SOIXANTE-QUINZIEME OBSERVATION
Arachnitis de.la convexité et de la base. — Six onces de sérosité albumineuse dans les ventricules latéraux. — Substance cérébrale généralement molle.
— (Gastro-entérite.
. Paradis, âgé de treize ans, d’une bonne constitution , éprouve tout-à-coup, le 17 mai 18r6, des nausées, des vomissemens spontanés, une céphalalgie intense avec fièvre; le 19, un chirurgien lui administre un émétique qui provoque des vomissemens bilieux très-ahbondans, sans
procurer de soulagement ; le 22, le malade entre à l'hôpital des Enfans.
Cinquième jour : face abattue ; traits altérés : nez effilé; yeux caves, fixes, ternes ; bouche à demi-ouverte ; lèvres d’un rouge tirant sur le brun ; dents sèches; langue rouge et visqueuse ; douleur et chaleur à l’épigasire ; vomissemens spontanés ; céphalalgie générale intense; tendance de la tête à se porter en arrière ; anxiété trèsgrande ; mouvemens continuels pour changer de position ; de tems en tems légers mouvemensconvulsifs des membres ; peau brülante ; le malade se plaint d’un sentiment de froid aux extrémités supérieures, quoique ces parties soient trèschaudes. — Quatre sangsues derrière chaque oreille ; glace sur la.tète ; sinapismes aux jambes ; limonade nitrique ; potion avec carbonate de potasse deux gros, et sirop de limon. — Le soir du même jour, convulsions violentes ; délire furieux qui force d’assujettir le malade dans son lit ; face très-rouge ; yeux fixes, ternes, de tems à autre roulant dans les orbites ; lèvres brunâtres et gercées ; grincement de dents; soif inextinguible ; la pression à l’épigastre fait jeter des cris au malade ; chaleur vive ; sueur abondante à la face ; artères temporales battant avec force. — Vésicatoire à la nuque ; glace sur la tête; deux sinapismes aux extrémités. — Tous ces accidens aug-
mentent jusqu à la mort qui arrive à une heure du matin.
Ouverture du cadavre. — Arachnoïde enflammée dans toute son étendue; exsudation puriforme entre cette membrane et la pie-mère, plus abondante sur les parties latérales et la face supérieure que partout ailleurs. Cette membrane était un peu rouge à la base du cerveau. Six onces environ de sérosité floconneuse dans les veniricules latéraux. Mollesse de la substance cérébrale. — Quelques adhérences anciennes dans les plèvres. — Rougeur vive et inflammation de toute la muqueuse de l'estomac, principalement vers le cardia. — Inflammation moins intense de la fin de la muqueuse des intestins grêles. — Injection de l’épiploon.
(MM. Mitivie et Deslandes. Dissertations.)
SOIXANTE-SEIZIEME OBSBRVATION.
Arachnitis de la convexité des hémisphères ; point de sérosité dans les ventricules. — Rougeur des bronches et de la trachée.—Vive inflammation de la muqueuse de l'estomac et des intestins. — {rrégularité
remarquable dans la distribution de la chaleur.
Gosselin, fille, blanchisseuse, âgée de vingt ans, d’une forte constitution, quoique d’un tempérament lymphatique , fut pendant quinze jours, dans un état incertain de santé et de ma-
ladie ; le malaise augmenta graduellement ; il survint de la céphalalgic, des symptômes gastriques, de la dyspepsie, du dévoiement ; n'ayant point été soulagée par une application de huit sangsues à l’anus, elle se décida à entrer à l’Hôtel-Dieu ; elle présentait alors les symptômes Suivans :
Cinquième jour depuis que les accidens prirent un caractère grave : douleur sus-orbitaire cette douleur subsista pendant toute la maladie; langue sale à son milieu et très-rouge sur ses bords ; soif ; épigastre très-douloureux ainsi que la région ihaque droite, ce qui a toujours été en augmentant jusqu'à la mort; respiration un Eu gènée ; pouls dur et fréquent. —Dix sangsues
à l’épigastre.
Sixième jour : : fréquentes envies de vomir ; elles sont suivies de vomissemens muqueux é bilieux qui durent cinq à six jours ; diarrhée. — Vingt sangsues sur l’épigastre et la région iliaque, apportent dans la douleur un soulagement qui n’est que momentané.
