QUATRE-V INGT-DOUZIEME OBSERVATION
Arachnitis de la convexité et des quatre ventricules.—
Altération particulière de la protubérance annulaire.
Simonet, âgé de dix-huit ans, commissionnaire, d’une bonne constitution, avait recu par les soins d’un parent aisé, une éducation au-dessus de son état ; privé de toute ressource par la mort de ce parent, 1} vint à Paris, croyant y trouver plus facilement des moyens de vivre ; mais trompé dans son attente et manquant de tout, 1l prétexta une indisposition ei se fit recevoir à l'Hôtel- Dieu où il resta trois mois, mangeant peu, s'ennuyant beaucoup, et ayant manifesté à plusieurs reprises le désir de mettre fin à son existence.
Le 26 janvier, il est pris de céphalalgie, de nausées, d’amertume de la bouche et d’autres symptômes bilieux qui font prescrire un vomitif, lequel détermine des évacuatuions abondantes et soulage, le malade. Pendant trois jours il reste dans le même état. |
Le quatrième jour : faiblesse extrême au point qu'il ne peut ni lever les bras , ni descendre de son lit; lorsqu'on le met sur ses jambes, il chancelle et sa vue se trouble; il délire pendant la nuit seulement.
Pendant six jours que dura cet état qui fut
C4do) toujours accompagné de céphalalgie, la langue devint rouge et humide, la faiblesse extrême . le délire ne paraissait jamais que pendant la nuit.
Dixième jour: face animée ; le malade parle et chante sans cesse, et lorsqu'il ne parle pas, les paupières s’abaissent et il demeure comme engourdi ; cependant lorsqu'on l’excite ilrépond juste aux questions qu’on lui adresse > Mais ses paroles sont brèves ; soubresauts des tendons ; fréquence du pouls.
Onzième jour: délire intense, tantôt gai , tantôt tacituürne; pupilles dilatées , peu sensibles à la lumière ; surdité légère ; soif; langue rouge et sèche ; pouls plus fréquent ; par instant, le malade semble réfléchir sur son état, s’en inquiète et demande du secours. — Deux vésicatoires aux jambes ; décoction de quinquina ; limonade.
Douzième et treizième jour: même délire x même surdité, même prostration, même état du
pouls; de plus, aphonie incomplète. — Nou—
veaux vésicatoires aux jambes.
Quatorzième jour : perte totale de connaissance ; contraction permanente de tous les membres ; bras fortement fléchis sur la poitrine ; roideur des muscles du col et du tronc ; globe des yeux renversés en haut , fortement tournés à droite, et agités par moment de mouvemens convulsifs; pupille droite dilatée, celle du côté gauche
contractée. — Sinapismes aux pieds ; glace sur la tête; large vésicatoire sur le sommet de la tête.
Quinzième jour: la perte de connaissance persiste , mais la roideur des muscles a fait place à une flaccidité générale ; les bras élevés et abandonnés à eux-mêmes, retombent sans que le malade fasse le moindre effort pour les soutenir; injection des conjonctives ; pouls petit, fréquent; réspiration laborieuse et entrecoupée ; chaleur sèche.— Nouveaux vésicatoires aux cuisses.
Seizième jour: commencement d’agonie; râle ; pouls à peine sensible; face décomposée , terreuse; yeux ternes, injectés ; pupilles très-contractées. Cet état persiste pendant trois jours, au bout desquels le malade expire.
Ouverture du cadavre. — Roideur des membres qui contraste avec la flaccidité qui existait avant la mort. 1°. Arachnoïde plus dense, plus résistante que dans l’état naturel ; elle n’est point injectée, sa surface interne est lisse et nette, mais le tissu cellulaire qui l’unit à la pie-mère , conüent çà et là un pus épais, jaunâtre, plus abondant vers la base du crâne que partout ailleurs. Si on enlève tout-à-fait un lambeau de la piemère et de l’arachnoïde, on ne peut les racler avec le scalpel sur les deux faces, sans enlever le pus, car il n’existe qu'entre les deux membranes.
2. Le ventricule gauche est distendu par deux onces au moins de sérosite lactescente; du pus occupe les parties inférieures de sa cavité ; une moindre quantité de sérosité de même nature est épanchée dans le ventricule droit ; elle remplit enfin le troisième et le quatrième ventricule. Dans toutes ces cavités l’arachnoïde est dense . opaque, épaissie et comme rugeuse à la surface interne. Les plexus choroïdes sont trèsrouges. Rs
30. La substance cérébrale n’est point injectée, mais elle est ramollie à sa superficie.
4°. Au côté droit de la protubérance annulaire et du carré des nerfs optiques, on trouve un petit amas d’une substance d’un blanc perlé, semblable à du riz cuit et écrasé, sans vaisseaux ni tissu cellulaire à son intérieur, se réduisant en grumeaux lorsqu'on la presse entre les doigts. # — Mollesse remarquable du cœur et du foie ; état sain de tous les autres viscères de la poitrine et de l’abdomen.
