CENT-UNIEME OBSERVATION
Arachnitis de la convexité, de la base et des ventri-cules.—Sérosité dans ces cavités.—Foyer purulent
à l'extrémité supérieure du canal vertébral.
Une jeune fille de huit ans et demi, d’une.
bonne constitution, entre à l'hôpital des Enfans le 27 août 1819. Depuis un an, sans cause connue , elle éprouvait des douleurs profondes dans la nuque, peu vives à la vérité, mais continuelles,. et avec gène considérable des mouvemens du col. Le côté gauche ne tarda pas à devenir Île siège d’une faiblesse considérable. Peu à peu la tête s’inclina sur l'épaule gauche et un gonflement se fit apercevoir à la parte gauche et postérieure du col, à la hauteur de la deuxième veritbre. La faiblesse du côté malade, alla en augmentant ; la vessie fut même paralysée pendant quelque tems.—Deux cautères appliqués sur les côtés de la tumeur cervicale, mirent la malade dans le cas de se soutenir et de mouvoir un peu le bras gauche:
À son entrée à l’hôpital, l'enfant marchait quoiqu’avec peine, le bras gauche était pesant, habituellement engourdi, un peu amaigri et ne pouvait être porté à latôte ; celle-ci s’inclinait à gauche par un quart de torsion du col; ses mou
vemens étaient très-circonscrits et douloureux, Au-dessous de la partie gauche de l’occiput , on sentait un engorgement profond, uniforme, mais circonscrit, soulevant la peau. Sur le côté gauche du col, existaient quelques ganglions lymphatiques tuméfiés ; la voix était gutturale, la prononclation difficile. Du reste, l’état général était as sez bon. L'enfant témoignait de la gaïté , de l’'appéut, un vif désir de guérir. Les facultés intellectuelles étaient parfaites ; le ventre était un peu dur et tuméfié, mais indolent.
Un autre cauière fut appliqué au côté gauche de la tumeur, le premier s'étant fermé. On faisait usage de boissons amères et de frictions avec l’ammoniaque.—Dès quele cautère fut en suppuration, l'enfant put remuer le bras etle porter à la tête. La respiration devint alors gênée, bruyante pendantle sommeil, et semblable à celle des individus affectés de polype des fosses nazales.
Rien de particulier jusqu’au 18 septembre, où l’on commença à s’apercevoir que la peau était sèche etchaude le soir , et que la respiration était plus embarrassée ; du reste aucun trouble sensible des diverses fonctions; on diminue les alimens et l'on ordonne des boissons délayantes.
Le soir du même jour, la respiration étant plus gènée pendant le sommeil et la chaleur de la
peau étant plus âcre, on réveilla l'enfant qui affirma dormir et ne ressentir aucun mal. Deux heures après, cette gèneaugmentant , on la trouva assoupie, respirantavec la plus grande difficulté, faisant des efforts inutiles pour parler, la maim sans cesse portée au larynx. On crut à l'existence d’un croup, et on appliqua un vésicatoire au devant du col. Quelques momens après, les yeux devinrent saillans , comme égarés ; les réponses devinrent incohérentes et le malade vomit des mucosités. — On appliqua des sinapismes aux cuisses.
Le 19 septembre : assoupissement continuel ; pupilles dilatées et peu sensibles ; pouls rare, un peu dur, peu développé ; respiration de plus en plus embarrassée ; lèvres gonflées, violettes ; langue épaisse ; arrière bouche rouge et gonflée ; perte totale des forces. — Sinapismes aux bras et aux jambes ; six, sangsues au col ; lavement purgatif. Fumigations excitantes. — À midi, respiration stertoreuse. Mort, sans convulsions, mais avec de l'agitation.
Ouverture du cadavre. — Arachnoïde des faces supérieure et latérales des hémisphères , épaissie, opaque, d’un blanc mat.
Arachnoïde delabase du cerveau très-épaissie, inégale, grisâtre, opaque , unissant intimement entr’eux les lobes du cervéau et leurs circonvo-
C4) futions. Cette membrane, au-devant de la protu-bérance annulaire, avait plus d’une ligne d’épaisseur et présentait une consistance. remar-. quable. Toute l’arachnoïde de Îa partie gauche et inférieure du cervelet était très-endurcie et adhérente à sa substance qui était mollasse et comme macérée. Les fosses de la base du crâne contenaient une assez grande quantité d’un H- © quide brunâtre, mêlé de flocons de même cou-. leur, grumeleux comme sanieux, et qui sem blaient refluer par le trou occipital. Les ventricules latéraux contenaient deux onces et demie environ de sérosité trouble, floconneuse ; leur membrane était un peu épaissie; le troisième et le quatrième ventricules étaient également rem. plis de sérosité irès-floconneuse. Le diamètre: du trou occipital était rétréci à gauche par une tumeur développée sous la dure-mère vertébrale et qui comprenaitla moëlle allongée. L’aliération. de l’arachnoïde s'étendait à un pouce et demi dans le canal vertébral et formait un cul-de-sac rempli par le liquide dont nous avons parlé au sujet des fosses de la base du crâne. L’Apophyse transverse gauche de l’atlas était détruite; la sur-face articulaire correspondante, dépouillée du cartilage, était usée en grande partie et assez lisse quoique plus friable que dans l’état sain ; la facette articulaire de l’occipital présentait une:
altération analogue. Cette articulation étaitcomme le centre d'un abcès à plusieurs prolongemens dont l’un saillant sur le côté gauche du grand trou occipital, se portait au-devant de l'atlas, jus qu'au haut du pharynx où il formait une poche qui repoussait la paroi postérieure ; l’autre plus considérable se partageait en deux parties dont l’une refoulait en dehors la veine jugulaire interne, et l’autre du volume d’une forte noix, se dirigeait en arrière sous le muscle grand oblique de latète. Ce muscle épanoui, aminci, formait en quelque sorte une partie des parois de cet abcès ; son extrémité supérieure ayant perdu son point d'attache, par la destruction de l’apophyse transverse de l’altas, se confondant avec le tissu cellulaire et les ligamens voisins. L'intérieur de cet abcès était à moiué vide, le pus paraissait y avoir été résorbé en partie ; ce qui en restait était épais, consistant et aplati par couches membraniformes.
— Les poumons étaient sains, un peu gorgés de sang. — L’abdomen ne présentait rien que de naturel, sauf le foie qui était aussi un peu gorgé de sang.