Thotnekht et
1 Lepsius, Denkmâler, II, 112/13.
2 Le nom énigmatique que donne ici M. MôUer je propose de le lire Merikaré cfr. Maspero dans Proc. of Society of Bibl. Arch. 1891, page 430.
Le roi, que nous venons de nommer est bien connu de l'ouvrage de M. Griffith, The Inscriptions of Sixit and Bér-Biféh, et je suis convaiacu que c'est de lui dont il s'agit ici d'autant plus que la lecture défectueuse de M. Môller s'explique facilement.
9. Ahanekht II peuvent très bien, comme M. Môller le pense, tous les trois avoir fonctionné ensemble 70 ans, c'est-à-dire 2350—2280 a. J. G.
10. Nehera I vécut environ 2270 a. J. G. sous Amenemha I et Usertesen I.
11. Ki environ l'an 2250 a. J. G. sous Usertesen I dont il épousa la fille Si-kheper-ka ^.
12. Nehera II environ l'an 2230 sous Usertesen I et Amenemha IL
Cette liste des princes du nome du Lièvre est, selon moi, d'une grande importance, puisqu'elle nous donne 4 générations jusqu'à la fin de la VP dynastie, 6 générations pour combler l'intervalle entre la VP et la XIP dynasties et enfin 2 générations pour le commencement de la XII® dynastie.
Pour le nome de la Gazelle nous avons cette série:
Kheti, contemporain probablement de la IX^ dynastie
Bekt, son fils ^
Khnumhotep I sous Amenemha I
Nekht I, son fils sous Usertesen I
Bekt, sa fille, mariée à Nehera, nomarque du nome
du Lièvre Khnumhotep II, leur fils, sous Amenemha II
Nekkt II, son fils, nomarque du nome du Ghacal sous Usertesen IL
^ Voyez Lepsius, Benkmaler, II, 134.
"^ Recueil de travaux, I, 176; Maspero dit: "Boqit et son fils Khiti"; mais Kheti était sans doute le père.
Un certain Ameni était prince du nome de la Gazelle de l'an 18 à l'an 43 d'Usertesen I.
Nous apprenons ici à connaître quelques familles de nomarques des plus puissantes qui sous les troubles intérieurs avaient usurpé une supériorité presque souveraine allant de pair avec les dynasties des rois et qu'Amenemha I et ses successeurs avaient à combattre et à tenir en respect pour pouvoir fonder et maintenir l'unité du royaume. Mais nous apprenons aussi autre chose. Si ces familles, qui au commencement de la XII® dynastie manifestaient une si grande puissance, remontent vraiment à la VHP et à la VP dynastie où, comme je l'ai supposé plus haut, elles avaient leur plus proche parenté, ce qu'admet aussi M. Maspero ^ il est bien impossible que la VHP dynastie ait été séparée de la XII® par un intervalle de plusieurs siècles et j'ose voir ici un témoignage comme quoi j'ai raison de mettre la XIP dynastie comme succédant immédiatement à la VHP et de placer les trois dynasties IX®, X® et XP coUatéralement hors de la liste chronologique.
Je ne vois sur ce point aucun motif de refaire la chronologie égyptienne que j'ai proposée il y a quarante ans dans ses principaux linéaments ; au contraire, l'ayant constamment vue confirmée, comme dans ce cas, je dois la conserver avec toute la force de ma conviction.
En combinant lés chiffres monumentaux avec ceux de Manéthon ainsi que nous les trouvons chez Julius Africanus je dresse la liste suivante des rois de la XIP dynastie avec leurs années respectives de règnes.
1 Becueil I. 178.
2288-2268. Amenemha I
20 ans sous la Xle dynastie.
2268-2222. Usertesen I
2222-2184, Amenemha II ,
2184-2136, Usertesen II .
2136-2128, Usertesen III .
2128-2120, Amenemha III
2120-2112, Amenemha IV
-2108, Sebeknofr-ré
Amenemha I et Usertesen I 46 ans ^ Usertesen I seul
Usertesen I et Amenemha II.
9 ans
Amenemha II seul .
Amenemha II et Usertesen II . .
Usertesen II seul .
Usertesen II et Usertesen III . .
Usertesen II, Usertesen III et Amenemha III ...
j Usertesen III et 1 Amenemha III .
Amenemha III seul
Amenemha III et
Amenemha IV .
Amenemha IV seul
Sebeknofr-ré . . .
-2108, total de la
Xlle dynastie 160 ans
160 ans.
Cette liste concorde avec celle des monuments et les indications de Manéthon. Une stèle du musée du Caire est datée de la trentième année du règne d' Amenemha I et de la dixième année d'Usertesen I^; ainsi Amenemha I, après avoir régné vingt ans, prit son fils Usertesen 1 comme co-régent, et comme il mourut dans sa trentième année de
1 Lieblein, Dictionnaire de noms, no. 99; De Rougé, Études égyptiennes, IX, S.
règne le septième jour du second mois, comme le raconte Sineha, le gouvernement commun dura donc neuf ans.
Chose étrange, Manéthon^ ne compte pas Amenemha T comme faisant partie de la XIP dynastie dont il fut le fondateur — le même cas se reproduit avec Amosis, iondateur de la XVIIP dynastie — ; ses 20 premières années sont comptées avec la XP dynastie et les 9 dernières sont comprises sous le gouvernement d'Usertesen I. Lorsque Manéthon le met séparément et hors de la liste pendant 16 ans — on aurait attendu dans ce cas 10 ou 20 ans — c'est donc soit une faute du copiste ou hien parce qu'il pensait qu' Amenemha I ne termina pas plus tôt la conquête de l'Egypte ; ceci est cependant indifférent pour notre chronologie, puisqu'en tous cas les 16 ans sont hors du fil chronologique.
Lorsqu'Usertesen I eut régné 42 ans il prit Amenemha II comme co-régent. Une stèle datée de Leyde ^ indique que l'année 44 d'Usertesen 1 tombe sur la 2® année de Amenemha IL Après avoir régné 32 ans Amenemha II prit Usertesen II comme co-régent; car une stèle d'Assuan indique que l'année 35 d'Amenemha II tombe sur la 3® année d'Usertesen IL Une inscription de Kumme près de la deuxième cataracte '^ est datée l'année 43 et une autre * l'année 41 sous Amenemha III. Lorsqu'à ce roi Manéthon n'attribue qu'un règne de 8 ans, cela provient de ce que 25 années de son règne sont comprises dans le règne
1 Lieblein, Dictionnaire de noms, no. 110.
2 Lepsius, Benkmàler, II, 123, e.
3 Ibidem, 139, q.
4 Ibidem, 139, p!
d'Usertesen II, 8 ans dans le règne d'Usertesen Iir et un an sous Amenemha IV; donc en vérité Amenemha III a régné 42 ans bien qu'il ne^ porte dans la liste chronologique que 8 ans.
Manéthon applique 160 ans à la XIP dynastie. Je suis donc en parfait accord avec lui, mais apparemment en controverse avec le fragment numéro 72 du Papyrus royal de Turin qui donne la somme de 213 ans. Comme je l'ai démontré plus haut ce chiffre est juste, et tout est clair et en bon ordre, puisque le Papyrus royal a réuni en une seule la XP et la XIP dynasties \
Amenemha I. La XIP dynastie est appelée diospolite, ce qui signifie thébaine, puisque originellement elle est sortie de Thèbes où la construction du temple d'Amon était déjà commencée. Thèbes n'ayant encore reçu aucune véritable importance, Amenemha I établit de préférence sa résidence aux environs de Memphis pour demeurer plus au centre du royaume, dans' le noyau proprement dit de l'ancienne Egypte. Cette nouvelle résidence se nommait le Fort de Tetoui ainsi appelée d'après Amenemha I luimême comme celui ayant ^z^^^ Tetoui, conquis les deux pays, soit tout le pays 2. Elle se trouvait située probablement aux environs de Lisht où l'on pense avoir retrouvé la pyramide du grand conquérant ^.
Dans les textes égyptiens nous ne trouvons aucun récit suivi de la conquête de l'Egypte par Amenemha I. Nous sommes forcés de puiser les faits dans les plus diffé-
1 Lieblein, Recherches sur la chronologie égyptienne, p. 63. 3 Lieblein, Recherches, p. 66.
3 Bénédite, Egypte, p. 388.
rentes sources et les réunir en un seul tableau d'ensemble. Dans sa tombe de Benihassan Khnumhotep II parle du décret qu'Amenemha I avait émis en faveur du père de sa mère Khnumhotep I: "Sa Majesté le fit (Khnumhotep I) prince héréditaire, seigneur des pays de l'Est y compris Minieh; Sa Majesté dressa une pierre de limite au sud et mit une pierre au nord (durable) comme le ciel; divisa le grand Nil en son milieu de manière à séparer sa rive droite jusqu'à la montagne de l'Est; lorsque Sa Majesté vint, écrasant le mal, se levant comme Toum lui-même et restaurant ce qu'elle avait trouvé en ruines, séparant chaque ville de sa voisine, faisant connaître (à) chaque ville ses frontières d'avec (l'autre) ville et dressant leurs pierres frontières durables comme le ciel, répartissant leurs eaux selon ce qui était dans les hvres, réglant l'impôt selon l'évaluation du produit, d'après son grand amour pour le droit et la justice. Sa Majesté fit Khnumhotep I prince héréditaire et nomarque du nome de la Gazelle, pendant qu'ir établissait la pierre de limite au sud sur la limite du nome du Lièvre, et celle du nord sur la limite du nome du Chacal; divisa le grand Nil en son milieu, déterminant ses canaux, sa terre labourable, ses bois, ses sables jusqu'aux montagnes de l'Ouest." Voilà la teneur du vieux texte.
Nous avons là un exemple très instructif de la façon dont agit Amenemha I pour soumettre le pays, rendre sujets les puissants nomarques et introduire la loi et l'ordre. Il déposa les nomarques sur lesquels il ne pouvait se fier, tels que ceux de Goptos, Siut et ailleurs et les remplaça par de fidèles et sincères serviteurs.
A Minieh et à Hermopolis il en récompensa d'autres en confirmant et en agrandissant leur puissance.
Après s'être rendu maître de toute l'Egypte il se fixa à la forteresse de Tetouî établissant à Thèbes comme gouverneur un certain Mentunesu, Alors il put de même penser à élargir les limites du royaume au nord et au sud.
Sur la stèle funéraire, datée l'an 24 sous Amenemlia I, Mentunesu raconte qu'il régna à Thèbes comme gouverneur "loué du Pharaon et aimé du peuple, honoré des grands et adoré des petits". "Gomme capitaine j'ai combattu pour l'Egypte; je suis brave, mes bras ont exécuté de célèbres faits pour mon pays; j'ai anéanti les ennemis du Pharaon et renversé les misérables. J'ai vaincu les Nubiens, les nomades asiatiques et les bédouins du désert. Ce n'est ni mensonge, ni forfanterie" ^ Khnumhotep I se loue de ce qu'il a aidé Amenemha I non seulement à chasser ses ennemis de l'Egypte, mais aussi à contraindre les peuples nègres du sud et les Asiatiques du nord ^.
