QUATRE-VINGT- DEUXIÈME OBSERVATION
Arachnitis de la convexité et de la base. — Fracture
du cräne. — Épanchement sanguin.
François Mazarin, âgé de quarante-trois ans, paveur, reçoit le 6 septembre 1818, à onze
heures du soir, un coup de bâton, qui porte sut le côté gauche inférieur et postérieur de la tête. Le coup est suivi d’une perte de connaissance momentanée, et d’un écoulement de sang par l'oreille gauche.
Le 7 : douleur vive à la partie contuse ; ventre et membres douloureux, (Mazarin avait reçu diverses autres contusions ). Soif vive ; nausées. |
Le 8: la douleur de tête persiste. — Seize sangsues de chaque côté de la région octipitale.
Le 9 : troisième jour de l’accident : perte de connaissance le soir ; agitation des membres ; il se plaint continuellement de la tête.
Le quatrième jour : coma profond ; diminution de la sensibilité des deux côtés; pupilles non dilatées et non contractiles ; paroles plainüves ; agitation momentanée des lèvres et des extrémités supérieures, avec contractions plus marquées du bras gauche ; paupières paralysées ; trismus ; roideur du col qui est renversé en arrière ; pouls petit et sans fréquence; chaleur naturelle ; respiration facile ; langue sèche ; abdomen ne paraissant pas douloureux à la pression ; face non colorée ; front chaud ; yeux chassieux ; extrémités froides. — Vingt sangsues avec ventouses derrière chaque oreille ; sérum émétise ; sinapismes aux pieds:
Le cinquième jour : coma plus profond; sensibilité plus obtuse ; extrémités supérieures beau. coup moins agitées ; commencement d’affaisse— ment ; déglutiion impossible ; pouls très-fréquent et faible ; augmentation de la chaleur ; respiration. très-précipitée et stertoreuse. — Le soir, sinapismes aux mollets. Mort dans la nuit.
Ouverture du cadavre. — 1°. Point de traces de contusion à l’extérieur du cuir chevelu, mais ecchymoses profondes vers le côté gauche de l’occipital, vers le sinciput et vers le temporal droit, dans l’étendue de plusieurs pouces, chacure. fé
29, Ecartement des sutures occipito-temporales, de la gauche en particulier, où 1l y a près d’une ligne et demie dans une étendue de quelques pouces, ce qui simule une fracture au premier coup-d’œil. — Félure de la base du rocher gauche, avec rupture d'une des veines qui rampent à sa surface interne. — Fracture de la table interne de la portion écailleuse du temporal gauche, près de son union avec l’apophyse masioide.
30. Epanchement de sang coagulé dans l’étendue de quelques travers de doigt, occupant la fosse occipitale gauche et inférieure , entre cet os et la dure-mère décollée. — Sinus et vaisseaux de l’arachnoïde gorgés de sang.
4°. Arachnoïde cérébrale infiltrée de pus dans toute la région supérieure et antérieure des hémisphères cérébraux, avec épaississement de cette membrane qui est jaunâtre et d’une densité remarquable. La partie postérieure au contraire, est rouge et baignée de sang. On aperçoit des gouttelettes de pus dans les anfractuosités cérébrales. — L’arachnoïde de la base du cerveau, l’arachnoïde cérébelleuse ainsi que la portion qui recouvre la protubérance annulaire, sont infiltrées de pus que l’on fait sortir par la pression ; cette membrane est épaissie dans toutes les régions désignées, et particulièrement dans la portion qui avoisine la commissure des nerfs optiques.
Veniricules latéraux pleins d’une sérosité jaunâtre limpide ; leur membrane est saine. — Une cuillerée environ d’une sérosité purulente s’écoule après la section de la protubérance annulaire. — La dure-mère est saine : le cerveau ne présente aucune altération sensible. — Les organes contenus dans la poitrine et dans l’ abdomen étaient dans leur état naturel.
246. Ce fait, quoiqu’ayant plusieurs points de contact avec le précédent, tant par la nature de la cause, que ‘par l’épanchement sanguin et la fracture, nous offre cependant des différences sensibles que caractérise surtout la prédominance des symptômes de l’arachnitis.
Après les premiers accidens qui dépendent de la commotion , comme la perte de connaissance, l’écoulement du sang par l'oreille gauche, donnés par les anciens auteurs comme un caractère de la fracture de la base du crâne, etc. nous voyons survenir la céphalalgie, premier caractère de la phlegmasie, puis le coma, l’agitation des membres des deux côtés, celle des lèvres, la dimiuution de la sensibilité, effet naturel du coma, ayant lieu aussi des deux côtés. La contracture du bras gauche, plus forte que celle du bras droit , dénotait une irritation plus prononcée de ce dernier côté, ce qui se trouve vérifié par l’épanchement sanguin.
Nous voyons ici la roideur du col, symptôme qui n’existait pas chez le malade précédent, bien que l’épanchement eût à peu près lieu dans la même région, mais l’autopsie démontre une arachnitis de la base très-prononcée, et nous savons maintenant que le renversement de la tête en arrière se remarque spécialement dans cette espèce d’arachnitis; nous ne voulons pas dire cependant que l’épanchement qui avait lieu dans la fosse inférieure gauche de l’occipital ne puisse s'accompagner de ce symptôme, sachant trèsbien que la proximité du siége de l'irritation peut également le produire.