‹ Recherches sur l'histoire et la civilisation de l'ancienne Égypte [microform]Chapitre 20 sur 31 · AAAAA · texte numérisé non relu

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un autre peuple grec, les Méoniens.

Aussi, à mon opinion, la guerre de Troie, dont l'authenticité ne peut être douteuse, a eu lieu peu de temps, quelques ans seulement, après la guerre de Ramsès II avec les Héthites. En l'an 5 de son règne, c'est-à-dire 1176 a. J. C, selon moi, il battait la bataille de Kadesh, et la guerre de Troie peut très bien être placée environ l'an 1170 a. J. C. Parmi les peuples nommés, les Khetti ont joué un rôle politique dans ces contrées pendant le douzième siècle. Nous le savons positivement, et pour nous c'est une chose fort probable que les Khetti ont pris part dans cette coalition. Je reviendrai bientôt à ce peuple, mais fais provisoirement cette remarque pour éviter une méprise.

Ménephthès, fils et successeur de Ramsès II, régnait 20 ans, 1114 — 1094 a. J. G. Le grand texte est bien connu qui raconte que Ménephthès a vaincu les Israélites dans leur pays en Syrie ^. Les difficultés historiques que l'on a vues dans ce texte ne sont qu'imaginaires. Si l'on restitue la chronologie à ma manière, les difficultés disparaissent. Car l'exode avait lieu deux cents ans au moins avant Ménephthès, alors que, d'après les lettres de Tell el-Amarna, le peuple de Khabiru sous le règne d'Amenhotep IV immigrait dans la Palestine ou y faisait des conquêtes, et le règne de Ménephthès était contemporain avec les Juges hébreux ^.

Manélhon nomme comme successeur de Ménephthès un roi Ramessès, qui n'est pas encore retrouvé sur les monuments" égyptiens. Cependant il est possible que son

1 Voyez plus haut, p. 282.

3 Voyez plus haut, p. 291, s.

nom, qui sans doute ressemblait beaucoup au nom de Ramsès II, se cache parfois où l'on n'a pas soupçonné de le rencontrer.

D'accord avec M. Maspero, je pense que le Pharaon de la stèle de Bentresht ne doit pas être intercalé comme Ramsès XII entre Ramsès XI et le véritable Ramsès XII (Ramsès Khamus). Si l'événement que raconte la stèle de Bentresht n'est pas simplement un conte fabuleux, mais, en partie au moins, un fait historique, je serais tenté de croire que lé Pharaon qui y est mentionné pourrait être identique avec le Ramessès, quatrième roi de la XIX^ dynastie de Manéthon dont j'ai donné plus haut la liste des rois.

Pour les quatre premiers rois, Manéthon tombe d'accord avec les monuments; avec cette seule différence qu'il a compris le règne de Ramsès I dans la XVIIP dynastie. Pour les trois derniers, le désaccord est flagrant.

Car tandis que Manéthon donne:

Ramessès ....... 60 ans

Ammenémès 5 „

Thuoris ........ 7 „

les monuments égyptiens donnent, d'après M. Wiedemann:

Séti II . 60 ans

Amenmesès ...... 5 „

Sa-Ptah ........ 7 „

d'après Brugsch:

Séti II (Amen-messu) ... 33 ans Set-nakht (Siptah) .... 33 ,,

et d'après M. Maspero :

Séti II Amenmésès Siptah.

Mais en tant que les monuments égyptiens nous l'apprennent, ces trois Pharaons Séti II, Amenmésès et Siptah, avaient tous des régnes d'une courte durée, à peine plus de vingt ans ensemble pour tous les trois; toutefois il est certain que ces règnes n'étaient pas assez longs pour combler le temps écoulé depuis Ménephthès jusqu'à Ramsès III de la XX® dynastie. Car nous connaissons cinq grand-prêtres qui ont fonctionné dans ce laps de temps:

Le grand-prêtre d'Amon Roï, sous Ménephthès

— — — Roma, sous Séti II

— — — Hora

— — — Untavat

- — — — Amenvahsu.

Si nous supposons, que les cinq grands-prêtres ici nommés, Roï et les quatre autres, ont fonctionné environ cent ans, ou chacun pendant vingt ans, la série des grandsprêtres sera complète pour le temps de 1110 à 1010 a. J. G.; car le premier, Roï, a vécu sous Ménephthès (1114 — 1094 a. J. G.) et le dernier, Amenvahsu, probablement sous Ramsès III, c'est-à-dire 1022— 990 a. J. G. Voici la série:

Roï ....

Roma , . .

Hora . . .

Untavat . .

Amenvahsu .

Les trois grands-prêtres Roma, Hora et Untavat avec leurs 60 ans (1090 — 1030 a. J. C), correspondent donc pour la plus grande partie aux rois Séti II, Ramessès, Amenmésès et Siptah. C'est peut-être pour ce motif que Wiedemann, qui ne compte pas Ramessès, donne 60 ans à Séti II, et que Brugsch de même donne 33 ans à Séti II et 33 ans à Siptah. Mais les monuments ne connaissent que l'an II de Séti II; et son règne a dû être court; du moins il n'a pas achevé son tombeau, une circonstance qui indique un règne de courte durée ^.

Pour combler le temps que les trois grands-prêtres demandent nous sommes si heureux de pouvoir intercaler entre les trois Pharaons reconnus le nouveau règne de Ramsès de la stèle de Bentresht, en supposant qu'il soit identique avec le Ramessès que Manéthon donne comme successeur de Ménephthès. Dans ces temps de décadence, il n'y a rien de frappant à ce qu'un Pharaon, notre Ramessès, ait pu demeurer paisiblemnnt à Thèbes et régner pour ainsi dire inaperçu entre ou parmi des co-régents plus actifs et entreprenants. L'inscription de Bentresht donne l'an 33 du roi; il a donc régné longtemps, et il n'y a rien qui empêche de lui attribuer les soixante ans que Manéthon indique pour son Ramessès, surtout si nous supposons que le règne de Séti II, qui est passé sous silence dans la hste manéthonienne, est compté dans les 60 ans de Ramessès. Sans y insister, j'incline à penser que le Ramsès de la stèle de Bentresht puisse être le même que le Ramessès

1 Maspero, Histoire, II, 438.

de la XIX® dynastie manéthonienne. J'ai toujours été de l'opinion qu'il n'est pas prudent de rejeter sans façon les données de Manéthon.

Nous rétrouvons peut-être notre Ramessès dans la série des rois qui, dans Lepsius, Denkmâler III, 213, représentent les prédécesseurs de Ramsès III; voici l'ordre: Ramsès III, Setnekht, Ramsès (Usermaré Setepenré), Ménephthès I. D'après l'ordre inverse des noms, Ramsès (Usermaré Setepenré) a régné après Ménephthès I®^ et par conséquent il ne peut pas être Ramsès II pour lequel il a été pris. Si l'on ne veut pas constater ^ une faute dans l'inscription, ce qui est toujours dangereux, notre inscription tombe d'accord avec Manéthon en plaçant un roi Ramsès immédiatement après Ménephthès, vers la fin de la XIX® dynastie. Aussi les huit Apis, n°^ 7—14, que Mariette, dans son ouvrage Le Sérapéutn, a attribués à Ramsès II, semblent être de trop pour un seul l'oi; il pourrait se faire que quelques-uns de ces Apis aient vécu sous notre Ramessès, Ramsès II, bis, si l'on veut. On peut faire ici encore une autre remarque. Ramsès de la stèle de Bentresht ne peut pas être Ramsès II; car les deux formes différenciées du dieu Khônsu: "Khonsu-m-vas nofer-hotep" et "Khonsu-p-ar-skher-m-vas", qui se trouvent dans l'inscription de la stèle de Bentresht n'existaient pas encore, autant que je sache, au temps de Ramsès IL II y a de même une différence dans les noms des deux Ramsès; car tandis que les noms. principaux sont à peu près les mêmes, comme pour ])resque tous les Ramsès, les deux noms des titres de Hor et de Hor de nub sont tout-à-fait différents.