Dans le poème de l'instruction qu' Amenemha I écrit à son fils Usertesen I nous lisons entre autre ce qui suit: "J'ai apprivoisé des lions et saisi des crocodilles ; j'ai vaincu le peuple de Vava ; j'ai soumis le peuple de Maza ; — ces deux peuples habitaient en Nubie — j'ai contraint les bédouins asiatiques à me suivre comme des chiens". Ces guerres nubiennes étaient l'introduction aux conquêtes qui se continuent sous les rois suivants de la XIP dvnastie, et qui reculent constamment les hmites du pays vers le sud
^ Congrès des Orientalistes à Paris, 1873 pp. 48 ss. 2 Breasted, Ancient records of Egypt, 1, 224.
en Ethiopie, le vieux Kusch. Les pays conquis incorporés en Egypte furent divisés eux aussi en nomes, adoptèrent la langue et la religion égyptiennes et furent gouvernés par les Egyptiens, en dernier lieu par l'héritier présomptif du trône qui reçut un fixe et constant titre: "Prince de Kusch". — Un égyptomane pourrait croire que le Dauphin français et le Prins of Wales anglais sont empruntés à ia vieille Egypte.
Après une vie si féconde en incidents Amenemha I perdit sur ses vieux jours un peu de sa force intellectuelle et physique, car il raconte lui-même que des troubles éclatèrent contre lui et qu'il fut exposé à des attentats meurtriers. Ce fut dans le sentiment de sa faiblesse qu'il prit son fils comme co-régent. Ses tristes expériences sur la vie l'ont aigri envers les hommes vers la fin de son règne et rendu soupçonneux envers ses proches. On peut voir clairement quelles étaient ses dispositions d'esprit par ses exhortations dans le poème à son fils: "Sois sévère pour tes sujets, car les hommes n'obéissent qu'au maître qu'ils craignent; ne va pas seul parmi les honimes; ne donne pas ton coeur à un frère, ne sois pas en peine pour tes amis; ne laisse pas ouvert, à moins d'une vigilance soutenue, l'accès qui mène à toi. Si tu te couches pour dormir, veille toi-même sur ta vie, car personne ne peut se fier à ses serviteurs dans les mauvais jours. J'ai fait l'aumône à l'indigent et donné des vivres aux pauvres; j'ai donné permission d'audience aussi bien au petit qu'au grand. Mais celui qui a mangé mon pain s'est soulevé contre moi et celui à qui j'ai tendu une main secourable a élevé la sienne pour me tuer."
Le royal instructeur raconte ensuite en détail d'une attaque que les traîtres firent sur lui dans les ténèbres de la nuit, et qu'il ne dut son salut qu'à sa propre bravoure. Un secret enveloppe sa mort qui fut annoncée d'une façon mystérieuse, de sorte qu'il est douteux, si la cause du mystère était qu'à la fin il est tombé assassiné par une main meurtrière ou si le mystère était fait pour assurer à son fils [Jsertesen I un paisible avènement. Celui-ci se trouvait justement dans l'armée près de la frontière de l'Ouest, en guerre contre les Libyens. Une unit, des messagers de la résidence royale vinrent lui apporter secrètement la nouvelle de la mort du vieux roi. Immédiatement Usertesen I quitta l'armée pour retourner à la résidence et prendre possession du gouvernement. Dans le rapport de Sineha il est clairement démontré, que la nouvelle lui parvint secrètement. Ce rapport est ainsi conçu: "Dans l'année 30 le 7 Paophi le dieu roi de la Haute- et de la Basse-Egypte, Amenemha I alla à son horizon, parut dans le ciel, s'unit au dieu Soleil, et ses membres divins se confondirent avec ceux du père \ Le calme et la tranquillité régnaient à la cour, les doubles portes étaient fermées, le deuil était au palais, et le peuple était plongé dans le silence. Sa Majesté avait envoyé une nombreuse armée aux pays des Libyens, le fils aîné, le dieu bon en était le chef. En marche de retour de la Libye, avec beaucoup de prisonniers et un nombre incalculable de bétail, le conseil de la cour envoya justement un message vers la frontière de l'ouest pour remettre le rapport de la résolution du cabinet. Les messagers le
1 Tout cela pour exprimer qu' Amenemha I était mort.
rencontrèrent dans sa marche et se présentèrent devant lui vers le soir. L'épervier, c'est-à-dire Usertesen I, s'empressa avec sa suite de voler chez lui sans que l'armée en fut i,nformée, et les fils du roi qui étaient avec l'armée furent renvoyés sans le moindre avertissement" \ "J'écoutais ^ et entendis sa voix; paralysé d'effroi, tremblant de tous mes inembres je m'enfuis pour chercher un abri.
J'arrivai à Negau, m'assis dans une barque sans rames qui à la faveur du vent de l'ouest me conduisit à l'autre rive. Je suivis le cours du fleuve et arrivai aux murs du roi qui servaient de remparts contre les Asiatiques. Je me cachai au milieu des buissons dans la crainte d'être découvert des sentinelles et à la faveur de la nuit me faufilai plus avant. Arrivé à la mer rouge je tombai mourant de soif, ma gorge brûlait, et je me disais: c'est un avant-goût de la mort.
Mais je me remis et pris courage en entendant le mugissement des vaches; je vis alors des bergers asiatiques, et le scheik qui avait été en Egypte comprit qui j'étais; il me fit apporter de l'eau, bouillir du lait et me présenta à sa tribu ; ils furent hospitaliers envers moi et me conduisirent de tribu en tribu. Je traversai le pays de Saun et arrivai à Kadem où je demeurai une année et demie. Amuiansha qui était roi des Tennu supérieurs me prit avec lui et dit: Sois le bienvenu chez moi où tu entendras le langage égyptien; il dit cela sachant qui j'étais, ayant appris par des Egyptiens qui se trouvaient chez lui que
^ Cela signifie peut-être qu'ils furent faits prisonniers ou tués. 2 C'est Sineha, probablement aussi un des fils du roi, qui parle.
j'étais un homme capable." Questionné sur le motif de sa fuite Sineha répondit évasivement, mais chanta un hymne à la louange du Pharaon ; en suite le texte continue ainsi : "Amuiansha me fit gouverneur de ses enfants, me donna sa fille ainée en mariage. Il me permit de choisir le meilleur de son pays sur la frontière de son royaume. Le pays était bon, son nom était laa; il y avait des figuiers et des vignobles, le vin coulait abondamment comme de l'eau; du miel en abondance, de l'huile en quantité, et toutes sortes de fruits sur les arbres ; de l'orge, du froment et du bétail sans nombre."
Le pays des Tennu se trouvait sans aucun doute dans ou tout près de la Palestine, et la description de sa fertilité nous rappelle ce que les espions quelques siècles plus ■tard racontaient à Moïse de ce qu'ils avaient vu dans la terre promise, riche en lait, miel, lourdes grappes de raisins, grenades et figues \
"Je vécus là beaucoup d'années, mes fils grandirent et devinrent forts, chacun d'eux régna sur sa tribu. Il se présenta un géant à Tennu, il me provoqua dans ma tente, il était fort et n'avait pas son pareil, les ayant tous vaincus. Il dit: Sineha doit se battre avec moi, il ne l'a pas encore
iait, et il menaçait de prendre mon bétail Lorsque
l'aube parut, le peuple de Tennu arriva,* les tribus se rencontrèrent, et les deux peuples se rangèrent chacun de leur côté pour assister au combat. Chaque coeur brûlait pour moi, femmes et hommes criaient d'anxiété pour moi
1 IV, Moïse 13, 2.3-27.
disant : qui sait si quelqu'un est assez fort pour lutter avec lui? Là-dessus mon adversaire lançait son arme contre moi, mais je savais (si adroitement) éviter ses flèches qu'elles tombaient à terre sans m'atteindre. Et lorsqu'il voulut se jeter sur moi, je tirai sur lui avec mon arc et la flèche traversa sa nuque, il poussa un cri et tomba nez à plat sur le sol. Tout mon peuple se réjouit, et je louai le dieu Mont; ses serviteurs gémissaient.
Le prince Amuiansha me donna tout ce que mon adversaire possédait; je ramenai avec moi comme butin ses richesses et emprisonnai son bétail; ce qu'il avait pensé faire contre moi, je le fis contre lui et je pris possession de ce qui était dans sa tente."
Sur ses vieux jours Sineha est atteint de nostalgie; il demande pardon au Pharaon et la permission de retourner dans sa patrie. Cette gi"âce accordée, il partage son avoir à Tennu entre ses fils et retourne seul dans sa patrie où il est reçu avec amabilité par Usertesen I et passe sa vieillesse dans l'abondance et le bonheur. Là on lui construisit un riche et magnifique tombeau, et il jouit jusqu'à sa mort de la grâce et de la bienveillance de son roi. Voilà l'histoire telle qu'elle est "du commencement à la fin d'après ce qui a été trouvé dans un (vieil) original" ^.
Si j'ai communiqué autant de ce texte, c'est parce qu'il donne d'intéressantes descriptions non seulement de la situation politique en Egypte, mais aussi de la vie nomade dans les parties limitrophes de l'Asie. Je veux surtout faire ressortir la considération dont jouissait le vieux pays de
1 Ceci est par conséquent une copie.
culture au Nil parmi ses voisins, ce qui explique la vénération et l'honneur avec lesquels le seigneur de Tennu reçut le fugitif égyptien. Il est remarquable aussi que dans son pays demeurassent plusieurs autres Egyptiens qui probablement à cause des troubles intérieurs s'étaient réfugiés chez lui et y étaient reçus amicalement comme pos^ sesseurs d'une civilisation plus élevée. Cela était dû à la seule supériorité de la civilisation égyptienne, car ceci se passe sous le règne d'Amenemha I soit vers 2260 a. J. C, c'est-à-dire longtemps avant que les Pharaons égyptiens eussent conquis par des guerres victorieuses le pays asiatique et y eussent, nommément en Syrie, gagné une souveraineté politique bien établie.
Usertesen I. Durant les 9 années qu'Usertesen I gouverna contemporainement avec son père il régna avec toute la puissance et toute la supériorité royales, du moins est-ce lui qui pendant la faible vieillesse de son père commandait l'armée, par exemple dans la guerre contre les Libyens dont nous avons parlé plus haut. Du vivant de son père il fit graver plusieurs inscriptions qui sont seulement datées de ses années de règne et émises en son nom. Gomme son père il fut un soldat téméraire et un habile gouverneur; dans son discours de louanges sur lui Sineha dit entre autre ^i "Il est maître en sagesse, prudent dans ses plans ; avec habileté il soumit les pays étrangers, et pendant que le pèi-e restait tranquillement dans son palais, c'était lui qui marchait en avant et accomplissait ses ordres; il est brave dans la guerre, un héros dont on ne peut trouver le
1 Maspero, Les Contes populaires de V Egypte ancienne, 2^ édition p. 102.
pareil; il rejette les barbares et punit les voleurs; il fronde la lance de façon que la main de l'ennemi se paralyse, et qu'aucun bouclier n'est un assez fort rempart; il brise les crânes. Il est si léger à la course que personne ne peut s'échapper et que personne ne peut l'attraper. D'un coeur ferme à l'heure du danger, il est un lion qui déchire avec ses griffes; jamais il n'a rendu son arme, il abat tout à ses pieds sans pitié; c'est un héros qui se précipite, lorsqu'il voit la résistance, un guerrier qui joyeusement se jette sur les barbares".
