comme mère du roi Aahmès et
4. comme grand'mère d'Aahhotep II, reine d'Amenhotep I, appartenait à la XVIIP dynastie;
elle *était donc l'anneau entre ces trois dynasties et la principale héritière au trône de l'Egypte parmi tous ses contemporains. C'est là probablement la base fondamentale pour la grande estime dont elle jouit dans l'histoire d'Egypte. Au contraire, de tels rapports et une telle position eussent été impossibles, si la XIIP dynastie avait été séparée de la XVIIP par la domination des Hyksos qui dura dans sa totalité 500 à 600 ans ou, comme le pensent quelques savants, pendant 1000 ans; car leur accorder seulement une durée de 100 à 200 ans, comme le fait l'inventeur des dates modernes, est hors de sens et ne peut être pris au sérieux.
Skenen-ré III Ta-aa-ken eut, je pense, pour successeur Uaz-kheper-ré Kamès, son fils ou fils d'Aahhotep. Nous connaissons très peu de ce roi. Son tombeau est nommé dans le Papyrus Abbott. Son cercueil, une barque votive et
1 Nous connaissons deux rois de ce nom, l'un d'eux du Papyrus Abbott où son tombeau est nommé immédiatement avant celui de Skenen-ré 1.
un éventail à son nom se trouvent au musée du Caire ^.* Une personne du nom de Mes officiait comme son prêtre 2, Il est aussi représenté parmi les princes appartenant à la famille d'Aahhotep^. Il ne régna qu'un temps très court; est-ce 10 ans, comme je l'ai mentionné plus haut, ou 6 ans, comme le pense Pétrie, je ne puis le déterminer avec sûreté.
Skenen-ré IV Amensi. Celui-ci est nommé chez Legrain, Répertoire no. 6, avec le nom d'intronisation et celui de famille et doit naturellement avoir régné. Probablement est ce lui qui dans Lepsius, Denkmàler, 111,-2, d,, est mentionné sous le nom Amensi, entouré d'un cartouche. Donc, si j'ai raison de le regarder comme roi et comme étant le quatrième Skenen-ré, je serais enclin à croire que nous avons en lui le Skenen-ré dont il est parlé dans l'inscription d'Aahmès, officier de marins \ Lorsque ce Aahmès en question naquit, son père Baba était officier sous un roi Skenen-ré; il était jeune et célibataire, lorsque le roi Aahmès, fondateur de la XVIIP dynastie, monta sur le trône; mais, quelques années plus tard, lorsr qu'il suivit ce roi au siège d'Avaris, il venait justement de se marier. A l'avènement du roi Aahmès il avait probablement 12 à 14 ans et est donc né sous le roi Skenenré IV Amensi, si nous admettons que ce roi régna 12 à 15 ans, tandis que c'est presque impossible qu'il soit venu au monde sous Skenen-ré III Ta-aa-ken, puisque,
1 Legrain, Bépertoire, no. 8.
- Legrain ibid., ho. 1.
3 Lepsius, Denkmàler, m, 2, a.
^ Lepsius, Benkmàler, III. 12.
entre ce dernier et le roi Aahniès, il y a eu deux, peutêtre trois règnes.
Avant de m'étendre plus amplement sur cette intéressante inscription qui raconte la prise d'Avaris et l'expulsion des Hyksos je parlerai des rois Hyksos de la XVII® dynastie.
Ainsi que plusieurs rois de la dynastie thébaine ont porté le nom Skenen-ré, de même le nom Apopi a-t-il été commun pour plusieurs rois Hyskos. Dans la XV® dynastie nous avons Apopi I et Apopi II, dans la XVII® plusieurs rois portaient le même nom. Voici les rois Hyksos de la XVII® dynastie qui jusqu'à aujourd'hui me sont connus.
JN[eb-uar-ré Apopi III . . environ 1600 a. J. C.
Apopi-ré (Apopi IV) Set-aa-pehti Nubti Apopi V . . . .
Nous ne connaissons pas' les noms des rois Hyksos qui régnèrent dans la première période de la XVII® dynastie.
A la fin de la puissante dynastie, la XV®, se produisit un affaiblissement dans la domination des Hyksos, la succession étant incertaine et plusieurs prétendants au trône s'élevant les uns contre les autres, sans qu'il n'y eut en vérité aucun roi reconnu et naturellement aucun qui put laisser un nom comme tel. Sous la discorde les Hyksos ne purent faire face au soulèvement national à la tête duquel s'étaient placés les princes thébains. Ils durent battre en retraite vers le nord malgré leur résistance, . qui, à cause de la dissension, n'eut ;guère de succès: . leur
retraite fut retardée, mais ne put être définitivement arrêtée avant leur retour au Delta où ils trouvèrent protection derrière les murs d'Avaris. De ces combats, ou tout au moins de ce ternps nous parle, je crois, la tombe que M. Loret découvrit à Sakkarah en 1898. On trouva dans ce tombeau un cercueil appartenant à une personne dont le nom est supposé être sémitique, et dans le cercueil fut découvert un poignard lequel porte sur un des côtés de la poignée l'inscription suivante: "Le valet d'armes de son maître Neheman", un nom qui d'après l'opinion de M. Loret peut aussi être d'origine sémitique. Le plus important est ce qu'on lit sur l'autre côté de la poignée: "Le dieu bon, maître des deux pays, Neb-uar-ré, fils du soleil, Apopi donnant la vie" \
Nous faisons ici connaissance d'un nouveau roi Hyksos. Le nom d'intronisation "Neb-uar, Seigneur d'Avaris" indique l'époque lorsque les Hyksos avaient pris la détermination de se retirer à Avaris, c'est-à-dire à la fin des 43 ans dans lesquels les Thébains et les Hyksos de la XVIP dynastie, d'après Manéthon, avaient régné contemporainement. J'appellerai ce roi Apopi III, et le précieux poignard qui porte son nom serait un présent qu'il a fait à son valet d'armes qui est tombé soit dans une bataille ou frappé de mort d'une autre manière et qui a été enterré dans le voisinage de Sakkarah. Si les deux personnes, le
1 G. Daressy, Un poignard du temps des rois Pasteurs dans les Annales de 1906, p. 115. Sans aucun doute nous devons lire "Neb-uar, seigneur d'Avaris", c'est aussi l'avis de M. Daressy, car dans l'exemplaire qu'il m'a envoyé il a corrigé dans la marge le signe indistinct en ^ uar. en quoi il a parfaitement raison.