Avant de quitter la XIX® dynastie, je donnerai la série complète des grands-prêtres de toute cette dynastie en mettant à leur côté les rois contemporains.

Grands-prêtres.

Rois de la XIX® dynastie.

Neb neteru, t'ed

Séti I, 51 ans,

nef Thera^

Amenhotep ^

Ram ses 11, 66 ans,

Sekhemmes ^

Unnofre ^

Roï 5

Ménephthès, 20 ans,

Roma °

Séti II et Ramessès, 60 ans,

Hora '

Untavat ^

Amenmèses, 5 ans,

Amenvahsu '^

Thuoris, 7 ans,

1 Lieblein, Dictionnaire de noms, nos 881, 2087 à 2090.

"2 Ibld., n» 2197. Son fils Amoneinap vivait sous Ramsès II, car, dans Mariette, Monuments divers, pi. 72, 49 on lit: "Chef de la cour Amonemap, fils du savant et du grand-prêtre Amenhotep, de la grande cour de Ramsès 11". Il est donc probable que le père, le grand-prêtre d'Amon, Amenhotep, vivait et fonctionnait sous Séti 1er comme sous Ramsès II.

3 Ibid., nos 2100, 2562.

4 Ibid., no 905.

^' Ibid,, nos 908, 909, 930.

« Ibid., nos 559, 909.

7 Ibid.. nos 2115, 2168.

s Ibid., nos 1002, 2114.

Ibid., no 1002.

Les deux derniers grands-prêtres étaient frères et représentent ainsi une seule génération; pour cette raison, j'ai raccourci le temps attribué aux derniers grands-prêtres.

Après avoir déterminé à ma manière la chronologie de la XIX® dynastie je reprendrai l'histoire spéciale des rois.

Séti I commença déjà l'an I de son règne la guerre dans l'Asie d'abord contre les Shasu et puis parcourant Canaan et la côte phénicienne. Il continua la guerre probablement pendant plusieurs ans, car quoique les inscriptions ne portent que la seule date de l'an I, il n'a pas pu faire tant d'expéditions militaires dans l'espace d'une seule année: or, les longues inscriptions de Séti I qui couvrent les parois septentrionaux de la grande salle hypostyle du temple de Karnak nous racontent que Séti I a fait des expéditions en Libye et dans le nord de la Syrie contre les Rutennu et les Hittites. C'est le récit sur la guerre contre les Hittites qui à cet endroit est le plus important pour nous. Ce peuple qui jouait un si grand rôle au temps de Ramsès II et qui est et restera probablement encore longtemps l'énigme archéologique des savants d'aujourd'hui et de l'avenir, est .cité une ou deux fois dans les textes cunéiformes de l'ancienne Babylone; mais les Assyriologues ne sont pas d'accord quant au temps de la notice i; de même dans les Annales de Thotmès III sont nommés quelques tributs insignifiants que "le grand Kheta" a apportés au maître égyptien, mais on ne sait pas bien de quel pays ^.

Hommel, GeschicMe Babyloniens und Assyriens, p. 419. 2 Je serais tenté de croire que "le grand Kheta" veut dire les Héthites qui avant l'Exode des Hébreux et au temps de Thot-

M. Maspero croit que "les Khâti, tribus rudes et belliqueuses, apparentées non plus aux Sémites de la plaine syrienne, mais aux populations de langue et de race ambiguës qui occupaient les bassins supérieurs de l'Halys et de l'Euphrate, vivaient dans les replis profonds de l'Amanus et du Taurus^". C'est fort possible, mais, autant que je sache, ce n'est pas prouvé par des documents authentiques.

M. Winckler raconte qu'il a retrouvé l'ancienne capitale des Hittites dans les ruines de Boghaz-kôi, situées dans le coeur de Gappadoce, où il a fait des fouilles de la plus grande importance ^. Les découvertes qu'il y a faites sont d'un intérêt tout particulier non seulement par les renseignements nouveaux qu'elles nous donnent, mais aussi par les preuves curieuses qu'elles nous procurent sur les faits connus déjà depuis longtemps. Il résulte avec évidence des fouilles de M. Winckler que les Hittites à un temps déterminé avaient leur capitale dans la Cappadoce, mais si elle était leur première, la plus ancienne capitale, nous ne le savons pas. Ce qui est certain, c'est que les plus importants documents que M. Winckler y a trouvés traitent d'une série des rois Hittites qui étaient contemporains aux premiers rois de la XIX® dynastie égyptienne, notamment Ramsès II qui régnait 1180—1114 a. J. C.

mes III demeuraient dans la Palestine et qui ont présenté leurs dons pour rendre hommage au vainqueur égyptien, quand il retournait en Egypte de son expédition de l'an 33 en passant par leur territoire.

1 Maspero, L'Histoire ancienne, II, 351,

2 Hugo Winckler, Vorldufige Nachrichten iiber die Ausgrabungen in BogJias-kôi im, Sommer 1907 dans Mitteilungen der Deiifschen Orient-Gesellschaff su Berlin.

Cependant, malgré les nouveaux documents que les dernières fouilles ont mis au jour, malgré les notices importantes que les textes hiéroglyphiques et cunéiformes ainsi que les lettres de Tell el-Amarna nous ont apportées relativement à l'histoire des Hittites, ce sont toujours les livres de Moïse qui nous rendent les plus anciens et les plus détaillés récits sur ce peuple intéressant. Gomment était la situation selon ces récits?

Avant l'Exode et avant l'occupation de la Palestine par les Hébreux, c'est-à-dire avant Amenhotep III, les Hittites étaient établis dans les contrées méridionales de la Palestine aux environs de la ville d'Hébron et jouaient sans doute à cette époque le rôle le plus prépondérant parmi les peuples du pays. Et ils y demeuraient déjà au temps d'Abraham. Car ce patriarche acheta des Hittites "la caverne du champ de Macpéla, au devant de Mamré, qui est Hébron, au pays de Canaan i". Abraham dit aux Hittites: "Je suis étranger et habitant parmi vous, donnezmoi une possession où j'aie droit de sépulcre parmi vous 2"- ^•'Abraham se prosterna devant le peuple du pays, c'està-dire, devant les Hittites^". De ces passages, qui sont confirmés par la Genèse, chap. 25, 10; 49, 30; 50, 13, il ressort avec évidence, que les Hittites aux temps d'Abraham avaient la possession du pays dans les environs d'Hébron. Aussi aux temps d'Esaù et de Jacob ils sont également nommés le peuple du pays. Dans la Genèse chap. 27,46 Rebecca dit: "La vie m'est devenue ennuy-

^ Genèse, chap. 23, 19.

3 Ibid., chap. 23, 4.

3 Ibid., chap. 23, 7.

euse, à cause de ces Héthiennes. Si Jacob prend pour femme quelqu'une de ces Héthiennes, comme sont les filles de ce pays, à quoi me sert la vie"? Au temps de l'Exode nous trouvons les Hittites nommés en première ligne parmi les peuples de Palestine, que les Hébreux avaient à combattre pour prendre possession de la terre promise. Dieu dit qu'il veut donner aux Hébreux le pays "où sont les Cananéens, les Héthiens, les Amorrhéens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens^", ce qui est répété plusieurs fois, p. ex. Exode, chap. 3, 17; chap. 13, 5; chap. 23, 23 et 28; chap. 33, 2; chap. 34, 11; Deuteronome, chap. 7, 1; Josué, chap. 3, 10. Les douze espions que Moïse envoyait pour reconnaître le pays de Canaan rapportèrent que "les Hamalékites habitent au pays du midi, et les Héthiens, les Jébusiens et les Amorrhéens habitent dans la montagne, et les Cananéens habitent le long de la mer, et vers les rivages du Jourdain ^ ". Le chapitre 20 du Deuteronome qui prescrit le traitement des villes conquises fait distinction entre les villes éloignées et celles de la terre promise. Quant aux villes de la dernière catégorie il est dit: "Mais tu ne laisseras vivre personne qui soit des villes de ces peuples que l'Eternel ton dieu te donne en héritage. Car tu ne manqueras point à les détruire à la façon de l'interdit; savoir, les Héthiens, les Amorrhéens, les Cananéens, les Phérésiens, les Héviens, les Jébusiens, comme l'Eternel ton Dieu te l'a commandé^". Dans le livre de Josué, chapitre 9 vers 1 nous lisons : "Dès que tous les rois qui

1 Exode, chap. 3, 8,

2 Nombres, chap. 13, 30.

2 Deuteronome, chap. 20, 16, 17. .

étaient en-deçà du Jourdain, sur la montagne, et dans la plaine, et sur tout le rivage de la grande mer, jusques contre le Liban; savoir, les Héthiens, les Amorrhéens etc. eurent appris ces choses". On voit de ces passages sans aucune équivoque possible \ que les Hittites habitaient la Palestine avant l'Exode et avant l'occupation par les Hébreux. Ceci est d'ailleurs une chose bien convenue; aussi M. Maspero a-t-il dans son excellent ouvrage: "Histoire ancienne des peuples de l'Orient" sur la carte de la Syrie ^ placé les Hittites dans les environs d'Hébron.