Mais il est aussi un bon maître pour ses sujets. "Il est très aimé ayant su gagné l'amour; son peuple l'aime plus que soi-même et plus que son dieu; hommes et femmes accourent à son appel. Comme roi déjà dans les entrailles de sa mère, il a depuis sa naissance créé de la fertilité. Il est le seul de semence divine^ et la terre se réjouit de son règne. Il a agrandi les limites du royaume et conquerra les pays du sud, mais ne convoitera pas ceux du nord" ^ Il y a certainement de l'exagération dans ce discours de louanges que nous ne pouvons prendre à la lettre, mais dans lequel nous pouvons cependant voir un témoignage de la grande puissance d'Usertesen I. Cette dernière déclaration quant à l'élargissement des frontières du royaume vers le sud nous oblige à mentionner les conquêtes que fit Usertesen I en Nubie. Ses expéditions en Nubie et en Ethiopie (Kusch) sont nommées dans plusieurs inscriptions. Près de la seconde cataracte aux environs de Wadi Halfa on a trouvé une stèle qui porte le nom d'un général Mentu-
1 Sineha dit cela afin de tranquilliser le prince de Tennu auquel il parle justement.
hotep. Un tableau au dessus nous représente Usertesen ï en face du dieu Mont qui dit au Pharaon: "J'ai mis à tes pieds tout le pays de la Nubie" et de concert avec ses paroles il présente au roi une rangée de prisonniers liés qui symbolisent les villes nubiennes et dont les noms sontgravés dans des cartouches.
L'inscription a contenu originellement une description détaillée de la guerre, mais elle est maintenant défectueuse et rien de précis ne peut en être prélevé; la stèle nous apprend cependant que la souveraineté de l'Egypte sur la Nubie s'étendait vers le sud jusqu'à la seconde cataracte pour le moins. Sous les rois suivants plusieurs autres guerres furent nécessaires avant que la domination ne fût entièrement affermie. Ameni, le seigneur du nome de la Gazelle dont nous avons déjà parlé, raconte dans sa tombe à Benihassan que dans sa jeunesse, soit au commencement du règne d' Usertesen I, il avait pris part à une expédition en Nubie. "Je suivis, dit-il, mon maître, lorsqu'il fit voile vers le sud pour envahir ses ennemis parmi les quatre peuples nubiens. Je remontai le fleuve comme fils d'un prince, porteur du sceau royal, commandeur en chef des troupes du nome de la Gazelle, comme substitut de mon vieux père. Je m'avançai à Kusch en faisant voile vers le sud ; je reculai les limites du royaume et rapportai à mon maître de ce pays conquis des tributs, et ma louange atteignit jusqu'au ciel. Sa Majesté retourna en paix après avoir dompté ses ennemis en Kusch, Je retournai aussi avec lui sans avoir rien perdu de mes hommes."
Ce fut principalement en Nubie qu'eurent lieu les guerres et les conquêtes. Nous avons vu qu'à la mort de
son père Usertesen I se trouvait sur la frontière de l'ouest en guerre contre les Libyens; mais ces guerres n'étaient que des razzias desquelles on ramenait des prisonniers et d'autre butin; tout au moins nous ne savons pas qu'il ait résulté aucune conquête de cette expédition. Une inscription du roi dans sa 34® année de règne donne avis d'une expédition vers les oasis de l'ouest, mais cela ne fut qu'une excursion sans aucun résultat important.
Parmi les constructions entreprises par Usertesen I, je nommerai le temple pour le dieu soleil à Héliopolis \ Le seul reste de ce monument est un obélisque que l'on voit encore sur le terrain sacré d'Héliopolis. Au Fayum, Usertesen 1 doit aussi avoir bâti un temple, puisque là près de Begig se trouve un obélisque renversé qui porte son nom. Il construisit probablement sa pyramide à Lisht, car on pense que les deux pyramides qui s'y trouvent appartiennent, celle du sud à Usertesen I et celle du nord à Amenemha L'^.
Usertesen I mourut après 46 ans de règne.
Avant de le quitter je citerai un émouvant témoignage sur l'amour avec lequel les puissants seigneurs de cette époque traitaient leurs sujets. Le nomarque Ameni termine ainsi sa biographie: "Je n'ai maltraité aucun enfant mineur; n'ai offensé aucune veuve; n'ai fait obstacle à aucun laboureur, n'ai chagriné aucun berger; je n'ai contraint personne à travailler. De mon temps il n'y eut aucun indigent, aucun affamé; une année de famine sur-
1 Voyez l'inscription sur un rouleau de cuir publiée par Stem dans Zeitschrift f. dg. Sprache, 1874, 85.
2 Bénédîte,' Ègtfpte, p. 388.
venait-elle, je labourais tous les terrains cultivables dans le nome de la Gazelle depuis la limite du nord à la limite du sud; je pouvais ainsi suffire à l'entretien du peuple et il n'y avait personne qui souffrît de la faim; je donnais à la veuve aussi bien qu'à la femme mariée ; je ne favorisais pas le puissant de préférence au petit dans tout ce que je donnais."
Amenemha II. Le gouvernement de ce roi doit avoir été un temps heureux et paisible pour l'Egypte, car les inscriptions parlent peu de lui et ce qu'elles disent témoigne la paix et la tranquillité.
Sur le Sinaï il reprit l'exploitation des mines et y bâtit un temple pour l'édification de la colonie ouvrière égyptienne. A Wadi Gasus près de la mer rouge un fonctionnaire égyptien du nom de Khontkhetur rapporte sur une stèle, qu'il revint de Pun la 28® année du règne d'Amenemha II d'où nous déduisons que des relations commerciales directes étaient rétablies avec ce pays si riche en plantes aromatiques et en tout temps si fréquenté par les Egyptiens qui employaient de grandes quantités d'encens dans leurs cérémonies religieuses.
L'assujettissement dans lequel les grands du pays se trouvaient vis-à-vis le maître du royaume nous montre clairement que le gouvernement paisible d'Ameiiemha II n'amoindrit pas l'autorité royale pas plus qu'il ne relâcha les rênes de la puissance centrale.
Le puissant vassal Khnumhotep II raconte dans sa tombe à Benihassan ^ de la grâce que lui fit Amenemha II
^ Voyez plus haut, pp. 67 et 75.
€11 l'instituant gouverneur à Menat-Khufu : "L'an 19 de son règne Amenemha II, à cause de son grand amour pour le droit et la justice, me fit, comme héritier du père de ma mère, seigneur de Menat-Khufu, Ma louange à la cour était plus grande que celle des autres, le Pharaon m'honorait plus que personne; il me plaça au-dessus de ceux qui
avaient été avant moi Nul sujet n'avait été plus
considéré auparavant."
Usertesen IL Ce paisible état de choses continua sous le gouvernement de ce roi, du moins aussi longtemps qu'il régna seul : en tout cas les inscriptions datées de ses années de règne ne mentionnent aucune guerre, aucun trouble. Mais nous avons de son temps des monuments qui sont d'un double intérêt pour l'histoire de la civilisation ; d'un côté nous avons des objets archéologiques de l'industrie Crêto-Mycénienne, c'est-à-dire de l'ancienne Grèce, de l'autre des tableaux de la vie asiatique, surtout sémitique. Près de Illahun, à l'endroit où commence le canal de la vallée du Fayum, Usertesen II bâtit sa pyramide. Elle est remarquable en ce que sa partie inférieure est formée par l'excavation du rocher lui-même et que son entrée est soigneusement cachée afin de prévenir le vol. Mais ce qui nous intéresse particulièrement c'est qu'à l'endroit où habitaient les ouvriers de la pyramide, lieu appelé Kahun de nos jours, est née toute une ville que l'on a dernièrement déterrée et dont on a pu retracer le plan des rues et des maisons et déterminer les particularités dans l'arrangement des demeures des supérieurs aussi bien que dans celles des ouvriers. On y a trouvé de la poterie et des vases dont la forme et les ornements rappellent les vieux grecs
de l'archipel de la mer Egée, d'où l'on a déduit que des fugitifs grecs, prisonniers ou esclaves, avaient déjà dû habiter dans la vallée du Fayum plus de 2000 ans' a. J. G. Depuis des temps immémoriaux des corsaires de la méditerranée s'y étaient introduits et avaient dévasté les fertiles côtes de l'Egypte; souvent ils ont été fortunés, quelquefois cependant ils ont dû expier leur insolence par leur vie ou leur liberté; parfois aussi sous de favorables circonstances ils y ont été reçus avec hospitalité.
Dans la tombe, si souvent nommée, de Khnumhotep à Benihassan oii celui-ci raconte d'une façon détaillée sa propre histoire et celle de sa famille, on trouve un tableau aux riches couleurs d'une famille sémitique qui manifestement désirait s'établir en Egypte.
Introduite par JNoferhotep, scribe du roi, et Kheti, maître de chasse, la famille étrangère se présente au gouverneur Khnumhotep; on lit au-dessus ces mots: "Arrivée pour apporter le stibium (pommade avec laquelle on teignait les sourcils) que 37 Sémites lui ont apporté (c'est-à-dire à Khnumhotep)."
Sur une table datée l'an 6 d'Usertesen II le scribe adresse à Khnumhotep quelques mots dont le contenu est à peu près le même. A la tête des étrangers se tient le scheik qui porte un véritable nom hébraïque Abisha ; il conduit devant lui un bouc comme présent; après lui un homme avec une gazelle, ensuite quatre hommes armés d'arcs, de lances, de boumerangs ; un âne portant des enfants et des ustensiles dans une corbeille; à pied un garçon à la mine importante avec une longue lance dans la main; quatre femmes magnifiquement parées; encore
un âne avec des bagages sur le dos; un homme jouant de la lyre etc. C'est là un véritable tableau de la civilisation sémitique que nous avons sous les yeux. Les vêtements aux riches dessins et aux belles couleurs, les coiffures recherchées des femmes, les formes élégantes des armes et des outils, la lyre, tout témoigne d'une civilisation ressemblant, ou étant presque l'égale de celle de l'Egypte. Les physionomies, la couleur de la peau, le nom du chef Abisha, l'arrangement complet, l'attirail montrent que ce sont des Sémites, — on serait presque tenté de dire des Hébreux, — qui se sont révélés à nous pour la première fois sous une forme concrète. C'est pourquoi on a été porté à croire, pendant un certain temps, que c'était là la visite d'Abraham en Egypte ou bien l'immigration de Jacob dans ces contrées que l'on voit ici représentée. Mais au point de vue chronologique cela est impossible, aussi a-t-on aujourd'hui abandonné cette idée.
Cependant on peut en conclure que de semblables immigrations ont été souvent entreprises par les Sémites voisins, et nous trouvons là un nouvel exemple des relations continuelles qui ont existé sans aucun doute de tout temps entre les Egyptiens et les peuples limitrophes de l'Asie.
