‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 103 sur 170 · SOIXANTE-DIX-HUITIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SOIXANTE-DIX-HUITIEME OBSERVATION

Arachnitis de la convexité des hémisphères et des ventricules.—Sérosité abondante dans ces cavités et à la base du cerveau. — Pleurésie. — Pneumonie.—- Violente gastrite. — Inflammation de la prostate et de tout le tissu cellulaire du bassin. — Fusées

purulentes le long du nerf sciatique.

Tabot, cocher de fiacre , âgé de 68 ans, s’étant livré à des excès de table, fut pris le soir même d’une céphalalgie très-vive, de douleurs d'estomac et de ventre, de chaleur générale avec malaise, sentiment de lassitude et diarrhée très-abondante ; cet état durait depuis quinze jours , lorsque la douleur de tête et les autres accidens s'étant tout-à-coup exaspérés, 1l se décida à entrer à l’Hôtel-Dieu. |

Alors , abattement général ; assoupissement continuel dont on peut cependant reurer le malade; céphelalgie forte ; abdomen généralement douloureux à la presssion, surtout dans la région iliaque gauche ; langue rouge et sèche ; soif intense; constipation depuis quinze jours ; pouls fort et fréquent ; respirauon gênée ; douleur au côté gauche de la poitrine qui est mat

à la percussion, — Saignée de deux palettes ; quinze sangsues sur le ventre ; dix sur la poitrine ; bain ; boissons adoucissantes.

Le lendemain : assoupissement plus profond ; même état du système digestif; amélioration dans les symptômes du côté de la poitrine. — Orge édulcorée ; quinze sangsues sur le ventre ; deux vésicatoires aux jambes ; fomentations ; lavemens.

Dix-huit et dix-neuvième jour: assoupissement plus profond ; on a de la peine à en reurer le malade ; cependant lorsqu'il est éveillé il se plaint de céphalalgie et d’une douleur excessivement vive dans la fesse du côté gauche. — Douze sangsues sur cette dernière partie ; autant sur l'abdomen; large vésicatoire à la région ischiatique. — Point de soulagement; le soir, léger délire suivi de somnolence.

Vingtième jour : mêmes accidens que la veille. On reconnait l'existence de symptômes cérébraux.—On met le malade dans un bain à vingtcinq degrés ; on lui donne une affusion à 16°. —

Ces moyens n’ont aucune acuon.

Vingt-uuième jour: le malade est dans son lit comme une masse inerte et se laisse mouvoir au gré de ceux qui l'entourent ; il ne présente mi roideur, ni paralysie ; on ne peut obtenir de

( 378 ) fui aucune réponse.— Le bain et l’affusion sont renouvelés.

Mort le lendemain matin.

Ouverture du cadavre. — Arachnoïde de la face supérieure des hémisphères cérébraux, généralement opaque et épaissie ; celle qui tapisse les ventricules présente la même altération et de plus des rugosités et des granulations bien marquées — Cinq onces de sérosité se trouvent épanchées dans toute la cavité de l’arachnoïde et à la superficie du cerveau; les ventricules en sont également distendus. — Inflammation et adhérences récentes de la plèvre droite. — Hépatisation du poumon de ce côté, en arrière seulement. —Rougeur presque noirâtre ; épaississement et sorte d'induration de la muqueuse de l’estomac, — Rate gorgée d’un sang analogue à de la lie de vin. — Le petit bassin était converti en un vaste foyer purulent qui occupait tout le tissu cellulaire dont il est rempli. — Le prostate avait triplé de volume.—La vessie revenue sur ellemême, avait trois à quatre lignes d'épaisseur et baignait dans le pus. — L'origine des nerfs sciatiques était saine, mais à leur sortie du bassin, le gauche avait pris une couleur rouge ; du pus existait entre ses faisceaux. — Quelques fusées purulentes se trouvaient çà et là entre les muscles de la cuisse.

240. Les affections que nous voyons toutes réunies chez ce sujet d’une manière si remarquable, ont pu se faire connaître ou au moins se faire soupconner pendant la vie, par les symptômes qui leur sont particuliers ; la douleur de l’épigastre, celle de la région pelvienne, celle qui se fixa dans la fesse gauche, correspondent trèsbien aux altérations que nous offrent l'estomac, le bassin et Le nerf sciatique. La gène de la respiration a dû indiquer une lésion du poumon dont l'existence a été bientôt démontrée par le son mat qu'a fourni la percussion de la poitrine. Au milieu du trouble qu'a dû apporter dans toutes les fonctions un désordre aussi considerable , on ne voit que d’une manière fugace les symptômes caractéristiques de l’arachnitis ; la céphalalgie, l’assoupissement, ne frappèrent point dans le principe, et furent attribués à la réaction sympathique des organes enflammés sur le cerveau; on ne put reconnaître leur véritable nature, que lorsqu'ils eurent acquis un certain degré d'intensité qui ne fut jamais bien considérable ; il est cependant évident par le résultat de l’autopsie, que l’arachnitis existait depuis loug-tems , et qu'il faut reporter son origine au moment où les autres parties furent affectées, et que ces diverses inflammations paraissent reconnaître pour cause les excès que commit le malade.

Nous avons trouvé plusieurs fois sur les cadavres, des traces d’arachnitis coïncidant avec d’autres lésions , sans qu’il nous ait été possible, pendant la vie, d’en soupconner l'existence, les malades ayant conservé jusqu’à la fin l'intégrité de leurs facultés intellectuelles, et n'ayant jamais accusé la moindre douleur de tête ; nous donnerons plus tard des exemples de cette singulière manière d’être de l’arachnitis, qui ne se irouveront pas comme celle-ci, coïncider avec d’autres complications. C’est surtout lorsque plusieurs et même toutes les séreuses se trouvent simultanément enflammées, que cette phlegmasie paraît se couvrir d’un voile impénétrable.

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