Mais quoiqu'il soit bien certain que les Hittites avant l'Exode habitaient la Palestine, ils n'y restèrent pas comme peuple indépendant après que les Hébreux eurent conquis la terre promise. Une partie fut subjuguée ^ et resta dans le pays*; enfin Salomon la rendit tributaire: "Et pour ce qui est des peuples qui étaient restés des Amorrhéens, des Héthiens etc. qui n'étaient point des enfants d'Israël; savoir, de leurs descendants qui étaient demeurés après eux au pays, et que les enfants d'Israél n'avaient pu détruire à la façon de l'interdit, Salomon les rendit tributaires, et les asservit jusqu'à ce jour^". Mais une autre partie, le groè du peuple émigra vers le nord et prit ses nouvelles demeures chez les frères, s'ils existaient, les Khetti en Cilicie, selon M. Maspero, ou en Gappadoce, selon M. Winckler.

1 Cf. aussi Josué, chap. 1,4; chap. 11,3; chap. 12,8; chap. 24, 11.

2 Maspero, Histoire, etc., p. 180.

3 Josué, chap. 12, 8; chap. 24, 11.

* Juges, chap. 3, 5; I Samel, chap. 26, 6; II Samuel, chap. 11, 3, 6 etc. ô 1 Rois, chàp. 9, 20—21; II Chroniques, chap. 8, 7-8.

Quoiqu'il en soit, s'ils avaient, parmi un peuple Hittite qui demeurait au nord de la Syrie ou dans l'Asie mineure, des frères ou des apparentés à qui ils pouvaient se joindre, ces Hittites n'avaient pas encore joué aucun grand rôle politique, autant que nous sachions i; c'était, selon toute vraisemblance, après la réunion de tous les Hittites dans un seul empire, qu'ils s'agrandirent promptement et sous des circonstances politiques heureuses, de sorte qu'ils tenaient l'hégémonie dans ces contrées un siècle et demi plus tard, et qu'ils pouvaient, dans la vallée de l'Oronte, résister à toute la force de l'Egypte sous Ramsès II (1180-1114 a. J. C).

Le peuple Amorrhéen subit tout-à-fait le même sort que les Hittites. Avant l'Exode il habitait la Palestine; après cette époque il fut subjugué par les Hébreux ^ ; mais une partie fut chassée vers le nord % et s'établit sur les frontières septentrionales de la Palestine, ainsi que I Samuel, chapitre 7 vers 14 semble l'indiquer: "Samuel délivra Israël de la main des Philistins et il y eut paix entre Israël et les Amorrhéens". Ici dans la vallée de l'Oronte nous les retrouvons pendant les guerres de Ramsès II et de Ramsès III sous le nom de leur pays, "le pays dés Amori". Dans leurs nouvelles demeures les Amorrhéens se sont sans doute unis aux Hittites ou ont reconnu leur hégémonie pendant leurs guerres communes contre les Egyptiens. Nous avons vu que Thotmès III, Amenhotep II et d'autres rois de la

1 Voyez plus haut, p. 290.

2 Nombres, chap. 21, 25, 31 s.; Deuteronome, chap. 2, 24; chap. 3, 8; Josué, chap. 10,12.

3 Josué, chap. 24-, 18; I Rois 21, 26.

XVIIP dynastie^ ont fait des guerres contre le peuple de Rutennu au nord de la Syrie et ont reçu des tributs de lui; mais depuis la XIX® dynastie les Hittites commencent à se montrer dans ces parages d'abord à côté de lui, puis seuls, après que les Rutennu ont entièrement disparu, de sorte que les Hittites semblent s'être élevés sur la ruine des Rutennu. C'était, comme nous avons déjà dit 2, Séti I qui avait fait des expéditions militaires contre les Rutennu et les Hittites au même temps et à peu près dans les mêmes pays — r du moins ces deux peuples sont représentés sur le même tableau côte à côte comme prisonniers^. Quel fut le résultat de la guerre contre les Rutennu, nous ne le savons pas; dans la suite ils sont si rarement mentionnés qu'ils ont dès lors clairement perdu leur influence politique. Quant à la guerre contre les Hittites nous sommes au contraire bien informés, elle termina, comme nous verrons plus tard, par un traité de paix entre les deux puissances belligérantes.

Les inscriptions du temple de Radesieh racontent que Séti I exploita les mines d'or de l'Etbayé et que, dans ce but, il creusa des fontaines, restaura les anciennes et bâtit d'espace en espace des stations dans le désert pour donner asyle aux marchands et aux convois miniers. Dans une de ces inscriptions * le Pharaon porte la belle épithète

[ men nofre, "le bon pasteur". M. Breasted traduit

1 Voyez plus haut, pp. 248, 251 et 258.

2 Voyez plus haut, p. 328.

3 Lepsius, Denkmâler, III, pi. 130, h.

4 Ibid., III, 140 d, ligne 2.

correctement les mots: "the good shepherd", mais commet certainement une erreur, quand il ajoute qu'il faut lire "the standing man, with the staff and sack (?), as s. i". Au musée de Boulaq se trouvait une stèle qui Tan 1888, lorsque je l'étudiais portait le n" 163. Cette stèle a été dédiée à un Ptah-nofer, ayant ce titre:

' ' Q ^ ^r^ ' ' ' ^ § Jr '^ena mi n ptaJi, "le

AAyv^A^ I J-i Jl /r /www Ci A Vi

pasteur du bétail de Ptah".

Le mot nien a plusieurs significations d'après les différents déterminatifs:

1. Ave.c le déterminatif d'une barque: arriver au port, entrer dans le port.

2. Avec le déterminatif: un homme tenant un couteau: un prêtre qui immole les anim,aux d'offrande.

3. Avec le déterminatif d'un homme tenant une pioche : travailler la terre.

Maintenant, on pourrait exphquer notre titre par une de ces significations connues et traduire p. ex.: "le sacrificateur des taureaux du dieu Ptah". Mais ce serait une traduction à peine admissible et il faut en chercher une autre.

Dans le dictionnaire copte il existe un mot dont on n'a pas encore retrouvé le prototype dans la langue hiéroglyphique. C'est le mot iioojfe, pascere, mener le hétail

au pâturage, que je rapproche de notre mot hiéroglyphique mena avec le déterminatif d'un homme tenant un bâton dans la main ou portant un sac sur le dos, puisqu'il est

1 Breasted, Historical Documents, III, 81, note a.

d'accord avec le déterminatif, et qu'il donne un sens bien convenable. Je traduis donc le titre dont il s'agit ici par: "Celui qui mène le bétail de Ptah au pâturage", cest-à-dire "le pasteur du bétail de Ptah". Ce titre correspond ainsi complètement tant quant au son, que quant à la signification au mot composé copte JUliJt HOT, pastor houm \

car JUL^ff, une forme de llOOJte est le mot hiéroglyphique () ^ , mena pasteur, et HOV est le hiéroglyphique

H "if ] TT^ ^^' ^^^^6'^**' <ÏL" se trouve tant de fois dans les tombeaux des pyramides ^.