propriétaire du cercueil et le propriétaire du poignard étaient en vérité des Sémites, cela prouverait que dans l'armée des Hyksos se trouvaient des guerriers sémitiques mais ne prouve pas autre chose. Lorsque M. Loret veut en conclure que les Hyksos étaient Sémites, c'est à peine avec droit, car les chefs Hyksos peuvent très bien avoir été Touraniens, même si le gros du peuple étaient Sémites (|ui principalement s'étaient joints aux Hyksos lors de leur passage dans la partie sémitique de l'Asie; après l'invasion aussi la population sémitique antérieure du Delta s'est probablement unie à eux \ Selon le calcul fait plus haut Apopi III aurait régné Tan 1600 a. J. C.
Nous avons déjà vu que le Papyrus Sallier I parle d'un roi Apopi-ré d'AVaris qui envoya des embassadeurs à Skenen-ré à Thèbes pour le sommer d'embrasser la religion de Set. Je nomme cet Apopi-ré Apopi IV et place son temps de règne environ l'an 1570 a. J, C. Ce qui caractérise ce roi c'est son zélé pour le culte de Set.
Comme la plupart des savants l'admettent, les Hyksos étaient un mélange de Touraniens et, surtout, de Sémites dont chaque tribu adorait son dieu spécial; cet état de choses continua sous lés premiers troubles alors qu'il n'y avait ni le temps ni l'occasion de contracter une religion commune. Au fur et à mesure que les Hyksos s'égyptianisaient ils prirent aussi, à part d'autres éléments de culture, la religion égyptienne. Mais lorsque échoua leur émulation ambitieuse de conquérir tout le pays, et qu'ik durent se contenter du Delta, ils s'éloignèrent rageusement
1 Voyez plus haut, p. 24.
de toute chose égyptienne et en abrogeant la religion, furent prêts à adopter le culte de Set qui était une religion commune pour les Sémites d'Asie et pour les Sémites qui depuis des temps immémoriaux demeuraient dans le Delta. J'ai déjà indiqué cela, mais doit peut-être ici m'étendre plus amplement.
La Bible nous fait connaître Seth, le troisième fils d'Adam. En comparant les deux différents registres de famille qui se trouvent dans la Genèse, chap. 4 et 5, on en arrive à ce résultat que les noms dans les deux séries sont généralement les mêmes et que la différence est seulement celle-ci, que l'une des rangées met Elohim et l'autre Seth comme le dieu ayant créé l'humanité. On croit y voir le souvenir de Seth comme vieux dieu sémitique. Je renvois au mémoire de Victor Rydberg: Urpatriarhernas slagttafia i Ge7iesis d'aipi-ès lequel les deux tableaux peuvent ainsi être comparés:
Elohim Seth
Adam Enos
Kain Kenan
Hanoch Mahalaleël
Irad Jared
Mehujaël Enoch
Methusaël Methuselah
Lamech Lamech.
L'une des séries commence par Elohim, le dieu des
Hébreux jusqu'à Moïse, et l'autre avec Seth, le dieu sémitique
plus tard oublié et qui est mis là à la place d'Elohim.
Le fils de Seth, Enos, signifie homme aussi bien que le
fils d'Elohim, Adam. Hanoch et Enoch qui dans le texte hébraïque s'écrivent de la même manière ont tout simplement changé de place dans les deux séries qui terminent l'une et l'autre par Lamech.
Nous avons peut-être un autre souvenir du vieux dieu Seth dans V Moïse, 32,17, où il est dit: "Ils sacrifiaient à Sedim", et dans les Psaumes de David 106,37: "Ils sacrifiaient leurs fils et leurs filles à Sedim". On a traduit Sedim par le mot diable, ou démon, mais Sedim est le pluriel de Sed et Sed est identique avec Seth (en hébreu le d(daleth) et le t(taw) changent souvent avec th). Le même Sed nous l'avons en Arabique Said, Sid et dans le Cid espagnol qui tous signifient "maître".
Il est de toute pj'obabilité que Sedim dans les endroits cités veulent dire "vieux dieux déposés, idoles, dieux du temps des païens", et que comme pluriel de Sid ou de Seth ils sont le renouvellement (revenants) du monde sémitique où l'on adorait Seth comme dieu, mais lorsque plus tard il fut oublié, le mot fut traduit démon.
