, vient du Nil et y entre un peu au-dessus de Boubastis. Ce canal aboutit à la mer Erythrée près de Patumos, ville d'Arabie".

Or, les savants nommés de Berlin ponctuent avant egIxel ôb, mais non pas après Bov^cearioç tcôXioç, et ils traduisent par conséquent: "L'eau .... y entre un peu au-dessus de Boubastis près de Patumos, ville d'Arabie. Le canal aboutit à la mer Erythrée". Mais c'est mécon-

1 Zeitschriff f. ag. Sprache, Jahr 1883, 41-53.

2 SitsungsbericMe der Akademie der Wissenschaften zu Berlin, l'année 1885, 891 ss, et l'année 1887, 363.

naître totalement et d'une manière étonnante le parallélisme clair et palpable des membres de la phrase. Et d'ailleurs, — c'est une observation que je dois à M. Schjôtt, professeur de la langue grecque de notre université, — : ce serait une addition superflue et inutile, et par conséquent une faute impardonnable contre le bon sens de la belle langue des Grecs de dire: "creuser le canal qui conduit à la mer Erythrée", et immédiatement après d'ajouter: "ce canal aboutit à la mer Erythrée"^ tandis qu'il est tout-à-fait raisonnable de dire : "l'eau vient du Nil et entre dans le canal un peu au-dessus de Boubastis ; près de Patumos, ville d'Arabie, il (le canal) aboutit à la mer Erythrée". La particule ôe dans èaéxsL ôs donne la seule raison philologique qui puisse motiver la ponctuation fautive; mais ce ôs se laisse comprendre et philologiquement expliquer aussi avec la ponctuation correcte, toutefois si l'on préfère statuer une transposition ou de ôs ou des mots Ilaçh nctTovf.iov tiqv ^ÂQa^lrjv itôliv. D'ailleurs un manuscrit, D de la Bibliothèque Nationale de Paris, porte ài] au lieu de à&: èaéxsi

âï] £Ç TTjV E. ^.

D'autres savants qui jadis ont traité cette question difficile, comme Mannert \ Lottin de Laval ^ Schleiden ^, etc. ont été égarés par de pareilles interprétations malheureuses des textes grecs et latins, ainsi que je crois l'avoir démontré depuis longtemps. Pour moi, je suis convaincu que M. Naville a parfaitement raison, d'autant plus que

1 Mannert, Géographie der Griechen tmd Borner.

2 Voyage dans la péninstde Arabique de Sinaï et l'Egypte moyenne.

3 Die Landenge von Sues.

j'ai déterminé la situation exacte de Pithom plusieurs ans avant ses fouilles en 1882 — 1883. Dans un mémoire lu le 14 Octobre 1870 dans la Société de sciences a Christiania et publié dans les Actes de la Société pour l'an 1870, j'ai donné assez complètement mes raisons pour placer la ville de Patumos-Pithom-Heroopolis précisément à l'endroit où M. Naville l'a trouvée en 1883. M. Naville a prouvé que les noms Pithom et Heroopolis indiquent la même ville, et d'après ses fouilles cette ville était située dans la partie orientale de l'Ouady Tumilat à l'endroit où est Tell-el- Maskhuta de nos jours, et je profite de l'occasion pour faire mention du curieux fait que c'était au même endroit où la dame Silvia Aquitana pendant son voyage en Egypte retrouva les localités qu'elle appelle Pithona et Hero; elle s'exprime ainsi: Pithona autem civitas, quam aediflcaverunt filii Israël, ostensa est nobis in ipso itinere: in eo tamen loco ubi iam fines Egypti intravimus, relinqventes terras Saracenorum: nam et ipsud nunc Pithona castrum est» Heroum autem civitas, quœ fuit illo tempore, id est ubi occurrit Joseph patri suo Jacob yenienti, sicut scriptum est in libro Genesis, nunc est come, sed grandis, quod no& dicimus vicus . . . . Nam ipse vicus nunc appellatur Hero: quse tamen Hero a terra Jesse (Gosen) milliario iam sextodecimo est, nam in finibus Egypti est:- locus autem ipse satis gratus est, nam et pars quœdam fluminis Nili ibi currit ^.

Nous voyons que Pithom et Hero étaient ou la même ville, ou dés villes voisines, et qu'elles étaient situées seize

1 S. Silviœ Peregrinatio ad loca sancta. Ann. 385—388, pp. 38et 39.

milles romains à l'est de Gosen, sur la frontière- orientale de l'Egypte, vers le territoire des Sarrasins ou des Arabes, et près des lacs amers (appelés Sinus Heroopoliticus par Plinius).

Quant à la situation de la ville de Ramsès les opinions ont différé, il est inutile d'en parler, et pour le moment je me bornerai à mentionner qu'en 1877 déjà, dans une petite carte qui accompagnait mon mémoire sur l'Exode des Hébreux j'ai placé la ville de Ramsès au milieu de l'Ouady Tumilat vers Tell-el-Kebir de nos jours ^. Et il paraît que j'y suis tombé juste, guidé parle récit de la Bible sur l'Exode, car l'ouvrage déjà cité de Silvia Aquitana, publié dix ans plus tard, place la ville de Ramsès exactement au même endroit où je l'ai placée sur ma carte. Nous y lisons que la ville de Ramsès était située quatre milles romains (environ 6 kilomètres) à l'est de la ville d'Arabia. D'après l'opinion de Mommsen cette ville, civitas Arabia, était identique avec Thou de l'Itinéraire d'Antonin^. Or Thou, probablement situé près d'Abou Souleimân de nos jours, était, selon cet Itinéraire, 24 milles romains (environ 36 kilomètres) éloigné de Hero, et puisque la ville de Ramsès, d'après Silvia Aquitana, était située quatre milles romains (6 kilomètres) à l'est d'Arabia ou de Thou, il s'ensuit qu'elle était 20 milles romains (30 kilomètres) éloignée de Hero-Pithom ^

1 Lieblein, Egypten dans Ur vâr Mds forskning, 19 p. 57.

2 Mommsen, SUsungsberichte der Akademie der Wissenschaften su Berlin, 1887, 357 ss.

3 S. Silviœ Perigrinatio ad loca sancta, 39: De Arabia autem civitate quatuor millia passus sunt Ramessen. Nos autem, ut veniremus ad mansionem Arabise, per média Ramesse transivimus : quse Ramessen civitas nunc campus est, ita ut nec unam habitationem habeat, etc. Le Latin n'est pas classique.

et 30 kilomètres c'est à peu près la distance actuelle par le chemin de fer entre la station Tell-el-Kebir et la gare près de Tell-el-Maskhuta. L'ancienne ville de Ramsès dont Silvia Aquitana indique la situation, c'est-à-dire la ville de Raamsès biblique, était donc située près de Tell-el-Kebir; il n'y a aucun doute possible, si l'indication de Silvia Aquitana est correcte, et si l'on ne préfère croire qu'elle s'est trompée, égarée par le désir de retrouver les localités bibliques. Mais dans ce cas il faut constater, que l'ouvrage de la dame Silvia qui a fait grand bruit dans les derniers temps n'a aucune valeur pour nous.

C'était de cette ville de Ramsès située au milieu de rOuady Tumilat que les Hébreux commencèrent leur exode de l'Egypte. De là ils vinrent à Succoth, c'est-à-dire aux environs de Pithom-Heroopolis. Et il partirent de Succoth et campèrent à Etham qui est au bout du désert près du lac Timsah. Mais ici ils se détournèrent; au lieu de continuer la marche sur le chemin des Philistins vers le nord-est ils tournèrent vers le sud et campèrent devant Pihakhirot, près des Lacs amers (Sinus heroopoliticus) qui alors formaient la partie septentrionale de la Mer rouge \ Telle a été, depuis

1 Exode, 14,22: "Et les enfans d'Israël entrèrent au milieu de la mer à sec: et les eaux leur servaient de mur à droite et à gauche". V. 23: '"Et les Egyptiens qui les poursuivaient entrèrent après eux au milieu de la mer", ipais V. 28: "les eaux retournèrent et couvrirent les chariots et les gens de cheval de toute l'armée de Pharaon qui étaient entrés après les Israélites dans la mer; et il n'en resta pas un. seul".

Si l'oïi veut voir dans ce miracle un événement ordinaire, on poijrrait l'envisager ainsi: Pour ne pas permettre à l'eau salée de la mer de monter dans le canal, le constructeur avait laissé un hane de terre entre le bout du canal et la mer. Les Israélites

longtemps, mon opinion sur la route de l'Exode ; je l'ai émise pour la première fois en 1871 et depuis lors je l'ai maintenue surtout contre la théorie fantastique de Brugsch. Aujourd'hui je suis heureux de me trouver d'accord sur ce point, comme sur beaucoup d'autres avec M. Naville, où nous sommes arrivés au même résultat indépendamment l'un de l'autre \

Les Hébreux partirent de l'Egypte pendant les dernières années d'Amenhotep III. Je le répète, puisqu'il y a des faits nouveaux qui semblent le prouver d'une manière directe. Je trouve le premier fait dans les Lettres de Tellel-Amarna. Elles parlent en différents endroits d'une invasion faite aux temps d'Amenhotep IV dans la Palestine par un peuple appelé Khabiru. Les assyriologues identifient le nom de Khabiru avec le nom biblique (D'')^^^ et voient dans le peuple Khabiru sans beaucoup d'hésitation les Hébreux 2. Ce sont les lettres d'Abdikhiba de Jérusalem au Pharaon, sans doute Amenhotep IV qui ici sont concluantes. Nous y lisons^:

Lettre 286, 1. 9 ss.: "Voici, ce n'est pas mon père ni ma mère qui m'ont placé à cet endroit, la puissante main du roi m'a introduit dans la maison de mon père. Pourquoi ferai-je le mal envers le roi, le seigneur, tant que le

qui de préférence connaissaient ces localités auraient très bien pu, après avoir passé l'étroit isthme, percer la barrière pour donner aux eaux le libre cours de se jeter sur les Egyptiens avec une impétuosité irrésistible. Mais ceci n'est peut-être qu'un jeu de fantaisie sans aucune valeur réelle.