Par ce même mot qui ne doit pas être lu s', comme M. Breasted propose, mais men, nous pourrons également expliquer le nom de peuple des monuments égyptiens

appelé '--^■J ^v\ I ; , menti, car ii est une terminaison,

qui indique la personne qui fait ce que le verbe signifie: Menti veut donc dire "le Peuple pasteur, les Nomades".

Séti I bâtit le temple de Qournah et le temple qui porte son nom à Abydos, commença de même la grande salle hypostyle de Karnak, creusa son tombeau, le plus grand qui se trouve, dans les montagnes de Bab el-Moluk,

1 Peyron, Lexicon linguœ copticœ, p. 100.

2 Quand Peyron 1. 1. ajoute: 1JL*Î,IIH0T pro JUt^HegHOT, c'est une erreur: l'excellent savant n'a connu que le mot postérieur ^ n3 ^ "j^ ^ » mais non pas l'ancien mot ( ^ ^ qui

probablement n'est conservé que dans le mot composé copte

et lés bas-reliefs qu'il a fait exécuter sur ses monuments sont des plus beaux qui subsistent dans l'ancienne Egypte. Les listes de rois que Séti I et son fils Ramsès II firent sculpter sur les parois des temples d'Abydos montrent que les prêtres savants de ces temps étaient sérieusement occupés à étudier l'histoire de leur pays et à fixer la série des rois distribués en dynasties selon l'ordre chronologique. Ramsès IL II n'y a aucun Pharaon, qui dans toutes les parties de l'Egypte ait laissé tant de monuments que Ramsès II l'a fait. Mais aussi il n'y a eu qu'un Pharaon qui comme Ramsès II ait régné tant d'années avec la pleine autorité royale, ni le centenaire Pepi de la VP dynastie, ni Thotmès III avec ses 70 années de règne. Probablement il n'y a eu aucun autre Pharaon qui égal à Ramsès II ait montré tant d'activité et d'énergie dans les affaires de la guerre et de la paix. Et enfin^ ce qui ne compte pas moins dans cet ordre de choses, il n'y a eu aucun Pharaon qui autant que Ramsès II ait usurpé les monuments des rois antérieurs en rayant les noms primitifs et en inscrivant ses propres en leur lieu. D'ailleurs, Ramsès II avait le bonheur et l'honneur d'être chanté par un Homère égyptien qui dans son épopée célébrait la bravoure et les exploits surhumains de son héros égyptien, Ramsès II, un poème qui ne peut pas être comparé avec l'incomparable chef-d'oeuvre grec, mais qui peut-être devait le précéder pour lui préparer le chemin \

1 Ces mots éveilleront les cris d'opposition de mes critiques, mais je les prie de suspendre leur jugement relativement à moi; j'espère revenir sur ce sujet plus tard dans mes recherches sur la civilisation égyptienne.

Un long texte du temple d'Abydos, qui donne d'intéressants renseignements sur la jeunesse de Ramsès II raconte qu'il fut couronné roi par son père: "Lorsque j'étais encore enfant dans les bras de mon père, il parla me présentant au peuple: Couronne-le comme roi que je voie sa beauté en mon vivant! et les hauts . dignitaires de la cour s'approchèrent et mirent la double couronne sur ma tête; après quoi le roi me fit son co-régent et installa pour moi ma maison et mon harem". Il est donc clair que Ramsès II naquit dans les dernières années de Séti I ainsi <{ue je l'ai supposé plus haut; car si le couronnement était une fiction pour prouver la légitimité de Ramsès II, comme quelques savants le pensent, la fiction ne devrait pas avoir été si ouvertement contraire à la vérité, que l'on aurait osé dire que Ramsès II n'était qu'un enfant au moment où il avait atteint l'âge d'homme, tout le monde étant à même de contrôler, qu'il était enfant en vérité. Le même texte du temple d'Abydos nous apprend que Ramsès II, aussitôt qu'il eut monté sur le trône, continua et finit les constructions que son père avait commencées sans les achever, et la stèle de Kouban raconte qu'il réussit à terminer les travaux que Séti I avait tentés en creusant les fontaines dans les montagnes aurifères de la JS^ubie K

Tandis que les Pharaons antérieurs, comme nous avons vu, dans la règle commençaient leur guerre en Asie aussitôt qu'ils avaient monté sur le trône, Ramsès II fit sa première grande expédition dans la Syrie l'an 5 de son règne, pour ne pas parler des razzias qu'il avait faites auparavant

^ Voyez plus haut, p. 334.

pour châtier quelques unes des tribus rebelles dans le sud et le nord. Avec cette campagne commença la longue guerre de l'an 5 à l'an 21 que Ramsès II avait à faire contre les Khetti qui alors étaient à l'apogée de leur puissance et ainsi momentanément les plus dangereux ennemis de l'Egypte. L'étude de cette guerre serait une tâche des plus tentantes pour le savant qui a le loisir et les conditions nécessaires de l'entreprendre. Les monuments et les documents abondent: le poème appelé de Pentaur et les textes et reliefs des temples de Karnak, de Louxor, de Ramesseum, d'Abydos et d'Ipsambul qui sont étudiés et traités depuis ChampoUion jusqu'à Breasted. Nous y trouvons des récits détaillés sur la route des marches journalières des Egyptiens, sur la position respective des troupes ennemies, sur le démembrement de l'armée égyptienne en corps d'Amon, de Ptah, de Ré et de Sutekh avec les auxiliaires, les Ethiopiens, les Libyens, les Shardanes, sur les peuples qui sous l'hégémonie des Khetti s'étaient réunis contre les Egyptiens, sur l'espionnage et les ruses de guerre, sur les mouvements tactiques, sur le conseil de guerre où les généraux prononçaient leur sentiment, mais le Pharaon fixait la résolution. Sur le champ de bataille on voit le combat, comment il fait rage entre les chars égyptiens, chacun portant deux hommes, et les chars des Khetti avec trois hommes, tandis que le Pharaon, au milieu de la mêlée, de grandeur gigantesque, massacre les ennemis à droite et à gauche de son char; il est seul, entouré par deux mille cinq cents chars ennemis, niais dans le danger suprême le dieu Amon vient à son secours, et "Amon vaut mieux pour moi qu'un million de soldats, que cent

mille charriers, qu'une myriade de frères ou de jeunes fils, réunis tous ensemble, car le nombre des hommes n'y fait rien, mais Amon l'emporte sur eux".

Tout ceci, ce sont des choses très intéressantes qui donnent de bons renseignements sur l'histoire de la guerre et les relations diplomatiques des peuples, sur l'ethnographie et la géographie, et de même sur la civiHsation qui est le plus important de tout, parce qu'elle est la somme et le résultat de tout développement historique. Je reviens maintenant à la guerre des Khetti, mais sans cependant m 'occuper des événements spéciaux qui sont bien connus je ne m'arrêterai qu'à l'acte final, quand les adversaires traitèrent de la paix. La guerre ne les avait amenés à aucun résultat décisif, car les conditions de la paix étaient entièrement égales: les clauses du traité sont les mêmes pour les deux parties contractantes, le Pharaon et le roi des Khetti les répètent sans changement, de sorte que les stipulations réciproques sont identiques selon la forme et la teneur. Ce traité de paix est d'un intérêt tout particulier, parce qu'il est le premier qui nous soit conservé dans une forme complète et détaillée; proprement parlé il n'est pas le premier connu, et certainement il en a existé d'autres auparavant, car la répétition des formules constantes accuse un emploi, fixé déjà par l'usage des temps passés. D'ailleurs le texte du traité lui-même le testifie expressément, puisque la ligne 14 nous apprend qu'il existait un traité entre les deux puissances déjà au temps de Seplulu, le grand-père, et un autre sous le père de Khetasar. La guerre de Khe- , tasar avec Ramsès II n'était qu'un épisode dans la grande lutte entre les Egyptiens et les Khetti qui se continuait

