‹ Recherches sur l'histoire et la civilisation de l'ancienne Égypte [microform]Chapitre 5 sur 31 · ibid., 524 s · texte numérisé non relu

ibid., 524 s

3 Griffith, The Inscriptions of Siut and Lér-Bifeh.

peuple s'améliora et que le bétail produisit double. Il fut honoré du roi et aimé de son peuple.

Enfin il communique qu'il possédait de bons vaisseaux et avait une grande force militaire à sa disposition, ce qui, comme nous le verrons plus loin, fut d'une grande utilité pour son successeur Tefabi qui, probablement, était son fils. Celui-ci exécuta un exploit qui est ici pour nous de la plus grande importance. Tefabi raconte d'une expédition entreprise contre un ennemi qui s'était introduit sur son territoire du côté du sud. L'ennemi était un roi de la X^ dynastie régnante à Thèbes, sans aucun doute Horuahankh-Antef, que nous verrons plus tard attaquer la IX® dynastie résidante à Hérakléopolis. Tefabi était un vassal des rois hérakléopolitains et devait, comme étant le plus proche, faire tête à l'attaque du sud, à quoi il était bien équipé à cause des dispositions militaires de son prédécesseur. Il se dirigea contre l'ennemi thébain, le battit premièrement à l'ouest du Nil, le fit reculer jusqu'à la "porte du sud", traversa sur le côté Est où il vainquit une nouvelle armée, venant du sud, et détruisit enfin sa flotte.

Ainsi fut sauvé pour cette fois le royaume hérakléopolitain, et Tefabi par son énergie et sa persévérance rendit au pays une paix et une sûreté si parfaites qu'un "voyageur pouvait dormir à la belle étoile aussi sûrement que dans sa demeure".

Siut forma de la sorte pour le nord un rempart contre le sud, et dans l'inscription que nous a laissée le fils et successeur de Tefabi, Kheti II, nous voyons clairement que le nomarque de cette ville était un loyal vassal du roi résidant à Hérakléopolis. Cette inscription jette une

lumière imprévue sur les rapports intérieurs de la IX® dynastie et nous donne même le nom d'un de ses rois, le déjà nommé Merikaré, dont nous n'avons pu jusqu'ici, avec sûreté, arrêter la place chronologique. L'inscription a beaucoup de lacunes, mais on croit pouvoir lire ce qui suit: Le roi Merikaré fut, sous une révolte, banni d'Hérakléopolis, mais trouva à Siut soutien chez son fidèle vassal Kheti II qui dompta les rebelles et conduisit le Pharaon sur sa flotille d'abord en remontant le Nil jusqu'aux limites du royaume du nord vers Abydos, et ensuite, en redescendant le fleuve, jusqu'à la capitale Hérakléopolis où le roi fut reçu du peuple avec enthousiasme "des femmes, hommes, enfants et vieillards". Le nomarque Kheti II retourna ensuite à Siut, et une paix parfaite régnait dans le pays : "il n'y avait aucune dissension, aucune lutte, l'enfant n'était pas tué sur le sein de sa mère, le mari dans l'étreinte de sa femme, personne n'exerçait la violence, aucun criminel ne se trouvait dans le pays". Il est manifeste qu'après les frayeurs de la guerre civile l'ordre légal et la paix régnèrent à nouveau.

Les inscriptious de ces trois lombes jettent de la lumière dans la profonde obscurité où la IX® dynastie était encore plongée il y a quelques années seulement. Ce fut probablement après son retour au trône à Hérakléopolis que Merikaré, voyant sa puissance si considérablement augmentée, put prendre possession de Memphis, bâtir une pyramide à Sakkarah et enfin avoir son nom inscrit dans la série des rois de la VHP dynastie. Cette supériorité ne fut cependant pas de longue durée, '^puisque plus tard dans la série nous retrouvons le nom du roi Noferkaré qui

appartient à la VIII® dynastie. Cependant le nom suivant Kheti, dans le Papyrus royal de Turin, porte le témoignage d'une nouvelle invasion d'Hérakléopolis à Memphis. Ainsi pendant que la maison royale memphitique, VHP dynastie, alternait avec celle d'Hérakléopolis, la IX® dynastie, dans

le gouvernement sur l'Egypte du nord et que toutes deux par leurs dissensions s'affaiblissaient réciproquement, peu à peu le royaume thébain grandissait en puissance et en considération. Nous allons maintenant examiner la situation

politique de l'Egypte du sud.