1 Naville, The Boute of the Exode. Voyez aussi la carte p. 280.

2 Knudtzon, Die El-Amarna-Tafeln, p. 48.

3 Knudtzon, Die El-Amarna-Tafeln, 856 ss.

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roi, le seigneur vivra? Je dirai au fonctionnaire du roi, mon seigneur: Pourquoi aimez- vous les Khabiru et haissezvous les régents? Je suis calomnié auprès du roi, mon seigneur, parce que je dis : Perdus seront les pays du roi,

mon seigneur Que le roi ait soin de son pays!

Qu'il envoie des troupes de guerre! (car) les Khabiru pillent tous les pays du Pharaon".

Lettre 287, 11. 29—31 : "Voici, Cet acte, c'est un acte de Melkili et un acte des fils de Libaja qui ont donné le pays du Pharaon aux Khabiru".

Lettre 288, 11. 36—44: "Mais les Khabiru prennent aujourd'hui les villes du Pharaon, pas un seul régent ne reste fidèle au roi; ils sont tous perdus. Turbazu est tué à la porte de la ville de Zilû — le roi reste indécis. Zimrida de Lakis est sacrifié par ses serviteurs qui se sont joints aux Khabiru". Lettre 290, 1. 11: "Le pays du roi s'est rendu aux Khabiru". L. 22—23: "S'il n'y a pas de troupes de guerre, le pays du roi sera perdu en faveur des Khabiru".

La situation politique en Palestine ressort clairement par ces lignes. Le Pharaon Amenhotep IV y domine ou directement par ses fonctionnaires, les gouverneurs égyptiens, ou indirectement par des princes indigènes comme vassaux tributaires. Mais un peuple étranger ou nouveau, les Khabiru, dans lesquels il est permis de voir les Hébreux, s'approchent; ils ont pris plusieurs villes, et menacent d'en prendre davantage et de conquérir tout le pays. Cependant Abdikhiba demande au Pharaon des troupes militaires pour défendre le pays contre eux. N'avons-nous pas dans ces Khabiru les Hébreux, qui après avoir quitté

l'Egypte sous le règne d'Amenhotep III s'avancent jusqu'à Canaan sous celui d'Amenhotep IV pour prendre possession de la Terre Promise?

J'arrive à l'autre fait. Une inscription triomphale de Ménephthès, découverte par M. FI. Pétrie en 1896, donne la description de l'état politique en Asie deux cents ans après l'Exode en ces mots : "Les princes vaincus disent "Salam!" Il n'y a personne parmi les Neuf Arcs qui hausse la tête; spoliés sont les Thehennu, les Khetti sont pacifiés; captivé est le Canaan en tout ce qu'il a de mauvais ; emmené est l'Ascalonien; Gézer est pris en possession; Janouamim est anéanti ; les Israélites sont pillés et n'ont pas de graine^, Kharu est comme une veuve de la Terre d'Egypte. Tous les pays sont unis et pacifiés; celui qui est turbulent est enchaîné par le roi Ménephthès".

Cette inscription nous apprend que Ménephthès, pendant ses guerres en Syrie, a battu les Hébreux, ici pour la pre-

^ Je ne sais pourquoi on parle ici de la semence humaine et de la naissance des générations postérieures, des enfants. (M. Breasted, Historical Documents II, 258 et 264 traduit: "his seed is not"; au lieu de "seed" le mot anglais "crop" aurait donné un sens

plus clair à la phrace). Le mot '- -• ] per-t, qui dérive de

-A psr, sortir, paraître, apparaître, signifie d'abord les

premières pousses des germes qui sortent de la terre commençant à paraître comme plantes verdoyantes, puis les grains mûrs,

en Copte SpHVe, €6p<S., CSpHTC, ecjpHVe, granum sementis, granum alimenta serpiens. (Peyron, Lexicon Copticum, p. 322). cg.^ L J q per, l'hiver, la saison en Egypte quand le blé est semé, qu'il pousse et qu'il devient mûr.

mière fois appelés Israélites, dans la Palestine elle même^ Cette victoire aurait été impossible, si les Hébreux, comme il est généralement accepté eussent quitté l'Egypte à la fin du règne de Ménephthès, fils de Ramsès IL

Les deux faits nommés, l'un relatif à l'invasion des Khabiru-Hébreux dans la Palestine sous Amenhotep IV, l'autre relatif à la victoire de Ménephthès sur les Israélites, militent tous les deux fortement en faveur de ma théorie que l'Exode avait lieu sous Amenhotep III, environ l'an 1320 a. J. G., tandis qu'ils dérangent les partisans de l'autre théorie que les Israélites ont quitté l'Egypte à une époque postérieure de l'histoire égyptienne, notamment pendant les dernières années de Ménephthès. Tous les efforts que ces savants ont faits pour expliquer historiquement les nouvelles inscriptions ont été inutiles et, à mon opinion, ont dû être inutiles, puisque les essais sont basés sur une fausse chronologie.

Dans le Gontemporary Review for May 1896 M. Flinders Pétrie a écrit un mémoire: Egypt and Israël, où il traite de la stèle triomphale de Ménephthès. Il commence avec la thèse que l'Exode ne doit pas être placé dans la XVIII® dynastie sous le règne d'Amenhotep III, supposant, entre autre, que dans ce cas l'Ancien Testament aurait fait mention des guerres que les Pharaons suivants, tels que Seti I, Ramsès II et Ménephthès, ont dirigées contre

1 Breasted dans ses Hisforical Documents II, 258 s. cite plusieurs endroits pour prouver "An invasion of Palestine by Merneptah"; il y dit: "This inscription (dont je viens de parler) is not the pnly évidence of a campaign by him in Palestine, although the fact seems to hâve been entirely overlooked in the discussion of the Israël passage".

la Syrie et la Palestine. Mais, d'abord, le silence ne constitue aucune preuve positive : il peut être fortuit. Et, puis, le silence n'est nullement si complet, comme M. Pétrie le pense.

Dans le cantique de Debora et Barac, un des plus anciens documents de la Bible, nous lisons i; "Les Rois sont venus, ils ont combattu; les Rois de Canaan ont combattu à Tahanac, près des eaux de Méguiddo ; mais ils n'ont point remporté d'argent .... Le torrent de Kisçon les a entraînés; un torrent des batailles est le torrent de Kisçon" 2, N'est ce pas un résonnément sourd et lointain du bruit de guerre qui s'élevait sur les champs de bataille près de Ta-anaka et de Megiddo, oii les Pharaons se battaient tant de fois avec les rois syriens^? Ces localités qui étaient situées à l'Est du Carmel sont bien connues dans les Annales de guerre égyptiennes, notamment dans celles de Thotmès III; par là allait la route militaire, par là marchaient les armées égyptiennes pendant leurs expéditions contre les Ruthennu et les Khetti, et par là les Syriens essayaient de barrer le chemin aux conquérants égyptiens.

Un autre témoignage. Dans deux endroits du Livre de Josué, XV, 9 et XVIII, 15 nous lisons selon la traduction générale le nom géographique: "La fontaine des

1 Le Livre des Juges, V, 19 et 21.

2 B. Stade, GescMchte des Voïkes Israël, I, 179, traduit ainsi:

"Der Bach Kischon riss sie hinweg, Ein Bach der Schlachten ist der Bach Kischon." ^ II ne s'agit pas ici, je crois, de la seule bataille de Barac contre Sisera. Sisera était général, chef de l'armée de Jabin, ni lui, ni Barac n'étaient rois. Les derniers mots: "Le torrent de Kishon est un torrent des batailles" indiquent clairement que nous avons ici une sentence générale.

eaux de Nephtoah". Mais d'après la conjecture ingénieuse de M. V. Gallice il faut sans doute lire : "La fontaine de Ménephlhès". Le nom hébraïque nlHûrD VVt2 ne peut être donné à la fontaine que par les Hébreux en souvenir d'une invasion faite dans la Palestine par le Pharaon Ménephthès; pous avons, par conséquent, quelque raison de croire que cette invasion fut faite après que les Hébreux eurent pris possession de leur pays promis, et nous devons le croire d'autant plus que nous, de cette manière, tombons d'accord avec la stèle triomphale qui expressément dit que le roi Ménephthès avait pillé les Israélites.

Probablement M. Pétrie n'a pas vu ceci, et partant de la fausse supposition, que l'Exode avait eu lieu à la fin du règne de Ménephthès, il était forcé d'admettre qu'il y avait des Israélites en même temps en Palestine et en Egypte. Il explique la chose ainsi: Ou une partie des Hébreux serait restée en Palestine après l'immigration de Jacob dans

l'Egypte, ou, s'ils ont tous immigré, une partie de la famille serait retournée dans la patrie après la fin de là famine, toutefois dans l'un ou l'autre cas, les Hébreux de Palestine et les Hébreux de l'Egypte auraient été en communication continuelle, c'est-à-dire ils auraient conservé leur unité nationale.

Mais cette explication est, selon mon avis, simplement impossible, et l'excellent égyptologue anglais reconnaîtra sans doute promptement sa méprise se voyant d'une double manière en contradiction flagrante avec la Bible, car

d'abord les Livres de Moïse ne connaissent qu'un seul peuple hébraïque, celui qui demeurait ou se formait dans le pays de Gosen,

et puis, d'après l'Hexateuque, les Israélites, en occupant sous Josué la terre promise, n'y trouvaient ni des frères, ni des amis, mais uniquement des ennemis: les Cananéens, les Hétiens, les Amorrhéens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens, de qui Dieu parle ainsi au peuple d'Israël: "Garde-toi de traiter alliance avec les habitans du pays dans lequel tu vas entrer, de peur qu'ils ne soient en piège au milieu de toi. Mais vous démolirez leurs autels, vous briserez leurs statues et vous couperez leurs bocages i". "Tu les frapperas et tu les détruiras à la façon de l'interdit" ^. On voit les difficultés dans lesquelles M. Pétrie est tombé et combien sa solution de la question est peu satisfaisante, si, d'ailleurs, on accorde aux documents historiques le droit de contrôler l'imagination.

