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bains profitaient de ces intervalles pour consolider leur domination et l'élargir vers le sud. La XII® dynastie régna sur la Nubie, comme nous avons vu, jusqu'à la deuxième cataracte, à Kummeh et à Semneh, où elle dressa son Kilomètre et grava les marques du niveau de l'eau.
Jusque là et encore plus loin arriva la XIII® dynastie.
Sebekhotep I plaça ses marques du niveau de l'eau près de Semneh, et ses successeurs avancèrent au-delà de la troisième cataracte. Ils bâtirent entre autre un grand temple sur l'île Argo où Sebekhotep III a laissé une statue, bien exécutée, en granit noir. Dans le temple de Karnak, Mariette a trouvé plusieurs monuments des temps de la XIIP dynastie, d'où il ressort que notre maison royale a, aussi dans sa résidence, déployé une assez grande activité pour les constructions monumentales. Maspero dit ^ que ni dans le Sinaï ni en Libye on ne trouve la moindre trace de la XIII® dynastie, et je puis ajouter que dans tout le pays, au nord de Memphis, on ne trouve pas non plus d'autres traces que quelques monuments transportables qui ne donnent aucune preuve de la puissance de cette dynastie, pas plus qu'une statue d'un Sebekhotep au Louvre ou dans le musée de Genève ne prouve que ce dernier ait jamais régné en France ou en Suisse. Mais il n'y a pas de limites aux absurdités auxquelles on peut arriver, lorsqu'on laisse voguer sa fantaisie sur la mer de l'imagination sans avoir égard aux documents, aux faits réels. Par dessus tout, ce serait surprenant au plus haut degré qu'une dynastie qui comme la XIIP régna en tout 453 ans
Maspero, Histoire ancienne. I, 532.
et qui au sud montra une assez grande force d'expansion, eût régné sur toute l'Egypte avec une puissance et une entière autorité sans avoir laissé aussi a\] nord quelque témoignage, qu'on ne saurait méconnaître, de son existence.
Et que deviendraient les listes manéthoniennes de Julius Africanus, si la XIIP dynastie est placée dans la suite chronologique comme une dynastie légitime du royaume? Africanus est cité constamment honoris causa, comme une bonne autorité; malgré cela on le maltraite souvent et on le met facilement de côté avec un haussement d'épaule tant soit peu dédaigneux.
Ses chiffres et données sont mis hors de considération, lorsqu'ils entravent le chemin ou causent des difficultés i.
Lorsque la XIIP dynastie après 453 ans de règne fut close l'an 1656 a. J. C, les Hyksos qui sous les fréquentes guerres s'étaient immiscés de plus en plus vers le sud devinrent les seuls maîtres, mais seulement pendant 15 ans.
En 1641 a. J. G. s'éteignit la vigoureuse dynastie des Hyksos, la XV®, qui fut suivie d'une nouvelle dynastie des Hyksos, la XVIP.
Des princes thébains, voyant l'occasion favorable, se mirent dans ce temps là à la tête du parti national pour
1 On n'a qu'à feuilleter la Geschichte des alten Aegyptens von Dr. Edward Meyer, Berlin 1887 pour se convaincre de la confusion inextricable dans laquelle l'histoire de cette époque par une telle négligence a pu être enveloppée. Je regrette vivement que la rédaction de la précieuse collection, AUgememe Geschichte in EinseldarsteUungen, herausgegében von Wilhelm Oncken, n'ait pas laissé l'égyptologue Johannes Dtimichen continuer son ouvrage si savamment et si autoritairement commencé. C'était pour lui un outrage dont il se plaignait amèrement et pour nous autres un regret.
chasser les violents étrangers, formèrent une nouvelle dynastie indigène (la XVIP, les Diospolites) et commencèrent courageusement un combat de liberté contre les Hyksos. Ceux-ci affaiblis sans doute par le changement de trône durent battre en retraite peu à peu et, après un laps de temps de 43 ans, ils se virent de nouveau réduits au pays du Delta avec Tanis-Avaris comme résidence. Les Egyptiens considérèrent cela comme une victoire décisive sur les HyksoSj et l'an 1598 a. J. C. fut pour eux une époque tranchante dans l'empire étranger qui avait duré 511 ans égyptiens, depuis 2108 à 1598 a. J. C.
Mais les Hyksos, par la ténacité que donne le droit de la possession, quand il a quelque appui de puissance matérielle, se soutinrent encore 108 ans dans le nord de l'Egypte jusqu'à ce qu'enfin ils furent entièrement expulsés du pays.
Nous allons maintenant considérer de plus près la XVIP dynastie. Elle régna 151 ans, mais fut divisée par Manéthon d'une manière double, d'abord en deux lignes parallèles, savoir une dynastie des Hyksos et une dynastie thébaine, ensuite en deux périodes de temps, une de 43 ans, l'autre de 108 ans.