J'ai communiqué plus haut les parties de la biographie de Khnumhotep qui appartiennent aux temps d'Amenemha I, Usertesen I et Amenemha II; la partie relative au règne d'Usei'tesen II commence ainsi: "Un second hommage fut mon partage \ lorsque mon fils aîné Nekht, né de ,Kheti, fut nommé gouverveur du nome du Chacal,
^ C'est Khnumhotep II qui parle.
comme héritier du père de sa mère." ^ Ce fut Usertesen II qui l'éleva à cette haute dignité, lorsque le Pharaon vint pour restaurer ce qui était en ruines, déterminer ce qui appartenait à chaque ville et pour placer entre elles les pierres de limites conformément aux vieilles coutumes. Il est dit ici sur Usertesen II à peu près ce qui a déjà été dit sur Amenemha I, le conquérant, d'où l'on, est autorisé à conclure que la puissance centrale, malgré le caractère paisible du roi, était pleine et entière comme auparavant.
Sur les plus heureuses périodes de la vie d'un peuple, dont l'histoire habituelle est celle de. la guerre, il n'y a peu ou rien à raconter; et cependant ce sont justement de telles périodes qui sont les plus favorables pour le développement de la civilisation, pour les progrès de la race humaine, ce qui est le but de la vraie histoire universelle.
Usertesen IIL A l'avènement de ce roi la paix fut interrompue. Usertesen III fut un des plus belliqueux rois de l'Egypte, et c'est probablement de sa personne et de ses exploits qu'il s'agit, lorsque Manéthon donne le nom de Sésostris à Usertesen II. Hérodote a éternisé les actions héroïques et les grandes conquêtes de Sésostris, et lorsqu'il en fait un héros fabuleux plus grand que tous les autres rois de l'Egypte, c'est qu'en sa personne il a réuni toutes les actions guerrières exécutées en Egypte dans des époques différentes et par des Pharaons différents, non seulement d' Usertesen III, mais de Thotmès III, le plus victorieux d'eux tous, de Ramsès II, le plus chanté de tous
1 Celui-ci avait été nomarque du nome du Chacal.
les héros égyptiens, de Ramsès III et de quelques autres. II est cependant un peu mal à propos que Manéthon ait donné ]e nom guerrier de Sésostris à Usertesen II qui se distingue justement par son caractère paisible ; cependant cela a sa raison d'être principalement dans la contemporanéité des rois,
Amenemha I, le fondateur de la dynastie, prit dans ses vieux jours son fils comme co-régent ; sous les rois suivants de sa maison la eo-régence se développa en un système constant; il était donc naturel que chaque régent contemporain prit sous sa responsabilité la partie administrative du royaume qui convenait le mieux à ses capacités et à ses penchants naturels. La liste royale de la XII® dynastie^ montre que sur les 48 ans qui sont attribués à Usertesen II, il ne régna seul que 19 ans; 4 ans il partagea son gouvernement avec Usertesen III et 25 ans avec Usertesen III et Amenemha III. Pendant les 19 ans qu'il régna seul la paix et la tranquillité existèrent, mais après s'être adjoint un co-régent, ensuite deux, l'état des choses changea. Pendant qu'Usertesen II comme roi supérieur habitait paisiblement dans sa résidence, les deux corégents se partageaient entre eux la puissance royale; Usertesen III prit l'administration de la guerre et des armées avec le but d'élargir les frontières du royaume, et Amenemha III, comme ingénieur, l'administration intérieure du pays qu'il enrichit par son intelligente direction des eaux et par la construction de canaux.
Bien qu'Usertesen II n'entreprît aucune expédition, du moins ne connaissons nous aucun rapport de guerre
î Voy. page 72,
portant son nom ou daté de ses années de gouvernement, il était cependant roi suprême pendant le temps où Usertesen III fît ses conquêtes, et nous pouvons ainsi cooiprendre, pourquoi l'honneur et les fruits de la victoire dans la tradition, et par là aussi chez Manéthon, ont pu lui être attribués comme étant le véritable représentant de la puissance royale égyptienne en ce temps là. C'est ainsi que le paisible et peu belliqueux Usertesen II devint Sésostris, l'héroïque guerrier de l'Egypte.
La conquête commencée par Usertesen I en Nubie fut continuée et terminée par Usertesen III. Les inscriptions donnent avis de plusieurs expéditions qu'il y entreprit dans les années 8, 12, 16 et 19 de son règne. Nous n'en avons aucune description complète. Sur la guerre dans la 8® année de son gouvernement une inscription communique simplement ceci: "Sa Majesté fit voile remontant le Nil pour envahir Kusch"; tme autre: "Mon maître partit pour assujettir Kusch"; une troisième un peu plus détaillée donne ce qui suit: "La 8® année du règne d'Usertesen III le Pharaon fortifia la frontière du sud pour empêcher les Nègres de la transgresser soit sur le fleuve avec des vaisseaux ou sur terre avec du bétail, à moins que l'on n'y passât à cause du commerce ou par une permission spéciale." Sur l'année 12 nous n'avons qu'un bien chétif renseignement: "Sa Majesté partit pour battre Kusch." Pour l'année 16 nous avons une plus complète description. Une stèle érigée dans la forteresse h'ontière près de Semneh ^ raconte ce qui suit: "L'année 16, Sa Majesté établit la limite du sud
1 Lepsius, Benkmàler, II, 13&, h.
près de Heh. Moi^ (le Pharaon) j'ai déplacé ma limite audelà de celle de mes pères; j'ai augmenté l'héritage qu'ils m'avaient laissé. Je suis un roi qui parle et fais ce que je parle; ma main a exécuté ce que mon esprit a pensé."
Après quelques autres louanges sur la sagesse et la bravoure du Pharaon le texte continue ainsi: "Je fis prisonnières leurs femmes et emmenai leurs hommes; je vins à leurs puits et tuai leurs bestiaux; je moissonnai leur blé et mis le feu à leur paille. Par la vie de mon père ^ je dis la vérité, le mensonge n'est pas dans ma bouche. Chacun de mes fils qui conservera cette forteresse de frontière que ma Majesté a bâtie est vraiment mon fils, il est né de ma Majesté, c'est un fils qui combat pour son
père Mais celui qui abattra la forteresse et ne
combattra pas pour elle, n'est pas mon fils, il n'est pas né de moi. Ma Majesté fit dresser une statue de ma Majesté sur la forteresse de frontière pour qu'elle y demeurât et que vous combatissiez pour elle."
Sur l'expédition de la 19® année de règne une seule inscription donne la courte notice suivante: "Le roi de la Haute- et Basse-Egypte Usertesen III partit afin d'assujettir le misérable pays de Kusch l'an 19." Kusch est le nom commun pour les pays au sud de l'Egypte, cest-à-dire l'Ethiopie et les pays nègres en général; il indique ici spécialement la Nubie, soit la contrée entre la première et îa seconde cataracte.
Nous ne savons pas, si Usertesen III, outre les expéditions nommées ci-dessus, en a entrepris d'autres en Nubie,
1 Un serment égyptien, cfr. I. Moïse 42, 15 et 16 : Par la vie du Pharaon.
il est cependant certain qu'il en termina la conquête, et que toute 'la Nubie jusqu'à quelques milles au sud de Wadi Halfa près de la deuxième cataracte fut définitivement incorporée au royaume des Pharaons.
Sur la frontière du sud, Usertesen III bâtit deux forteresses près du Nil, une sur le côté de l'ouest près de Semneh, l'autre sur le côté de l'Est près de Kummeh pour empêcher les tribus voisines du midi de s'introduire dans le royaume du Pharaon. Nous avons vu que le roi impose sévèrement à ses successeurs de conserver ces forteresses de limites. Pour faciliter la navigation sur le Nil Usertesen III fit creuser un canal près de la première cataracte. Ceci était une préparation utile pour la guerre. De tous temps, la navigation sur le Nil a été le moyen ordinaire de communication en Egypte et était surtout employée en temps de guerre au transport des troupes et des munitions.
La cataracte n'étant pas navigable on devait faire un détour; c'est pourquoi on construisit à côté un canal sur lequel une inscription raconte ce qui suit: "Sa Majesté Usertesen III commanda de creuser un canal dont le nom était: Beau est le chemin d' Usertesen III, lorsqu'il partit' pour assujettir le misérable pays de Kusch; la longueur du canal est de 150 aunes, la largeur de 20 et la profondeur de 15." 1 Selon les dimensions le canal était court, mais il n'y avait qu'un seul rapide dangereux dans la cataracte qui devait être évité.
AmenemJia III était ingénieur et constructeur de canaux. Tandis que de sa résidence Usertesen II gouver-
1 Becueil de h'avaux, XIII. 202—4.
nait le royaume et qu'Usertesen III comme général faisait la guerre en Nubie pour l'élargissement des frontières du pays, Amenemha III construisait des canaux pour répandre le limon fertilisant du Nil aussi loin que possible sur les terres labourables. Il fut particulièrement actif dans la vallée du Fayum. Là, il a presque partout laissé des monuments en souvenir de son soin paternel pour la contrée et de ses travaux dignes d'admiration. A Havvara il exécuta sa pyramide d'une forme singulière et le labyrinthe qui suivant la fabuleuse description d'Hérodote était un bâtiment merveilleux avec 1500 salles au-dessus et 1500 salles au-dessous de la terre; il y creusa le lac Maeris qui fit que Je Fayum devint l'un des nomes les plus fertiles du pays d'Egypte. ' Là, près du présent Biahmu, il plaça sur de grands piliers de pierre deux statues, hautes d'environ 40 pieds, le représentant lui-même assis et qui aux yeux d'Hérodote avaient l'air de deux pyramides dans le lac Mœris.
L'Anglais Flinders Pétrie a bien mérité par le déterrement et les recherches qu'il a faites de ces monuments.
J'étais moi-même présent à Biahmu lorsqu'il était occupé à déterrer les lourds piliers de pierre sur lesquels lés monolithes d' Amenemha III étaient placés, ainsi qu'à Hawara, justement lorsque dans ses fouilles pour trouver l'entrée de la pyramide, il venait de tombei' sur les premières de ces tables, depuis si célèbres, de portraits peints dans le style grec, et j'ai eu ainsi l'occasion d'admirer son travail soigneux et consciencieux.
Le nom de Mseris chez Hérodote sert à dénommer le lac et le roi qui le creusa; chez Eratosthène au contraire
le nom du roi est Mares et chez Diodore il est appelé MaiTos à côté de Mœris. Les rapports entre eux doivent être ceux-ci: Le nom d'intronisation d'Amenemha III
( O i^i Ma-n-ré devint avec l'élision de n Mare, chez
Eratosthène Mares, ou bien avec l'assimilation de n en r Marré, chez Diodore Marros. Le nom du lac Maeris vient
probablement du mot égyptien "^r îi!ïï^ ^~f" mer, lac,
qui à cause de l'assonance est employé chez Hérodote aussi comme nom du roi ^.
Amenemha III a fait examiner exactement le niveau du Nil. Près de la deuxième cataracte on trouve des marques, de plusieurs de ses années de règne, taillées dans le roc sur la rive du fleuve qui indiquent le plus haut niveau du Nil. C'était pour Amenemha III d'une grande importance de savoir d'avance, si l'inondation de l'année serait grande ou petite afin de bien utiliser son travail de canalisation.