M. Spiegelberg n'a pas été plus heureux. Dans un petit mémoire de 1904 sous le titre: Der Aufentlialt Israéls in Aegypten il a émis à peu près la même opinion, mais d'une manière plus dogmatique. Il divise les Israélites dans les tribus de Gosen et les tribus de Palestine qui vivaient contemporainement, les premières dans le Gosen et les dernières dans la Palestine en conservant cependant toujours une relation intime et amicale les unes avec les autres. Bien que M. Spiegelberg ait un pied dans l'école de Wellhausen et avec l'historien Stade regarde le séjour égyptien des Israélites comme bien problématique^ il est cependant si raisonnable, qu'il admette l'immigration de la famille de Jacob dans l'Egypte. Il se représente l'histoire ainsi. Tandis que les tribus de Gosen demeuraient dans

1 Exode, 34,12 s.

2 Deuteronome, 7,2.

l'Egypte depuis le temps des Hyksos (1700 — 1550 a. J. C.) jusqu'au règne de Ménephthès (env. 1250 a. J. G.), les tribus de Palestine se trouvaient en Palestine; nous en connaissons particulièrement les Hébreux-Khabiru sous Amenhotep IV, d'après les lettres de Tell el Amarna, et le peuple d'Israël sous Ménephthès, d'après la stèle triomphale de ce roi. Ce peuple d'Israël aurait été anéanti par Ménephthès l'an V de son règne, mais néanmoins il se serait uni peu de temps après avec ses frères, les tribus de Gosen, lorsque celles-ci arrivaient sous Josué pour prendi'e possession de leur pays.

Mais cette théorie de M. Spiegelberg est comme celle de M. Pétrie complètement incompatible avec le récit de la Bible. La Bible est à peu près la seule source d'où l'on puisse puiser des renseignements relativement à l'Exode. De rejeter ces documents ou de les corriger, puisqu'ils ne s'accordent pas à nos idées préconçues, c'est un expédient facile, mais très peu scientifique. La science exige de mettre d'accord les témoignages apparemment discordants, s'il est possible. Et dans notre cas cela est fort possible. Si nous admettons que l'Exode avait lieu vers la fin du règne d'Amenhotep III, tout est clair et sans aucune difficulté. J'ai émis cette opinion depuis plus de quarante ans, et les trouvailles que l'on a faites dernièrement viennent de la confirmer, de sorte que je peux les apporter comme de nouvelles preuves en ma faveur.

Pour résumer je donnerai à la fin une récapitulation sommaire quant au séjour des Hébreux en Egypte. Joseph vint à la cour d'un roi Hyksos, et la famille de Jacob s'établit dans le pays de Gosen environ l'an 1550 a. J. G.

Quand le maître de Joseph était appelé Potiphar, lui-même Zofnat-Paneah et sa femme Asnat, ce sont des noms qui étaient en usage dans ces temps reculés ^ et c'est une erreur capitale et, spécialement' pour l'école de Wellhausen, dangereuse^ de croire que ces noms sont d'un temps relativement moderne. Lorsque les Hyksos eurent été expulsés, la XVIIP dynastie monta sur le trône, ou comme la Bible s'exprime: "il s'éleva un nouveau Roi sur l'Egypte qui n'avait point connu Joseph"^. Thotmès III était le Pharaon à qui "le peuple bâtit des villes fortes, savoir Pitho m et Raamses" ^. L'Exode eut lieu environ l'an 1320 a. J. G. sous Amenhotep III, c'est pourquoi l'historien juif Josèphe donne le nom d'Amenophis au Pharaon de l'Exode.

Les Hébreux quittant l'Egypte sous Amenhotep III arrivèrent conséquemment aux fi'ontières de la Palestine sous le règne de son fils et successeur Amenhotep IV, et justement, dans les lettres de Tell el-Amarna, adressées à Amenhotep IV le gouverneur de Jérusalem rapporte, que "les Hébreux-Khabiru pillent le pays du Pharaon", que "le pays du Pharaon est donné aux Khabiru", et que "le pays du Pharaon s'est rendu aux Khabiru"^. Dans tous ces endroits c'est la Palestine qui est indiquée par les mots: "le pays du Pharaon". Pour moi, il n'y a pas l'ombre d'un doute: les Khabiru étaient les Hébreux de Moïse et

1 Voyez plus haut. p. 149 ss.

2 L'école de Wellhausen a *du mérite sans doute, mais elle doit user d'une sévère critique envers ses adhérents pour ne pas tomber dans le ridicule.

3 Exode, 1,8.

4 Exode 1,11.

^ Voyez plus haut, p. 279 s.

de Josué. Le danger était grand pour la puissance égyptienne en Palestine; mais Amenhotep IV ne pouvait donner aucun secours, car il était trop' occupé de sa réforme religieuse.

Séti I, 1231 — 1180 a. J. C, fit des guerres en Palestine. Parmi les villes et les pays conquis sont nommés: Kadesh de Naphtali, Megiddo et Aser \ M. Breasted pense, que, cette liste n'est que conventionnelle ^. Mais nous savons par une autre inscription, que Séti la pris Kadesh, (c'est certainement Kadesh de Naphtali dont il est question ici) il n'y a donc aucune raison de douter que ce ne fût le cas au moins pour Megiddo et Aser. Or, Aser était le nom d'une des douze tribus des Israélites, cette tribu demeurait à côté de celle de JMaphtaH et un peu au nord de la ville de Megiddo; les trois localités: Megiddo, Kadesh et Aser formaient un ensemble et sont peut-être pour ce motif nommées ici comme conquises au même moment. Il n'est donc pas invraisemblable, que les savants qui pensent que la tribu d'Aser a été vaincue en Palestine par Séti I, ont raison, mais dans ce cas Séti aurait certainement vécu après l'Exode.

Par une autre observation nous arriverons à une pareille conclusion. Au temps de l'Éxode, environ 1320 a. J. C, les Khetti, les Hétiens de la Bible, étaient, d'après le Pentateuque, un des petits peuples de la Palestine avec lesquels les Hébreux eui*ent à se battre et qu'ils furent à

1 Lepsius, Denkmdler, III, 140 a.

.2 Breasted, Historical Documents, III. no. 162: Thèse evidently do

not refer to spécifie victories, of Seti, but are of the conventional

order.

même de chasser ou de dompter. Mais au temps de Hamsès ÏI, 1180— 1114 a. J. C, et de Ménephthès, 1114— 1094 a. J. C, ils étaient arrivés au plus haut degré de leur puissance politique, de sorte que Ramsès II, soutenu par toutes les forces militaires de l'Egypte, et malgré sa bravoure personnelle, ne put les vaincre, mais fut forcé de conclure avec eux un traité de paix dans des conditions absolument égales. A cause de cette situation politique il est peu probable que l'Exode ait eu lieu sous Ménephthès, mais plutôt au temps d'Amenhotep III au contraire, la puissance des Khettî n'étant pas encore tellement développée, pour qu'ils aient pu faire aucune résistance sérieuse contre les Hébreux.

Gomme Thotmès III les Pharaons suivants, un Séti I, lin Ramsès II, se sont aussi sans doute battus à Ta-anaka, à Megiddo et au Torrent de Kishon, et le bruit de ces anciennes batailles a retenti aux oreilles des Israélites qui ont vécu sous les Juges; ces mêmes Israélites ont été pillés par Ménephthès, et ils en ont conservé le souvenir dans le nom: "La fontaine de Ménephthès".

Encore une remarque. Un texte du Papyrus Anastasi VI,; pi. 4,13 à 5,5, nous raconte ce qui suit: "Nous avons fait le nécessaire pour ouvrir aux tribus de Shasou d'Aduma le ehâteau-fprt dé Ménephthès dans le pays de Succoth aux étangs dé Pitum du roi Ménephthès dans le pays de Succoth, afin qu'ils fassent vivre leur bétail dans la grande intendance du Pharaon".

Nous apprenons ici, que le Pharaon Ménephthès assigna une demeure aux tribus sémitiques dans le pays de Succoth aux alentours de la ville de Pithom, c'est-à-dire dans le

voisinage immédiat du pays de Gosen, où les Hébreux demeuraient ou avaient demeuré. Il eût été impossible à Ménephthès de le fa;ire, s'il eût été le Pharaon de l'Exode; il n'aurait pu donner asile à un peuple sémitique dans la même contrée où il aurait persécuté un autre peuple sémitique qui selon toute probabilité se seraît allié aux nouveaux venus. Il m'est complètement incompréhensible que l'on puisse concilier ces deux contradictions.

Pour finir je donnerai une table chronologique des événements dont je viens de parler:

2108—1490. a. J. G, Les rois Hyksos en Egypte. 1550 a. J. G. environ. La famille de Jacob s'établit dans le

pays de Gosen.

1490 a. J. G. L'avènement de la XVIIP dynastie, dans la Bible indiquée par; "Un nouveau roi qui n'avait point connu Joseph".

1456—1386 a. J. G. Thotmès III à qui les Hébreux bâtirent Pithom et Raamsès.

1355—1318 a. J. G. Amenhotep III sous lequel l'Exode

eut lieu.

1318—1286 a. J. G. Amenhotep IV. L'arrivée des Hébreux en Palestine sous Josué, fait identique avec l'invasion des Khabiru.

1231 — 1180 a. J. G. Séti I vainquit la tribu d'Aser dans

le nord de la Palesline (?).

1180—1114 a. J. G. Ramsès IL Les Khetti, le plus puissant peuple de la Syrie, ne se seraient pas plies sous le joug de Josué. 1114—1094 a. J. G. Ménephthès pilla les Israélites au temps des Juges, le nom hébraïque: "La fontaine de

Ménephthès" en est le souvenir. Ce même Pharaon donna refuge aux tribus sémitiques dans le pays de Gosen; il ne l'aurait pas fait, s'il eût eu des querelles avec les Israélites dans les mêmes contrées.

Cette liste chronologique acceptée, les difficultés sont levées, les différents documents sont d'accord, tout est clair et simple sans explications et raisonnements subtils et compliqués, mais à la fin inutiles, parce qu'ils ne prouvent rien et ne convainquent personne.

