‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 158 sur 170 · CENT VINGT-NEUVIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CENT VINGT-NEUVIEME OBSERVATION

Arachnitis spinale. — Arachnitis de la convexité du

cerveau.

Léger, François, terrassier, âgé de vingt-huit ans, d’une constitution athlétique, avait éprouvé beaucoup de fatigues à la démolition du château de Saint-Ouen, près Paris. Exposé à toutes les intempéries de l'air, la pluie avait souvent traversé ses vêtemens.

Dans un des premiers jours de décembre 1816, il fut blessé à la partie antérieure et interne du pied droit, par un clou qui traversa son soulier ; il se débarrassa de cette chaussure et conunua son travail. |

Le 7 décembre , des douleurs se firent sentir au dos. ;

Le 10: revenu de son travail, le malade se trouva accablé d’une fatigue extraordinaire. Un léger trismus mettait un obstacle au libre exercice de la mastication.

Le 12: la colonne vertébralese fléchissait difficilement ; cependant le malade continuait ses

(556,9 travaux, et pouvait gouter tranquillement les douceurs du sommeil.

Le 13: la progression devint difficile, ce qui força le malade à se mettre au lit ; il pouvait s’y retourner à volonté, mais les douleurs du dos étaient excessivement vives ; cependant lappétit durait encore. Pendant la nuit, la roideur du tronc, le trismus augmentérent, et les douleurs du dos et du cou devinrent si vives qu’elles arrachaïent des cris au malade.

Le 14 à midi, entrée à l’Hôtel-Dieu. Contracüon forte et continue de tous les muscles de la parte postérieure du tronc ; impossibilité de fléchir la colonne vertébrale ; les mâchoires écartées d’un demi-pouce, ne pouvaient s'éloigner

- davantage ; sensation d’une constriction trèsforte du thorax ; les membres quoique roides, pouvaient se mouvoir avec assez de facilité; les bords de la piqüre du pied étaient inégaux, grisâtres , peu enflammés ; une incision cruciale donna issue à une certaine quantité de pus icho- #eux. — La plaie fut recouverte d’un cataplasme narcoüque ; on ordonna une saignée du bras, six grains d’opium et un bain tempéré. — Une sueur générale survint, les douleurs s’accrurent. — Lavement avec l’assa-fœuda une demi-once , faudanum deux gros, camphre deux gros. Un bain de deux heures soulage momentanément le ma-

(557 ) lade.—Pendant la nuit anxiétés vives; plaintes continuelles.

Le 15 décembre: écartement des mâchoires moindre ; contraction continuelle de tous les muscles du tronc ; membres plus roides; la respiration fréquente, diaphragmatique, devient de plus en plus stertoreuse ; des mucosités jaunûtres , épaisses, s’écoulent abondamment de la bouche ; les pommettes sont livides ; la langue est violette; le pouls dur, fréquent, développé, régulier ; une sueur abondante et visqueuse couvre toute la surface du corps, mais bientôt elle diminue. Le malade conserva sa raison , et se plaignit des douleurs du dos jusqu’à sa dernière heure qui fut la première après midi. |

Ouverture du cadavre. — À la face supérieure du cerveau, l’arachnoïde présentait des plaques rouges irrégulièrement circonscrites ; elle était saine à la base de cet organe , seulement un peu rosée sur la protubérance annulaire et la moëlle allongée. Les ventricules du cerveau contenaient peu de sérosité. Les membranes qui entourent la moëlle de l’épine étaient d'un rouge égal, extrêmement vif dans toute leur étendue, et dans toute leur épaisseur. Les membranes internes des quatre cavités du cœur, des artères et des veines, jusqu’au milieu des membres et même des sinus de la dure-mère, étaient d’un rouge très-

foncé , égal, se perdant insensiblement à mesure qu’elles s’éloignaient du cœur ; le sang contenu dans l'äppareil circulatoire, n’était pas coagulé : le ussu du cœur était sain, beaucoup plus pâle que les membranes internes./Les poumons étaient gorgés de sang ; tous les autres organes étaient sains.

Le pied fut disséqué avec soin ; la piqüre avait à peu près trois lignes de profondeur ; le tissu cellulaire sous-cutané avait suppuré dans l’étendue d’un écu de six francs ; les filets des nerfs plantaires furent suivis aussi loin qu’ils pouvaient l'être; aucun d’eux n’était lésé ni même en contact avec le tissu cellulaire èn suppuration.

(Dissertation du D'. Deslandes.)

270. Il n’est pas nécessaire de commenter cette observation. La douleur constante dans le dos, qui va toujours en augmentant et s'accompagne de gène dans la progression, la roideur du col et du tronc, forment une série de symptômes assez bien caractérisés et assez distincts de tout ce que nous avons vu jusqu'ici, pour que nous puis sions les attribuer à une autre maladie qu’à l’inflammation de l’arachnoïde spinale.

Si l’inflammation de l’arachnoïde cérébrale ne s’est pas accompagnée de tous les symptômes qui lexpriment ordinairement , cela tient proba-

- blement à ce qu'elle était peu intense, et surtout

à l’action dérivative èxercée par l’inflammation de l’arachnoïde du rachis, ainsi que par celle du cœur et de tous les gros vaisseaux. Nous avons montré en traitant des complications de l’arachnitis, jusqu'a quel point les phlegmasies qui coïncident avec elle, peuvent voiler ses symptômes. Nous ne nous arréterons pas sur la lésion de l’appareil circulatoire, quelqu’intérêt qu’elle po par elle-même ; elle est trop étrangère à notre sujet et doit naissance à des tard rites sp nous entraineraient trop loin ; il est probable qu’à elle seule était dü le serrement que le malade éprouva dans la poitrine ; car il est le seul qui nous ait présenté ce symptôme qu’on ne peut raisonnablement attribuëér à tout autre cause.