J'ai déjà, depuis plus de trente ans ^, essayé de démontrer que la X® dynastie était la maison royale des Antefs qui régnait à Thèbes. Elle est appelée Hérakléopolitaine par Manéthon et la cause doit être celle-ci que la famille d'Antef appartenait originellement à la ville sainte Hérakléopolis. Le nom d'Antef se trouve aussi dans les tombes des pyramides memphitiques de l'ancien royaume, par exemple dans une tombe de la V® dynastie à Sakkarah. J'en conclus qu'une famille d'Antef dans des temps plus reculés a émigré d'Hérakléopolis avec une colonie dans la Haute-Egypte pour y fonder une nouvelle ville^ et que, sous de propices rapports politiques, elle s'est élevée à une position dominante de façon qu'à Thèbes elle a pu établir un royaume indépendant et fonder une nouvelle dynastie, la X®, qui régna 185 ans, depuis 2506 à 2321 a. J. G. Selon cette date la X® dynastie a été fondée aussi sous le faible règne de Pepi II, 59 ans (2506 — 2447 a. J. G.) antérieurement à la IX® dynastie, mais au com-

^ Lieblein, Becherches sur la chronologie égyptienne, Christiania

mencement elle était languissante, et n'entra pas en scène avec la violence et l'éclat que montra Akhthoès, le fondateur de la IX® dynastie.

La série de noms à Karnak qui nous donne les premiers princes de la X® dynastie nous montre clairement comment le frêle gei"me se développe peu à peu. Le premier Antef s'intitule seulement erpa qu'on a l'habitude de traduire comte, les quatre souverains suivants prennent le titre de Horus, par lequel il sont signalés comme divins, et le sixième s'appelle "le dieu bon". Ils avancent ainsi en puissance et en honneur, mais n'atteignent encore pas la dignité de roi, car pendant ce temps le puissant fondateur de la IX® dynastie avait paru et avait temporairement mis un frein à leur extension. Mais lorsqu'à la mort de Akhthoès la IX® dynastie se retira vers le nord, la puissance des Thébains se multiplia et leurs dominateurs prirent le nom de rois.

Nous n'avons encore pas les matériaux suffisants pour déterminer le nombre des rois appartenant à cette dynastie.

Manéthon attribue à la X® dynastie 19 Hérakléopolitains, 185 ans, et à la XI® dynastie 16 Diospolites, 43 ans. Les auteurs modernes réduisent la X® et la XI® dynasties, les Antefs et les Mentuhoteps à une seule, qu'ils appellent la XI® dynastie. Pétrie ^ pense que cette dynastie consistait de 6 rois Antefs et de 3 rois Mentuhoteps avec une durée de règne de 227 ans ; d'un autre côté Breastéd =^ donne 3 Antefs et 4 Mentuhoteps et une époque de 150 ans. Pour ma part je ne puis considérer la XI® dynastie comme

1 A Mstory of Egypt, Mth edit. I, p. 124.

2 Ancient Becords of Egypt, I, 197.

une chambre à débarras où l'on met tout ce qu'on ne peut placer ailleurs.

Je fais distinction entre les Anteîs et les Mentuhoteps, tandis que je place les premiers, qui probablement descendent d'Hérakléopolis, dans la X® dynastie et les derniers dont la souche remonte à Hermonthis ou peut-être à Silsilis dans la XP dynastie. Reste à savoir si les deux dynasties se sont rencontrées d'une façon ennemie, ou d'une manière amicale par une ligue ou par les liens du mariage, ainsi qu'à certaines époques elles se soient mélangées et qu'un ou autre Mentuhotep se soit glissé dans la série des Antefs. A part les six princes nommés dans la liste de Karnak de la X® dynastie nous connaissons au moins cinq rois Antefs, et c'est probable qu'il y en avait plusieurs que nous n'avons pas encore retrouvés; le total est donc assez grand pour remplir les 185 ans que Manéthon attribue à la X^ dynastie, même si un ou plusieurs rois, comme le pense Steindorffi, eussent régné après la XII® dynastie.

Parmi les rois Anteîs, Horuahankh Antef a surtout de l'importance; ce fut certainement contre lui que combattit le nomarque de Siut, Tefabi. Une inscription de cet Antef raconte, que dans une expédition vers le nord il atterrit près d'Abydos, conquit tout le nome thinite et ouvrit "la porte du nord". C'est la guerre dont Tefabi parle, mais d'un autre point de vue: ce qui est pour l'armée du sud "la porte du nord" est pour l'armée du nord "la porte du sud", une porte qui servait de frontière entre le royaume thébain et celui des Hérakléopolitains 2.