Le dieu Seth est aussi retrouvé dans d'autres pays du monde sémitique. Nous en avons une preuve dans le traité de paix que fit Ramsès II avec le peuple asiatique Kheta (les Héthéens). Lorsque ce Pharaon à la fin de la guerre contracta une alliance de paix, chacune des parties adverses, pour affirmer qu'elle aurait égard aux arrêts du traité, prit comme témoin le dieu de son pays. Du côté du roi Héthéen sont nommés: Set (ou bien comme on l'appelle Sutekh) dans la ville Tunep, Set du pays Kheta, Set de la ville Arnema, Set de la ville Zaranda, Set de la ville Pilqa, Set de la ville Khissap, Set de la ville
Khilbu, Set de la ville Sarpina, Astarthe dans le pays Kheta etc. ... Set et Astarthe sont ici nommés Ttin à côté de l'autre comme divinités en Syrie. Comme Astarthe était certainement une déité sémitique, on peut agréer aussi que Set était sémitique, que ce nom n'était pas seulement une traduction égyptienne d'un nom sémitique, mais le nom lui-même ainsi que le prononçaient les Sémites. Gela peut s'accommoder avec ce qu'a énoncé Leyrer dans la Realencyclopedie de Herzog sur ce très vieux dieu sémitique: "Seth, dit-il, a été un objet des vieilles traditions chez les Juifs; l'invention des lettres hébraïques et des noms des étoiles lui est attribuée; sa sœur Azura aurait été sa femme".
Ajoutons encore ceci: Tacite raconte ^ que les Juifs adoraient l'âne et qu'ils avaient consacré des images de cet animal dans leurs sanctuaires. Ceci est confirmé par les récits de Diodore, Josèphe et Plùtarque ^. Nous n'avons probablement pas là aucun emprunt égyptien, mais un reste du vieux culte sémitique de Set. Par les monuments égyptiens nous savons que le culte de l'âne n'est autre que le culte de Set, et nous verrons bientôt que l'âne fut sacré à Set et mis à sa place.
Même dans l'église chrétienne il y a des traces de l'adoration du vieux dieu sémitique. La caricature crucifiée qui a été trouvée dans les ruines d'un palais impérial sur le Palatin en donne témoignage. Elle représente une figure d'homme, avec la tête d'un âne, suspendue à une croix et les mains accrochées à la grande poutre de traverse;
1 Tacite, Hist. V, 4.
■2 Diodore, XIV, 1; Josephus contra Ap. 2,7; Plùtarque, Sympos. 4,5.
à côté se trouve une personne dans une attitude pieuse, près d'elle est l'inscription suivante: "Alexamenos adorant dieu". Il est clair que nous avons là une image railleuse du Sauveur crucifié avec une tête d'âne comme illustration du récit de TertuUien qui nous informe que les chrétiens, e'est-à-dire les Juifs sémitiques, étaient accusés d'adorer l'âne qui ici représente Set ^.
Maintenant, la religion de Set était sans doute répandue aussi parmi les Sémites qui depuis des temps très anciens erraient, avec leurs troupeaux, dans des contrées marécageuses et des gras pâturages au pays du Delta. Les monuments égyptiens ont en vérité beaucoup à nous communiquer sur un dieu Set ou Typhon comme l'appelaient les Grecs, La plupart des savants s'imaginent, que Set était originellement un dieu égyptien, et Le Page Renouf se prononce ainsi: "Le culte de Set est aussi vieux que celui de n'importe quel autre dieu. Les rois égyptiens adoraient Set autant que Horus et tenaient d'eux leur domination sur le nord et le sud". D'autres au contraire pensent, que Set était dans l'origine un dieu sémitique. L'égyptologue Brugsch le dit positivement dans son Histoire égyptienne, mais dans une édition postérieure, on ne sait pourquoi, il a changé d'opinion disant là, que Set d'après son essence était une vieille divinité égyptienne, qui peu à peu devint dieu des étrangers. L'égyptologue de Vienne, M. Reinisch, s'exprime ainsi : "Le mot ou le Hom Set semble, comme le dieu lui-même, avoir été apporté en Egypte par les Sémites". Dans son ouvrage
Kraus, Borna sotterrannea, p. 222.
spirituel, "Aegypten ùiid die Bûcher Mosè's" Ebers, qui considère la question d'un point de vue plus élevé, cherché à démontrer amplement, que l'Egypte du nord-est depuis des temps immémoriaux était habitée par un peuple phénicien-philistin-sémitique. Brugsch dans un sens très large démontre à l'aide de raisons géographiques, philologiques et historiques, que les Sémites habitaient déjà, depuis les temps les plus reculés, dans le pays nord-est du Delta; il ajoute à la fin: "Des observations que nous avons faites et que nous pourrions augmenter considérablement il résulte ceci que la race sémitique depuis bien longtemps doit avoir habité l'Egypte près de la frontière orientale et que là, comme suite d'un continuel contact entre les deux races; l'égyptienne et la sémitique, est née une population mixte qui devint maîtresse dans la Basse-Egypte, et dont la langue, les habitudes, les mœurs, voire même les dogmes théologiques influencèrent considérablement les voisins égyptiens". A un autre endroit, Brugsch dit que le Delta du nord-est, au commencement de la XIP dynastie, était déjà habité par un peuple égyptien-sémitique. Pour ma part je crois que le séjour des Sémites dans le nord-est de
l'Egypte est aussi vieux que l'histoire de l'Egypte elle-même et que dans le temps où parut Menés les Sémites demeuraient déjà dans le pays et qu'ils y avaient apporté avec eux de l'Asie le culte du vieux dieu sémitique ^. Le.s Egyptiens regardaient naturellement d'un mauvais œil les étrangers qui séjournaient dans leur pays; il était donc inévitable que des relations si tendues ne conduisissent
^ Voyez page 24.
