‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 134 sur 170 · CENT-SEPTIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CENT-SEPTIÈME OBSERVATION

Arachnitis de la convexité , de la base et des ventri-

cules.

Gribelet, âgé de soixante-six ans, ancien domestique, grand, fort, athlétique , tête volumineuse , muscles sallans, est apporté sans con-

(492) naissance à l'Hôtel-Dieu , le 16 novembre 1814; examiné aussitôt, nous trouvâmes :

Carus profond dont rien ne le pouvait faire sortir; contraction permanente des màchoires, des membres, des parois abdominales et de la partie postérieure du col et du tronc; en le soulevant, on l’enlève tout d’une pièce ; abolition complète de la sensibilité, même sous l’mfluence des excitans les plus forts etles plus douloureux; les pupilles sont cependant sensibles à la lumière ; face rouge et animée ; yeux injectés , très-mobiles et saillans ; état naturel de la circulation et de la respiration. On apprit le soir qu'il était malade depuis quinze jours; qu'il était le plus souvent dans cet état, mais qu'à des intervalles assez éloignés , il recouvrait la parole et toute sa connaissance, et qu’il la conservait pendant assez long-tems. — Une affusion froide prescrite par M. Récamier, fait cesser l'état comateux et tétanique ; le malade recouvre la parole et est assez bien pendant une heure et demie ; mais le soir, les accidens reparaissent avec une augmentation dans la rougeur de la face et la fréquence du pouls.

17 novembre : même état avec celte différence qu’il donne des signes de sensibilité lorsqu'on le pince fortement ; l’affusion froide est réitérée , mais elle ne fait qu’aggraverla roideur tétanique

(493) des membres ; il survient pour la première fois du délire.

Le 18 novembre: le carus et tous les accidens qui l’accompagnent cessent pendant la nuit ; le malade reste dans un état de demi-imbéacillite ; mais après une affusion, les idées s’éclaircissent, il répond juste aux questions qu’on lui fait, et passe la journée dans un état très-satisfaisant.

Le 17 novembre : la stupeur et la contraction des muscles reparaissent dans la nuit; vers le matin cependant, l'abolition des facultés intellectuelles n’est pas complète, car il répond par signes aux questions qu’on lui fait. — On lui donne un affusion.— Mais immédiatement après, augmentation extrême de la contraction tétanique; resserrement des pupilles ; abolition complète de

la sensibilité ; le malade reste dans cet engourdissement pendant plusieurs heures ; il en sort pour crier, vociférer et courir dans la salle ; mais remis dans son lit, 1l retombe dans son premier engourdissement, et y reste plongé pendant toute la journée du vingt.—Une once d'huile de ricin qu’on lui fait avaler dans le moment de la rémission , ne produit aucune évacuation.

Le 21 novembre : la roideur commence par disparaitre dans les bras qui tombent comme une masse lorsqu'on les abandonne ; peu à peu Îa connaissance revient, le malade se rappelle lim-

( 494 ) pression extrêmement désagréable que lui a fait éprouver l’affusion de la veille ; les membres ne recouvrent que fort tard leur sensibilité ; cet état satisfaisant se prolonge jusqu’au lendemain alin,

22 novembre : pendant la visite du médecin qui le trouve bien en arrivant, nouvelle rechute; les accidens ne cessent que vers le soir ; on donne alors une demi-once de quinquina ; on avait fait deux affusions dans la journée.

23 novembre : le mieux qui avait paru la veille, se soutient jusqu'au matin. —Onapplique alorsun vésicatoire à la nuque; on fait prendre une forte dose de quinquina.— Dans le courant dela journée le malade parle à sa femme et à ses amis ; mais vers le soir, délire et agitation telle qu'il faut l’assujettir dans son lit ; ce délire cesse et fait place à la roideur et au coma habituel ; deux ou trois fois dans la nuit le malade sort de son assoupissement pour se plaindre d’une douleur très-vive du côté droit.

24 novembre : trouble dans la mémoire et augmentation de la douleur de côté.

25 novembre : cette douleur fixée au côté droit inférieur de la poitrine et supérieur du ventre, parvient en peu de tems à un degré extrême d'intensité ; «elle rend insupportable la moindre pression ; la respiration s'accélère ; le

malade pousse les hauts cris et s’agite en tout sens ; les traits de la face expriment l’angoisse et la souffrance, — On applique inutilement sur le côté douloureux des ventouses et des cataplasmes irritans ; cet état se prolonge jusqu'au 26, et le malade meurt épuisé à ce qu'il paraît, par la violence de la douleur.

Ouverture du cadavre.—Injecüon de la duremère. Arachnoïde cérébrale d’un rouge intense et uniforme dans tous les points de son étendue. Léger épanchement sanguin dans les ventricules latéraux. La substance cérébrale est très-ferme à son intérieur, on y remarque des vaisseaux gorgés de sang. Rougeur très-vivre de la plèvre du côté droit; elle est recouverte soit sur sa porüon costale, soit sur la pulmonaire d’une fausse membrane mince et tenue ; elle avait exhalé une quantité considérable de sérosité sanguinolente, évaluée à près d’une pinte. L’un et l’autre poumons, rouges, gorgés de sang, se déchiraient facilement. Phlogose légère de tout le péritoine et de la muqueuse de tous les intestins. Le foie d’une pesanteur spécifique très- considérable, laisse couler, lorsqu'on l'incise, une grande quantité de sang noir et épais ; vésicule gorgée de bile noire; rate couverte de tubercules.

261. Ce fait suffirait à lui seul pour prouver la marche intermittente que peut prendre l’a-

( 496 ) rachnitis , si ce caractère n’était pas démontré “par les observations précédentes: nous avons observé nous-mêmes cinq accès des mieux caracté— ‘risés, et si nous en croyons le récit de ceux qui l'apportèrent à l'hôpital, il parait qu'il y en eut plusieurs autres lorsqu'il était encore chez lui. Ici le caractère intermittent paraît si tranché et tellement inhérent à la marche des accidens , que rien ne peut les faire cesser avant le tems où ils doivent finir d'eux-mêmes; car les affusions froides, données dans le milieu de l’accès, ne font qu'aggraver les symptômes, et ne sont utiles qu’au déclin des accès, en hâtant leur terminaison. Si la suppuration ne s’est pas établie malgré la durée de la maladie, nous n’en devons pas être étonnés, ceci tient évidemment à la longueur et à la multiplicité des intermittences, pendant lesquelles une partie du désordre occasionné par l'accès, avait le tems de se dissiper. Nous savons d’ailleurs qu’une irritation peut quelquefois exister dans un organe pendant un tems assez considérable sans y amener la suppuration; ce sujet n’est pas celui qui nous en fournit le premier exemple. Nous voyons encore ici une preuve des plus évidentes, de la manière dont agissent les dirivatifs dans l’arachnitis ; tous les symptômes cérébraux disparaissent lors qu’une violente pleurésie se manifeste ; nous ne répé-

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