du moins soixante-dix ans, interrompue cependant, comme nous venons de. voir, par des traités de paix, ou plutôt par des trêves de courte durée. Dans le préambule de notre texte du traité il est dit, que Khetasar, fils de Maurosar et petit-fils de Seplulu, avait conclu la paix avec Ramsès II, fils de Séti I et petit-fils de Ramsès I, et, puisque les deux trêves avaient lieu sous les deux premières générations et que la paix finale était conclue l'an 21 de Ramsès II, il est donc clair que la lutte dans sa totalité a été traînée à travers les trois générations nommées. Nous pouvons ici faire un calcul chronologique, mais à cause d'une confusion dont M. Breasted s'est rendu coupable dans un semblable calcul \ je trouve nécessaire de parler des divers rois nommés Seplulu. Celui qui est mentionné dans notre texte du traité paraît avoir été un puissant monarque et le véritable fondateur de l'empire des Khetti; il était le contemporain de Ramsès I et vivait environ 1232 a. J. C. Dans une lettre de Tell el-Amarna, le roi des Khetti appelé Subbiluliuma (= Seplulu) écrivit à Amenhotep IV qu'il avait été en bonne relation avec le père Amenhotep III, et qu'il désirait conserver le même rapport amical avec le nouveau Pharaon (Amenhotep IV) 2; ce Seplulu a donc régné environ" l'an 1320 a. J. G., c'est-à-dire presque cent ans avant lé Seplulu qui était le grand-père de Khetasar et par conséquent ne peut avoir été identique avec celui-ci. Mais nous connaissons encore un troisième roi de Khetti avec le même nom; c'est le Sepalulmi qui d'après M. Hommel

1 Breasted, Historical Documents, III, 167, note c, où M. Breasted lui-même partiellement corrige son erreur.

2 Knudtzon, Die El-Amarna-Tafeln, No. 41, p. 299.

était roi de Chattin et fut vaincu par Salmanassar II l'an 859 1.

Il y avait ainsi plusieurs rois des Khetti, au moins trois, qui portaient le nom de Seplul, et il faut bien savoir les distinguer, si l'on veut éviter toute confusion. Voici le tableau synchronique qui me paraît le plus plausible:

Rois égyptiens

Rois des Khetti

Araenhotep III mort 1318 a. J. G.

Seplulu lenv. 1320a.J.C.

AmenhotepIV — 1286 —

Ramsès I — 1231 —

SepluluII 1232

Séti I 1180

Maurosar — 1200 —

Mauthenro

mort 1176

Ramsès II

Khetasar

traite la paix 1159 —

traite la paix 1159 —

(Salmanassar II)

Seplulu m env. 859

Seplulu I vivait au temps de l'Exode des Hébreux alors qu'il y avait encore des Hittites indépendants en Palestine, de sorte que nous ne savons pas, si Seplulu I appartenait aux Hittites de la Palestine ou à ceux de l'Asie Mineure; en tout cas ils n'avaient à cette époque aucune puissance politique, les Hébreux étant à même de les chasser

1 Hommel, GeschicMe Babyloniens und Assyriens, p. 608, note 3; cf. Valdemar Schmidt, Assyriens og Mgyptens garnie Historié, p. 382.

ou de les dompter 1. S'ils ont joué un autre rôle dans un temps antérieur, environ l'an 1800 p. ex., comme M. Winckler le pense ^ je ne sais pas; c'est fort possible, mais environ Tan 1320 ils n'étaient que "membra disjecta". Presque cent ans plus tard nous les rencontrons en Gappadoce où, sous l'influence des circonstances politiques favorables, ils s'étaient réunis et avaient créé un empire bien consolidé. M. Winckler en a trouvé la capitale dans un endroit aujourd'hui appelé Boghaz-kôi, et la description qu'il a faite des fouilles en 1906 — 1907 est des plus intéressantes ^. On y a trouvé une foule de documents, surtout des textes qui, quand on aura appris à les lire, donneront, sans doute, les plus importants renseignements sur l'histoire orientale de ces temps. Malheureusement quelques-uns de ces textes sont écrits dans la langue et l'écriture des Khetti dont l'interprétation est encore incertaine, malgré les efforts incessants de M. Sayce. Beaucoup de textes sont cependant, comme les lettres de Tell el-Amarna, composés selon la norme diplomatique de l'époque, je veux dire, en écriture cunéiforme et en langue babylonienne, et ce sont des textes que la science moderne sait bien maîtriser. Mais les documents sont si nombreux et le^ir étude, malgré tout, si difficile que l'on ne doit pas avec trop d'impatience demander des résultats prompts et détaillés ^. Il est curieux que l'un des premiers documents découverts soit le traité de paix.

1 Voyez plus haut, p. 290.

2 Winckler, NachricMen ûber die Ausgrabungen in Boghas-kôi, p. 3.

3 Hugo Winckler, Vorlaiifige NachricMen iiber die Ausgrabungen in Boghas-kôi im Sommer 1907.

^ Winckler, 1. 1. p. 15 s.

conclu entre Ramsès II et Khetasar, dont nous avons parlé plus haut: le traité qui, sur les parois du temple de Karnak est sculpté en hiéroglyphes et en langue égyptienne, se retrouve à Boghaz-kôi, la capitale des Khetti, en écriture cunéiforme et en langue babylonienne. Il n'y a donc aucun doute que nous avons retrouvé la capitale et la résidence des Khetti au commencement de la XIX^ dynastie égyptienne.

M, Winckler nous communique que la plus grande partie des monuments trouvés appartenaient aux temps des trois grands rois des Khetti: Subbiluliuma (Seplulu), Mursil (Maurosar) et Hattusil (Khetasar) K Sous ces rois les Khetti étaient à la hauteur de leur pouvoir; ils élargirent leurs frontières et avancèrent vers le sud jusqu'à la Syrie, d'où, après avoir réuni une foule de peuples sous leur hégémonie, ils pénétrèrent dans la vallée de l'Oronte pour repousser les Egyptiens. La guerre entre les deux puissances était indécise et finit par une paix à conditions égales l'an 21 du règne de Ramsès II, c'est-à-dire 1159 a. J. C. Bientôt après, probablement déjà sous Khetasar ^ la puissance des Khetti commençait à décliner, et elle s'affaiblissait peu à peu, lentement, mais inévitablement: l'an 1116 ils furent subjugués par le roi Assyrien Tiglatpilesar I ^, et leur roi

1 Je crois cependant qu'il faut distinguer entre les deux Subbiluliuma : Subbiluliuma I qui vivait environ l'an 1320 a. J. C. et qui peut-être était à la tête des Khetti étant à la recherche de non-, velles demeures dans le nord, ou en Syrie ou en Asie Mineure; Subbiluliuma II qui vivait environ l'an 1230 a. J. G. et fondait l'empire des Khetti en Cappadoce.

•2 Winckler, 1. 1. p. 27.

3 Homme!, Geschichte Babyloniens uncl Assyriens, p. 523 s.

Subbiluliuma III paya l'an 859 des tributs à Salmanassar IL Les événements se suivent d'une manière régulière et bien ordonnée, et la lacune dans l'histoire des Khetti dont parle M. Winckler 1 n'a pas en réalité existée; cette fois comme toujours c'est le malheureux établissement d'une fausse chronologie égyptienne qui a fait la confusion et les difficultés.

Avant de finir avec les Khetti je dirai quelques mots d'une question qui n'est pas sans importance : les Khetti, appartenaient-ils aux Sémites ou à une race Indo-européenne? Autrefois j'étais d'avis, qu'ils étaient Sémites à cause des raisons philologiques que M. Brugsch et Chabas en avaient données. Dernièrement M. Knudtzon a essayé de prouver, que la langue d' "Arsawa" (d'après M. Winckler plus tard la langue des Khetti) était Indo-européenne, mais contre cette opinion M. Winckler a fait la juste remarque, que les arguments sont d'un nombre trop restreint pour nous convaincre. Cependant il est néanmoins possible que l'assyriologue norvénigien soit tombé juste. Voici pourquoi, j^ous verrons bientôt, quand nous arriverons à l'histoire de Ménephthès, que lorsqu'ils voulaient compter le nombre des ennemis tués dans une bataille, les Egyptiens avaient coutume de couper leurs phallus et de les amonceler devant le Pharaon pour faire le compte. Mais ils le faisaient seulement dans le cas où les ennemis étaient circoncis, comme les Egyptiens eux-mêrnes. Quant aux autres peuples, au contraire, qui n'étaient pas circoncis dont les phallus étaient impurs et dégoûtants à manipuler, les Egyptiens

1 Winckler, 1.1. p. 29.

leur coupaient la main droite^. Dans ce fait nous avons une caractéristique ethnographique: les ennemis dont les Egyptiens coupaient les phallus étaient circoncis, tandis que ceux dont ils coupaient la main étaient incirconcis. Maintenant, un relief du temple d'Abydos ^ nous montre Ramsès II, après la bataille de Qadesh, avec les chefs ennemis qu'il avait captivés et le butin qu'il avait pris; parmi le butin on voit des mains coupées. Les Khetti étaient donc incirconcis, et par conséquent ils pourraient très bien avoir été Indo-européens, s'il est vrai, ainsi que je le suppose, que les Sémites de la Syrie pour la plupart étaient circoncis.