Amenhotep III a mené des guerres; plusieurs inscriptions parlent ainsi d'une expédition contre le pays de Kush, où il faisait des exploits sans pareils, mais il n'a élargi les frontières de l'Egypte ni au sud, ni au nord, et il a dû se contenter de maintenir la puissance de ses prédécesseurs. Il était de même un grand constructeur; il a consti'uit de splendides temples dans la Nubie à Soleb et à Sedeinga, dans l'île d'Eléphantine, dans la capitale à Luxor, à Karnak, et dans la nécropole son temple funéraire avec les fameux colosses dont l'un porte le nom de "La statue vocale de Memnon"; ce sont des monuments d'un art excellent, également remarquable quant à l'architecture, au dessin et à la sculpture: ils sont, comme M. Maspero dit, à compter parmi "les plus beaux temples qui nous soient restés des temps pharaoniques" et "qu'on ne saurait rien imaginer de plus fin et de plus gracieux" i. Son ministre Amenophis, fils de Hapu, l'homme le plus célèbre de son temps qui parmi ses hauts titres portait aussi celui de "chef de travaux" avait notoirement sa part dans ces chefs d'oeuvre.

Maspero, Histoire ancienne, II, 303 et 307. .

Amenhotep III avait deux femmes : l'une était Tii, née de parents égyptiens, son père était Juia et sa mère Tuiu, l'autre était Gilukhipa, fille de Shuttarna, roi de Mitanni. Tii, la reine principale, fut la plus aimée, eut la plus grande influence sur le roi, l'accompagna partout, lui survécut et conserva son ascendant sur le fils Amenhotep IV; Gilukhipa fut mariée selon des raisons politiques et elle mourut sans laisser aucunes traces de son existence. Quelques savants ont pensé, que Tii et Gilukhipa étaient une et même personne, seulement appelée différemment dans les deux pays, de même que Shuttarna en Egypte aurait porté le nom de Juia. Mais il n'en est rien. Juia était égyptien, probablement originaire d'Akhmim; il fut fonctionnaire égyptien, porta des titres égyptiens: "Prêtre de Khem, préposé du bétail de Khem, seigneur d'Ahmim-Panopolis, officier de charrerie, oeil du roi du sud, oreille du roi du nord"; sa femme portait également des titres égyptiens \ Leur tombeau fut trouvé le 13 Février 1905 par M. Davis 2, • ils ont donc vécu et ont eu des fonctions en Egypte, et ils y sont morts et enterrés.

Amenhotep III était en relation diplomatique et ariiicale avec les grands rois de l'Asie, ceux de Babylone, de l'Assyrie et de Mitanni, sachant cependant, par occasion, se réserver et maintenir la supériorité égyptienne ; sous son règne sage et, pour la plupart, paisible l'Egypte était en un état prospère, les arts florissaient, les richesses du monde entier étaient accumulées surtout dans Thèbes, la capitale;

1 Legrain, JSéperiotre généalogique et onomastique, p. 129 s.

2 Maspero, Guide to the Cairo Muséum, 1908, p. 496 ss.

le règne d'Amenhotep III fut donc une des époques rares de bonheur pour l'Egypte.

AmenJiotep IV succéda.îi à son père Amenhotep III. Au commencement de son règne il s'appelait Amenhotep, mais après avoir rompu définitivement avec l'ancien culte d'Amon et adopté celui du dieu Aten, il ne voulait plus porter le nom odieux d'Amon et s'appela d'après le nom du nouveau dieu Aten, Akhu-n-Ré, ou Aten A'kherrès\ c'est-à-dire: Aten, V esprit ou V essence divine de Bé. Dans un petit mémoire sur Pistis sophia:

L'Antimimon gnostique est-il le Ka égyptien?

j'ai essayé de démontrer que l'homme intellectuel par les anciens Égyptiens était divisé en trois

parties : ^^ p. , hhu ou àkhu, l'esprit divin, ^^^ ha,

l'âme et \J, ka, qui correspondent exactement aux trois parties du gnosticisme égyptien: TdbiUL, l'essence divine, Te '•^''ï'DC^î l'âme, et enfin l'antimimon. Or, comme l'homme, le dieu aussi était sans doute divisé de la même manière, de sorte que les Egyptiens auraient très bien pu parler de Khu ou Akhu du dieu Ré pour indiquer la partie divine que l'homme puisse reconnaître de Dieu qui dans sa totalité est immatériel, par conséquent caché pour les yeux des mortels, inapercevable, inconcevable — un mystère complet. Pour les premiers Egyptiens le dieu Ré était tout simplement le soleil visible, matériel, comme les autres dieux naturels: le dieu Lune, le dieu Nil, le dieu Terre; mais dans le cours des temps la notion de Dieu fut spiri-

^ AMiunre T^av assimilation: Akherres, comme Ba-n-re = Pheros et Ma-n-re = Marros ou Mares.

tualisée, et le mouvement, conformément à la loi de l'évolution, finit dans un dieu totalement immatériel, de sorte que le dieu Ré, de même que le dieu Amon, au temps d'Amenhotep III, était avancé à un dieu caché derrière, au delà du monde matériel. Cependant le dieu qui avait disparu, était comme non existant et ne pouvait avoir aucun rapport avec les hommes: pour être utile aux humains Dieu devait être rappelé au dedans du monde. Je reviendrai bientôt à cet ordre d'idées; pour le moment je veux seulement faire observer, qu'Amenhotep IV renouvelait le culte de Ré, mais dans une forme modifiée: Le disque du soleil, source de la lumière, de la chaleur, de la fécondité, de la vie, était adoré comme Dieu, cependant il n'était pas Dieu dans sa totalité, mais seulement dans sa partie visible que le réformateur, conformément à sa conception appelait Akhu-n-re, l'esprit, l'essence divine de Ré. Je sais bien qu'on lit généralement notre nom: "Khunaten", et grammaticalement cette lecture est fort possible, car l'hiéroglyphe O est, singulièrement, le plus souvent écrit ainsi, ne donnant que le contour, et peut donc être lu ou

O ou ^; de même le groupe '^^ se rencontre si fréquemment dans les textes que le lecteur est facilement séduit à le lire ainsi aussi dans cet endroit. Il y a pourtant lieu de remarquer que le nom est écrit au moins deux fois^:

et cette variante me semble parler d'une manière assez directe pour la lecture: Âkhunre. Encore

Lepsius, Benkmàler, III, 108 et 109.

plus concluante, parce qu'elle est sans réplique, est' la

Aten khu-n-re qui se trouve

lecture ( /] /v^v '^s. ©

WA/WA j

avec toute la clarté désirable dans les Mémoires de la Mission archéologique Française, vol. I, 19. Il est possible que le texte est incorrectement reproduit, mais, à mon avis, il faut prendre les documents tels qu'ils sont, surtout quand ils portent l'empreinte de la vérité, jusqu'à ce que leur fausseté soit démontrée. La même lecture se trouve Legrain, Répertoire, no. 288.

Il nous reste à dire quelques mots sur le sens du nom. On traduit le nom du roi: Khunaten par: Splendeur d'Aten, Glanz der Sonnenscheihe, tandis que le dieu luimême ne portait que le nom simple: Aten, Disque solaire, Sonnenscheihe; je ne sais si je me trompe, mais il rne paraît que dé tels noms auraient donné au roi une sorte de supériorité au-dessus de Dieu à laquelle un adorateur aussi dévot que l'était Amenhotep IV n'aurait jamais voulu prétendre.

Je ne crois pas que la traduction que je propose donne prise à une critique aussi sérieuse. Aten Akhunre veut dire: "Le disque solaire, l'esprit de Ré", et indique, comme nom de Dieu, l'ancien Ré dans un sens modifié, et, comme nom du roi, un parallélisme complet avec les anciens noms de rois: "Re, der wahrsprechende", "Re, glânzenden Lebens", seulement Aten au lieu de Ré, Mais ce qui vient compléter la preuve, c'est que notre roi dans la liste de Julius Africanus, d'après Manéthon, est appelé Akherrès \ et dans

1 Quand Josèphe donne Akenkheres, c'est peut-être, avec une petite faute de calame, le nom complet: "Atenkherès".

une lettre de Tell el-Amarna porte le nom: Khurii(a)^. Autant que je sache, personne n'a pu expliquer ces noms; par la lecture Akhunre du nom d'Amenhotep IV je suis à même de constater l'identité du nom hiéroglyphique avec les noms que Manéfchon et la lettre de Tell el-Amarna donnent à notre Pharaon hérétique. Ce n'est pas mon affaire de relever la valeur de cette identification, et je me borne à répéter qu'il est important de mettre d'accord les différents documents qui semblent être discordants ou n'avoir aucun rapport réciproque.

Je ne connais aucun texte qui parle d'une guerre faite par Amenhotep IV en personne ni au sud, ni au nord, néanmoins il a maintenu son autorité politique en Syrie et Palestine comme en Nubie du moins jusqu'à l'an 12 de son règne, car un tombeau d'El Amarna nous apprend que dans cette année on vint pour présenter au Pharaon les tributs de la Syrie, de Kush, de l'Ouest et de l'Est 2; dans un autre tombeau nous voyons des Asiatiques, des Libyens, des Punti et des Nègres venir pour saluer leur maître, le roi ^. De même les lettres de Tell el-Amarna témoignent de la supériorité de l'Egypte sur la Syrie qui cependant diminuait peu à peu, ainsi que le démontrent les lettres d'Abdikhiba*.

1 Knudtzon, Die El-Amarna-Taféln, p. 298. M. Knudtzon pense, ibid., p. 26, note 1, que "Khurii(aj ist wohl eine Abkûrzung oder ein Schreibfehler fur Napkhuria"; pour moi il n'y a aucune faute: Khuriia est le nom "Akherres ou (Aken)kheres" de Manéthon.

2 LeTpsius, Denkmàler, IIl, 100 b.

3 Lepsius, Denkmdler, III, 97 d.

4 Voyez plus haut, p. 279.

La reine qui sur les monuments se trouve presque toujours à côté du roi s'appelait "la grande femme du roi Nofrtiith". Nous avons vu -^ que le roi avait encore une autre femme, Tadukhipa, fille de Tushratta, roi de Mitanni; d'abord elle avait été envoyée pour épouser Amenhotep III, mais le vieux monarque étant mort dans l'intervalle elle épousa plus tard Amenhotep IV. Quelques savants croient que Nofrtiith était identique à Tadukhipa qui aurait changé son nom, mais je me range à l'opinion de M. Maspero et de M. Budge ^ qu'au contraire elles étaient deux personnes distinctes, et je m'oppose à cette identification d'autant plus fortement que l'on en a tiré la conclusion, fausse selon moi, que la religion d'Aten était d'une origine asiatique.