Dans l'amas même des erreurs et des méprises que les rapports de Diodore ont accumulées on trouve une perle dont nous pouvons profiter. Dans le premier livre, chapitre 61, il raconte ceci rela.tivement au roi Marros: "Il ne fit aucuns exploits militaires, mais se bâtit une tombe appelée le labyrinthe." Ceci est très juste, et nous n'avons qu'à ajouter ce que nous savons, mais que ne savait pas Diodore, . que Marros et Maeris étaient la même personne et que le constructeur du labyrinthe était aussi le créateur du lac Mœris. Mais encore plus surprenants nous paraissent
1 Forhandlinger i Videnskahs-Sélskabet i Christiania, Tan 1862,
ces mots: "Marros n'a accompli aucuns exploits militaires", car ils jettent une lumière imprévue sur les rapports politiques et affermissent l'opinion que j'ai émise plus haut soit qu'Amenemha III agissait comme un paisible ingénieur pendant qu'Usertesen III guerroyait et qu'Usertesen II, tranquillement de son palais administrait le royaume.
; Pouvant donc affirmer comme un fait certain qu'Amenemha III a creusé le lac Mœris, je suis fortement porté à croire que c'est aussi lui qui â creusé le canal qui sortait du Nil tout près de Boubastis et coulait à travers le pays de Gosen vers la mer rouge.
Aristote, Strabon et Pline disent que ce fut Sésostris qui établit ce canal, Hérodote et Diodore que ce fut le Pharaon Neko. J'admets que les premiers ont raison, si par Sésostris on ne veut pas dire Ramsès II, mais un roi de la XIP dynastie, vu que le canal de Gosen devait exister bien avant le temps de Ramsès IL Sans canal le pays de Gosen aurait été un désert ainsi qu'il l'était le siècle passé avant que Lesseps ne l'eût recreusé; mais comme ce district, au temps où les Israélites immigi'èrent en Egypte était un des plus fertiles du pays, ce canal devait alors avoir produit déjà son effet utile. En plus de cela nous savons qu'Usertesen III bâtit un temple à Boubastis qui se trouve à l'entrée de la vallée de Tumilat i, et que des rois de la XIP dynastie ont laissé des traces de leur activité dans ces contrées ^ il doit ainsi être permis de reculer l'établissement du canal aussi loin qu'à Amenemha III qui était le constructeur professionnel de canaux
1 Ed. Naville, Boiihastis, p. 9.
2 Ed. Naville, GosJien, p. 22 et pi. 9; A. 1-3.
parmi les Pharaons. J'ai dans une dissertation "Etudes égyptiennes" ^ avancé ma façon de penser sur le canal de Gosen et j'ai entre autre placé la ville Pithoum-Héroopolis^ à Tendroit de la vallée de Tumilat où Naville dans ses fouilles l'a retrouvée plus tard -.
Je puis donc renvoyer à cette dissertation et ne communiquei-ai ici que le résultat auquel je suis arrivé et que je crois toujours juste l'ayant vu raffermi par les fouilles postérieures de M. Naville.
La fin de ma dissertation se lit ainsi: "Bien avant l'immigration des Hébreux en Egypte existait un canal qui du Nil coulait à l'Est aux lacs amers lesquels formaient alors une baie de la mer rouge. Afin que l'eau salée ne pénétrât pas dans le canal, on laissa une langue de terre entre celui-ci et la mer. Ramsès II et plus tard Neko firent creuser et élargir ce canal qui dans l'intervalle s'était ensablé sans pourtant l'allonger. Parmi les villes de ce temps situées à côté du canal on peut nommer Ramsès et Pithom ou Héroopolis; la dernière était près du présent Makfar à peu de distance des lacs amers et donna à ceux-ci le nom de "Baie héroopolitaine". Le Perse Darius fit de même approfondir le canal, mais, comme ses devanciers, craignant que l'eau de la mer ne l'envahît il ne le laissa guère pénétrer plus avant dans les lacs amers ou la baie héroopolitaine. Cette baie était encore unie à la mer rouge, mais, à cause de l'élévation successive du pays, le
1 Forliandlinger i VidensTcabs-SélsJcahet i Christiania, 1870, 360 ss.
2 Ed. NaviUe, The Store City of Pithoum and the Boute of the Exodus. Metnoir for 1883—4.
niveau de l'eau dans la partie sud de la baie entre celle-ci et la baie de Suez était devenu si bas que Darius y dut faire creuser le fond afin de rendre la navigation possible.
Ainsi pouvait-on dire que Darius avait creusé le canal jusqu'à la baie de Suez, et il a laissé le long de cette partie des monuments qui existent encore et qui témoignent de son travail. Le pays continua à s'élever, et comme le nouveau canal de Darius au sud de la baie héroopolitaine fut négligé par ses successeurs, la jonction entre cette baie et la baie de Suez s'amoindrit peu à peu et finalement fut entièrement rompue. Lorsque l'interruption fut complète, la baie héroopolitaine n'eut plus d'affluents, par les vapeurs elle perdit son eau, baissa de plus en plus, et lorsqu'enfin l'eau y devint amère et salée, elle reçut le nom de "Lacs amers".
Ptolémée II Philadelphe changea cet ordre de choses en construisant un canal à écluses qui fît déverser les eaux du Nil dans les lacs amers qui peu à peu perdirent leur goût amer de sorte que les poissons et les oiseaux purent y vivre.
En plus de cela, il approfondit le canal autant la partie sud que la partie nord des lacs amers, un travail qui fut repris plus tard par l'empereur Trajan, ou peutêtre par Hadrian, son fils adoptif et successeur, ainsi que par le calife Omar. Sous un autre calife en 767 le canal fut abandonné; par les vapeurs les parties isolées perdirent leur eau, et le bassin immense des lacs amers se dessécha et resta sec jusqu'à ce que Lesseps de nos jours le remplit à nouveau d'eau de mer. Cette conception de l'histoire de notre canal semble être le mieux appropriée avec les anciens auteurs et la nature des choses."
Par son travail d'ingénieur, modeste et paisible, Amenemha III a fait, sans aucun doute, beaucoup plus pour le profit et la félicité de l'Egypte que son belliqueux contemporain Usertesen III, ce qui n'empêche pas que la postérité n'ait honoré ce dernier du nom célèbre de Sésostris et admiré pendant des milliers d'années comme un des plus grands héros de l'histoire. Ainsi, hélas! se laisse prendre l'humanité à ce qui brille.
La XII® dynastie atteignit son point culminant sous Usertesen III et Amenemha III. Les deux derniers rois de cette dynastie, Amenemha .IV et Sebeknofer, dont lé premier régna 8 ans et l'autre 4 furent les deux dernières pâles lueurs de la flamme mourante.
Nous ne savons pas si tous les rois de cette glorieuse dynastie ont régné l'un après l'autre, fils après père dans un ordre régulier, ou bien si parfois un petit-fils a succédé à son grand-père ^, mais il est cependant certain que les quatre premiers Pharaons, Amenemha — Usertesen II, répondent à quatre générations successives des nomarques de la Moyenne-Egypte, Khnumhotep I — JN^ekht IP; et que les huit règnes ont chacun d'eux une moyenne d'environ 22 ans.
Lorsque nous apprenons par Manéthon qu'Amenemhal V et Sebeknofer étaient frère et sœur et représentaient naturellement une seule génération, rien n'empêche d'agréer que toute cette dynastie n'embrassât sept générations successives, chacune avec un temps moyen d'environ 25 années.
1 Flinders Pétrie, A History of Egypt, I, 198.
2 Cf. -p. 70, plus haut.
Temps des Hyksos, 2108— 1490 a. J. C.
Les dynasties XIII— XVII.
Le temps des Hyksos embrasse les cinq dynasties manéthoniennes XIII — XVII. A la fin de la XIP dynastie le malheur réapparut en Egypte. Un peuple sauvage de l'Asie, les Hyksos, pénétrèrent dans le pays et y apportèrent la mort et la désolation. L'historien Juif Josephus raconte d'après Manéthon ceci ^: "Il y eut un roi nommé Amuntimaios. Sous son règne, je ne sais pourquoi, Dieu fut irrité contre l'Egypte et des gens de race ignoble venant de l'Est y pénétrèrent insolemment et à l'improviste. Avec facilité ils s'en emparèrent, firent ses princes leurs vassaux, brûlèrent les villes, renversèrent les temples des dieux et traitèrent cruellement les habitants, faisant périr les uns et réduisant à l'esclavage les femmes et les enfants des autres.
Ils prirent plus tard Salatis, un des leurs, comme roi. Celui-ci établit sa résidence à Memphis, leva des impôts sur la Haute- et Basse-Egypte et mit des garnisons dans les endroits convenables. ^
Il fortifia principalement la frontière de l'Est, prévoyant que plus tard les puissants Assyriens essayeraient
JosepJitis contra Apionem, I, 14.
par là à pénétrer dans le pays ^. Dans le nome sethroite il trouva à l'Orient de la branche boubastite du Nil un lieu propice à cet effet et qui d'après une vieille tradition religieuse s'appelait Avaris. Il restaura la ville, la fortifia de fortes murailles et y plaça une garnison de 240.000 hommes. Salatis s'y rendait l'été en partie pour l'approvisionner et payer la solde et en partie pour ordonner les exercices militaires, de manière à jeter la terreur sur ses voisins. Il mourut après 19 ans de règne. Après lui suivit un autre du nom de Béon qui gouverna 44 ans. Ensuite Apakhnas régna 36 ans et 7 mois; puis Apophis 61 ans et Janias 50 ans et un mois, enfin Assis 49 ans et 2 mois. Ces six premiers rois furent toujours en guerre et cherchèrent à subjuguer l'Egypte entièrement. Ce peuple s'appelait Hyksos, mot qui signifie "Bois des pasteurs", car hyk dans la langue sainte veut dire roi et sos dans la langue du peuple pasteur. Quelques-uns disent qu'ils étaient Arabes."
Voilà l'histoire, écrite probablement par Manéthon luimême; elle est juste dans ses traits principaux, lorsqu'on sait la lire correctement.
En acceptant celle-ci, et en prenant les chiffres tels quels, sans changement, ainsi que les donne Julius Africanus, je pense que l'histoire des Hyksos, ou celle des cinq dynasties XIII — XVII, peut être comprise de la façon suivante.
1 11 veut dire sans aucun doute la dynastie cosséenne régnante à Babylone qui sous la XV^ dynastie égyptienne fit son apparition ; Josephus a comparé les Cosséens avec les Assyriens plus connus dans la suite.
Environ l'an 2108 a. J. C. les Hyksos pénétrèrent dans la vallée du Nil et s'emparèrent par le meurtre et le feu de la partie du nord de l'Egypte. Là finit la XIP dynastie i.
La XIIP dynastie régna contemporainement sur la Haute-Egypte et pour la plus grande partie indépendante des Hyksos, bien qu'elle eût plus d'une rude combat à soutenir avec eux. On a fait quelques objections à cela pensant que les Hyksos étaient venus en Egypte à la fin de la XUP dynastie, parce qu'à Tanis et à Boubastis on a trouvé les statues de quelques rois appartenant à cette dynastie d'où l'on croit pouvoir conclure qu'eux aussi avaient dû régner là et dans toute la Basse-Egypte.
