‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 129 sur 170 · CENT-DEUXIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CENT-DEUXIEME OBSERVATION

Arachnitis de la convexité. — Ramodllissement de la

moëlle épinière.

M. ***, âgé de soixante-quinze ans, disposé aux affections morales tristes que des revers de ortune vinrent encore augmenter, éprouvait depuis le mois d’août 1820, une faiblesse trèsmarquée des extrémités inférieures, laquelle fit des'progrès tels, qu'au commencement de novembre il ne marchait qu'avec la plus grande difficulté. Pendant trois mois, obligé de donner des soins, à sa femme, qui était alors malade, il ne put prendre un quart d'heure de sommeil.

Depuis, il lui fut impossible de s’y livrer. A la suite de cette insomnie forcée, le 10 novembre , se déclara une céphalalgie très-intense qui s’accompagna d’une diminution notable des facultés intellectuelles. La céphalalgie persista ainsi que le trouble de l'intelligence, jusqu’au 26 du même mois où nous le trouvèmes dans l’état suivant :

Le 26 novembre : perte complète des fonctions intellectuelles ; impossibilité de se mettre en rapport avec les personnes qui l'entourent ; conservation de la sensibilité des deux côtés ; roideur des mâchoires, du tronc et des membres supérieurs et inférieurs ; cou porté en ar-

( 477) | rière ; mouvemens automatiques des deux bras, , beaucoup plus fréquens du droit ; le gauche en revanche est dans un état de rigidité beaucoup

plus considérable. — Vingt-quatre sangsues derrière les oreilles. — Diminution de l’assoupissement.

Le 27 et le 28, le malade fut mis à l'usage du musc, ce qui développa une réaction assez forte. De nouvelles sangsues furent appliquées, mais sans aucun amendement.

Le 29 : on commenca les affusions à seize degrés, pendant l’espace de huit minutes ; on en donna deux par jour. Pendant leur durée, le malade faisait de grands efforts pour sorur du bain. La chaleur se rétablissait facilement. Elles furent continuées jusqu’au 11 décembre, sans avantage sensible. Pendant tout ce tems, le malade resta dans le mème état décrit le 26, quoique par moment il semblait entendre ; d’autres fois, il délirait sensiblement ; il prononcait des mots incohérens; se plaignait souvent de la tête; les pupilles restèrent toujours naturelles, les yeux ouverts et les paupières libres ; le bras gauche conserva toujours une rigidité beaucoup plus marquée que le bras droit. On Îe nourrissait avec du bouillon. Il existait une constipation opiniâtre, et une odeur de souris fort remarquable.

Le 9 décembre : l’affaissement augmenta, le pouls devint irrégulier, sans prendre de fréquence. ( Li n’en avait pas présenté jusqu'ici. )

Le 10 : mouvemens de mastication ; augmentation de l’affaissement ; continuation des autres symptômes. — On cesse les affusions.

Le 12 : 1l se déclare un véritable coma, et le 13, 1l expire sans qu’on ait remarqué de fréquence notable du pouls, ni la moindre diminution dans la rigidité des membres et du tronc. La poitrine et le ventre furent parfaitement bbres pendant le cours de cette maladie,

Ouverture du cadavre. — 1°. Inflammation générale de toute l’arachnoïde qui revêt la face supérieure des hémisphères cérébraux, avec épaississement, opacité et plaques blanchûtres résultant de l’infiltration du pus dans les mailles de cette membrane. L’épaississement diminue sur les parues latérales ; il est encore moindre à la base des trois lobes, quoique cependant il y soit encore très-sensible, et que l’arachnoïde y soit laiteuse. Sur le cervelet, la sé— reuse est moins opaque et moins épaisse, mais cependant conserve les traces d’une inflammation évidemment plus ancienne que celle que l’on remarque sur le cerveau. L’arachnoïde de la moëlle épinière est saine. Celle des ventricules naturelles ne contient point de sérosité, est dans

(479) son état naturel, non chagrinée. Poin: d'exhalation séreuse à la surface du cerveau.

2°. Le corps calleux présente un léger ramollissement, très-peu sensible, vers la paroi postérieure et externe du ventricule droit; ce ra- mollissement a près d’un pouce de longueur sur quelques lignes d'épaisseur. La substance ramollke est blanche, mème à la section. — La protubérance annulaire et le reste du cerveau «et du cervelet sont dans l’état naturel.

30, La moëlle épinière, vers la quatrième vertèbre cervicale, commence à avoir moins de densité, de sorte qu'à sa région dorsale elle est excessivement ramollie, et vers le milieu de cette région, elle n’a plus que la consistance d’une crême, et devient diffluente sous la moindre pression. — La poitrine et le ventre mont pointété ouverts.

256. Cette observation, dont le traitement a été dirigé en ville par M. Récamier, et que l’un de nous a recueillie, nous a paru remarquable par l’état de rigidité de tout le système musculaire, phénomène qui peut appartenir aussi bien au ramollissement de la moëlle épinière, qu’à l’inflammation de l’arachnoïde cérébrale, Nous noterons que le ramollissement du côté droit du corps calleux était excessivement léger, et que nous n’y ayons particulièrement fait at-

( 480 ) k = LE CCS .

tention, qu’à cause de la rigidité plus prononcée du bras gauche et l'agitation plus marquée du bras droit, sans vouloir cependant en rien inférer dans ce sens, la roideur générale se rapportant davantage pour nous, dans ce fait, à l'a-

rachnitus.

ARTICLE IV

Formes de l Arachnitis cercbrale.

(. I. Forme intermütente.

257. Si l’on se rappèle la description que nous avons donnée de l’arachnitis, et surtout les nombreux exemples que nous en avons fournis, on reconnaîtra facilement quelle est la marche qu’elle affecte, l’ordre dans lequel se suivent et se présentent ses symptômes, et les variations qu'ils peuvent offrir dans certaines circonstances. On aura pu remarquer que les accidens pris en général, ne restent point toujours au même degré d'intensité, qu’en demeurant les mêmes, ils présentent des rémissions et des exacerbations lesquelles n’ont rien de constant pour leur fréquence, leur durée et le degré auquel ils sont portés. On aura pu encore observer que chacun des symptômes pris isolément ne reste pas constamment le même ; qu’il parait et dispa-

raît alternativement, souvent à des intervalles de tems fort courts, souvent aussi à des intervalles fort éloignés ; ce serait ici le lieu de nous étendre sur ce sujet, mais nous ne ferions que répéter ce que nous avons déjà dit en traitant de chaque symptôme de l'arachnitis en particulier, et en indiquant les différentes périodes que nous lui reconnaissons.

Il est cependant une manière d’être de cette inflammation qui par sa rareté et par la forme singulière de sa marche, mérite une attention toute particulière et sur laquelle nous allons nous appesantir.

Sans entrer dans des détails et des considérations sur la nature et l’essence des affections intermittentes, sans vouloir établir de parallèle entre les fièvres pernicieuses céphalique, délirante ; soporeuse et l’arachnitis, sans chercher non plus à approfondir les opinions de quelques médecins modernes qui pensent que les maladies qui affectent ce caractère particulier, ne sont que l’inflammation d’un organe quelconque , nous dirons que l’arachnitis peut dans des Girconstances peu fréquentes à la vérité, revêtir cette forme, ce que nous prouvons, non par des théories et de stériles discussions auxquelles on peut toujours opposer des argumens plus ou moins spécieux, mais uniquement par des faits ,

DT

( 482 ) auxquels on ne peut rien répondre, et qui portent avec eux la conviction.

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