293. Nous ne terminerons pas l'exposé de ces ob- ” servations de ramollissement coïncidant avec l’arachnitis, sans observer que cette complication cérébrale est la plus fréquente de toutes celles que nous avons rencontrées , soit que l’inflammation de la séreuse se développe dans le cour du ramollissement de la pulpe, soit que le ramollissement
vienne mettre fin à l’arachnitis. Ce ramollissement de la substance du cerveau n’a pas toujours lieu dans l’endroit où la phlegmasie de la mem brane est la plus intense ; souvent même il s’observe dans une partie saine ; il affecte de préférance la substance grise, et se rencontre le plus communément dans les parois des ventricules , région de l’arachnoïde la moins sujette à s'en flammer.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur ces altérations du cerveau ; notre but, dans cet ouvrage, n'étant que de faire l'histoire de l’arachnitis, et non d'anticiper sur ce que nous aurons à dire lorsque nous traiterons des autres maladies de l’encéphale.
Nous allons donner quelques faits d’arachnitis
compliquées de céphalite.
QUATRE-VINGT-TREIZIS ÊÈME OBSERVATION.
Arachnitis de la convexité des hémisphères.—Ramot-
lissement et céphalite de l'hémisphère gauche.
R**##, âgée de 66 ans, adonnée au vin, avait fait trois mois auparavant une chute sur la tête : dès-lors céphalalgie ; santé chancelante : depuis quelque jours, suintement puriforme par l'oreille gauche.
Premier jour : frisson avec tremblement; cé
phalalgie violente; vomissement de matières ver- M dûtres.
Quatrième jour: entrée à l’infirmerie. — Visage rouge; langue sèche, rude ; chaleur âcre de la peau; pouls dur, fréquent ; abdomen tendu, un peu douloureux ; agitation extrême ; incohérence dans les idées.
Cinquième jour : réponses brusques, quelquefois justes : la malade jette ses couvertures, veut quitier son lit; délire furieux dans la nuit; vo- ” missement abondant de matières jaunes.
Sixième jour : rémission ; pouls intermittent ; contraction des masseters ; agitation continuelle ; visage très-coloré surtout aux pommettes ; abdomen météorisé. À onze heures de la nuit, tout-àcoup état comateux profond.
Septième jour : respiration fréquente élevée : anomalies du pouls ; mouvemens convulsifs des muscles de la face. Mort à midi.
Ouverture du cadavre. — 1°. Entre l’arachnoïde et la pie-mère, enduit considérable de matière puriforme qui remplissait les intervalles des circonvolutions du cerveau. |
2°. Les ventricules latéraux contenaient un li-
quide semblable.
3°. Le lobe moyen de l'hémisphère gauche était détruit en partie, vers la base du crâne , ‘et
(445) réduit en une espèce de bouillie puriforme, verdätre, sanieuse.
( Pinel. Médecine clinique , p. 152).
254. D’après les détails de l’autopsie, nous croyons devoir considérer cette observation comme une arachnitis compliquée de céphalite et de ramollissement: les expressions debouillie puriforme, verdätre, sanieuse, nous paraissent suffisamment exprimer la suppuration du cerveau et un ramollissement très-avancé. Dans ce fait, les résultats cadavériques sont parfaitement conformes aux phénomènes présentés par la maladie; l’aliérauon de la pulpe existait dans le lobe moyen gauche, vers la base du crâne, et quelques jours avant l'apparition du frisson il s’était établi un suintement purulent par l'oreille du même côté ; la malade avait fait une chute sur la tête trois moisauparavant, et depuis cette époque elle éprouvait de la céphalalgie, et sa santé était chancelante. Ce qui peut paraître remarquable, ce que chacun a dü pourtant observer assez souvent pour peu quil se soit occupé de maladies cérébrales, c’est l’absence de tout phénomène du côté de l’appareillocomoteur, de toute paralysie, quoique l’altération ne portât que d’un seul côté. Mais noussavons que les diverses altérations de la * pulpe lorsqu'elles s’opèrent lentement, ne manifestent fréquemment leur existence que par des
| ( 446 ) symptômes à peine sensibles; etque c'est parucu lièrement à ces affections que toit s'appliquer le mot de latentes.Ici c’est l’inflammation de l’arachnoïde qui est venu mettre fin à lavie du malade, que la désorganisation de lencéphale aurait sans doute encore ménagé quelque tems. En effet à dater du moment du frisson, tous les phénomènes observés sont ceux d’une arachmitis de la convexité, dont tous les caractères sont parfaitement dessinés. Frissons, violente céphalalgie, vomissement au début ; incohérence des idées ; agitation extrême , fièvre forte le quatrième jour réponses brusques, puis délire furieux le cinquième : coma spontané le sixième jour, ne durant que vingt-quatre heures. Voici tous les signes que nous avons donnés de l’inflammauon de
ceite région.