Plusieurs, auteurs, comme M. FI. Pétrie, ont émis l'opinion qu'Amenhotep IV^ n'a pas régné plus de 18 ans, mais alors je ne comprends pas comment Ton se représente les choses. Amenhotep IV aurait régné 4 ans, lorsqu'il embrassa le nouveau culte d'Aten. A cette époque il se serait marié avec la reine Nofrtiith de laquelle il avait six filles qui donc seraient nées après l'introduction de la nouvelle religion, ce qui est confirmé par le fait qu'elles portent toutes le nom du dieu Aten ^ Pour la naissance des six filles on peut calculer un espace de temps d'au moins de 10 ans et, voyant sur un monument * le père

1 Voyez plus haut, p. 187.

2 E. A. Waliis Budge, Egypt and fhe Asiatic Empire, p. 115.

^ Pétrie, A Ristory of Egypt, II, 231, dit que Mert-aten, l'ainée was born in probably the 4th year of her fathers reign, as the second daughter was born in the 6th year ..... et la troisième, Ankhsenpa-aten, was born about the 8th year.

* Lepsius, Denkmdïer, III, 99, b.

encore vivaiit à côté de toutes les six filles dont la plus jeune avait envimn 10 ans, nous avons de bonnes raisons pour faire ce calcul :

Lors de l'institution de la nouvelle religion Amenhotep IV avait régné , ... . . . ... . 4 ans

Six filles naquirent dans le cours de. . . . 10 -

La plus jeune des fîUès avait avant la mort' du père environ . . . ... . ... . . .10 -

Amenhotep IV a donc régné au moins . . . 24 ans.

Combien d'années a-t-il vécu en plus, nous ne le savons pas, mais les 32 ans de règne que Manéthon attribue à Amenhotep IV me semblent plus probables que les 18 ans que M. Pétrie compte, d'autant plus que, malgré le fanatisme acharné avec lequel la postériorité a taché d'anéantir les traces de son activité, il en reste assez pour prouver qu'une vie si riche en fruits n'était pas pauvre en jours.

Le fait principal, le plus important du règne d'Amenhotep IV était la réforme religieuse dont je viens de parler. Pour la bien comprendre il est nécessaire de connaître la religion égyptienne telle qu'elle était à son origine et dans son développement. C'est une question difficile, il est. vrai, et je n'ai pas la prétention de la résoudre définitivement. Voyant la divergence d'opinions parmi les savants je me bornerai à préciser mes vues personnelles les soumettant à l'examen équitable de l'avenir ; une discussion des différentes théories relatives à la religion égyptienne serait trop longue et probablement inutile au moins pour le moment.

A mon avis, les Egyptiens ont commencé à adorer la nature, passant ensuite par le hénothéisme et le polythéisme ils ont avancé jusqu'à un monothéisme presque pur, mais

après être parvenus à ce degré Je plus haut où le dieu monothéiste comme esprit immatériel s'était retiré du mondé matériel et, pour ainsi dire, était devenu inaccessible aux hommes, les Egyptiens inventaient les dogmes de l'émanation et de la zoolâtrie pour venir en rapport -avec le dieu Esprit. Voilà la somme de la religion égyptienne.. Mais pour m'expliquer il est nécessaire d'aller un peu en détail.

Quelle était la conception que les premiers Egyptiens se sont faits de la divinité, nous ne le savons pas. Nul document ne nous révèle l'histoire des cent milliers d'années que le genre humain a vécu sur la terre. Nous ne pouvons donc rien affirmer de positif. Voltaire dit dans un endroit sublime 1.- "Je méditais cette nuit; j'étais absorbé dans la contemplation de la nature ; j'admirais l'immensité, le cours, les rapports de ces globes infinis que le vulgaire ne sait pas admirer.

J'admirais encore plus l'intelligence qui préside à ces vastes ressorts. Je me disais: "il faut être aveugle pour n'être pas ébloui de ce spectacle; il faut être stupide pour n'en pas reconnaître l'auteur; il faut être fou pour ne pas l'adorer".

Certes, l'ancien égyptien ne savait pas raisonner si finement, mais sous le ciel toujours serein de l'Egypte, observant la lumière et la chaleur du soleil ainsi que la vie qui en découle il comprenait très vite, que là haut il y avait une puissance qui était au dessus de l'homme, fonctionnait avec une force irrésistible, indépendante de lui. Cet être tout puissant qui d'abord n'avait aucun nom deve-

Oeuvres complètes de M. de Voltaire, Lyon 1792, Tome 62, 146-

nait dans la suite le dieu Soleil, et voilà, la notion, l'idée de Dieu était créée. Mais ce Dieu était un corps matériel, le soleil. Il n'y a aucun doute possible. Le chapitre 15 du Livre des Morts qui porte les titres: "Adoration à Ré- Hormakhis lorsqu'il se lève à l'horizon oriental du ciel", et: "Adoration au Soleil lorsqu'il se couche dans la montagne de vie (l'Occident)", et enfin: "Adoration à Toum se couchant dans la montagne de vie" ^ prouve que le texte primaire ne connaissait qu'un Dieu corporel et matériel; il s'exprime entre autre ainsi: "0 Ré, maître du rayonnement! brille à la face du défunt; qu'il soit adoré le matin et lorsqu'il se couche le soir; qu'il vogue dans la barque Mat, qu'il aborde dans la barque Sehkti, qu'il pénètre parmi les étoiles du ciel. Splendide est ton lever à l'horizon, illuminant la double terre de tes rayons ... Astre émergeant, grand par cette tienne splendeur éclatante, tu façonnes tes membres et t'enfantes toi-même, non enfanté, à l'horizon. rayonnant en haut du ciel! accorde que je parvienne en haut du ciel pour l'Eternité .... ton éclat favorise la préparation des aliments, des mets, de la nourriture" ^.

Gomme le Dieu Soleil, de même le Dieu Lune, Seb, le Dieu Terre, Hapi, le Dieu Nil, Nout, la déesse Ciel et les autres divinités de même ordre étaient au commence-

^ Le Dieu Soleil était Horus le matin, Ré à midi, Toum le soir.

2 Je me sers de la traduction de M. Pierret (Paul Pierret, Le Livr& des Morts des anciens Égyptiens, Paris 1907) pour ne pas être tenté de modifier le sens d'après ma théorie. J'avoue cependîint que j'ai choisi seulement les parties du texte qui à mon avis étaient les plus anciennes, excluant celles qui sont ajoutées plus tard, p. ex. tout ce qui regarde ' le rôle que le Dieu Soleil jouait dans le monde d'outre-tombe.

ment des êtres corporels, matériels, "les puissances de la nature", ainsi que Le Page Renouf les appelle, c'est-â-dire ils étaient des Dieux de la nature. Mais pendant les premiers temps, lorsque l'Egypte était divisée en beaucoup de petits états, chaque état, chaque ville avait son dieu spécial qui, conçu sous une forme anthropomorphe, avait une femme et avec elle un fils, ainsi constituant une triade divine. C'était le même Dieu Soleil qui de cette façon fut adoré presque partout; mais comme la notion, le nom et les attributs de Dieu dans les diverses localités étaient différents et au cours des temps se différenciaient davantiage, les dieux locaux, quoique identiques au fond, finirent par être différents ou par le paraître. Or, tandis que chaque communauté regardait son Dieu comme le vrai, le plus puissant, elle était forcée, à cause de la relation politique, à reconnaître ou à tolérer les autres dieux locaux comme des divinités véritables. Mais c'est la forme religieuse que nous, avec Max Miiller, appelons Henothéisme. Dieu est un, mais il se répète, il se manifeste sous des formes distinctes.

Puis la situation politique changea et la forme religieuse avec elle : les petits états se réunirent dans un seul royaume, par conséquent les dieux locaux furent réunis dans une hiérarchie divine avec le dieu local de la ville capitale comme roi et maître et les autres dieux comme les bras, membres, les serviteurs du Dieu suprême, tous incorporés selon leurs noms, leurs fonctions et leur rang dans un Polythéisme organisé, tel que les différentes Ennéades de Héliopolis, de Hermppolis, de Thébes nous le montrent.

Ge Polythéisme a duré depuis Menés jusqu'aux Ptolémées du moins comme religion populaire.

Cependant l'évolution de l'idée de Dieu continuait sans relâche, et elle se produisait dans l'esprit des prêtres savants sous l'influence des événements politiques. Autant que Thèbes, la capitale, sous la XVIIP dynastie en puissance et autorité surpassait toutes les autres villes, autant son Dieu local, Amon, surpassait les autres dieux, de sorte qu'Amon à la fin devenait le seul, unique Dieu. Em. de Rougé assure fortement que les Egyptiens connaissaient le Dieu monothéiste. Il dit: "Il serait de même très-inexact de penser que cette multitude de divinités adorés chez les

Egyptiens eût complètement oblitéré chez eux la notion d'un Dieu suprême et unique i. Les textes hiéroglyphiques apportent une lumière précieuse sur cette question. Le Dieu suprême quel que soit le nom local qu'on lui ait appliqué, est souvent désigné par des expressions qui ne permettent point le doute à cet égard: Il est le seul être vivant en vérité disent les légendes sacrées. Il a donné naissance à tous les êtres et à tous les dieux inférieurs. Il a fout fait et n'a pas été fait. Enfin il s'engendre lui-même" 2.

1 Vicomte E. de Rouge croyait, comme on le voit, que les Égyptiens commençaient avec le Monothéisme sans dire cependant, s'ils en ont reçu la révélation de Dieu lui-même ou non. Je ne peux me ranger à l'opinion de l'excellent académicien — du moins je ne crois pas une révélation divine qui n'a aucune place dans une discussion scientifique. Il a néanmoins complètement raison d'affirmer que les Egyptiens connaissaient un Dieu monothéiste, il ne faut qu'ajouter cette seule restriction qu'ils y sont arrivés au cours des temps selon la loi de l'évolution.