Ce n'est pas mon intention de m'occuper des innombrables textes et tableaux que Ramsès II nous a laissés partout dans le pays. D'ailleurs il est possible que quelquesuns des monuments qui portent son nom appartiennent à son homonyme Ramsès II bis. Au moins c'est le cas relativement à la stèle de la Mission à Bakhtan. Dans cette stèle le Pharaon est appelé User-ma-re Setep-n-re Mi-amon Ramesses, noms que portait aussi Ramsès II ^. M. Erman

1 Déjà l'an 1879 dans mon mémoire: Notice sur les monuments égyptiens trouvés en Sardaigne, p. 29 ss. j'ai fait cette découverte confirmée plus tard par M. Max MûUer.

2 Mariette, Abifdos, II, 10 s., cf. Breasted, Historical Documents, III, 155.

3 II y a une seule différence: les quatre fois que le Phai'aon est

nommé sur la stèle, le premier nom a la forme: I

au lieu de 1 ©

Je ne sais, si la différence est

a cependant essayé de prouver \ que tout le texte est un véritable faux, fabriqué par d'ignorants prêtres égyptiens vers l'époque ptolémaïque. C'est possible; de quoi n'est-il pas permis d'accuser les anciens Egyptiens? M. Maspero loue à cette occasion la sagacité de M. Erman ^, mais derrière les mots polis on pourrait peut-être soupçonner un sourire sarcastique, car contre l'opinion de M. Erman il attribue la rédaction du texte à un temps antérieur où les sacerdoces cherchaient encore à maintenir l'autorité des grands-prêtres d'Amon, donc ils ne pouvaient être les pauvres ignorants qui fournissent à M. Erman son meilleur argument. Puis M, Maspero dit que le savant Berlinois par sa théorie nous débarrasse d'un Pharaon imaginaire. C'est le mot exact: 11 nous débarrasse — Mais comment? Par l'ordre de le décapiter. Les disciples s'en vont et se pressent d'exécuter le Pharaon de la stèle de Backhtan. Mais aussitôt ils reviennent à leur maître, disant: Maître, que faire? Ramsès II bis de Manéthon reste! Le sévère maître lève sa main avec un geste sinistre : Décapitez-le ! Ils s'en vont de nouveau et le font. Mais tout de suite ils se présentent devant leur maître consternés: Maître! que faire? Manéthon reste encore! Le maître répète: Décapitez-le! Ils courent

intentionnelle ou seulement fortuite; ce qui paraît indiquer l'intention, c'est qu'il porte aussi les autres noms d'Horus et d'Horus de nub que Ramsès II ne porte pas, de sorte que le rédacteur de la stèle voulait expressément dire qu'il ne s'agit pas ici de Ramsès IL

1 Zeitschrift fiir dg. Spracke &c. 1883, p. 54—60.

2 Maspero, Les Contes populaires de l'Égypie ancienne, Deuxième édition, 1889, p. 212.

et après avoir exécuté la sentence ils reviennent joyeux \ Le maître dit: "Maintenant nous sommes libres; les anciennes autorités n'existent plus; nous pouvons suivre notre pensée pure, seule et unique: Asseyez- vous, étudions!" Cependant le carnage sanglant était inutile: Manéthon vivra longtemps après que nous autres modernes serons morts. Encore une seule remarque. Si le dernier mot de la science doit être, qu'un pauvre ignorant ait rédigé l'inscription de la stèle de Bakhtan, il n'en suivra pas, que Manéthon, l'historien royal qui avait à sa disposition tous les documents officiels était aussi un pauvre ignorant; du moins il n'est pas permis de conclure que, s'il y a un pauvre ignorant parmi les égyptologues, les autres égyptologues le sont également.

Malgré la forme historique, pourvue des dates officielles" et des noms royaux du Pharaon, la stèle de Bakhtan n'est d'aucun intérêt pour l'histoire politique, et je passe le texte sous silence pour le moment ayant l'intention d'y revenir, quand je traiterai l'histoire de la civilisation, où nous pourrons mieux l'apprécier, comme un tableau important de l'état moral de l'époque.

Ménephthès était le fils et successeur de Ramsès II. Ses monuments parlent des deux guerres dans lesquelles il a fait valoir sa bravoure militaire: l'une était la guerre contre les Libyens et leurs alliés, les peuples des pays et

1 Breasted, Historical Documents, vol. III, p. 190, dit: Incidentally, this document therefore shows clearly how utterly ignorant of earlier Egyptian history were thèse late priests; and suggest caution in the use of the priest Manetho's work, who lived at about the time when this taie was put into writing.

des îles de la Méditerranée, l'autre la guerre contre les peuples de la Syrie, surtout les Israélites. Je parlerai d'abord de la guerre libyenne ^.

Le texte raconte que les Libyens avec leurs alliés Aqavasha, Tursha, Sharotana, Shakalsha et Leku dirigèrent l'attaque contre l'Egypte du côté de l'ouest. Le roi des Libyens ayant l'hégémonie fut à la tête de 1 invasion, et il occupa la partie occidentale du pays. Le malheur est grand; mais le dieu Ptah se révèle au Pharaon dans un songe et l'exhorte à attaquer les ennemis. Il le fit promptement, les envahisseurs furent battus, une grande quantité fut tuée et le reste se réfugia en Libye. Les alliés nommés sont généralement identifiés avec les Achéens, les Eti'usques, les Sardiniens et les Sicules qui comme corsaires parcourant la Méditerranée prirent terre sur la côte libyenne et s'unirent aux Libyens pour faire incursion en Egypte. Comme c'est pour la première fois que nous rencontrons de soi-disant Européens en masse en Egypte il est important de savoir, si en réalité ils étaient Européens. Depuis E. de Rougé jusqu'à nos jours la plupart des égyptologues le pensent. Cependant quelques-uns ont eu des doutes, et M. Brugsch l'a nié absolument. Ce savant éminent, dont les travaux égyptologiques sont si colossaux, dont le savoir

1 Le texte a été publié par Dûmichen, Historische Inschriffen ditdgtfptiscfier Denktndler, I, 2—6; cf. Lepsius, Benkvnàler, III, 199 a: il a été traité par E. de Rougé, Mémoire sur les attaqiies dirigées contre l'Egypte par les peuples de la Méditerranée, Bévue archéologique, 1867; Lieblein, Om et Indfald i Aegypten. af MiddeïhavsfolTc ved TrojanerTcrigens Tid&r dans Christiania Videnskabs-SélsTcàbets Forhandlinger for 1869, p. 39 ss. ; Breasted, Historical Documents, III, 240 ss. etc.