à une collision; après différentes guerres dont les victoires se partagent de part et d'autre, le Delta fut réuni à la couronne égyptienne par Kasekhemui comme nous l'avons vu plus haut. Les Sémites ne furent cependant pas complètement anéantis, ils se joignirent aux Egyptiens pour ne former qu'un royaume, et leur dieu Set fut incorporé dans les Ennéades égyptiennes. A partir de ce moment Set paraît souvent sur les monuments égyptiens. Son nom est représenté fréquemment par un animal caractéristique 'pv] qui d'après sa forme indique une bête fabuleuse, mais qui primitivement devait représenter un âne ou peut-être l'animal, appelé Okapi qui jadis aurait vécu en Egypte. Set est nommé pour la première fois sous un roi Parabsen de la IP dynastie; celui-ci porte deux noms de bannière, le premier l'indique comme roi Horus, le second comme roi Set; probablement avait-il gagné une victoire provisoire sur les Sémites K Sous le dernier roi de la dynastie, Khasekhemui, cette double indication est très fréquente: au-dessus de son nom de bannière on voit Horus et Set placés l'un vis-à-vis de l'autre ou l'un après l'autre - ; Pétrie voit là une preuve que les deux peuples qui adoraient chacun leur dieu, Horus ou Set, étaient alors réunis et que l'union était l'œuvre de Khasekhemui ^. Sur les monuments de la IV® dynastie Horus et Set sont de même représentés plusieurs fois l'un à côté de l'autre ; Em. de Rougé
1 Flinders Pétrie, History, I, 26; quand il y parle des Libyens, c'est une erreur.
2 Flinders Pétrie, The royal tombs of the earliest dynasties. Part II, pi. XXIII et XXIV, 191-206.
3 Flinders Pétrie, A History, I, 28; voyez plus haut page 25.
dit que Set représente la domination sur la Basse-Egypte pour laquelle il était dieu national, de même que Horus représentait la Haute-Egypte \
A mesure qu'à travers les siècles la situation politique des Sémites dans le royaume égyptien subissait des changements, changeait aussi la situation du dieu Set dans le panthéon égyptien. Lorsque l'union des deux peuples fut établie, parut Set, comme nous venons de le voir, à côté de Horus pas précisément comme son rival, encore moins comme son ennemi, mais beaucoup plus comme son compagnon, son frère. Au contraire, sur le sarcophage de Mentuhotep qui appartient à la XI® dynastie, Set est mentionné comme un dieu luttant contre Horus dont il est l'antagoniste et l'ennemi déclaré. Le cas est le même dans le mythe d'Isis et d'Osiris; dans celui-ci on raconte que Set- Typhon se révolta contre son frère Osiris et le tua, mais qu'Osiris fut vengé par son fils Horus qui guerroya et vainquit entièrement Set. Cependant les temps changèrent et plus tard sous la XIX® dynastie Set revint en honneur et en dignité.
Or ce fut le culte de ce dieu Set que Apopi IV, à qui nous revenons ici, ressuscita pour des raisons politiques. En rompant avec les Egyptiens il chercha à rassembler autour de Set, le dieu national des Sémites, ses soldats sémitiques et les Sémites qui depuis longtemps habitaient
1 Em. de Rougé, BechercJies sur les monuments qu'on peut atbi'i- . 6wer aux six premières dynasties dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles lettres, tome XXV, partie 2, pp. 233. 264, 276, 380; dans le premier endroit cité E. de Rongé montre que le nom du dieu Set ou Sutekh est d'origine sémitique.
le Delta. Gela est raconté d'une façon précise dans le texte du Papyrus Saliier I, et c'est sans aucun doute ce qu'il veut manifester dans son message au prince Skenen-ré à Thèbesi.
Set-aa-pehti Nuhti est appelé d'après le dieu Set probablement parce qu'il naquit au moment où fut introduit le culte de Set. Nubti est un autre nom pour Set par lequel il est désigné comme le dieu appartenant à la ville Ombos, et il est presque certain que Ombos était une colonie qui fut fondée dans la Haute-Egypte par une peu-* plade du nord, adoratrice de Set ^. Ce roi est nommé dans la stèle de 400 ans bien connue, trouvée à Tanis. Cette stèle raconte que l'an 400 après le roi Set-aa-pehti Nubli arriva à Tanis- Avaris, selon les ordres de Ramsès II, un haut fonctionnaire, du nom de Séti, pour y élever un monument à l'occasion du jubilé de 400 ans que l'on fêtait à l'honneur du roi Nubti pour une double raison, non seulement pour celle de la religion de Set, mais aussi, comme nous le verrons bientôt, parce qu'une ère nouvelle se trouvait liée à son nom ^.
Il est bien concevable qu'à cette occasion Ramsès II envoya Séti, lequel parmi d'autres fonctions distinguées occupait la fonction de premier prêtre du dieu Set et portait son nom. Remarquons en passant que Ramsès II
1 Voyez plus haut page 128.
2 Voyez plus haut page 45.
3 La stèle est reproduite dans le grand ouvrage de M. E. A. Walli& Budge: A History of Egypt, vol. III, 157. Dans le même ouvrage l'auteur a donné un aperçu exact et clair sur le caractère de la domination des Hyksos en Egypte.
devait avoir des raisons personnelles ou dynastiques pour se montrer favorable à l'égard de la religion de Set; tout au moins son père Seti I et quelques autres de ses successeurs joignirent le nom du dieu Set à leurs noms.
L'indication de la date singulière de la stèle dénote une ère qui n'est pas connue ailleurs et qui a donné lieu à différentes spéculations. Je serais cependant porté à croire que nous la trouvons dans la liste du calendrier qu'on lit sur le verso du Papyrus Ebers. Voici la liste dans son entier;
Dans la 9^ année du règne de Béon.