2 Le Vicomte Emmanuel de Rougé, Notice sommaire des monuments égyptiens du Musée du Louvre, p. 102.

Constatant que les Egyptiens étaient arrivés à un monothéisme presque pur dès la XVIIP dynastie j'ajouterai une petite remarque. Je ne nie pas qu'un Egyptien sagace déjà sous le Hénothéisme ne se soit douté d'un tel dogme, mais c'était par hasard et sans aucune conséquence, et probablement un vrai monothéisme ne pouvait être dérivé qu'à travers ou qu'à l'aide d'un polythéisme organisé.

Le mouvement progressif de la religion égyptienne, que nous avons suivi, nous a conduits jusqu'au monothéisrne ; mais la fin du mouvement n'était pas encore là: il continuait pour mettre la couronne sur l'oeuvre. Au cours des temps la notion de Dieu s'était spiritualisée ; sous le monothéisme le dieu Soleil n'est pas simplempnt le soleil, il est derrière le soleil, derrière le monde matériel; le dieu Lune n'est pas la lune, mais derrière la lune et ainsi de suite également le dieu Terre, le dieu Nil, la déesse Ciel. Quant au dieu Amon la transformation était plus facile, presque nécessaire, son nom Amon signifiant "le caché", il est donc le dieu caché, il s'appelle "le mystère des mystères, on ne connaît pas son mystère'-. Jamblique qui dans les écrits égyptiens avait reeueilh ce qui était de philosophique relativement à la notion de Dieu dit: "Avant les choses qui sont en vérité et avant le commencement du monde un Dieu unique existe, antérieur même au premier dieu et roi, restant immobile dans la solitude de son unité sans qu'il ne soit occupé ni d'une pensée ni d'autre chose. Il est son propre père et il se procrée lui-même étant le seul père et bon en vérité. Il est le plus grand et le premier, la source de toutes choses et la racine des premières pensées et idées".

Le Dieu monothéiste finit comme esprit immatériel par être un dieu qui était caché, disparu derrière le monde matériel restant dans Ja solitude de son unité, il s'était retiré de toute communion avec les hommes et le monde ici-has. Le court exposé que j'ai fait de l'évolution de la religion égyptienne n'est pas le fruit d'une spéculation pure, mais peut être prouvé pas à pas par des textes égyptiens, si l'on sait distinguer les dogmes des différentes écoles et époques qui sont entremêlés et juxtaposés dans les compilations religieuses faites à l'usage de tout le peuple.

Maintenant que nous sommes arrivés au point d'où nous saurons mieux comprendre la réforme d'Amenhotep IV, je reprendrai le fil de mon traité. Le Dieu avait disparu au delà de la matière, mais en deuil et en allégresse, surtout en deuil, l'homme a besoin de lui pour rentrer en relation directe avec lui, et il devait donc être rappelé au monde terrestre. Les Egyptiens s'ingéniaient plusieurs expédients pour en venir au but; ils formulaient d'abord le dogme de l'émanation avec sa conséquence finale le Panthéisme, et puis le culte des animaux s'adaptait au besoin du peuple. J'aurai plus tard, j'espère, l'occasion de parler de ces théorèmes, et pour le moment je me bornerai à démontrer, comment Amenhotep IV a résolu le problème. Il a repris le culte du dieu Soleil, cependant il n'adorait pas le soleil matériel comme auparavant, mais le dieu qui était derrière le soleil, c'est-à-dire le dieu dont Ai&n, le disque solaire, était la manifestation. Le surnom Khow ou Akhou de Ré indique la partie immatérielle qui pouvait s'immiscer dans le monde matériel de la même manière

que, d'après l'ouvrage gnostique appelé Pistis Sophia, le

âÔ6

synonyme copte T(Sbjlll, essence divine,^ indique la partie

immatérielle qui du monde céleste était émanée pour prendre place dans l'âme de l'homme matériel \

Dans les tombeaux de Tell el-Amarna il se trouve plusieurs hymnes à Aten qui sont moulés à peu près sur le même modèle. Ce serait très utile de publier tous ces textes, de les mettre côte à côte et de les comparer pour en extraire le texte original et exact. Cependant pour mon but c'est assez de mettre en avant les traits les plus caractéristiques. Voici les plus importants: "Beau est ton lever à l'horizon du ciel, ô Aten! Tu parais à l'Orient remplissant la terre de tes bienfaits. Tes rayons enveloppent

l'univers Quand tu te couches à l'Occident, la terre

reste dans les ténèbres ainsi que ces morts qui gisent en leurs caveaux, leurs têtes emmaillotées; leurs yeux ne voient plus, et on peut leur voler tous les biens, même ceux qui sont sous leurs têtes. Le lion sort de son repaire, et les serpents partent de leur trou pour mordre. Il fait noir comme dans un four, la terre se tait, tandis que celui qui crée tout repose en son horizon".

"Au matin il apparaît, éclatant sous la forme d'Aten, en jour dissipant les ténèbres. Tu répands tes rayons, et la terre entre en fête; on s'éveille, on se met sur pied;

1 Lieblein, Pistis SopJiia, L'Antimimon gnostique est-il le Ka égyptien? p. 7. Cet ouvrage remarquable est certainement d'une origine égyptienne, et son auteur a puisé aux sources égyptiennes non seulement des idées secondaires, mais aussi des conceptions si fondamentales que celle de la nature cornposée de l'homme et, peut-être dé même, celle de l'émanation. Le livre mérite en tout cas d'être étudié avec la plus grande attention par les égyptologues.

tu lèves les hommes de leur lit, ils se lavent les membres, ils s'habillent, ils t'implorent les mains tendues, la terre entière vaque à ses travaux; le bétail va à son pâturage; les arbres et les herbages verdissent, les bestiaux bondissent; tous les oiseaux se secouent, quand tu te. lèves pour eux; les bateaux descendent et montent le Nil, car toute voie s'ouvre à ton apparition; les poissons du fleuve sautent devant toi dès que tes- rayons descendent sur rOcéan, ces rayons qui font féconder les femmes, forment la semence dans les hommes et animent l'enfant dans la

sein de sa mère Tu es le dieu unique qui apparais

dans tes formes du disque vivant, brillant, rayonnant qui va et vient..... tu es le disque (qui répand) le jour audessus de la terre La terre est en ta main, car c'est

toi qui l'as créée. Tu te lèves, et les créatures vivent, tu te couches, et elles meurent".

. Aten est le disque solaire, c'est-à-dire le soleil matériel qui répand la lumière, la chaleur, la vie sur le monde terrestre; il est l'apparition visible et compréhensible du dieu Soleil qui s'était caché derrière la matière, car Aten était Khou-n-ré, la partie divine du Dieu immatériel, la seule qui pouvait se manifester aux hommes.

Pour résumer, la réforme d'Amenhotep IV avait, à mon avis, un double but: d'abord le renouvellement du culte héhopolitain du dieu Soleil en opposition au culte thébain d'Amon, et puis, parce que la notion de Dieu dans l'intervalle avait été spiritualisée, l'essai de rétablir la relation personnelle entre les hommes et lé dieu Soleil immatériel. La nouvelle religion ne dura pas longtemps, nous ne savons pas au juste, ni comment, ni combien de temps;

l*ancien culte était enraciné dans le peuple, et la puissante hiérarchie de Thèbes avait assez de moyens à sa disposition qu'elle employait avec succès pour regagner l'autorité perdue.

Amenhotep IV n'avait aucun fils, il avait seulement six filles dont deux du moins étaient mariées: l'une, Meriaten, femme de Saalcaré, l'autre, Ankhnasatén, femme de Tutankhaten. Ces deux- gendres ont suivi Amenhotep IV dans le règne.

De Saàkaré on ne sait pas beaucoup, on n'est pas même sûr de son nom. M. Pétrie l'appelle Ba-smenJsh-ka, tandis que Prisse lisait le nom: Ba-se-hek-ka et Lepsius: Ba-se-aa-ka. Il continuait pendant son court règne d'adorer le dieu Aten.

Aussi Tutankhaten qui le suivit sur le trône resta fidèle à Aten au commencement de son règne. Il était probablement fils d' Amenhotep m, et nïôntant sur le trône comme gendre d' Amenhotep IV, sous le nom de Tutankhaten, il était à l'avènement, sans doute, zélé partisan de la nouvelle religion, mais plus tard il l'abjura, revint au culte d'Amon, quitta la nouvelle résidence pour retourner à Thèbes et changea son nom de Tutankhaten en celui de Tutankhamon, et avec lui aussi sa femme qui pour ne pas garder le nom odieux d'Aten s'appela avec une petite modification Ankhnasamon.

11 était inévitable, que la suprématie de l'Egypte sur la Syrie ne s'affaiblît sous le règne du bigot Amenhotep IV, ce qui d'ailleurs ressort avec évidence des leth'es de Tell el-Amarna, mais il semble que, déjà sous Tutankhamon, l'Egypte ait regagné au moins une partie de son autorité

probablement par des expéditions militaires faites ou par le roi personnellement ou sous le commandement de ses généraux, p. ex. les vice-rois de Kush Hui et Aihenhotep. Le beau tombeau de Hui, fils royal et vice-roi de Kush, donne en textes et en tableaux excellemment exécutés les riches tributs que les peuples de la Syrie avaient apportés au Pharaon. Le pays de Kush qui pour la plupart était resté soumis aussi pendant le règne d'Amenhotep IV apporta au même temps ses tributs i. M. Breasted énonce des doutes quant aux tributs syriens croyant qu'ils étaient fictifs, parce que c'était le vice-roi de Kush qui les présentait au roi 2. Cependant pour moi c'est une règle sans exception, qu'il faut prendre les documents comme ils sont, toutefois s'ils ne sont pas impossibles, et dans notre cas ils sont au contraire de même probables, comme M, Breasted lui-même le fait observer définitivement.