Septième jour : délire pour la première fois ; irrégularité du pouls ; légère amélioration dans l'ensemble des symptômes. — Un grain et demi d’opium ; bain ; affusion. — Ces moyens procurent un peu de: soulagement.
Huitième jour : même état que le sixième.
Neuvième jour : mêmes accidens; de plus, irrégularité dans la distribution de la chaleur ; par exemple le front est très-chaud tandis que les bras sont froids. — Douze sangsues à l'épigastre; cataplasme narcotique après ; deux gros de sirop diacode dans une potion. — Le soir les vomissemens cessent et ne reviennent plus ; même irrégularité dans la distribution de la chaleur ; douleur à la partie supérieure et droite de la poitrine , augmentant par la pression.
Dixième jour: tendance à l’assoupissement ; pommette droite très-chaude, tandis que la gauche est froide. — Quatre sangsues à chaque tempe; vingt sur l’épigastre ; glace sur la tête. — Le soir, yeux fixes, hagards, larmoyans ; anxiété extrême; mouvemens convulsifs de la langue.
Onzième jour : nuit agitée ; délire ; visage animé ; yeux tantôt fixes, tantôt roulant dans les orbites ; pupilles dilatées ; conjonctives injectées; fréquens mouvemens de la tête et de la langue. — Douze sangsues sur les tempes ; douze à l’épigastre ; bain.
Douzième jour: même état des yeux et de tout le reste des autres appareils ; ailes du nez rapprochées ; rougeur et chaleur du côté gauche de la face, tandis que le droit est pâle et froid. — Fomentation sur le ventre avec camomille et vinaigre ; dix-huit grains de musc.
Treizième jour: même anomalie dans la température. — Même prescription.
Quatorzième jour : assoupissement profond ; yeux fixes; pupilles dilatées ; sueur froide et visqueuse ; pouls d’une fréquence et d’une petitesse extrêmes ; la malade sort plusieurs fois de son assoupissement pour s ’agiier fortement, se plaindre et délirer. — Bain avec affusion ; vingtcinq gouttes de laudanum dans une potion : Si— napismes. — Mort dans la : Journée.
Ouverture du cadavre. —Très-forte adhérence de l’arachnoïde avec la dure-mère , à la partie moyenne supérieure, et un peu postérieure du cerveau, dans une étendue de deux pouces ; dans tous ces points, l’arachnoïde est rouge, opaque, épaissie et très rugueuse; une légère se seropurulente est étendue sur la parue moyenne des deux hémisphères.— Les ventricules contiennent à peine quelques gouttes de sérosité ; on en trouve deux cuillerées dans les fosses occipitales. — masse cérébrale injectée , ferme, nullement ramollie.—Cœur flasque se déchirant facilement. — Anciennes adhérences des plèvres.— Poumon droit un peu engorgé en arrière. — Rougeur vive de la muqueuse des bronches et de la trachée. — Égale rougeur de toute la muqueuse de l’estomac; granulations et ulcérations de grandeurs et de formes‘varices dans toute l'étendue de
(372) lileum, du cœcum et du rectum. — Epiploon rempli de peus tubercules. — Tous les autres viscères sains.
238. Nous avons recueilli cette observation dans les salles de M. Récamier; nous y voyons les symptômes qui caractérisent la gastrite et l’entérite dans toute leur évidence ; ils se dessinent toujours avec plus de force à mesure que la maladie fait des progrès.
La gène de la respiration qui n’a pas lieu ordinairement au commencement de l’arachnitis, s'explique très-bien par l'engorgement presque inflammatoire de la partie postérieure du poumon gauche.
La soif, la rougeur de la langue, l’épigastralgie, les vomissemens qui persistent jusqu’au onzième jour, ne peuvent appartenir qu’à la gastrite ; car lorsque les vomissemens sont symptômatiques de l’arachnitis, ils ne paraissent que les premiers jours et cessent promptement ; d’un autre côté
la douleur dans la région iliaque droite, la diarrhée , etc., sont des indices certains d’une irri-
tation vive dans cette partie de l’abdomen.
L’irrégularité dans la distribution de la chaleur, est ici fort remarquable ; ce symptôme, regardé jusqu'ici comme un caractère de la fièvre ataxique, s’est plusieurs fois présenté à nous dans des cas d'arachnitis, mais jamais d’une manière aussi tran-
chée que chez ce malade; c’est sous le rapport de ce dernier symptôme, que ce fait nous paraît surtout intéressant.