‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 159 sur 170 · CENT TRENTE-UNIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CENT TRENTE-UNIEME OBSERVATION

Arachnitis spinale. — Arachnitis de la base et de la convexité du cerveau. — Sérosité lactescente dans les ventricules.

Marie, couturière, âgée de vingt- huit ans, mère de quatre enfans, est vivement affectée de quelques propos outrageans qui lui sont adres-

sés ; les règles alors au milieu de leur cours se suppriment, et Marie est prise aussitôt d'un violent frisson qui dure vingt-quaire heures.

Le lendemain, chaleur vive ; soif ardente ; serrement à la gorge ; boule hystérique très-prononcée.

Le troisième jour : vomissemens bilieux ; tou— tes les boissons, mêmes les plus douces, sont rejetées.

Le quatrième jour : nouveaux vomissemens ; disparition complète des symptômes MST ques ; la malade entre le soir à la Charité, et présente le lendemain matin l’état suivant:

Le cinquième jour : face très-rouge; yeux brillans et animés ; cou gonflé ; tête renversée en arrière , fléchie latéralement, ne pouvant sans de grandes douleurs être ramenée en avant; une douleur continuelle se propage tout le long de la colonne vertébrale, depuis le grand trou occipital jusqu’au sacrum; le momdre mouvement l’exaspère au point d’arracher des cris à la malade ; elle n’est point augmentée par la pression ; la respiration est gênée et haletante; le pouls vif et fréquent; la peau chaude et sèche ; la langue dans l’état naturel; le ventre souple et indolent ; depuis quatre jours, il n’y a pas eu de selle. — Quinze sangsues x l’anus ; lavement purgatif ; pédiluves sinapisés; boissons mucilagi-

( 565 ÿ neuses ; frictions sur l’épine avec un liniment calmant. | |

Le sixième jour : diminution des douleurs. — On applique un vésicaioire à la nuque, et vimgtquatre sangsues derrière chaque oreille.

Le septième jour : sommeil agité; sensibilité de la tête et du dos exaltée ; roideur tétanique de la nuque et du tronc ; face pâle, exprimant la douleur ; respiration plus pénible que les jours précédens; pouls conservant la même fréquence. — Saignée du bras; vésicatoire au sacrum ; sinapismes aux jambes ; lavement avec l’assa-fotida. — Trois minutes après la saignée, le sang était couvert d’une couenne épaisse, à bords relevés, franchement inflammatoire. Au bout d’une heure, l’état de la malade avait subi une amélioration sensible ; la face avait une expression plus naturelle ; l'anxiété générale était moindre ; la respiration plus libre ; la peau, qui jusqu'alors avait été sèche , se couvre de sueur : ce changement favorable engage à réitérer la saignée.

Le huitième jour : le mieux se soutient ; il survient toutefois pendant la nuit, un peu de délire. — Même traitement ; une nouvelle saignée. — On fait sécher les vésicatoires.

Le neuvième jour : le sang de la dernière saiïgnée offre le même aspect inflammatoire que

ceiui des deux premiers jours, mais l’ensemble de la malade est moins satisfaisant ; douleur de la iête et du dos plus vive ; face grippée; traits fortement altérés ; regard incertain ; réponses lentes et pénibles. — Vingt-quaitre sangsues en forme de cordon sur chaque côté de la colonne vertébrale ; lavement avec deux onces d'huile de ricin. — À quatre heures du soir, Marie ne répond plus aux questions qui lui sont adressées ; sueur abondante ; gémissemens continuels ; soubresauts ; pouls petit, fréquent ; respiration courte.

Le dixième jour: sueur froide et visqueuse sur la face ; yeux éteints, insensibles à toute expression extérieure ; on ne peut exciter aucun mouvement, soit en pinçant, soit en tordant la peau; carphologie ; soubresauts des tendons tellement multipliés , qu’ils empèchent de sentir le pouls; trismus violent ; mort à midi.

Ouverture du cadavre. — Le canal rachidien ouvert dans toute son étendue, et la dure-mère incisée, on trouve une couche de matière blan-— châtre, opaque, membraniforme, étendue sur le sachis depuis le grand trou occipital jusqu’au sacrum; en [a pressant avec le doigt, on fait refluer dans le crâne un liquide trouble mêlé de ‘grumeaux albumineux ; en grattant avec le scalpel sur cette couche membraniforme, l’ins-

trument glisse et n’enlève rien, ce qui semble annoncer l’existence d’une membrane au - dessus de cette couche : la dissection ne tarde point à la démontrer. En détachant l’arachnoïde de la surface interne de la dure-mère, on parvient à voir que la membrane diaphane qui recouvre la couche purulente n’en est qu’une continuation; c’est évidemment la portion de Parachnoïde qui dans l’état ordinaire tapisse la piemère, ei qui en est ici séparée par une couche purulente : ici donc, le pus se trouve exhalé, non dans la cavité même de la membrane séreuse, mais à la surface externe de ceite membrane, dans le tissu cellulaire qui l’unit à la piemére.

Sur le cerveau, l’arachnoïde et la pie-mère sont fortement inmjectées vers la scissure de Sylvius. Du côté droit, existe une concrétion albumineuse, pareille à celle qui remplit le canal vertébral; on en trouve une autre plus épaisse, à la surface externe de l'hémisphère droit, près de la grande scissure inter-lobulare. Des concrétions semblables aux précédentes existent audessous de la tente du cervelet, surtout dans le voisinage de l’éminence vermiculaire supérieure; enfin, on en trouve une plus grande quantité que partout ailleurs, entre la face in- {érieure du cervelet et la base du crâne. Les

( 568 ) ventricules latéraux et le troisième ventricule, sont fortement distendus par une grande quantité de sérosité lactescénte. Les organes de la poitrine et de l’abdomen sont sains.

(Recueillie par M. Andral.)

272. Nous n’avonsrien trouvé jusqu'ici, de plus tranché et de plus caractéristique que cette observation ; il suffit de la lire pour reconnaitre dans son auteur, les talens les plus distingués pour l'observation. Est-ce impression morale vive que nous avons cru devoir ranger parmi les causes de l’arachnitis, qui a déterminé celle-ci? Estelle due plutôt à la suppression des règles ? Peu nous importe dans ce moment: il nous suffit seulement de voir une lésion aussi considérable de l’arachnoïde rachidienne, coïncider d'une manière aussi tranchée ét aussi constante, avec le renversement en arrière du cou et du tronc, et accompagnée d’une douleur excessivement vive dans ces parties, pour que nous devions attribuer à ces deux symptômes une importance toute particulière.

Le mode de traitement suivi chez la malade dont nous nous occupons, nous parait un véritable modèle; ceci ne surprendra pas, quand on saura qu’elle était confiée aux soins de M. l'Herminier. |

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