Le successeur de Tutankhamon était le roi Aï. Selon toute probabilité il était le dernier des Pharaons qui ont commencé comme adorateurs d'Aten, mais ont fini comme adorateurs d'Amon. Nous faisons sa connaissance pour la première fois dans le tombeau d'El-Amarna^ où il figure

1 Lepsius, Denkmdler, III, 115—118.

2 Breasted, Historical Documents, II, 422 s.: One might be inclined to think, that the fréquent représentation of the tribute of the South and North in earlier Tbeban tombs of the Eighteenth Dynasty induced Huy to' add the tribute of the North as a pendant to the tribute of the South which he actually collected. Mais c'est une remarque qui est plus subtile que vraie; de cette manière oh pourrait escamoter bien des choses de l'histoire; je vois avec satisfaction qu'à la fin le bon sens de l'auteur 'l'emportait sur l^cole.

3 Lepsius, Benkmaler, III, 105.

comme un servitem- estime d'Amenhotep IV, suivi dé sa femme Thi qui semble avoir été liée à la famille royale; c'est peut-être à cause de ce parentage qu'il est monté plus tard sur le trône. Son tombeau dans la vallée royale de Thèbes 1 nous le représente comme roi et sa femme Thi comme reine, tous les deux avec les titres et attributs royaux complets; ce tombeau nous apprend que le roi Aï vers la fin de son règne a abandonné la réforme et embrassé la vieille religion d'Amon. Julius Africanus l'appelle Akherrès, le même nom que porte l'instituteur de la réforme, de sorte que ces deux noms indiquent le commencement et la fin de toute l'épisode d'Aten. Chez losèphe nous rencontrons le nom d'Akenkherès trois fois répété; je riè sais si c'est une faute dans la transcription grecque ou cunéiforme au lieu d'Atenkhérès, mais je suis convaincu, que le nom d'Akenkherès chez Josèphe n'est qu'une variante de là forme d' Akherrès chez Julius Africanus, et que Josèphe par les trois Akenklierès voulait indiquer les Pharaons qui étaient les plus importants partisans de la religion d'Aten 2. Horemheb qui d'après l'opinion la plus répandue était le successeur immédiat d'Aï a par un acte solennel définitivement rétabli l'ancienne religion d'Amon. Je ne saurais dire, s'il était de royale origine, quoiqu'il semble appeler Thotmès III "le père de ses pères" ^; pas même je ne saurais affirmer, qu'il dérivait ses droits de la royauté de sa mère Mutnezemt; car d'abord on ne sait, si elle avait elle-même du sang royal dans les veines, bien que je le

1 Lepsius; Benkmdler, III, 113, Bab el Moluk.

2 Voyez le tableau plus haut, p. 162.

3 Lepsius, Dewfcmaïer, III, 119 c.

trouve assez vraisemblable, et puis les savants diffèrent dans leur opinion sur cette autre question, si elle était la mère, la femme ou la fille de Horemheb. Mais ce que nous savons positivement, c'est qu'il joua un grand rôle sous le règne de son prédécesseur quel que fût celui-ci, s'il était ou Aï, ou un autre roi: "il était le plus grand des grands, le plus puissant des puissants, le général des généraux, le messager royal à la tête de son armée aux pays de l'Ethiopie et de la Syrie".

Au temps propice, probablement après la mort du roi (Aï), le dieu Horus conduisit Hormheb à Thèbes et le présenta devant Amon qui le reçut comme son fils aimé, lui posa le diadème sur la tête et fixa les cinq noms de ses titres royaux.

Cet acte solennel peut être considéré comme une double restitution faite sous les auspices de l'hiérarchie thébaine: non seulement le dieu Amon reconnaissait Hormheb comme roi sacré d'Amon, c'est-à-dire uniquement légitime, mais aussi le roi Hormheb reconnaissait définitivement Amon comme vrai Dieu, notamment en opposition à Aten.

La religion d'Aten, après une existence d'environ 50 ans, termina ainsi officiellement et, je peux ajouter, irrévocablement n'ayant aucune racine dans le peuple, et elle n'a pas laissé beaucoup de traces, puisque l'orthodoxie victorieuse les persécutait avec violence, comme la réforme jadis l'avait fait relativement aux monuments de l'orthodoxie.

Les inscriptions de Hormheb, comme général ou comme roi, parlent des guerres dans le sud, contre les Kushites et les Punti, et dans le nord, contre les Asiatiques et les vils Hanebu (ou peut-être les Ha-onn, les Ioniens): "Tu

es la terreur de tous les pays; toute la terre te craint, leur peur est dans leurs coeurs" s'exclament les peuples vaincus en apportant au vainqueur leurs tributs redevables. Aussitôt que Hormheb fut couronné il partit de Thèbes et parcourut tout le pays pour rebâtir les villes, restaurer les temples et ériger de nouveau les statues et les autres monuments qui avaient été dévastés ou tombés en ruine; en même temps il démolit, autant qu'il le put, les objets appartenant au culte d'Aten; en peu de mots: il tâcha d'effacer les traces de la religion hérétique et de renouveler la splendeur de l'orthodoxie ancienne. Il signala également une activité énergique pour, l'amélioration de l'état moral. Sous les dissentions théologiques les moeurs étaient dégénérées, l'autorité des lois était diminuée, l'ordre dans l'administration était dérangé, rapine, pillage, oppression des pauvres, injustice, corruption des juges et des magistrats en général, prévarication des officiers militaires, — tous ces maux et crimes furent interdits par un redoutable décret du roi Hormheb et sévèrement punis; selon la loi les coupables devaient avoir le nez coupé et être exilés pour la vie à Zalou sur la frontière orientale.

Hormheb a donc rétabli non seulement la religion d'Amon, mais aussi la loi et la justice dans l'intérieur et l'autorité politique de l'Egypte à l'étranger.

Une nombreuse famille qui a laissé plusieurs monuments ^ vivait à cette époque. Le père de famille Khâa porte dans sa stèle de Vienne le titre: "Chef du bétail de

^ Lieblein, Dictionnaire de noms, nos. 620 et 641 et avec corrections nos. 2044 et 2045; Beciteiî de travaux, IX, 41 s. Études égyptologiques, II, p. 11.

la rnàison d'Aten", mais dans sa stèle de Leide: "Chef du bétail d'Amen" ; il était donc d'abord dans le service d'Aten et plus tard dans celui d' Amon ; car son fils Si-isis présentait ses offrandes à Amon^; le père ayant dans l'intervalle abandonné le culte d'Aten 2,

Hormheb est appelé Armais dans la liste manéthonienne. Julius Africanus lui donne un règne de 5 ans, mais dans le Répertoire de M. Legrain ^ nous trouvons la date: "L'an 8, le 1 Athyr sous le règne de Hormheb". Il y a sans doute une confusion dans la rédaction de Julius Africanus relativement à la fin de la XVIIP dynastie où nous lisons: *

"Armais 5 ans

Ramessès 1 —

Amenophath . . . .19 — "

Ramessès est identique à Ramsès I qui comme fondateur de la XIX® dynastie aurait dû être mis à la tête de

1 Études égyptologiques, II, p. 12 ligne 1.

2 E. von Bergmann était certainement dans l'eiTeur, quand il pensait que la stèle de Vienne était postérieure à celle de Leide; (Recueil de travaux, IX, 43) c'est tout le contraire. Au même endroit l'égyptologue viennois est tombé dans une auti'e erreur assez étrange, car il ajoute: "Schwierigkeiten macht jedoch die Nichtubereinstimmung des Titels des Grossvaters Chaâa, welche sich durch einen mittlerweile erfolgten Stellenwechsel des schwerlich noch am Leben befindlichen Greises, dessen Enkel bereits in Amt und Wûrden standen, kaum erklâren lâsst und vielleicht auf Rechnung der Nachlâssigkeit der Lapidarii zu setzen kommt". Mais pour celui qui connaît la situation historique il n'y a aucune difficulté ici : lorsque Khâa abandonna le culte d'Aten et embrassa celui d'Amon, il changea eu même temps le titre de sa fonction en y adoptant le nom d'Amon au lieu du nom d'Aten.

3 G. Legrain, Bépertoire généalogique et onomastique, no. 331.

cette dynastie, mais il est placé à la fin de la XVIII® conformément à la règle, toujours suivie dans les listes manéthoniennes, d'inscrire les fondateurs des dynasties à la fin des dynasties précédentes, savoir Amenemha I dans la XI® dynastie et Ahmès dans la XVIP \ Ramessès aurait donc terminé la XVIIP dynastie, cependant Julius Africanus, voyant qu'il y avait une faute quant à la somme des années de la dynastie, a ajouté après coup: "Amenophath 19 ans". Mais qui était cet Amenophath? Je ne le sais pas au juste; c'était peut-être un roi collatéral, p. ex. Amenhotep, fils royal de Kush, frère cadet de Hui (?) ^ ou un autre roi inconnu du nom d'Amenhotep ou plutôt Amenapet qui aurait régné avant que Hormheb fût couronné alors qu'il n'avait encore que "le sceptre au poing et l'uraeus au front" K

Voici comment je comprends Julius Africanus qui ici comme ailleurs certainement a raison au fond:

menop a l g^ ^^^ ^ 1256—1232 a.J.C.

Armais j

Ramessès 1 an . . . . . . 1232—1231 -

Amenophath et Hormheb auraient régné ensemble 24 ans, Hormheb 5 ans seul après le couronnement et plusieurs ans avant contemporainement avec Amenophath

1 La cause de cette règle était peut-être celle-ci: Les fondateurs des nouvelles dynasties étaient généralement des usurpateurs qui pendant des années ont combattu pour avoir le dessus, et le chronologiste ne savait pas au juste le moment précis de leur victoire définitive.

2 Lepsius, Denkmàler, IIJ, 15.

3 Maspero, L'Histoire ancienne, II, 343.

dont plus tard il s'est approprié quelques années, au moins nous avons rencontré plus haut la date de l'an 8 de-son régné. Il me faut pourtant faire une restriction. Je ne donne Texplication que je viens de mentionner que provisoirement comme une hypothèse sur laquelle je n'insiste point. Je suis toutefois convaincu que J. Africanus comme dans tout son système aussi quant à ce point spécial où l'ordre des rois est changé, au fond est dans le vrai. Avant de finir avec la XVIIP dynastie je mettrai en avant un fait qui ne doit pas être passé sous silence, quand on parle des derniers Pharaons de cette dynastie.