Ceci n'est pourtant pas une preuve, car il est permis de croire — et c'est précisément mon opinion — , que les rois Hyksos après un combat heureux ont pu rapporter de la Haute-Egypte des statues de leurs ennemis vaincus pour les placer comme trophées dans leur résidence de la Basse-Egypte.
1 Ceci se passe donc bientôt après la moi-t d'Amenemha IV, le dernier rejeton de la dynastie. Lorsque Manéthon dit que l'événement prit place sous Amuntimaios^ (Lieblein, Hecherches sur la Chronologie égyptienne, 118, note 4) c'est que ce nom ne peut se concevoir que comme une traduction grecque du
QUllUUXI. rn v\ .__^ Ameiiemha; car nuaios signifie
ô TzoXlfjS TAw^s "celui, qui a de grands hoimeiu's"; par conséquent Amuntimaios est "le très honoré Amon". Maintenant ^^ ^S-*)
veut dire "à la tête, en avant", pour un prince, une personne très honorée, par conséquent le nom égyptien Amenemha peut aussi signifier "le très honoré Amon". Nous avons là une confirmation nouvelle que les Hyksos s'introduisirent en Egypte à la fin de la XII^ dynastie.
Lorsque les Hyksos eurent accompli leur sanglante conquête et voulurent introduire l'ordre légal dans leur nouveau royaume, ne connaissant ni la langue ni les lois égyptiennes, pas plus que les mœurs, ils ne purent prendre sur eux le gouvernement de l'état, mais furent obligés d'établir des princes égyptiens pour présider à l'administration du pays. Ce fut la XIV® dynastie qui régna sur la Basse-Egypte comme vassale des Hyksos. Mais les Hyksos étaient si anxieux de perdre un pouce de leur puissance qu'ils veillaient jalousement, sur leurs rois subordonnés, et sitôt qu'ils voyaient que l'un d'eux grandissait en puissance et en ascendant d'une façon inquiétante ils le déposaient et en nommaient un autre à sa place. De là les fréquents changements dans la liste des rois de la XIV® dynastie. Les 76 rois dont se compose la XIV® dynastie ne régnèrent que 184 ans, pas même deux ans et demi chacun, et le Papyrus royal de Turin qui donne le temps de règne pour chacun d'eux porte quelquefois 3 ans, parfois 2 ans, 1 an, et môme quelques mois seulement.
Dans le cours des 184 ans que régna la XIV® dynastie les Hyksos s'étaient égyptianisés, et les vainqueurs se trouvant vaincus par la culture de leurs vassaux indigènes, un fait qui se répète assez souvent dans l'histoire, ils se virent finalement à même, après la fin de cette longue période, de gouverner eux-mêmes.
Alors commença la XV® dynastie, composée des six rois cités plus haut d'après Josephus et dont les noms et les années de règne sont indiqués d'une façon un peu différente par Julius Africanus, auquel je me joins ici (;omme partout ailleurs. Les six rois pasteurs régnèrent 284 ans,
et en ajoutant les 184 ans de la XIV® dynastie, la domination des Hyksôs à la fin de la XV® dynastie avait subsisté 468 ans. La XIIP dynastie contemporaine qui régnait dans la Haute-Egypte et à laquelle on attribue 453 ans finit donc 15 ans antérieurement à la XV® dynastie; probablement ce fut pendant ces 15 ans que les Hyksos pour la première fois dominèrent sur toute l'Egypte. Cette domination ne dura cep,endant pas plus que ces 15 ans, leur puissance fut brisée par la suite, et leur souveraineté sur la Haute-Egypte prit fin.
Une nouvelle dynastie, la XVIP, prit place et régna d'abord 43 ans contemporainement avec les Hyksos, dont la puissance se trouvait maintenant limitée à la Basse- Egypte. Après l'accomplissement des 43 ans les Hyksos avaient dominé 511 ans (468 -|- 43) sur l'Egypte.
Mais alors ils furent rejetés dans le Delta par la XVII® dynastie où, par de durs combats ils se maintinrent encore 108 ans, principalement protégés par leur puissante forteresse Avaris. Lorsqu'enfin celle-ci fut prise par la dynastie thébaine, commença alors une brillante époque, qui dans la liste royale est marquée par l'accession de la XVIII® dynastie au trône.
Dans un commentaire sur toute la domination des Hyksos, Manéthon mentionné que celle-ci jusqu'à la 43® année de la XVII® dynastie a subsisté 511 ans sous 32 rois. Dé cette indication s'est formée la XVI® dynastie que nous pouvons naturellement concevoir comme contemporaine avec les 511 ans insérés dans la série chronologique sous les dynasties XIV, XV et une partie de la XVII®.
Lorsque nous additionnons les chiffres suivants:
XIV« dynastie 76 Khoites . 184 ans
XV« — 6 Hyksos • 284 „
XVIP — Hyksos et Diospolites (151-108) 43 „
nous avons le total . 511 ans.
Cette somme de 511 ans a été enregistrée comme appartenant à une nouvelle dynastie — la XVI® — avec 32 rois. Mais à la vérité ce n'est qu'une dynastie fictive, seulement une récapitulation de tout le règne des Hyksos jusqu'au commencement de la longue et grande guerre ^.
Après avoir déjà donné séparément 43 ans à la XVIP .dynastie, Manéthon dit que toute cette dynastie a régné 151 ans. La cause de cette singulière double indication ne peut être que celle ci, c'est qu'après les 43 ans un changement de rapports s'était effectué entre les Hyksos et les Diospolites. La domination des Hyksos qui avait alors duré 511 ans cessa et le reste, 108 ans (151 ~ 43), eni'^ brasse l'époque où les Hyksos pendant la lutte se tenaient à Avaris. Ainsi s'accordent les mots de Manéthon ^i "Les Hyksos nommés ci-dessus et leurs successeurs, dit-il (Manéthon), régnèrent sur l'Egypte pendant 511 ans; mais ensuite
1 Par là on profite d'une facile . et naturelle interprétation des mots si contestés chez Africanus, (Syncellus, p. 61, C): "EnraxaiSs-Mii] Svvaazeia noiusves aXloi ^aaiXsls ft-/ xai ©rj^aZoï ^loanoXlTai ir/ ; car lorsque devant le nombre fiy on met «r?;, ce que Fruin a déjà conjecturé, Africanus dit alors : "La XVIIe dynastie, d'autres rois pasteurs 43 ans et les Diospolites thébains 43 ans, et puis il ajoute: 'Ouov ol Tcoif/évee xal 0ï]lSaToi è/Saoilsvaar errj ova Pasteurs et Thébains régnèrent ensemble 151 ans.
2 Josephus contra Apionem, I, 14, 24.
les rois de Thèbes et du reste de l'Egypte se soulevèrent contre eux et une grande et longue guerre éclata." Ce temps de guerre est maintenant enregistré par Manéthon dans les 108 ans restants de la XVIT® dynastie, temps où les Hyksos certes continuèrent à régner surtout à Avaris, mais cependant d'une façon plus limitée que pendant les 43 premières années.
Dans une autre rédaction des listes manéthoniennes il est raconté que la domination des Hyksos dura 518 ans, mais on voit là à l'ordinaire une faute de copiste pour 511 ans, cependant je suis plutôt enclin à croire que le chiffre 518 doit se lire 618, les 108 dernières années y étant comprises, car 511 -f- 108 font 619, ou plus justement 618, puisqu'il faut retrancher une année civile égyptienne.
Ces 618 ans, 2108 — 1490 a. J. C, indiquent l'époque depuis la première invasion des Hyksos en Egypte jusqu'à ce que, par la perte de leur dernière forteresse Avaris, ils furent chassés du pays, ce qui dénote, dans un sens plus étendu, la durée entière de l'occupation égyptienne des Hyksos.
Manéthon qui clairement avait adopté la légitimité memphitique, concevait la XIV^ et la XV® dynasties dont les rois principalement résidèrent à Memphis comme légitimes et les plaçait dans la série chronologique, pendant qu'il considérait la XIIP dynastie contemporaine, résidant à Thèbes, comme illégitime, et la mettait par conséquent hors de la file chronologique.
Comme conclusion de ce qui précède je classe ici les dynasties en question dans le tableau suivant:
XlIIe dynastie, XIV^ dynastie, XVIe dynastie, Les Hyksos 60 Diospolites, 76 Khoites, 511 ans, dominèrent
453 ans, 184 ans, 2108-1598 en Egypte
-2108-1656 2108^1925 a. J. C. i en tout
a. J. C. V a. J. C. 1 618 ans,
XVe dynastie, 2108-1490
6 Hyksos, a. J. C.
284 ans, 1925-1641 a. J. C.
XVUe dynastie, 43 ans, 1641-1598 a. J. C.
108 ans, 1598-1490 a. J. C.
La domination des Hyksos marque une période désastreuse dans l'histoire de l'Egypte, tout au moins au commencement. Lorsque les hordes sauvages de l'Asie pénétrèrent dans la fertile vallée du Nil, la terreur les devançait, le meurtre et le feu les accompagnaient, la ruine, la misère et la pauvreté suivaient leurs traces. Ceci était un terrifiant prélude qui heureusement selon les lois de la nature ne pouvait durer longtemps. Certes, l'oppression nationale se prolongea aussi longtemps que le joug étranger pesa sur le pays, mais à partir du moment où les Hyksos résolurent de s'établir en Egypte, ils comprirent alors que c'était dans leur propre intérêt de la protéger de la ruine. La paix, la tranquillité, l'ordre légal devaient être rétablis, et le travail journalier repris. Mais la langue et lès lois leur étant inconnues; ils ne purent eux-mêmes prendre les rênes du gouvernement, et vaincus par la culture des
^ Une année civile est ici retranchée.
vaincus, ils établirent des princes de race égyptienne comme leurs rois subordonnés.
: Jalousement veillèrent-ils à ce que leurs vassaux ne se fortifiassent en puissance ; à cet effet ils les échangeaient d'après leur bon plaisir. C'est pourquoi ces vices-rois (soit les rois de la XI V^ dynastie) régnèrent chacun un temps si court. Certains endroits de l'inscription relative à la victoire de Menephthès sur les Libyens montrent assez clairement, combien leur situation en général était difficile i; :nous y lisons, ligne 9: "Les rois de la Basse-Egypte, (XIV^ dynastie) se tenaient entourés dans leurs villes par la maison dominante des deux pays ^ faute de soldats et de troupes auxiliaires dans la lutte contre eux"; et lignes 39, s. "Personne n'a vu rien de pareil depuis le temps des rois de la Basse-Egypte ^, lorsque l'Egypte était en leur puissance *, que la Peste -^ régnait, et que les rois de la Haute-Egypte ^ (n'avaient aucun pouvoir de les repousser)" ^. Nous avons là, autant que je puis le comprendre, une description assez caractéristique de la situation en Egypte sous la première partie de la domination des Hyksos jusqu'à la fin de la XIV^ dynastie, soit depuis 2108 à 1925 a. J. C. Durant cet intervalle les Hyksos s'étaient appropriés la civilisation égyptienne, de sorte qu'ils purent prendre en mains l'administration et nommer roi un des
1 Dilmichen, Hist. Insehr. altàgyptischer Denkmàler, I— V.
2 Sam-tani-per ce qui veut dire ici les Hyksos.
3 Soit la XlVe dynastie.
* Ce qui signifie les Hyksos.