1 Zeitschrift f. œgypt. Sprache 1895, 77-96.

2 Breasted, Ancient Records of Egypt 1, 182 et 200.

Nous avons ici un point de repère chronologique; sur une stèle funéraire à Leyde, datée l'année 33 d'Usertesen I^ un certain Antefaker communique que le bisaïeul du défunt avait été fonctionnaire sous le roi Horuahankh Antef. Lorsque, d'après ma chronologie, Usertesen I prenait les rênes du gouvernement l'an 2268 a. J. G., sa 33® année tombait donc 2235 a. J. G., et si nous comptons, comme le fait Steindorff 2, la durée d'une génération de 30 ans, nous avons ainsi les dates suivantes:

Dans l'année 2235 a. J. G. mourut la personne en question. — 2265 — — le père.

— le grand père, — — le bisaïeul.

Si nous admettons que le bisaïeul ait pris possession de sa charge 30 ans avant sa mort, nous arrivons ainsi à l'année 2355 a. J. G, dans laquelle le roi Horuahankh Antef conséquemment a régné, et puisqu'il a régné 50 ans, il a pu monter sur le trône environ l'an 2400 a. J. G. ; cela s'accorde avec un autre calcul indépendant.

Nous venons de voir que ce fut contre cet Antef que le nomarque de Siut Tefabi entreprit son heureuse guerre. La victoire fut à l'avantage du roi d'Hérakléopolis dont la puissance s'accrut et qui se vit ainsi en état de s'introduire à Memphis et de s'y asseoir sur le trône.

Nous trouvons maintenant, comme on le voit page 47, que le roi Kheti IL de la IX^ dynastie est inséré dans la rangée des rois de la VIII® dynastie, environ 2390 a. J. G.,

1 Piehl, Inscriptions III, pi. XXII.

ce qui correspond parfaitement avec l'avènement d'Horuahankh Antef environ 2400 a. J. C, puisque c'est généralement au commencement de son règne, alors que les forces sont les plus fraîches, qu'un prince ambitieux, comme l'était certainement notre Antef, cherche à réaliser ses plans de conquête, ce à quoi visait naturellement sa guerre contre Tefabi. Tout ceci n'est cependant qu'hypothèses plus ou moins vraisemblables.

Mais j'en aurais une preuve qui serait absolument concluante si, comme Maspero l'admet, le IIP successeur de Kheti II sur le fragment 47 du Papyrus de Turin était vraiment ce Merikaré qui fut replacé sur le trône d'Hérakléopolis par Kheti, IL nomarque de Siut, et qui, comme je le conçois, profita de l'agrandissement de son pouvoir pour s'emparer de Memphis \

La place de Merikaré dans la liste des rois de la VHP dynastie environ 2370 a. J. C. est donc à peu près sûre, et le temps correspond avec les inscriptions de Siut comme avec le temps bref du règne des rois memphitiques. Bien que je pense que nous puissions, à cause de ce que nous avons dit, déterminer à peu près le temps et la place de Horuahankh Antef dans la liste de rois, je dois reconnaître ne pouvoir donner aucun argument nouveau pour le reste des autres rois Antef s quant à leur place dans la série et à leur relation réciproque. Pour l'instant je ne vois rien de mieux que de me joindre à l'opinion de M. Pétrie, puisque jusqu'à nouvel ordre je dois laisser la chose indécise, si nous ne devons pas, de concert avec M. Stein-

1 Proceedings of S. B. A. 1891; 430.

dorfl, partager les Anteis en deux rangées, une antérieure et une postérieure à la XIP dynastie. Je remarque seulement que l'Antef qui est représenté sur la stèle de Shat-er Régal était le dernier roi de la X® dynastie, ainsi que nous le verrons bientôt.

La XI® dynastie comprend les rois Mentuhoteps qui sur le Papyrus de Turin sont appelés les rois de Khennu c'est-à-dire "les rois du pays intérieur" ou peut-être "de Silsilis" par opposition aux Anteîs qui étaient rois de Thèbes. Gomment on a pu, dans la XI® dynastie qui ne comprend qu'une époque de 43 ans, compter, à part les Mentuhoteps, un nombre infini d'Antefs, m'est absolument incompréhensible. La famille de Mentuhotep au sud, probablement aux environs de Silsilis, se souleva, sous Nebhotep Mentuhotep, contre la X® dynastie à Thèbes, mais sous Nebkhruré Mentuhotep la vainquit et contraignit son dernier roi Antef à l'assujettisement Ceci est exposé sur la stèle de Shat-er Régal où Nebkhruré par sa grandeur corporelle se montre comme maître vis à vis du petit Antef. Chose assez singulière, derrière Antef on voit un fonctionnaire distingué Kheti qui apparemment était un descendant de la IX® dynastie nouvellement déposée à Hérakléopolis; c'est ainsi que la stèle nous représente Nebkhruré Mentuhotep comme vainqueur et héritier tant de la IX® que de la X® dynastie. Puisque Antef sur la stèle porte son nom dans un cartouche et l'ureeus sur le front, il reçut sans aucun doute, au moins pour un certain temps, la permission de garder le titre de roi à condition, comme vassal, d'administrer le gouvernement à Thèbes.