Fête du nouvel
an
Epiphi 9 Lever héliaque
1^^ Thot de l'année
de Sothis
fixe
Tekhi
Mesore 9
Menkh
Thot 9
Hathor
Paophi 9
Kaherka
Athyr 9
Shefbet
Ghoiak 9
Rekh
Tybi 9
Rekh
Mechir 9
Renut
Phamenoth 9
Khonsu
Pharmutbi 9
Khenkhet
Pachon 9
Apet
Payni 9.
Il est clair que nous avons ici un nouveau calendrier. Ce n'est pas un seul lever héliaque qu'on a voulu noter ici, le but a été de montrer comment le premier jour de tous les 12 mois de l'année fixe tombe le neuvième jour de tous les mois dans l'année civile.
Avons nous là une année asiatique de 360 jours? ou bien doit-on, après le 30 Apët de l'année fixe et avant le 9 Epiphi correspondant de l'année mobile, ajouter cinq jours épagomènes à la manière égyptienne? Le texte n'en dit rien, mais la dernière supposition paraît être la meilleure.
Notre texte doit probablement s'expliquer de la façon suivante: La première ligne indique le temps où le Papyrus Ebers fut composé ou copié. Ce qui suit du texte n'a aucun rapport avec la première ligne, mais nous donne le nouveau calendrier que le roi Hyksos Set-aa-pehti Nubti introduisit, et que nous retrouvons dans la stèle de 400 ans. Le lever héliaque de Sothis qui est ici nommé ne date pas le Papyrus Ebers, mais est ajouté pour indiquer tous les éléments appartenant au nouveau calendrier et nous rend par là le service inappréciable de déterminer le temps de l'introduction de l'ère nouvelle, c'est-à-dire l'an 1549 a. J. G.; un jubilé de 400 ans en souvenir de cette ère fut donc fêté l'an 1149 sous Ramsès II qui selon mon opinion régna de 1180—1114 a. J. C.
Le calendrier du Papyrus Ebers doit être identique avec celui de la stèle de 400 ans, car
1. le Papyrus Ebers nous donne un nouveau calendrier, une réforme du calendrier ordinaire,
2. une autre réforme du calendrier pendant ces temps nous est inconnue ailleurs,
8. c'est manifestement une réforme introduite par un étranger, un roi Hyksos,
4. la stèle de 400 ans nous donne une réforme de calendrier introduite par le roi Hyksos Set-aa-pehti Nubti.
Ainsi pouvons nous déterminer le temps du règne non seulement de ce roi Hyksos, mais aussi de Ramsès II, ce qui est pour l'histoire postérieure d'une plus grande importance encore. Mais ceci n'aura probablement aucune valeur pour ceux qui ne veulent pas voir; puissent-ils à plaisir persister à tâtonner dans leur obscurité chronologique !
Pour le moment je place donc le roi Set-aa-pehti Nubti environ l'an 1550 a. J. G.
Apopi V. Le chronographe grec Syncellus dit que les Hébreux immigrèrent en Egypte dans la dix-septième année du règne d'un roi Apophis^. On place ordinairement l'exode environ 1320 a. J. G., mais comme nous le verrons bientôt nous avons raison de supposer que l'immigration prit place à peu près 215 ans antérieurement, c'est-à-dire en 1535 a. J. G., l'époque où régnait, je crois, Apopi V. Dans la lettre aux Galates III, 17, l'apôtre Paul compte 430 ans entre Abraham et la loi. Si nous partageons ce temps en deux parties égales, ainsi que le propose Lepsius, nous . aurons 215 ans entre Abraham et Joseph et 215 ans entre Joseph et Moïse. L'an 1535 comme époque de l'immigration sous un des derniers rois Hyksos s'accorde avec ma conception chronologique suivant laquelle les Hyksos furent définitivement chassés l'an 1490 a. J. G. à la fin de la XVII® dynastie.
J'ai dit, page 97, que le pays de Gosen, situé dans la vallée de Tumilat, était canalisé, cultivé et habité au
1 Budge, A History of Egypt, vol. III, 154 cite les auteurs chrétiens Dionysius of Tell Mahrê et Bar Hebraeus qui appellent le roi Apopis ou Apapos. '
temps des Hyksos, déjà même sous la XII® dynastie, étant convaincu que c'était Amenemha III qui y avait exécuté les travaux de canalisation aussi bien qu'au Fayoum.
Ce qui était jadis seulement une conjecture est heureusement aujourd'hui un fait reconnu. Les fragments des Papyrus de Kahun nous en donnent une preuve définitive. Dans l'un d'eux nous lisons entre autre: "Grand est le seigneur dans son pays (Usertesen III), voyez, il y a un bras d'eau qui divise le Nil pour distribuer ses eaux''^.
Il est dit là aussi clairement que possible, qu'Usertesen III avait été principalement occupé de la canalisation du Nil et de l'arrosage des champs. Il est probable que l'auteur de l'hymne en l'honneur d'Usertesen III n'a pas seulement pensé à la canalisation du Fayoum mais aussi à celle de Gosen, car presque immédiatement après il chante: "Grand est le seigneur dans son pays, voyez, il y a une enceinte qui fortifie le pays de Gosen".
Il n'y a plus de doute possible^ le pays de Gosen est expressément nommé par son nom égyptien, ainsi que l'affirment Maspero, et Griffith, l'éditeur et le translateur de ce texte ^. Gosen est pourvu de fortifications pour sa défense contre l'ennemi; la vallée était donc habitée, cultivée et canalisée à l'époque indiquée.