5 Soit encore les Hyksos.
6 Soit la XlIIe dynastie.
■^ Lieblein, Becherches sur la citron, égyptienne, p. 85.
leurs. Celui qui dans la liste manéthonienne est appelé Salatis fut le premier roi Hyksos, et avec lui commence la XV^ dynastie. Sous cette dynastie la puissance des Hyksos atteignit son apogée. Jusque là leur domination avait été principalement limitée à la Basse-Egypte, mais alors par des combats incessants s'avancèrent-ils toujours plus avant vers le sud, de façon que vers la fin de la XIIP dynastie, environ 1656 a. J. G.; ils régnèrent sur toute l'Egypte. Comme témoins encore visibles de leurs victoi]*es, dans des temps et des endroits différents, sur les Pharaons indigènes de la XIIP dynastie, se présentent les statues colossales des rois que Mariette à déterrées à Tanis.
Ces statues, dont deux portent le nom royal de Sebekhofep III et deux le nom Mer-mesha, tous les deux appartenant à la XIIP dynastie, parurent sans aucun doute ■être de si grande valeur aux vainqueurs Hyksos qui avaient alors appris à apprécier la sculpture, qu'ils pensèrent qu'elles méritaient bien d'être emportées comme trophées dans leur résidence de Tanis- Avaris; le transport était certainement un peu ennuyeux, mais pas impossible à une armée victorieuse en marche de retour.
Sur l'épaule des deux dernières statues nommées le roi Hyksos Apopi a gravé son nom, probablement pour indiquer, que c'était lui qui avait vaincu le roi de la Haute-Egypte Mermesha. La présence de ces statues à Tanis n'est pas, comme le pense Mariette, une preuve que les Hyksos seraient entrés en Egypte après la cessation de la XIIP dynastie on bien qu'ils ne pourraient être les sauvages conquérants que dépeint Manéthon quand ils ont épargné de tels chefsd'œuvre, mais elle prouve, je pense, au contraire que.
lorsque les statues reçurent leur place à Tanis, les Hyksos avaient été si longtemps en Egypte qu'ils s'étaient égyptianisés ^.
Suivant le rapport de Josephus, Salatis fixa sa résidence à Memphis, mais passait de préférence l'été à Avaris où stationnait et s'exerçait sa puissante armée. Memphis était donc le siège du gouvernement, tandis qu' Avaris comme forteresse était le centre de la puissance, probablement aussi la résidence préférée des rois Hyksos. Avaris, Tanis ou Zoan étaient différents noms pour cette même ville. Elle fut fondée par les Hyksos pendant leur immigration et reconstruite ou agrandie par Salatis.
Au livre IV, chap. 13 v. 22 de Moïse il est donné ce remarquable renseignement, qu' Avaris fut construit 7 ans après Hébron. Maintenant, Avaris en Egyptien se nomme Hauar, mais Havar ou Habar est sans aucun doute le même nom que Hébr(on) -.
Par conséquent ces deux villes n'étaient pas seulement contemporaines, mais avaient aussi le même nom. Si l'on peut conclure quelque chose de cette connexion, ce devrait être premièrement que les Hyksos sont venus des contrées d'Hébron, c'est-à-dire de la Palestine, deuxièmement qu'ils ont immigré en Egypte avant Abraham, c'est-à-dire environ 2000 ans a. J. C, puisque Hébron existait avant Abraham.
Les rois Hyksos de la XV® dynastie n'appréciaient pas seulement la sculpture, mais aussi la littérature, la science et la civilisation égyptiennes en général. Sous leur gouvernement, comme il paraît, les prêtres et les savants
1 Lieblein, Becherches, 92.
2 Lieblein, JBecfeercfees, 99.
égyptiens — les scribes et les sages du Pharaon comme la Bible les dénomme — étaient en pleine activité pour recueillir, classe)', codifier toute l'érudition, la science et le savoir dont les textes à travers des siècles s'étaient accumulés dans les différentes archives des temples autour du pays, mais qui n'existaient encore que comme matériaux épars.
Ainsi furent remaniées les mathématiques en un texte qui fut écrit sous un roi Hyksos. "Le scribe Aalimesu a composé ce livre dans la 33® année du roi Aa-user-ré d'après un vieux texte de l'époque d'Amenemha III ^. Les différentes parties des mathématiques s'y traitent: arithmétique, géométrie, trigonométrie, les mathématiques appliquées avec leurs solutions de problèmes, pris de la vie pratique. Il ne peut y avoir aucun doute que Aa-user-ré était un roi Hyksos et, étant aussi connu ailleurs où il porte le nom de famille Apopi ^, il est très probablement Apopi II et identique avec Apophis ou Aphobis dé la XV® dynastie manéthonienne.
Dans le grand Papyrus Ebers la médecine est traitée d'une façon rationelle et systématique. Les maladies y sont classées selon les parties du corps: l'estomac, la poitrine, les yeux etc., dans une série progressive, et la guérison s'y opère par des remèdes, pris sur les règnes animal, végétal et minéral, d'après des ordonnances convenables qui ne sont pas toujours également bonnes, mais qui cependant ressemblent beaucoup à celles de nos jours)
1 Aug. Eisenlohr, Ein mathematisclies Handbuch cler alfen
Aegypter.
^ Proc. of Soc. of Bibl. Archœol., III, 97; XIV, 29; cfr. Pétrie,
A Hisfory of Egypt,, I, 241.
prescrites par nos médecins; tout y a l'air vraisemblable et raisonnable et est évidemment basé sm* une observation soignée et une grande expérience de longues années. Le livre n'est pas un oeuvre original, mais est une compilation de vieux recueils approuvés et d'une certaine manière autorisés, et nous montre l'état de la médecine scientifique du temps où il fut écrit. Quant aux formules magiques il s'en trouve fort peu, elles sont presque insignifiantes à côté des préceptes rationnels qui composent le contenu propre du livre, A cet égard le Papyrus Ebers se distingue particulièrement de la médecine des temps postérieurs en Egypte, car nommément sous les Ptolémées et les Empereurs romains la médecine était tellement mêlée de magie et de maléfice que Galène avec bon droit pouvait proférer son jugement dédaigneux sur les remèdes égyptiens de son temps. Chez les Egyptiens nous voyons aussi en médecine comme en religion, dans les arts et les autres manifestations de culture que le commencement était bon et sain : la médecine sortait de la nature, mais sous une continuelle dégénération elle finit dans une superstition dénaturée déraisonnable et scandaleuse ou dans la stéréotypie de l'école. L'excellent Papyrus Ebers fut écrit, je crois, pour Bnon (Beon), le deuxième roi de la XV® dynastie \
Le papyrus Westcar appartient de même au temps des Hyksos. Suivant les recherches paléographiques de
1 Je lis le nom royal que l'on regarde comme date de notre papyrus j Q ^ — Si ^N^ j Ba-nen-{ré), il est bien identique avec le
nom Hyksos Bnon, mais non avec Ba-kerh-ré, Bicheris, comme le proposaient Dûmichen et Ebers, non plus avec Amenhotep I comme l'affirme M. Erman.
M. Erman, ce texte est un peu plus vieux que le Papyrus Ebers et par cela même peut très bien avoir été composé sous Salatis, le premier roi Hyksos de la XV® dynastie.
Ce papyrus contient une collection d'aventures et de merveilleuses histoires des plus anciens temps; probablement a-t-il attiré, avant n'importe quoi de la littérature égyptienne, l'attention des dominateurs étrangers et éveillé chez eux le désir de les rassembler, car les aventures et les merveilles ont toujours agi sensiblement sur une imagination enfantine et un esprit moins cultivé.
Nous arrivons enfin aux fragments de papyrus trouvés à Kahun par M. Pétrie et à Illahun par M. Borchardt.
Ils sont principalement d'un contenu historique et ecclésiastique et consistent probablement en abrégés compilés des annales qui se trouvaient conservées dans les archives du temple à Fayoum, où les rois de la XIP dynastie résidaient en partie. Le nombre des fragments est très grand et les sujets traités de nature différente; il y a des rangées de noms, des listes d'inventaires, des documents judiciaires et testamentaires et surtout quantité de lettres du temps de la XII® dynastie. Ils sont en partie écrits de mains différentes et n'appartiennent pas tous à un seul et même manuscrit.
Cependant une grande partie de ces fi-agments semblent avoir été écrits par la même main, et ceux-ci du moins appartiennent donc à un seul grand papyrus, c'est-à-dire celui qui fut composé l'an 1882 a. J. G. Je puis ici préciser cette date; car sur l'un des fragments nous lisons, ce que M. Borchardt a déjà remarqué le premier, les mots
importants suivants: "Le lever héliaque de Sothis prit place le 16^ jour du mois Pharmuti".
J^ous avons là une donnée astronomique d'où l'année 1882 a. J. C. peut être calculée; nous devons naturellement ^admettre que le papyrus en question fut écrit sous le règne du roi Hyksos Bnon, 1906 — 1862 a. J. C, et qu'il est un compendium histoîiqùe, puisqu'il y a des faits racontés qui appartiennent à la XIP dynastie \
Cette série remarquable de compilations littéraires, scientifiques et historiques appartenant aux temps de la XV® dynastie a dû être composée par l'ordre et pour l'usage des souverains Hyksos. Les rois Hyksos étrangers de la XV^ dynasie, jouèrent le même rôle dans l'histoire intellectuelle de l'Egypte que les Ptolémées 1600 ans plus tard, qui après avoir consolidé leur puissance sur le pays conquis fondèrent le musée et la bibliothèque d'Alexandrie, firent écrire à Manéthon son histoire égyptienne et aux Septante leur traduction en grec du vieux Testament.
Encore sous un autre point de vue les rois Hyksos se manifestent comme entièrement égyptianisés en ce qu'ils ont pris pai't à la construction ou à l'agrandissement du temple à Boubastis. Dans ses fouilles M. Naville trouva là un jambage de porte avec le nom Apopi ainsi qu'une autre pierre avec le commencement du nom d'intronisation du même roi, qui suivant un autel dans le musée du Caire
peut être lu { g"*^ .^^^\ Aa-knen-ré, et M. Naville pense
que ce roi, par ce qu'on peut en juger, a entrepris un assez grand travail de bâtisse dans le temple de Boubastis. Nous
^ Proceedings of the Soc. of Bïbl. ArchœoL, December 1900.
voyons en lui Apopi 1; ses deux noms Aa-knen-ré Apopi sont inscrits sur les statues des sphinx à Tanis, et il se peut que le nom d'intronisation Aa-knen-(ré) n'est autre que Pakhnan, le nom manéthonien du troisième roi de la XV® dynastie \
Plusieurs rois Hyksos ont porté le nom Apopi qui doit avoir été un nom caractéristique pour les Hyksos^; c'était un nom de famille, et le nom d'intronisation était nécessaire pour individualiser les différents rois Apopi.