Dans l'ouvrage de Mariette sur ses fouilles heureuses des tombeaux d'Apis au Serapéum ^ nous trouvons cinq Apis inscrits comme appartenant à la XVIII® dynastie: Apis I mourut sous Amenhotep III, Apis II sous Kheperuneb-ré Tutankhamon, Apis III et IV sous Hormheb et enfin Apis V sous un roi dont le nom est reproduit trois fois, mais si indistinctement qu'il n'est pas possible de le lire avec certitude. M. Wiedemann lit le nom Teta^; c'est possible. Mais, si pour ma part j'ose émettre une opinion particuhère, je me permettrai, je ne veux pas dire, de proposer, mais seulement de noter une autre lecture qui peut-être serait un peu plus plausible, je veux dire: Khou-ré ou Akhou-ré^;

1 Aug. Mariette, Le Serapéum de Memphis.

2 Wiedemann, Aegyptische Geschichte, p. 466 et Supplément, p. 55.

3 Voyez surtout la forme du nom dans Mariette, Le Serapéum,, PI. VI. Nous trouvons, pour ajouter une autre remarque, le nom

de u I U dans mon Dictionnaire de noms, no. 2110, cfr.

Schiaparelli, Museo archeologico di Firense, p. 355, no. 1620.

si ce nom est correct on pourrait le rapprocher d'Akberrès I, Amenhotep IV, ou d'Akherrès II dans la liste de J. Africanus.

Cependant je n'insiste pas sur l'interprétation que je viens de présenter, je prie le lecteur de le bien remarquer, voyant qu'on aura de la répugnance à l'accepter, parce que l'on sera forcé en même temps d'accepter la lecture de Khouré ou Akhouré que j'ai proposée depuis longtemps pour le nom d' Amenhotep IV contre la lecture fausse de Khounaten qui dans notre science a pris des racines tellement* fortes qu'il est difficile, si non impossible de les extirper. -

La XIX^ dynastie, 1231-1022 a. J.C.

Voici la liste des rois de cette dynastie:

Les monuments égyptiens.

Ramsès I jusqu'à Van 1231 a. J. G.

Séti I . . . . 51 ans, 1231-1180

Ramsès II. . . 66 — , 1180— 1114

Menephthès . . 20 — , 1114—1094

Séti II

Ramsès de la stèle 60 — , 1094—1034

deBentresht(?) .

Amenmesès \

Siptah ) -12 -,1034-1022

Total 209 ans, 1231— 1022

Manéthon.

Sethos . . . 51 ans Rapsakes . .66 — Ammenephthes20 —

Ramesses . .60 —

Ammenemes . 5 — Thuoris. . . 7 —

Totar209ans.

A cette liste il faut joindre quelques notes explicatives.

Manéthon donne à Séti I un règne de 51 ans; "mais la présence de Ramsès II, déjà grand, dans la campagne de l'an I (de Séti I), nous force à en restreindre la durée à une quinzaine d'années, vingt au plus, peut-être douze ou quinze seulement" i. Cependant M. Breasted a d'une

Maspero, Histoire ancienne, II, 387, note 5.

manière ingénieuse et, comme il me semble, évidente, démontré que le texte dont il est question ici ne mentionnait primitivement aucun prince quelconque, le prince Ramsès et son frère aîné ayant été intercalés plus tard, de sorte que l'égyptologue américain avec raison a pu terminer la démonstration par cette conclusion: It is clear, in the first place, tliat thèse reliefs offer no évidence whatever that Ramses II ever took part in any campaign of his father, of whatever year. It is therefore no longer necessary to shorten the reign of Seti in order that Ramses may be sufficiently young at his (Ramses') accession, as Maspero considered unavoidable \ Mais si M. Breasted ne trouve ici aucune objection fondée contre le long règne de Séti I, ce qu'il donne d'une main en faveur de la liste manéthonienne il le reprend immédiatement après de l'autre. Car à une page suivante 2 il n'attribue à Séti I qu'un règne d'environ vingt ans. A greater maximum -r- il dit — îs improbable, for the reason that Setau, viceroy of Kush in Seti Fs second year, is known also in Ramses ll's thirty eight year, which, if Seti reigned twenty years, makes Selau's term of office at least fifty-seven years — an extraordinary tenure of office. For the extensive building which Seti I açcomplished, twenty years are none too long a reign. C'est une chose extrêmement comique de voir comment on croit pouvoir, avec la mine grave et sérieuse d'un grand savant, mettre ses créations fantastiques en guise des réalités documentaires. Contre le chiffre positif de Manéthon il aurait été nécessaire de prouver que les deux Setau en vérité étaient

1 Breasted, Historical Documents, lll, 65.

2 Breasted, 1. 1. III, 67.

une et même personne, d'autant plus que le Setau de l'an 2 de Séti I est éloigné de Setau de l'an 38 de Ramsès II par un laps de temps de 87 ans selon Manéthon et de 57 ans selon M. Breasted ; car la fonction de plus de 57 ans pour un vice-roi serait déjà de trop, étant forcés, comme nous sommes, à ajouter là-dessus un âge de 20 — 30 ans pour pouvoir entrer en charge, tandis que la fonction de plus de 87 ans + 20 ou 30 ans de l'âge passerait les bornes ordinaires de la nature. Pour moi il n'y a aucun doute possible. Nous avons ici deux Setau, probablement le grand-père et son petit-fils. Nous connaissons un "fils

D ^^ ^5^, nommé sur une stèle

royal de Kush Setau",

du Musée du Louvre i; c'est peut-être le grand-père, car il est entouré des personnes qui vivaient à la fin de la XVIII® dynastie: un certain Hormheb et son fils, scribe de table d'offrandes de Kush, et la dame Bakta, musicienne attachée au culte du roi Thotmès III. Ce Setau était, comme il semble, vice-roi déjà sous la XVIIP dynastie, et s'il était identique au Setau de l'an 2 de Séti I, il aurait survécu à la XVIII® dynastie et aurait eu un certain âge sous la XIX®. Mais nous connaissons encore un autre "fils royal de Kush", nommé Setau, qui vivait sous Ramsès II 2. Il portait aussi le titre de "Chef des régions aurifères", les mines d'or, sans doute, de la vallée d'Olaki dans la Nubie, dont il est

1 Études égyptoïogiques, vol. 8, p. 77, cf. Lieblein, Dictionnaire de noms, no. 2052.

2 Lieblein, Dictionnaire de noms, no. 901. C'est une "kolossale hockende Figur" qui se trouve au Musée de Berlin. Cf. Lepsius, Denkmàler, III, 195, b, c.

question sur le temple de Radesieh et sur la stèle de Kouban ^ et le tifre élait bien approprié, car les fonctions du Prince de Kush embrassaient l'inspection des pays aurifères de la Nubie. Voilà le Setau qui, selon toute vraisemblance, était identique au Setau de l'an 38 de Ramsès IL Il était, je crois, originaire d'El-Kab dont les gouverneurs avaient l'administration de la Nubie 2, et il paraît de même, que la famille de Setau y avait son domicile particulier, car nous connaissons un troisième Setau qui était le grandprêtre de Nekheb-El-Kab, fils du grand-prêtre de Nekheb, nommé Hui ^ Il y avait donc plusieurs personnes qui portaient le nom de Setau, et nous n'ayons aucune raison de statuer une identité qui était ou simplement impossible ou contre toute probabilité ^ de sorte que nous en pouvons tirer la conclusion, que les 51 ans que Manéthon a attribués à Séti I restent inattaquables sans avoir besoin d'aucune correction quelle qu'elle soit ^.

J'ai des observations chronologiques à faire aussi quant à Ramsès IL II a régné 66 ans, 1180—1114 a. J. C; restant au dedans des limites des lois de la nature nous

1 Maspero, Chàbas, Oeuvres diverses, T. II, p. 219.

2 Voyez plus haut, p. 194.

3 Lieblein, Dictionnaire de noms, no. 912.

■* Nous connaissons en vérité un autre "Fils royal de Kush", nommé Amenemapet qui était en fonction l'an 9 du règne de Séti I, Lepsius, Benkmàler, III, 141, h, i, k.

5 M. Maspero dit de la momie de Séti 1: Il dut mourir vieux; la tête est rase, les sourcils sont blancs; l'état du corps accuse la soixantaine, et bien passée, ce qui confirme l'opinion des savants, qui lui attribuent un très long règne. (Maspero, Les Momies royales de Deir el-Bahari dans Mission archéologique Française au Caire. Tome I, p. 773.)

pouvons supposer, qu'il naquit pendant les dernières dix ou vingt années de Séti 1 1. Supposant que Ramsès II soit monté sur le trône environ l'an 1300 a. J. C, on place généralement son règne plus de 100 ans avant le temps vrai. Moi, je crois être dans le vrai, quand je le place dans le douzième siècle. Ce n'est pas ici le lieu de récapituler tous les motifs qui m'ont décidé à penser ainsi; je veux seulement observer qu'il y a des raisons pour croire que Ramsès II ait régné au temps de la guerre de Troie. Car les peuples qu'Homère nous nomme comme coalisés contre les Grecs étaient, sans aucun doute, identiques avec les peuples que le poème de Pentaur nous donne comme coalisés avec les Héthites contre Ramsès IL

Les peuples et les pays d'Homère sont:

Ilion, Héthites ^, Dardaniens, Pedasos, Lyciens, Mysiens, Ciliciens.

Les peuples et les pays de Pentaur sont:

Ilion 3, Héthites, Dardaniens, Pedasa, Lyciens, Mysiens, Ciliciens.

La même relation entre les mêmes peuples d'un aussi grand nombre qu'ici me semble bien clairement indiquer la même époque; car il n'est pas probable que tant de peuples relativement insignifiants ont gardé longtemps' leur puissance politique et situation réciproque sans changement.

1 Voyez plus haut, p. 318.

2 Avec Gladstone je pense que les K^rsiot chez Homère étaient identiques avec les Héthites. Eurypylos, roi des Keteioi, vint à l'aide de Priamos vers la fin de la guerre. Odyssée, XI, 520 ss.

^^> je lis Ilion; Brugsch lisait Meuna qu'il identifiait avec

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