était si vaste et l'autorité jadis si grande '■ — on ne sait pas bien, comment de tels mérites ont pu être si vite oubliés — du moins, sans lui notre science n'en serait pas où elle est aujourd'hui — , ce savant pensait, que les peuples nommés n'étaient pas de l'Europe, mais du Caucase et de la Côlchide: les Aqavasha étaient du Caucase, les Tursha du Taurus etc. Mais d'abord il est difficile de comprendre, comment les habitants des montagnes du Caucase et du Taurus pouvaient être appelés "ceux qui demeurent dans la mer", tandis que cette indication convient très bien aux Sardiniens, aux Sicules et aux autres peuples de la Méditerranée. Puis, on doit penser que les peuples du Caucase et du Taurus, quand ils voulaient attaquer l'Egypte, étaient obligés de prendre la route de l'est et non celle de l'ouest. Brugsch, il est vrai, explique la chose en disant, que les peuples supposés venus du Caucase et de la Côlchide sous Ramsès II, le père et prédécesseur, de Ménephthès, étaient arrivés en Egypte comme captifs, et que plus tard ils s'étaient révoltés et réfugiés en Libye \ Mais cette explication demeure improuvée, elle est même invraisemblable comme le fait même qu'elle prétend démontrer. Les inscriptions égyptiennes ne nous parlent nullement de ces captifs amenés en Egypte, au contraire elles semblent le contredire d'une manière indirecte; car elles nous donnent les noms des peuples avec lesquels Ramsès II faisait la guerre en Asie; ces noms sont répétés plusieurs fois sur différents monuments, mais, à ma connaissance, les Sharotana, les Shikelsha, les Tursha etc. n'y sont jamais nommés. Une autre

Brugsch, Geschichte Aegyptens, p. 577.

circonstance rend peu raisonnable l'opinion que ces peuples soient venus du Caucase et de la Golchide. Sous Ramsès III

ils arrivèrent dans leurs navires de guerre attaquer l'Egypfte par mer, tandis que d'autres peuples l'attaquaient par terre. Les monuments égyptiens nous donnent et par textes et par tableaux des détails sur cette double guerre sur mer et sur terre. Nous y voyons les Tursha, les Shikelsha, probablement aussi les Sharotana, puisqu'un prince des Sharotana figure plus tard parmi les ennemis captifs; ils livrent avec d'autres peuples de leurs vaisseaux de furieux combats contre les Egyptiens qui se défendent sur la mer ou de la côte, et le Pharaon prend lui-même une part active à la lutte. Si c'étaient des peuples du Caucase et de la Colchide qui venaient de leur patrie asiatique attaquer l'Egypte, on ne comprend pas pourquoi ils sont venus par mer au lieu d'aller par terre avec les autres alliés. Mais si c'étaient, ainsi que je le pense, des Sardiniens, des Etrusques et des Sicules qui ne pouvaient venir en Egypte que sur leurs navires, ils devaient naturellement être chargés d'attaquer l'Egypte sur mer, pendant que les autres alliés faisaient l'attaque par terre. De cette manière on peut bien expliquer la distribution des rôles entre les alliés.

Un autre argument que Brugsch apporte en faveur de son opinion paraît, ayant un caractère, philologique, être plus fort, mais il était cette fois si malheureux — interdum dormitat bonus Homerus, — qu'il prouve le contraire de ce qu'il voulait prouver. Il s'agit des endroits de l'inscription de Méneplithès qui font distinction entre les ennemis qui étaient circoncis et ceux qui ne l'étaient pas i. Brugsch

1 Cf. ce qui en est dit plus haut, p. 345.

traduit deux endroits du texte où il est question des alliés des Libyens en opposition aux Libyens eux-mêmes:

^ ® „ / m . k n , M *''* "'' q^^ronata, "il n'était

pas à eux prépuce", c'est-à-dire: "les alliés n'avaient pas de prépuce"; et l'autre endroit: NU man iri nidiu qaronata "ceux qui n'avaient aucun prépuce" ^. D'après cette traduction les Sharotana, les Tursha, Aqavasha etc. auraient été circoncis, et dans ce cas ils ne pouvaient pas être les Sardiniens, les Etrusques, les Acbéens etc. qui certainement étaient incirconcis. Mais la traduction de Brugsch était fautive. Tout dépend du mot qaronata qui a été interprété très différemment par les égyptologues. Tandis que Brugsch le traduit par prépuce, de Rougé croyait avec autant de raison philologique pouvoir l'interpréter rein, et Chabas avait aussi ses raisons philologiques pour le traduire cornes. Que le mot indique une partie du corps humain, est certain, et que cette partie est à chercher dans le voisinage du phallus, semble aussi être certain; mais on voit, d'après les tentatives faites, qu'il est très difficile de déterminer son sens spécial. Cependant tout bien réfléchi, je suis convaincu que Chabas s'est rapproché le plus de la vérité, quand il disait que l'égyptien "qaronata est la transcription exacte du mot hébreu m^lp pluriel de V'i'p corne, et que les hunnu qaronata des hiéroglyphes sont les membres virils en corne, c'est-à-dire séparés du scrotum" ^. Qaronata n'est certainement pas un mot égyptien; c'est pourquoi on a recouru aux langues sémitiques pour

1 Dûmichen, Historische Inschriften, pi. 5, col. 52 et 54-.

^ Chabas, Études sur l'antiquité histm'ique, 2^ édition, p. 234, note 2.

l'expliquer; ainsi l'ont fait de Rougé, Ghabas et Brugsch. S'il était permis une fois exceptionnellement de chercher l'origine d'un mot égyptien dans les langues indo-européennes i, -^e serais tenté de comparer qaronata avec le mot latin glans, glandis, "gland", et de lui donner cette signification: "le gland non couvert du prépuce". Les deux endroits dont j'ai donné plus haut la traduction d'après Brugsch ont un tout autre sens, que voici: Les Sharotana, les Tursha, les Âqavasha etc. n'avaient pas leur gland nu, c'est-à-dire leur gland était couvert par le prépuce, ils n'étaient pas circoncis, ceci dit par opposition aux Libyens qui par conséquent avaient leur gland nu, c'est-à-dire étaient circoncis. D'après ce que j'ai développé, je suis tenté de regarder là chose tout autrement que Brugsch, c'est-à-dire d'y voir précisément le contraire. Les Libyens avaient leur gland nu — ils étaient circoncis — et pour cette raisons les Egyptiens leur coupaient le phallus, tandis que les Sharotana, les Tursha, les Aqavasha avaient leur gland couvert — ils étaient incirconcis — et pour cette raison les Égyptiens leur coupaient les mains au lieu des phallus -. Ghabas . est le premier qui l'an 1878 a découvert le sens du mot qaronata; moi, partant de la découverte de Ghabas, j'ai cherché l'an 1879 à démontrer que les Sharotana etc. n'étaient pas circoncis; enfin Max Mtiiler a prouvé la même chose, l'an 1888 dans les Proceedings of the Society of Bihl. Arch. vol. X, p. 147 ss.; il ne me nomme pas; mais dans le fait

^ Le mot pourrait avoir été importé en Egypte par les Européens

eux-mêmes.

2 Voyez plus haut, p. 345.

que nous sommes d'accord dans la substance je vois une preuve que nous sommes tombés juste.

Je resterai donc jusqu'à nouvel ordre dans l'opinion, que les Sharotana, Tursha, Aqavasha etc. étaient des pirates de la Méditerranée qui s'étaient joints sous l'hégéraonie des Libyens pour faire invasion dans l'Egypte. Nous aurons plus tard l'occasion, j'espère, de voir, si ces rencontres ont laissé des traces dans la civilisation européenne.

Nous avons vu plus haut ^, que Ménephthès a fait une guerre victorieuse en Syrie: L'inscription nous apprend entre autre que le Pharaon a vaincu et pillé les Israélites, alors habitant la Palestine, et le nom hébreu: Majen Mineptoah, "la fontaine de Ménephthès" '^, que le Livre de Josué mentionne, prouve que le Pharaon Ménephthès en vérité a fait une invasion en Palestine elle-même, sur laquelle M. Breasted fortement insiste. Ménephthès se distinguait donc par sa bravoure militaire, et nous voyons que la situation politique était telle, que l'Exode des Hébreux ne pouvait avoir lieu sous son règne.