Il y a cependant une remarque à faire. Dans l'hymne du Papyrus de Kahun c'est Usertesen III qui est loué comme étant le constructeur de canaux et le protecteur
1 The Pétrie Papyri, Hieratic Papyri front Kahun and Gurob, pi. II, 1. 12.
2 The Pétrie Papyri, ibid. pi. II, 1. 14 et Journal des ^Savants, Avril 1897.
du pays de Gosen, tandis que, comme j'ai dit, c'était Amenemha III qui avait droit à ces titres. Cela s'explique facilement: Usertesen III et Amenemha III régnèrent contemporainement pendant 33 ans (voyez page 72) et Usertesen III étant le plus âgé et aussi à cause de ses exploits guerriers le plus célèbre; il est naturel que le poète de l'hymne ait aussi attribué à Usertesen les mérites qu'avait acquis Amenemha III sous le même gouvernement.
Ce ^ fut sous le roi Hyksos Apopi V que les Hébreux immigrèrent en Egypte. Mais ce fut à la cour d'un Pharaon égyptien qu'arriva Joseph, car plusieurs mots non hébreux qui se trouvent dans le rapport biblique de cet événement sont tout à fait égyptiens. Il n'y a là cependant aucune contradiction, puisque les Hyksos, comme nous l'avons démontré, s'étaient entièrement égyptianisés pendant leur séjour de plusieurs siècles en Egypte. Dans un petit traité \ j'ai parlé de ces mots et me bornerai ici à en donner le contenu principal.
Nous lisons: I Moïse; 41,43: "Et il le fit monter sur le second chariot qu'il avait, et on criait devant lui, Abrek! et il le constitua sur toute l'Egypte".
^"I^t^ abrefe est en égyptien ^ J '■'—^^ c^6 rek:
à gauche toi: allez à gauche! Le ab signifie: gauche, et rek: pour toi, l'impératif à la 2® personne du singulier. Les avant-coureurs devant la voiture de Joseph devaient ouvrir le chemin à travers la multitude en criant: à gauche! Les Septante semblent avoir compris dans ce sens, car ils
1 Proceedings of the Society of Biblical Archœology, 1898, page 202 ss.
traduisent: èytrjQv^sv eiirtqoa&ev àvrov y-ïJQv^. De même
la traduction copte donne: il ïIlKVps^ tt5a| èSoî^ ^^25:0)^.
Et même de nos jours on entend dans les rues du Caire les précurseurs qui courent devant les voitures des grands personnages crier en Arabe : Shimalek, à gauche, pour ouvrir dans la foule un passage pour la voiture \ Cette interprétation me paraît très bien s'accorder avec l'ensemble du texte: après que le Pharaon eut donné son second char à Joseph, il lui accorda la prérogative des grands seigneurs, celle d'avoir des avant-coureurs devant son char ^.
I Moïse, 41,45: "Et le Pharaon appela le nom de Joseph Zofnat-Paneah et lui donna Asnat, fille de Potifera, prêtre d'On, pour femme. Et Joseph visita le pays de l'Egypte.
n^y^nj^iî Zofnat-Paneakh est en égyptien:
H) 1. /^vx T .jîN j t'fnti-pankh, celui qui donne la
Il AAAAAA ' ' i/ /5H J ^
nourriture pour (le maintien) de la vie, car t'fa signifie aliment, provision; t'fn est suivant Brugsch ^ celui qui donne la nourriture, ti indique la personne qui agit, et enfin pankh: la vie. Nous avons donc: T ofn4{i)-pankh, l'homme qui procure les vivres, ce qui correspond, autant
1 Cfr. Lane, Manners and Oustoms of the Modem Egyptians, 1,209.
2 Le Page Renouf dans les JProceedings of the Soc. of Bihl. Arch. vol. XI, 5—8 et Harkavy dans le Journal Asiatique, l'année J870 ont aussi, chacun à leur manière, fait dériver notre abrék de l'égyptien; mais je ne trouve pas que leur interprétation s'accorde avec l'ensemble.
^ Dictionnaire hiéroglyphique, Suppl. p. 1384.
par le son que par le sens, à Zof nat-Paneah biblique comme titre d'honneur et qui pour l'occasion convenait très bien à Joseph.
Outre cela on trouve le nom hiéroglyphique T'fa, aliment, dans plusieurs noms composés de personnes des temps anciens par exp. :
Tfa-Hapi, le Nil est nourriture, T'fa-setn,
rfa-ka\
Probablement est-ce le même Tfa que l'on trouve pour le moins dans trois noms royaux, appartenant à la XIV® dynastie.
On a fait là aussi plusieurs essais plus ou moins malheureux pour trouver une interprétation vraisemblable.
L'égyptologue russe Harkavy s'est approché le plus près de la vérité ayant retrouvé les mots égyptiens t'fa et anMi qu'il lit et traduit T'f-nt-pankh, nourriture, sauveur de la vie; le mot du milieu, nt = sauveur, est un choix malheureux.