Soit que le nom Aa-knen-ré Apopi I fut identique avec Pahknan ou non, il fut probablement le premier roi Hyksos qui bâtit sur le temple à Boubastis. L'avant dernier roi de la dynastie lan-Ianias y bâtit aussi, tout au moins M. Naville a déterré au même endroit une statue lui appartenant. Seulement la partie inférieure est conservée, mais les deux noms du roi sont entièrement lisibles. M, Pétrie pense que ce roi s'appelait Khian, et qu'il vivait avant la XIP dynastie; mais je suis d'accord avec M. Naville, que le nom doit être lu lan-ré, et que la statue représente lan-Ianias ou Annas de la XV® dynastie manéthonienne; j'en suis d'autant plus convaincu ayant reconnu l'identité des deux noms avant de remarquer que M. Naville depuis longtemps avait énoncé la même opinion K
1 Joignant l'article masculin p à Aa-lcnen nous axirons Paa-Tcnen ou Pa-lcnen, et si nous mettons % à la place de x (%tT<ôv poiur xid'eôv, Scô^agie = Sokar) nous aurons la forme Pakhnan. Ceci est très tentant, mais peut-être un peu osé.
- Sous leur longue domination le nom Apopi est venu en usagé non seulement pour les rois, mais aussi pour des personnes privées, voyez Lieblein, Dictionnaire de noms, nos. 293, 503, 552, 1545, 1620, 1628, 1707, 1781, 1877. 2050 etc.
3 Lieblein, Le nom royal de la date du Papyrus Ehers dans Sphinx, XII.
A la dynastie des Hyksos appartiennent enfin les deux statues colossales qui sont louées par M. Naville comme étant les chefs d'œuvre d'art les meilleurs dans le temple de Boubastis. Elles nous donnent clairement les portraits du type propre des Touraniens que nous connaissons par les sphinx de Tanis, mais exécutées par des artistes égyptiens de grand talent.
Aucune inscription n'étant conservée nous ne savons pas à quel roi elles appartiennent, si c'est à lan-Ianias ou à un autre roi de la XV° dynastie.
Comme nous le voyons, les Hyksos n'ont pas seulement usurpé les chefs-d'œuvre des rois indigènes, mais ont aussi, pour leur propre compte, fait exécuter par des sculpteurs égyptiens d'immenses statues.
On peut le voir non seulement à Boubastis, mais aussi à Tanis où Mariette trouva les statues de sphinx nommées ci-dessus avec des portraits d'un type étrangei- frappant: "le nez arqué en même temps que plat, les joues à la fois grosses et osseuses, le menton saillant, la bouche charnue", l'expression sévère et autoritaire, traits particuliers qui sont le caractéristique des Touraniens. Les statues donnent clairement les portraits des rois Hyksos, soit Aa-knen-ré Apopi I qui a inscrit son nom sur leurs épaules ou bien un de ses prédécesseurs au trône ^; on en a déduit que les Hyksos étaient d'une extraction touranienne K
Nous avons cependant raison de supposer, que la plus grande partie du peuple immigré en Egypte se composait
1 Naville, Boubastis, 22.
2 Yoy. cependant ce qu'en dit M. Golénischeff dans Recueil de Travaux, t. XV, 131.
lis
de Sémites et, tout bien pesé, i§ vérité doit être celle ci, que les chefs de l'invasion, les seigneurs, étaient touraniens lesquels pendant leur marche à travers la Syrie ont assujetti de nombreuses bandes de Sémites et les ont entraînées avec eux dans leur violente irruption dans la fertile vallée du Nil. Ces hordes ralliées ne représentaient aucun peuple et n'avaient aucune dénomination particulière, on les appelait Hyksos, c'est-à-dire Rois pasteurs, ou Aaniu, "Asiatiques", Mentiu, "Bergers", Schememu, "Étrangers", ou les flétrissait aussi du nom haineux Aadetu, "peste", et nous avons déjà vu (page 109) que plus tard les Egyptiens s'en souvenaient avec horreur. Manéthon classe ainsi la XV® dynastie.
Josephus :
Africanus :
Salatis.
Salatis.
Beon.
Bnon.
Apakhnas.
Pakhnan
Apophis.
Staan.
lanias ou Annas.
Arklès.
Assis.
Aphobis.
Nous avons cru pouvoir identifier Bnon, Aa-knen- Pakhnan-Apophis I, lan-Ianias et Aa-user-Apophis II. Et comme Devéria et Lauth pensent avoir retrouvé plusieurs de ces noms dans le Papyrus royal de Turin, j'admets que la hste, tout au moins comme la donne Africanus, est tout à fait exacte.
Dans les premiers temps, lorsque les Hyksos durent laisser l'administration du royaume aux rois vassaux indigènes (XIV® dynastie), et que leur puissance était limitée à
la Basse-Egypte, les successeurs de la vieille maison royale dominèrent avec plus ou moins d'indépendance dans la Haute-Egypte avec Thèbes comme capitale. Nous avons en eux la XIIP dynastie.
Les 60 rois dé celle-ci et les 76 rois de la XIV® dynastie sont classés dans les nombreux (au moins 102 probablement davantage) noms de rois que nous transmettent les fragments existants du Papyrus royal de Turin, soit en rangées alternatives, comme je le pense \ ou bien d'une autre manière. Les 60 rois ayant régné ensemble 453 ans cela fait pour cbacun une moyenne de 7 ans Va de gouvernement. Un temps si court de règnes ne peut s'expliquer que de la façon suivante: soit que plusieurs d'entre eux aient régné contemporainement, ce qui fut le cas avec les rois de la dynastie précédente, ou bien que les guerres continuelles avec les Hyksos aient causé de fréquents changements au trône.
Nous n'osons changer ou diminuer le nombre des rois ou leurs années de règne, ce que les historiens modernes sont si prêts à faire, lorsque par leurs spéculations et leurs constructions arbitraires ils arrivent en contradiction avec leurs sources. Les centaines de stèles que Mariette a trouvées a Abydos et qu'il attribue à la XIIP dynastie s'accordent assez bien avec le long règne que Manéthon applique à cette dynastie. Plusieurs rois de la XIII® dynastie portent un nom composé avec le mot Sébek; ainsi se nomment au moins six d'entre eux Sebekhotep et trois
1 Lieblein, Becherches sur la chron. égypt., les tableaux synoptiques.
autres Sebekemsaî. Les noms composés de Sebek étaient càratéristiques pour ce temps là; parmi les centaines de stèles à Abydos il y en a peu où l'on ne rencontre pas des noms qui se combinent avec le mot Sebek. Sebek signifie en Egyptien crocodile dont l'adoration avait son siège dans Grocodilopolis à Fayum. Pendant que les rois de la. XII® dynastie y résidaient, le nom Sebek s'introduisit dans la famille royale, et lorsque celle-ci à la fin de la dynastie retourna à Thèbes, sa vieille capitale, le nouveau nom la suivit et fut conservé par les descendants.
La XIIP dynastie vint immédiatement après la XIP et hérita de la royauté soit par mariage ou parenté. Tandis que les étrangers Hyksos s'établissaient au nord, la maison royale indigène régnait à Thèbes sur la partie sud du pays, où s'étendait sa puissance bien au-delà des fi'ontières égyptiennes jusque très haut dans la Nubie. Les frontières du nord étaient au contraire chancelantes, à cause de la pression des Hyksos de ce côté et de la lutte engagée contre eux ayant plus ou moins de succès. Mais après l'apaisement de la frayeur causée par l'irruption, l'état de choses se tranquillisa, et aussi longtemps que la XIV® dynastie subsista avec ses rois vassaux, il est très probable que la puissance de la XIII® dynastie, peut-être avec quelques interruptions, s'étendit au nord au-delà d' Abydos et de Siut jusque vers le Fayoum.
Un nouveau changement survint, lorsque les Hyksos de la XV® dynastie prirent eux-mêmes le gouvernement, et que les puissants rois Salatis, Bnon, Apopi I, lan et Apopi II complètement égyptianisés et soutenus par une grande armée se mirent en campagne pour conquérir toute
l'Egypte. La guerre éclata avec une nouvelle violence, bien des combats eurent lieu avec des victoires et des défaites de part et d'autre; le pillage et la dévastation furent inévitables des deux côtés, cependant davantage de la part des rois Hyksos comme partie attaquante.
Comme trophées, les Hyksos rapportèrent chez eux de précieuses statues, les déposèrent à Tanis et à Boubastis ; ils prirent aussi de grands blocs de pierre des temples pillés ou démolis dans la Haute-Egypte pour les employer comme excellents matériaux dans leurs bâtisses à Boubastis \ De ces guerres dévastatrices le vacarme et le tumulte résonnent encore comme un bruit lointain à nos oreilles. Dans une inscription de ce temps, nouvellement déterrée à Goptos,^ nous lisons: "Une triste chose est arrivée dans ce temple, les ennemis y sont appelés par Teti, le fils de Minhotep — maudit soit son nom. Déposez le de sa fonction dans le temple, éloignez le du service du temple, privez le de son revenu. Son nom doit être effacé de ce temple, lui qui se pose en ennemi parmi les ennemis de son Dieu. Un roi ou un seigneur qui lui sera clément ne portera pas la double couronne de l'Egypte" ^. L'inscription est datée l'an 3 sous JNubkheperuré Antef, un roi ailleurs inconnu, mais appartenant sûrement à la XIIP dynastie, et je me range entièrement à l'opinion de^ M. Breasted, lorsqu'il voit là une épisode de la lutte entre les Hyksos et les rois thébains de la XIIl® dynastie.
Probablement c'est une épisode des mêmes guerres qui est racontée sur les deux stèles bien connues du Louvre,
1 Na ville, Boubustis, p. 15.
2 Breasted, Historical documents, Vol. I, 340 s.
(C, 11 et C, 12) publiées et traduites par Horrack K Sous un roi Zerenré, connu seulement de cet endroit, mais placé par tous les savants dans la XIII® dynastie, le temple à Abydos, suivant les stèles nommées, fut purifié de haut en bas, extérieurement et intérieurement, lès couleurs rafraîchies, le tout restauré "comme l'avait fait IJsertesen L Tout cela fut exécuté par ordre, les écrins des dieux furent réparés, leurs autels renouvelés avec du bois de cèdre ainsi que le grand autel de sacrifices." Ne seraient-ce peut-être pas les infâmes soldats Hyksos qui avaient pilléet souillé l'un des temples les plus saints de l'Egypte? Dans les temps postérieurs de la reine Hatshepsu nous entendons parler de ces abominables destructions.
Dans l'inscription de Speos Artemidos découverte par M. Goiénischeff nous lisons ce qui suit: "Ecoutez, hommes sages et vous tous tant que vous êtes ! J'ai fait ces choses à l'instigation de mon coeur. J'ai restauré ce qui était en ruines; j'ai relevé les pompeuses (oeuvres) de jadis, alors que les Asiatiques étaient dans le pays du nord à Avaris et que les étrangers (Hyksos) se joignaient à eux pour démolir (amoindrir) tout ce qui était construit, gouvernant sans connaître le dieu Ré et agissant contre les ordres de Dieu" 2.
Sous cette période la guerre ne fut pas non plus continuelle; parfois survenaient de paisibles rapports plus ou moins longs d'après les circonstances. Les Pharaons thé-
1 Voyez Virey et Maspero, P.-J. de Horrack, 71 s,, Breasted, 1. L
^ Bectieil de travaux, VI, 20; cf. Breasted, Historicaî domiments,