Gela ne dura guère; car cette nouvelle dynastie gagna bientôt la domination sur tout le pays et ne put supporter personne à ses côtés à part les derniers Pharaons de la VHP dynastie qui conservèrent nominalement leur légitime dignité de rois à Memphis.

Le plus puissant des rois de la XP dynastie fut Nebkhruré ou bien, comme l'appelle M. Naville "Nebhepet- Ra Mentuhotep". Il prit sa résidence à Thèbes et sur le côté de l'ouest de cette ville éleva un temple que the Egypt Exploration Fund a fait déterrer sous la direction de M. Naville. C'est le temple du tombeau du roi situé à Deir el Bahri tout près du temple de terrasse, bâti plus tard par la reine Hatshepsu; il est remarquable non seulement parce qu'il est le plus vieux temple de Thèbes mais aussi le seul du royaume moyen qui soit tant bien que mal conservé jusqu'à nos jours, de sorte que son plan dans son entier et ses détails dans beaucoup de parties peuvent

être définis ^. Dans beaucoup d'inscriptions il est dit que Nebkhruré fut adoré comme dieu à un très haut degré pendant plusieurs siècles, et s'il est à cet égard plus honoré que la plupart des Pharaons, c'est certainement parce qu'après une longue période de troubles et de dissensions il réunit à nouveau les parties séparées du pays en un seul royaume de l'Egypte; c'est pourquoi, avec droit, il put prendre le titre de Samtaoui "celui qui réunit les deux pays ^. '

^ The XIth Bynasty Tempel af Deir el Bàhari, by E. Naville,

London 1907.

- — — — pp. 57 ss.

Les fouilles qui ont été faites sous l'habile surveillance de M. Naville donnent d'importants éclaircissements quant à l'histoire de la XI® dynastie ^.

Nebkhruré Mentuhotep régna au moins 45 ans, puisqu'on trouve à Turin une stèle datée de sa 46® année -.

Son successeur Sankhkaré resta sur le trône 8 ans; nous savons de lui qu'il envoya une expédition au pays de Pun pour y chercher de précieux encens. Nebhotep Mentuhotep que je considère comme le fondateur de la XP dynastie n'était probablement qu'un puissant nomarque dans la partie sud du pays; comme tel il a vaincu Nehesi, Sati et Tehennu et en plus consolidé la puissance de sa famille. Mais Manéthon ne peut l'avoir considéré comme roi indépendant ni l'avoir compté dans les 43 ans qu'il approprie à la XP dynastie.

Nous connaissons encore un roi de cette dynastie savoir Nebtauiré Mentuhotep. Il était, je suppose, contemporain avec Nebkhruré et fut sous le long règne de 45 années de celui-ci adopté comme son co-régent.

Probablement, surtout pendant les dernières années de Nebkhruré, fut-il la force impulsive des conquêtes; son nom Nebtaui l'indique comme le seigneur des deux pays, soit de toute l'Egypte. Il eut pour aide dans ses entreprises

1 Voyez King et Hall, Egypt and Western Asia in the ligJit of récent âiscoveries, London 1907, où il est amplement parlé, page 321, de ces édifices ainsi que de l'artiste Mertisen, le plus distingué de ce temps qui se loue ainsi que son fils de leur "habileté à travailler l'or, l'argent, l'ivoire, l'ébène et toutes sortes de pierres précieuses".

2 Lieblein, Dictionnaire de noms, no. 613.

son vizir Amenemha, porteur de grands titres et qui devait être à côté du roi le plus grand personnage du pays.

Je suis tenté de croire que ce fut lui qui devint plus tard Amenemha I, le fondateur de la XIP dynastie; car Amenemha I s'attribue lui-même 10 ans (plus tard même 20, d'après une autre variante 16 ans) du temps qu'il régna contemporainement avec la XI® dynastie.

Suivant les monuments régnèrent:

Nebkhruré Mentuhotep 45 ans et Sankhkaré 8 „

soit pour la XI® dynastie un total de 53 ans.

Mais si Manéthon attribue 43 ans à la XP dynastie, pour Amenemha on doit ajouter 10 „

pour avoir le même total 53 ans.

Maintenant si nous réunissons la XI® et la XII® dynasties en un groupe, ainsi que le font la liste de Sakkarah ^ et le Papyrus royal de Turin :

XI® dynastie 53 ans XII® — 160 „

nous aurons un total de 213 ans

conforme avec le fragment 72 du Papyrus royal ^.

Voici le tableau des quatres dynasties contemporaines :

Mariette, Bévue Archéologique, ISè^, tome II, 172. 2 Lieblein, Becherches sur la chronologie égyptienne, page 69.

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