Ramsès II bis, que Manéthon lui donne comme successeur, est à vrai dire bien problématique; on sait très peu de lui, et sa momie n'a pas été retrouvée; si donc un fait négatif peut donner une preuve positive, la personne de Ramsès II bis pourrait bien être regardée comme imaginaire; mais le nom spécial n'a aucune importance, et Manéthon qui savait, que l'Egypte dans un espace d'envu'on 60 ans, n'avait pas eu un roi central ou seulement un roi

1 Voyez p. 282 ce que j'ai dit de la stèle triomphale que Ménephthès nous a laissée.

2 Voyez plus haut, p. 285.

fainéant, aurait raison de combler le vide de la manière qu'il trouvait la plus convenable. Du moins il est certain qu'à la lin de la XIX® dynastie, la situation politique de l'Egypte était la plus déplorable. On n'a qu'à lire la description de Ramsès III lui-même dans le Grand Papyrus Harris, pi. 75 ss. pour s'en convaincre. Dans l'intérieur du pays le trouble régnait; pendant des années nombreuses il n'y avait point de suzerain; l'Egypte était aux mains des nomarques qui se tuaient tous entre eux grands et petits. "D'autres temps vinrent ensuite, pendant des années de néant où Arisou, un Syrien, fut chef parmi eux, et le pays entier paya le tribut devant lui; un chacun complotait avec le prochain pour piller le bien d'autrui, et comme il en était des dieux ainsi' que des hommes, il n'y avait plus d'offrandes faites dans les temples" i.

Ainsi finit la XIX® dynastie au milieu des troubles les plus désastreux.

Maspero, Histoire ancienne, II, 440.

Les dynasties XX-XXVI.

Avec Ramsès III, le fondateur de la XX® dynastie, tout changea subitement. L'Egypte se releva du malheur national, sous de terribles combats la victoire suit l'armée égyptienne, et pour un moment l'éclat de la victoire éblouit de nouveau les yeux des Egyptiens et jette la terreur dans les coeurs des ennemis.

Set-nekht, père de Ramsès III, souleva le premier le drapeau national contre les envahisseurs étrangers et les rebelles intérieurs. Mais il ne régna pas longtemps, et Ramsès III, son successeur, continua et termina ses guerres rétablissant enfin l'empire égyptien. Il eut deux coalitions dangereuses à combattre, l'une à l'ouest et l'autre au nordest. A l'ouest les Libyens reprenaient leur invasion, commencée sous Ménephthès; sous Ramsès III ils pénétraient deux fois jusqu'aux districts occidentaux de l'Egypte, mais le "Pharaon faisait un tel carnage au milieu d'eux qu'à la fin ils furent forcés de se désister de toute entreprise envers l'Egypte. Au nord-est une foule de peuples de l'Asie Mineure, de la Syrie et des îles et pays de la Méditerranée vinrent sur terre et sur mer pour attaquer et occuper l'Egypte,

comme jadis les Hyksos. Mais Ramsès III intrépide vint à leur rencontre et les battit en divers endroits totalement. Après avoir délivré le pays de ces ennemis dangereux le Pharaon veillait comme un bon pasteur à la paix, à la sécurité et au bien-être de son peuple.

Ses successeurs de la XX® dynastie s'appelaient tous Ramsès; on ne peut dire avec certitude ni leur nombre, ni l'ordre dans lequel ils se suivaient; dans le tableau synoptique j'en donne la liste comme je la trouve la plus probable. La tranquillité régnait dans l'intérieur et la paix relativement aux pays étrangers, du moins nous ne connaissons aucune expédition au dehors; mais l'Egypte maintenait son autorité sur les voisins, conservée pendant des siècles par une organisation traditionnelle.

Pendant les derniers temps de la XX® dynastie, deux puissances politiques s'élevèrent à côté et bientôt au-dessus des Pharaons légitimes: c'étaient l'une, les Grands-prêtres d'Amon à Thèbes, l'autre, les Bubastites de la XXIP dynastie. Nous parlerons d'abord de la première puissance, c'est-à-dire de celle des Grands-prêtres.

La liste généalogique no. 2267 de mon Dictionnaire de noms nous donne comme successeurs dans le pontificat thébain: Ramsès-nekhtu, Amonhotep et Herhor. Nous ne savons pas au juste si Herhor était fils d'Amonhotep ; mais M. Maspero a démontré "qu'on n'a pas besoin d'intercaler entre Amonhotep et Herhor un premier prophète d'Amon encore inconnu" \ Acceptant le calcul approximatif de M. Maspero, je dresse le tableau suivant:

1 Maspero, Les moînies royales de Deir el-Bahari, p. 665.

Ramsès III . . .

32 ans,

,. J. Lj.

Grand-prêtre

Ramsès IV. . .

Ramsès nekhtu,

Ramsès V . . .

Ramsès VI IX .

Grand-prêtre

Ramsès X Nofre-

Amonhotep,

karé ....

Ramsès XI . .

Grand-prêtre

Ramsès XII

Herhor,

Khamus

Les successem's .

Le grand-prêtre Ramsès nekhtu était dans l'exercise de ses fonctions l'an 3 de Ramsès IV ^ et le grand-prêtre Amonhotep qui était son fils vivait sous Ramsès X Nofrekaré ^. Les deux rois Ramsès IV et Ramsès X n'étaient donc éloignés l'un de l'autre que par une génération. Le grand-prêtre Herhor fonctionnait sous Ramsès XII Khamus, et comme ce Pharaon était séparé de Ramsès X Nofrekaré seulement par le règne éphémère de Ramsès XI, il s'ensuit avec nécessité que Herhor a suivi ou immédiatement, ou de très près, le grand-prêtre Amonhotep. Il a exercé sa fonction de grand-prêtre sous Ramsès XII Khamus. Le temple de Khonsu nous le montre d'abord comme grandprêtre à côté du roi, — il est sujet, "mais un sujet aussi puissant, si non plus puissant que le maître" ^ — puis comme roi. Dans les inscriptions postérieures, Herhor est seul roi, et il n'y est plus question de Ramsès XII, soit que le dernier fût mort ou qu'il fût dépossédé par Herhor.

1 Lepsius, Benkmdîer, III, 219 e.

•2 Ibid., III, 237 e.

3 Maspero, Momies etc. dans Mémoires de la Mis. Franc., I, 652.

Peut-être nous sommes plus près de la vérité en supposant que Herhor ait privé Ramsès XII de la couronne pour la mettre sur sa tête. Cet événement doit avoir eu lieu environ l'an 930 a. J. G.

Mais maintenant, l'autre puissance dont j'ai parlé plus haut se présente à nos yeux. Sheshanq I, le fondateur de la XXIP dynastie, monta alors sur le trône, c'est-à-dire pendant la lutte entre les Ramessides et la maison de Herhor. La famille de la dynastie Bubastite, dont j'ai donné la généalogie dans mon Dictionnaire de noms, sous le no. 1008, avait, par degrés, monté d'une position humble à une influence et puissance toujours croissantes, jusqu'à ce que, sous Sheshanq I, elle s'arrogeât la royauté.

Déjà son père Nimrod et probablement aussi son grandpère Sheshanq avaient obtenu le rang élevé "de grand chef des Mashavasha, le grand des grands". Nimrod prenait part, je pense, dans la lutte de Ramsès XII contre Herhor; car une statue du Musée de Miramar i qui porte une légende que je traduis: "Panreshnès, fils royal de Ramsès, commandant de toute l'infanterie ^ de Nimrod; sa mère (la mère de Panreshnès) était fille du grand chef de la montagne". D'après la traduction que je propose, le nom du défunt était Panreshnès; son père était un roi Ramsès,

1 Reinisch, Die âgyptischen Denkmàler in Miramar, Taf. 31 et 32. Cf. Bergmann, Hieroglyphische Inschriften, pi. 3 et 4, p. 4 et 5.

2 Je lis d'après la publication de Bergmann ^ . au lieu de

<cr> , , I . Cf. Lieblein, Étude sur la Chronologie égyptienne

dans Actes du onsième Congrès international des Orientalistes^ Paris 1897, Egypte etc., p. 10.

peut-être notre roi Ramsès XII Khamiis \ et sa mère était fille d'un chef étranger, peut-être Nimrod lui-même dont il commandait l'infanterie.

Voici la généalogie hypothétique:

Sheshanq — Mehetnusekh.

Le grand chef des Mashavasha, \ le grand des grands, Nimrod. ^ l •

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