Les rois thébains de la XVII® dynastie peuvent provisoirement être ainsi classés:
Skenen-ré I Ta-aa environ 41 ans 1641 — 1600 a. J. C.
Skenen-ré II Ta-aa-aa
Skenen-ré III Ta-aa-ken
Uaz-kheper-ré Kamès
Skenen-ré IV Amensi
Neb-pehti-ré Aahmès
Est-ce Skenen-ré I qui fut le fondateur de la dynastie? Est-ce lui qui le premier leva l'étendart de la révolte contre les Hyksos? Nous ne le savons pas absolument, bien que cela soit très probable. Nous ne savons pas non plus, si la dynastie se composait de plusieurs autres rois que les six nommés ci-dessus. Tout au moins, avec: assurance et jusqu'ici, n'en connaissons nous pas d'autres et proprement parlé nous n'en avons pas besoin, car, si la dynastie régna 151 ans, il revient donc à chacun des six rois une moyenne de 25 ans Yo? ce qui au fait donne six générations assez courtes.
Les deux premiers rois nous sont connus depuis longtemps par le Papyrus Abbott qui parle de leurs tombes. Le troisième nous le connaissons entre autre de Lepsius, Denkmâler III, 2, a où il paraît à côté de son épouse, la reine Aahotep, et plusieurs enfants ou parents des deux sexes. Il y a deux rangées qui contiennent chacune plus de dix personnes et leurs noms, tous entourés du cartouche. Gomme en général ce ne sont que des rois et des reines régnants dont le nom est renfermé dans un cartouche, on pourrait être tenté de croire que toutes ces personnes ont tenu le sceptre. Mais ceci est à peine le cas, et le cartouche ici ne signijfîe guère autre chose que ces personnes avaient un droit héréditaire au trône. Si vraiment toutes ont régné, plusieurs parents doivent avoir gouverné contemporainement après avoir agréé à partager le royaume enti*e eux, ainsi que l'avaient fait les rois de la XII® dynastie. Le plus sûr est toiit simplement de reconnaître ceux qui ont laissé leurs deux noms, celui de famille et celui d'intronisation, comme de véritables rois.
Pour cette raison ma liste royale est un peu différente de celle que nous donne M. Pétrie \ J'ai passé sous silence Skhent-neb-ré ne connaissant de lui que ce seul nom et ai classé Skenen-ré IV Amensi, ' puisque nous connaissons ses deux noms ^. De cette façon nous n'avons pas moins de quatre rois qui portent tous le nom royal Skenen-ré.
Skenen-ré I Ta-aa. Tout bien réfléchi, il est fort probable que ce roi fut le fondateur de la dynastie. Dans Lepsius, Denkfndler, III, 2, d est exposée une rangée de rois : Aahmès I, Ramsès I, Nebkheruré, tous fondateurs de leurs dynasties, c'est-à-dire la XVIIP, la XIX« et la XI«. Parmi eux paraît aussi Skenen-ré qui doit avoir été le fondateur de la XVIP dynastie et probablement le premier qui ait porté le nom royal de Skenen-ré, bien que le nom de famille Ta-aa ne soit pas ici expressément ajouté. Au moment où il se mit à la tête du parti national avec le but de libérer le pays du joug étranger, il était sûrement encore un jeune homme, car une telle action téméraire exige de jeunes forces et un jeune enthousiasme. Ayant une longue vie devant lui, il l'employa avec succès à chasser les ennemis vers le nord jusqu'à leurs anciennes frontières.
Il régna à peu près 40 ans.
Skenen-ré II Ta-aa-aa, son successeur, continua la guerre et la termina bientôt par une conclusion provisoire en limitant les Hyksos au Delta avec Tanis-Avaris comme résidence. Ayant alors la paix de ce côté il employa le
1 Flinders Pétrie, A History of Egypt, II, p. 4.
2 Legrain, Bépertoire généalogique et onomastique, p.. 4, no. 6.
reste des 30 ans que je lui attribue à consolider sa puissance. Il fut sans aucun doute très occupé à combattre les séditieux éléments qui profitaient de la faiblesse de la puissance centrale pour essayer de se rendre indépendants ou bien de se procurer des avantages personnels par des •complots ou des alliances secrètes.
Skenen-ré III Ta-aa-ken. L'événement qui est raconté dans le Papyrus Sallier I a eu lieu sous son règne. M. Maspero conçoit ce conte comme un roman i; si cela est le cas, la base n'en est pas moins historique, et le contenu si intéressant qu'il mérite d'être connu. Voici le récit:
Il arriva que le pays de l'Egypte fut envahi par la peste (Hyksos) et comme il ne s'y trouvait alors aucun roi supérieur, le roi Skenen-ré gouvernant dans la ville du sud (Thèbes), et la peste des villes, Apopi-ré étant seigneur dans le nord à Avaris .....