L'égyptologue Viennois Krall lit: T'd-Month-eufankh, appelé le dieu Mont le vivant. Le nom composé de ces trois parties: 1. fd = appelé, 2. le nom d'un dieu et 3. eufankh = le vivant, est fréquemment employé depuis la XX^ dynastie; on n'a qu'à feuilleter mon Dictionnaire de noms pour s'en convaincre. Mais aux temps de Joseph qui correspondent à ceux des derniers rois Hyksos, ces noms n'étaient pas encore en usage. C'est donc pour cette raison manifeste, que Joseph ne pouvait porter un tel nom. J'y reviendrai bientôt et ne ferai que remarquer pour l'instant,
1 Lieblein, Dictionnaire de noms, nrs. 14, 55, 451.
que l'explication de Krall ne saurait tenir tête à la moindre critique, car les rapprochements phonétiques ne sont pas admissibles et quant au nom: Appelé Mont le vivant, il ne peut en être question, puisqu'il n'explique rien sur la situation spéciale de Joseph, et que le nom du dieu Mont ne saurait venir dans la bouche d'un roi Hyksos de ce temps là.
Le professeur Steindorîf pour retoucher l'interprétation de Krall a rapproché Zofnat Paneakh hébreu d'un nom égyptien T'd-pnuter eufankh = Appelé le dieu vivant, mais ce rapprochement ne me paraît pas heureux, car tout au moins Krall donne un nom qui a été employé, tandis que le nom proposé par M. Steindorîf ne se h-ouve nulle part et ne peut se trouver, puisque ces noms composés demandent, il me semble, le nom spécial d'un dieu, mais pas la notion purement abstraite du dieu.
Il est d'autant plus nécessaire de protester contre l'interprétation de M. Steindorff qu'on lui a donné une trop grande portée. Nous avons mentionné plus haut, que les noms de personnes composés de cette manière n'ont été employés qu'à la fin de la XX® dynastie, environ 900 a. J.C. Mais si Joseph avait un nom inconnu avant l'an 900, il s'en suivrait naturellement, que le texte biblique qui en parle n'aurait pu être écrit avant l'an 900. C'est aussi en vérité la conclusion qu'a tirée M. Steindorff de son interprétation et qui a été confirmée par l'autorité de Paul de Lagarde. Ce savant distingué dit après avoir allégué et adopté l'interprétation proposée par M. Steindorff: "So haben wir in ihnen (diesen Namen) ein iiberaus wichtiges Hûlfsmittel zur Datirung von Genesis, 41, 45, wie des
ersten Elohisten ûberhaupt". Et M. Steindorff dit : "Eigennamen der besprochenen Form vermag ich zuerst im Ànfange der XXIP Dynastie nachzuweisen, hàufig werden sie erst in saïtischer Zeit. Da auch die Namen Ns-nt und Petepre derselben Epoche angehôren \ so haben wir in ihnen ein ûberaus wichtiges Hûlfsmittel zur Datirung von Genesis 41, 45, wie des Elohisten tiberhaupt" ^.
Est-ce là de la science? D'une fausse interprétation, ou tout au moins très douteuse, tirer une si importante conclusion est vraiment compromettre la science et particulièrement l'école de Wellhausen qui a mérité un meilleur traitement de la part de ses adeptes. C'est pourquoi je maintiens pour le moment mon interprétation de Zofnat- Paneakh, voyant là une répétition d'un vieux titre égyptien, louant Joseph comme celui qui procurait les moyens d'existence.
I Moïse, 41,45 n^DK Asnat, en Égyptien
Snat, nom de femme qui paraît souvent sur les monuments de la XI® à la XVIIP dynastie inclusivement; avec a prosthétique qui était facultatif Snat peut avoir pris la forme Asnat Lorsque M. Steindorff met Asnat en parallèle avec le nom postérieur égyptien Nesneit -j- un a prosthétique je ne puis qu'y voir le désir d'avoir encore une preuve quant au temps postérieur de la rédaction de ce texte biblique.
1 II y a là probablement une erreur, nous verrons bientôt que les noms Asnat et Potifar peuvent être expliqués autrement et que l'on n'en peut rien conclure relativement au temps.
2 Zeitsclirift fiir àgyptische Sprache undAlterthmnskunde, XXVII 42. Steindorff répète l'expression de Lagarde.
I Mose, 39,1 et 41,45. Potifar et Potiféra sont ordinairement considérés comme des noms identiques. Cependant le dernier a été rapproché de Peti-pra comme appartenant au groupe de noms composés avec peti. Pourtant je ferai remarquer que Potifar peut très bien être comparé avec ^ ^ J Pethhar, nom d'un homme qui vivait
sous les Hyksos et était chef de construction du dieu Amon \ Dans Pethhar la dernière partie nous donne probablement
le nom du dieu Baal, mais si la première partie ^ peth
joue le même rôle que ped, et si vraiment les noms
composés avec ped étaient déjà en usage au temps des Hyksos, je ne sais pas; le plus probable est de supposer que le nom sonnait originellement Pethhar ou Potifar et que la forme Potiféra est due à un copiste postérieur qui connaissait un peu l'Egyptien et trouva que ce nom était mieux en harmonie avec la fonction d'un prêtre de la ville du soleil On. En tout cas il est certain que ces noms composés ne peuvent être employés comme moyen pour déterminer le temps de la rédaction de l'Elohiste.
L'an 1490 a. J. G. les Hyksos, je pense, furent enfin chassés de l'Egypte. Nous ne connaissons pas le nom du dernier roi Hyksos; mais sur le fait lui-même nous avons un rapport authentique dans l'inscription de l'officier de marins Aahmès où il raconte lui-même l'histoire de sa vie ainsi ^: "L'officier de marins Aahmès, fils d'Abana, dit:
1 Lieblein, Dictionnaire de noms hiéroglyphiques, no. 553.
2 Lepsius, Denhmdler, III, 12, d et b: cf. Breasted, Historicàl Bocmnents, II, 3 ss.
'0 vous tous! je veux vous faire savoir les témoignages d'estime qui ont été mon partage. J'ai reçu de l'or sept fois, des esclaves hommes et femmes également ainsi que beaucoup de terres labourables. L'honneur des actions accomplies ne s'oubliera jamais dans ce pays'. Il continue: Je vis la lumière du jour dans la ville Nekheb; mon père était officier sous le roi Skenen-ré, Baba, fils de Roant^ était son nom. Je le remplaçai comme officier sur le vaisseau "l'Offrande" sous le roi Aahmès alors que j'étais jeune garçon et célibataire et dormais dans mon lit de garçon (?)
