QUATRE=VINGT-C INQUIEME OBSERVATION
Arachnitis de la convexité des hémisphères. — Apo-
plexie sanguine.
Mary , tailleur, âgé de soixante-huit ans, d’un tempérament sanguin, jouissant habituellement d'une bonne santé, est amené à l'hôpital le 15 octobre 1820.
En 1812,1l éprouva à la suite d’un violent accès de colère une attaque d’apoplexie caractérisée par la paralysie complète du bras et de la jambe gauches, un embarras dans la langue, mais aucun trouble de l'intelligence : il ne fut parfaitement guéri qu'au bout de quatre mois; il conserva même une légère difficulté de parler. Depuis ce tems il jouissait d'une très-bonne santé , quoique sujet à des douleurs rhumatismales ; il ne faisait aucun excès et menait la vie la plus sédentaire.
. Le r15octobre 1820, sans cause connue, il perd tout à coup le mouvement des membres du côté
droit, ne peut ni parlerniavaler, mais conserve
sa connaissance. On l’apporte aussitôt à l'hôpital, où il est saigné au pied sans aucun avantage.
Le 18: il était dans l’état suivant : face décolorée ; pupilles naturelles ; bouche non déviée ; léger coma qui permet au malade d'entendre ce qu'on lui dit, et de le prouver par des gestes du bras gauche. Paralysie du bras et de la jambe du côté droit avec rigidité et contraction ; sensibilité obtuse de ce côté ; parole impossible ; pouls naturel; respiration stertoreuse ; déglutition impossible. — Une saignée à la jugulaire; pilules de campbhre ; limonade mitrée.
Le 19:même état. — Tilleul, citron ; émé-— tique en lavage; lavement purgatif ; glace sur la tôte ; sinapismes aux pieds.
Le 20 : bouche déviée à gauche; sensibilité nulle du côté droit; le malade paraît n’entendre que difficilement. — Lavement purgatif; glace sur la tête.
Le 22 : bouche moins déviée ; flaccidité du bras droit ; sensibilité plus marquée ; légers mouvemens quand on le pince ; intelligence dans le même état ; impossibilité d’avaler , pouls naturel, un peu dur. — Glace sur la tête ; lavement purgatif. | Le 23 : affaissement moins grand; du reste même état. \
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Le 24: coma plus marqué , même état des membres ; expectoration impossible ; pouls fréquent, très-petiL.
Le 25: sensibilité nulle du côté droit ; facultés intellectuelles assez libres ; respiration râleuse ; même impossibilité d’avaler. — On fait usage de la sonde œsophagienne pour permettre l’entrée des boissons dans estomac; limonade sulfurique ; eau de gomme avec quelques gouttes d’éau de Rabel.
Le 26 : même état ; la langue cependant paraît avoir un peu de mouvement ; pouls très-petit.
Le 27 : mort.
Ouverture du cadavre. — 1°, Arachnoïde un peu injectée et épaissie à la circonférence de la convexité des hémisphères du cerveau. — Arachnoïde cérébelleuse , laiteuse dans toute l’étendue des faces inférieure et postérieure du cervelet, avec épaississement et augmentation de densité de cette membrane, mais n’empéchant pas cependant d’apercevoir très-distinctement à travers, les circonvolutions du cervelet, la séreuse ayant moins perdu de sa transparence qu’acquis de l'épaisseur et une couleur blan-châtre non naturelle. Lasurface supérieure moins laiteuse, présentait encore des traces non équivoques d’une inflammation ancienne. — Plexus choroïdes très-injectés.
20. En dehors du corps caunelé et de la couche optique du côté gauche, vers l'union du lobe antérieur avec le lobe moyen du cerveau, au milieu de la substance saine, existait un caillot de la grosseur d’une noix, entouré par une couche de substance cérébrale rouge jaunûtre, ayant de demi à deux et trois lignes d'épaisseur, la teinte acajou diminuant par degré jusqu'à la partie saine : la portion qui enveloppait le caillot était plus molle que les autres, mais à une ligne au plus d'épaisseur. Le reste de la pulpe cérébrale avait une teinte un peu jaunâtre, sa densité n’était pas diminuée. — Le cervelet présentait sur son lobe gauche, dans ses duplicatures écartées , un kiste d’un demi-pouce de diamètre, contenant un peu de sérosité limpide. — Le cœur était très-volumineux ; les parois des cavités gauches très-épaisses, et ces dernières très - spacieuses.
249. Chez ce malade l’absence de la coïncidence de l’arachnitis avec l’apoplexie n'est plus douteuse ; cette dernière a seule existé ; l’autopsie n’a démontré que des traces de phlegmasie ancienne ; la demi-transparence de la séreuse et son augmentation de densité sans infiltration, ne laissent aucun doute à ce sujet. D'autre part, nous ne voyons aussi aucun phénomène que l’on puisse
attribuer à l’inflammation de l’arachnoïde , tous
“ortent sur l’'épanchement dans la pulpe.
( 419 ) 250. On vient de voir par les observations précédentes que l’arachnitis à l'état d’acuité, n'existait que très-rarement avec Papoplexie, que du moins c’est ce que semblait prouver la masse de faits que nous possédons (1). Si cette coïncidence a quelquefois lieu, ce doit être par-
ticulièrement dans les cas d’arachnitis chroniques,
alors que les malades étant depuis long-tems sous
l'empire de cette phlegmasie cérébrale, viennent. à être frappés subitement parune apoplexie mor-
ielle ; cette complication est la seule que nous puissions admettre, la seule qui nous paraisse même en général devoir exister, vu la nature de ces deux maladies. En effet, l’apoplexie lorsqu’elle est funeste, tue la plupart du tems les sujets en quelques jours, et ne s'accompagne que rarement dans ces cas, de complications aiguës ; la vie ayant été attaquée dans son principal foyer, les autres organes semblent devenir insensibles aux autres causes de destruction.
Voyons actuellement ce que lon remarque
(x) Ce n’est pas sans une satisfaction toute particulière, que nous nous trouvons d'accord avec le Docteur Rochoux, dont l'excellent travail sur les apoplexies ne contient pas une seule complication d’arachnitis réelle. En efiet, toute la part
que la séreuse prend à cette maladie , se borne , ainsi que nous
l'avons observé nous-mêmes, à une simple augmentation dans son exhalation.
dans l’arachnitis: une cause générale, c’est-à-dire, une cause pouvant sévir sur toutes les régions de l’économie (1), attaque en particulier l’arachnoïde , et très-souvent aussi se porte sur les deux autres cavités en même tems, d’où la fréquence des pleurésies des pleuro-pneumonies , des péritonites, des gastro-entérites simultanées , etc. L'inflammation de l’arachnoïde comme toutes les autres inflammations , se lie à toutes les maladies dumême genre, et par conséquent peut coexister avec elles , tandis que l’apoplexie concentre ses causes dans les seules congestions cérébrales, congestions entièrement locales, ou pour mieux dire dans le développement du venivicule gauche du cœur qui paraît les produire dans le plus grand nombre des cas.