Le roi Apopi-ré prit le dieu Sutekh pour maître et n'adora aucun autre dieu dans tout le pays; il lui bâtit lin temple magnifique et éternel; chaque matin il se levait /pour offrir les sacrifices quotidiens, et ses serviteurs les plus distingués apportaient des couronnes de fleurs ainsi que c'était la coutume dans le temple de Ré-Hormakhis. l\ envoya une fois une embassade à Thèbes probablement '.pour inviter Skenen-ré à accepter le culte de Sutekh. Nous jie le savons pas pour certain, mais cela est ici de peu d'importance ; ce qui est d'un plus grand intérêt pour nous, -ce sont les renseignements sur les relations politiques de ce temps là. De plus nous ne savons pas quelle fut la
Maspero, Histoire ancienne, II, 74.
réponse de Skenen-ré, puisque le texte est interrompu au milieu d'une phrase sans aucune fin ; cela est assez regrettable, car il aurait été d'intérêt d'apprendre, si les deux antagonistes s'étaient accordés, ou bien si le conflit conduisait à une nouvelle guerre et, dans ce cas, quels en furent les résultats. Mais s'il n'y eut pas de guerre à cette occasion, elle dut éclater plus tard vers la fin du règne de Skenen-ré III. Ce roi mourut d'une mort violente. Sa momie est encore conservée, et montre que sa joue gauche fut tranchée, le crâne enfoncé, et le front audessus de l'œil droit percé d'une lance \ Il a dû tomber, vraisemblablement, dans un combat contre les Hyksos, assez loin de Thèbes, car le corps était déjà en putréfaction, lorsqu'il fut embaumé, plusieurs jours ayant dû s'écouler avant que le cadavre ne fût transporté du champ de bataille à la capitale où on l'embauma. S'il était au contraire tombé assassiné sous une révolution ou révolte du palais, l'embaumement aurait certainement eu lieu plus tôt du moment qu'on voulait le faire et qu'il n'y avait aucun changement de dynastie, suivi d'une révolution totale.
A sa mort il était âgé de 40 ans, autant qu'on peut en juger par la momie, et doit être monté sur le trône dans son jeune âge, s'il a vraiment régné 30 ans,
Skenen-ré III était marié avec Aahhotep, une reine €élèbre, dont le souvenir fut longtemps honoré comme étant la mère d'Aahmès, le fondateur de la XVIIP dynastie, et faisant ainsi la transition à l'ère nouvelle si célèbre pour l'Egypte. Les contemporains ont dû honorer cette reine à un
Maspero, Histoire ancienne, 11, 79.
très haut degré, puisqu'ils lui donnaient une des premières places sur leurs monuments, et les précieux joyaux qui sont conservés dans le musée du Caire et que l'on admire encore de nos jours pour leur beauté, témoignent qu'elle a reçu de son vivant de rares et magnifiques présents. Sur une stèle d'Edîu publiée par Bouriant^ notre reine est nommée de telle façon que nous devons la placer en relation presque directe avec la XIII® dynastie. Sur le registre supérieur on voit Aahhotep assise près de la reine Sebekemsas dans une position assez intime qui dénote généralement une proche parenté. Au bas du texte où Aahhotep est affir^ mativement déclarée comme étant mère d'Aalimès, le fondateur de la XVIIP dynastie, le défunt Juf, fils d'Ari; raconte l'histoire de sa vie. Entre autres événements il rapporte le fait suivant: "J'ai restauré le tombeau de Sebekemsas, prêt à tomber en ruines". Gè qui rend la stèle intéressante c'est qu'elle montre les relations intimes entre la reine Aahhotep et la reine Sebekemsas ; cette dernière, qui porte les titres de fille royale, sœur royale et épouse royale, appartenait sûrement à la maison royale de la XIIP dynastie. Ceci est en accord parfait avec ma conception de l'histoire de ces temps. Aahmès, fondateur de la XVIIP dynastie, mourut en 1490 a. J. C. âgé environ de 50 ans '^. Sa mère Aahhotep doit être née environ l'an 1570 a. J. C, et la reine Sebekemsas peut très bien avoir été la grand- mère ou la grand-tante d'Aahhotep, si l'on pense qu'elle était la fille de la fille de Sebekemsaf, un
1 Becueil de travaux, IX, 92; cfr. Froceedings for 1888, page 302.
2 Maspero, Histoire ancienne, II, 80.
des derniers rois de la XIIP dynastie qui cessa de gouverner en 1656 a. J. C. ^
Ainsi la reine Aahhotep I
1. comme parente de la reine Sebekemsas appartenait à la XIIP dynastie,
2. comme reine du roi Skenen-ré III appartenait à la XVIP dynastie,