Mais après mon mariage je fus transféré dans la flotte du nord à cause de ma bravoure. Je suivis le roi mon maître à pied, lorsqu'il partit dans sa voiture pour assiéger la ville d'Avaris. Je montrai ma bravoure à Sa Majesté et fus fait officier sur le vaisseau "La splendeur de Memphis". On combattit sur le canal Pazedku près d'Avaris; j'employai mes forts poignets et rapportai une main (d'un ennemi tué) comme butin. Cela fut rapporté au royal héraut, et le Pharaon me récompensa avec l'or de la bravoure".
Cette longue inscription continue sur le même ton, monotone et détaillé, faisant le compte de toutes les actions d'éclat du héros et de ses récompenses. La propre louange est une vanité certainement, mais elle nous sert ici, nous
1 La grand'mère Roant porte un nom qui ne se retrouve qu'une seule fois, c'est-à-dire sur une stèle de la XIII^ dynastie (Lieblein, Dictionnaire de noms hiéroglyphiques, no. 371), ce qui nous donne, je crois, une nouvelle preuve de la connexion étroite entre les deux dynasties, la XlIIe et la XVIIIe (Lieblein, Recherches sur la chronologie égyptienne, p. 126).
donnant d'importants renseignements historiques. Nous voyons que le roi Aahmès s'empara à la fin de la ville d'Avaris et poursuivit les Hyksos jusqu'en Asie, où après six ans de siège il prit la ville Sharohen i et emporta une victoire dans le pays de Zahi^.
Là s'arrêta la domination des Hyksos qui avait pesé si lourdement sur l'Egypte pendant 618 ans, de 2108 à 1490 a. J. C. Le roi Aahmès fut le sauveur de sa patrie et devint le fondateur du nouveau royaume et le père de la glorieuse dynastie, la XVIIP. Mais comme l'œuvre de l'affranchissement ne fut consommée qu'à sa mort, ses années de règne ne furent pas comptées dans cette dynastie.
1 Comparez Josué 19,6.
2 Lepsius, Denkmàler, III, 43 a, ligne 2.
L'empire national restitué.
Les rois thébains de la XVIIP dynastie.
Avec cette dynastie commence une nouvelle époque glorieuse dans l'histoire de l'Egypte. Le royaume fut florissant comme il ne l'avait jamais été auparavant et ne le fut jamais plus tard; il atteignit l'apogée de sa gloire et de son pouvoir sous Thotmès III, le guerrieur le plus victorieux et le plus puissant souverain qui ait été assis sur le trône égyptien. A cette époque là l'Egypte était le plus grand royaume, et le centre de culture universelle; la capitale Thèbes était une ville principale du monde entier où se rencontraient les peuples de tous les pays et où s'accumulaient tous les produits et toutes les richesses de l'antiquité orientale.
Le Pharaon régnait au nord-est jusqu'aux pays de l'Euphrate et du Tigre; vers le sud-est jusqu'à l'extrême pointe de l'Arabie et au sud le long du Nil jusqu'à la sombre terre de l'Afrique intérieure.
Lorsque Aahmès I chassa les Hyksos et les poursuivit jusqu'en Asie, il ouvrit un champ nouveau à l'activité égyptienne. Les Egyptiens ne s'étaient pas encore manifestés
comme puissance conquérante. II est vrai cependant qu'ils avaient pris possession de quelques pays de. la Nubie voisine par les armes, mais ceci plutôt occasionnellement pour se protéger de brigandage et pour le progrès d'un paisible commerce réciproque. Car tandis qu'ils n'avaient que leur infanterie légère, armée seulement de lances et d'arcs, ils ne pouvaient rien faire contre les belliqueux Cananéens et Syriens qui étaient munis de leurs terribles chars de guerre. Mais, lorsqu'à l'exemple des Hyksos ils commencèrent à employer les chevaux et eurent appris à se servir des chars de guerre, ils osèrent alors penser à guerroyer en Asie, et quand Aahmès I, par ses victoires eut ouvert le chemin, ses successeurs suivirent son exemple avec éclat. La plupart des rois de la XVIIP dynastie entreprirent, presque annuellement, des campagnes en Asie; Thotmès III dans le cours de vingt ans en fit une presque chaque année sur lesquelles ses "Annales" donnent des renseignements détaillés. De cette façon, ils soumirent beaucoup de villes et pays, imposèrent des impôts aux peuples et rapportèrent chez eux de riches butins et de nombreux esclaves dont la plus grande partie fut présentée au dieu Amon qui avait donné la victoire et auquel le butin revenait de droit.
Mais avant de nous étendre plus amplement, nous essayerons d'esquisser le squelette de la dynastie, c'est-à-dire de préciser la liste des rois et leur temps de règne. A cet effet, nous avons un moyen inappréciable dans la liste généalogique de la famille, étant dans l'heureux cas de pouvoir la représenter d'une façon qui, dans ses traits principaux, peut être considérée comme absolument certaine.
Skenen-ré III — Aah-hotep I