SOIXANTE-DIX-NEUVIÈME OBSERVATION
Arachnitis de la convexité des hémisphères du cerveau. — Rhumatisme articulaire.
Une femme, âgée de trente-huit ans, d’une constitution robuste, avait pris l’état de blanchisseuse, ne pouvant supporter l'effet du mercure qu'elle employaiten dorant de petits objets ; étant grosse pour la treizième fois, elle éprouve des chagrins domestiques ; sa santé s’altère sans cependant l’obliger de discontinuer ses occupations ; les accidens augmentent ; elle perd entièrement le sommeil , et elle accouche avec beaucoup de
peine, après un travail long et pénible ; pendant six jours la faiblesse est extrème ; 1l survient de la fièvre, du délire, et des coliques atroces qui obligent la malade de se rouler par terre et de se serrer fortement le ventre ; tous ces accidens n’empêchent point les lochies de couler ; elles se suppriment le septième jour avec les coliques et le délire, et tout-à-coup, un rhumatisme s’empare de toutes les articulations qui deviennent rouges, douloureuses et tuméfiées ; la malade perd l'usage de ses jambes et du bras gauche ; elle reste dans cet état pendant treize jours , avant de se faire transporter à l’'Hôtel- Dieu.
Outre les symptômes particuliers à l'affection rhumatismale, on observa les suivans : céphalalgie frontale et occipitale très-vive; paupières fermées, quoiqu'elle ne dorme pas ; œil droit rouge, chassieux, sa pupille est contractée ; la malade n’en voit pas ; le gauche est net, brillant, sa pupille est dilatée ; rougeur très-vive eb alternative de l’une et de l’autre joue. Depuis l'invasion du rhumatisme , insomnie ; amertume de la bouche ; vomissemens de matières bilieuses eLexaspération marquée de tous les sympiômes, tous les jours entre deux et quatre heures.— Une saignée ; douze sangsues à la vulve; un bain.
Dix-neuvième et vingtième jour : amélioration
de l'affection rhumatismale, mais la langue reste sèche, le ventre devient douloureux. — Saignée ; application de sangsues sur les articulations.
Jusqu'au vingt-troisième jour: continuation des mêmes symptômes ; insomnie; même état de la langue et du ventre ; la pupille droite reste toujours contractée , la gauche est dans l’état naturel ; on remarque, pour la première fois, des soubresauts dans les tendons ; l’affaiblissement devient très-considérable.
Le vingt-quatrième jour: la céphalalgie qui n'a jamais discontinué, prend beaucoup d’intensité ; soubresauts plus violens ; mouvemens convulsifs ; tremblement de la lèvre inférieure ; vive épigastralgie ; langue sèche et fendillée ; difficulté très-grande à parler ; dureté de l’ouïe ; les facultés intellectuelles restent toujours en bon état; peu à peu, les symptômes prennent plus d'intensité ; la respiration s’embarrasse et devient stertoreuse ; la parole se perd, et la mort arrive le vingt-septième jour.
Ouverture du cadavre. L’'arachnoïde avait perdu sa transparence dans toute son étendue, on l’enlevait facilement avec la pie-mère de dessus le cerveau, par lambeaux épais de plus d’une ligne , qui étaient tenus et ne se déchiraient pas facilement. — entre l’arachnoïde et la pie-mère existait une exsudation puriforme, épaisse, con-
sistante , opaque, jaunâtre ; cette exsudation était en plusieurs points, du véritable pus. — Point de sérosité dans les ventricules du cerveau. — Etat sain detousles viscères de l'abdomen. — Pus dans la plupart des articulations affectées par le rhumatisme. — On trouve du pus dans la chambre antérieure de l’œil droit dont tout le corps vitré est opaque, consistant et d’un blanc laiteux. (Observation communiquée par M. Deslandes).
241. Quelques circonstances qui ne sont pas tout-à-fait indignes de remarque , nous sont fournies par cette observation.
L'accouchement paraît ici la cause déterminante de l’arachnitis et des autres accidens qui ont leur siége dans le bas ventre , et auxquels la malade était déjà disposée par la fatigue de la grossesse , ses peines domestiques et le mauvais état de sa santé. La rapidité avec laquelle le rhumatisme diminue ou fait disparaitre les accidens qui partaient soit de la tête, soit du périioine , soit de l'utérus, nous donne un exemple frappant de dérivation, et nous montre la manière dont agissent les irritations que nous déterminons artificiellement, et dans quelques circonstances avec tant de succès.
Les symptômes fugaces, et pour amsi dire inappréciables de l’arachnitis qu’on aperçoit ici, et qui sont loin d'être en rapport pour l'intensité,
avec la gravité des lésions organiques, confirment ce que nous avons dit dans les réflexions qui accompagnent l'observation précédente , que plus les complications de l’arachnitis sont fortes et multipliées, moins les symptômes qui la caractérisent ont d'intensité ; nous ne voyons de remarquable ici que la céphalalsie, car le délire et la dilatation d’une pupille, ne furent que momentanés et disparurent aussitôt après l’invasion du rhumatisme.
Nous ne parlerons pas du pus qui se trouva dans les art'culations malades, il n'indique que la violence du rhumatisme ; nôus ne dirons rien non plus de celui qui se trouva dans la chambre antérieure de l'œil droit, il n’a aucun rapport avec les affections principales qui seules doivent nous occuper.