CENT-TRENTIEME OBSERVATION.

Arachnitis spinale. — Arachnitis de la base du cer-

veau. — SBrosité dans les ventricules.

Solignac André, âgé de quatorze ans, d’une constitution lymphatique, ayant singulièrement grandi depuis une année, contracta un rhume violent, en se faisant couper les cheveux trop près de la tête.

Quinze jours après l’invasion de ce catarrhe , il fut pris d’une céphalalgie générale très-violente avec fatigue , douleur contusive des mern-

bres et de la plante des pieds, ce qui l’obligea de suspendre ses travaux, mais ne lui Ôta pas l'appétit qu'il put satisfaire amplement. Des si napismes aux pieds, des boissons adoucissantes et rafraichissantes, ramenèrent chez lui le calme et la convalescence. |

S’étant donné une violente indigestion, 1l est pris aussitôt d'une céphalalgie atroce , avec rougeur intense de la face ; fièvre considérable ; sueur abondante; respiration haute etprécipitée; il reste trois jours chez lui sans secours et sans qu’on puisse savoir ce qu'il a éprouvé, et nous est apporté le quatrième dans l’état suivant.

Quatrième jour : coucher sur le dos ; tête fortement portée en arrière et à gauche ; tronc arqué en arrière ainsi que le col, avec rigidité très-grande et véritable opisthotonos ; face rouge exprimant une douleur profonde ; paupières entr'ouvertes, ne s'ouvrant que lorsqu'on excite fortement le malade ; conjonctives injectées ; yeux vifs et cependant sans expression ; pupilles dilatées , surtout la droite ; elles sont encore contractüles à la lumière ; stupeur très-srande , dont on retire cependant le malade en l’excitant fortement ; on reconnaît alors que les facultés intellectuelles ne sont pas complétement anéanties ; il accuse une céphalalgie violente à l’occiput, et se plaint d’être tour-

menté par des bourdonnemens d'oreilles et des erreurs de vision; 1] reconnaïîtses parens au son de leur voix, mais cette raison ne dure pas longtems ; bientôt il tombe dans un état de rêvasseries et dans la stupeur ; flaccidité et véritable paralysie des extrémités inférieures ; même état du bras gauche ; respiration excessivement gênée et fréquente, 41 par minute, ne se faisant que par la seule élévation des côtes ; poitrine sonore dans tous les points; battemens du cœur, forts et réguliers, ne correspondant point avec ceux du pouls qui est petit, vibrant, à 120; bouche et dents sèches ; langue rouge ; abdomen sensible à la pression, laquelle fait grimacer le malade ; exacerbation de tous ces symptômes le soir, avec perte complète de connaissance. |

Cinquième jour : stupeur plus prononcée ; abattement plus grand ; continuation de l’opisthotonos ; paralysie compiète du bras gauche ; rigidité très-grande du droit ; pupilles dilatées et immobiles ; augmentation de tous les symptômes précédemment décrits, et perte absolue de connaissance. — Les sinapismes et la glace sur la tête restent sans effet. — Vers le soir, le râle survient ; une sueur glutineuse couvre tout le corps ; les yeux se dirigent en haut; tous les symptômes caractéristiques de l'agonie arrivent successivement, et le malade expire dans la nuit,

en ayant conservé jusqu’au dernier moment la sensibilité que l’on développe en Île pinçant fortement ou en appuyant sur l’abdomen.

Ouverture du cadavre. — Pâleur générale de la peau et roideur des membres. Inflammatuon de la portion de l’arachnoïde située à Ja base et à la parte postérieure du cerveau, mais principalement en avant de la protubérance annulaire; l’arachnoïde avait en cet endroit plus d’un quart de ligne d'épaisseur et contenait un épanchement de sérosité floconneuse estimé à près d’une once et demie ; sa partie antérieure offrait plusieurs plaques épaisses, opaques, Jaunätres , adhérentes avec la dure-mère:; les ventricules latéraux contenaient deux onces de sérosité. Le cerveau était flasque; le cervelet ramolli à son éminence vermiculaire. et.aux prolongemens cérébelleux. Le canal rachidien ouvert dans toute son étendue, et la dure-mère incisée, on put voir cette membrane rougié sur tous ses points , et l’arachnoïde qui recouvre la moëlle épinière, enflammée dans l’étendue de six à sept pouces, considérablement épaissie et recouverte dans ce point d’une exsudation couenneuse ; cette partie enflammée était bien séparée de celle de la cavité du crâne ; le canal rachidien contenait en outre une certaine quantité de sérosité rougeûtre. Quelques tubercules étaient dans Îes poumons.

Le péritoine qui adhère au foie, était enflammé.

271. Sans parler de la dilation des pupilles , du renversement de la tête en arrière, de la stupeur et des autres accidens caractéristiques de l’inflammation de l’arachnoïde de la base, sans parler non plus de la rigidité et de la paralysie des membres qui pourraient Rae ici une lésion de la pulpe cérébrale, nous n’insisterons que sur l'opisthotonos que nous n’avons jamais vu d'une manière aussi tranchée que chez ce sujet ; ce symptôme coïncidant avec l’inflamma= tion très-vive d’une portion de l’arachnoïde de l'épine, séparée de la portion également enflammée qui recouvre le cerveau, par une autre portion parfaitement saine, nous parait d’une grande valeur, et nous fait regarder cette obser= vation comme une des plus curieuses et des plus concluantes que nous puissions offrir.

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