‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 160 sur 170 · CENT TRENTE-DEUXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CENT TRENTE-DEUXIÈME OBSERVATION

Arachnitis spinale. — Arachnitis de la convexité des hémisphères cérébraux. — Sérosité abondante dans

les ventricules.

Cotier, soldat du trente-deuxième régiment de ligne, venait d’être guéri de la gale à l'hôpital Saint-Louis, lorsque le 8 mai 1814, après un excès de vin et d’eau-de-vie, il s’endormit pendant une grande partie cle la journée, dans une ‘cour très-exposée au soleil ; on ie porta dans la salle vers le soir, et au rapport de ses camarades, il passa la nuit dans une extrême agitation ; il sortit plusieurs fois de son lit en poussant des cris aigus et inarticulés.

Le deuxième jour, au matin, il présenta l’état suivant : céphalalgie générale ; clignotement continuel des paupières; les yeux ne paraissent supporter la lumière qu’avec peine ; l’ouie semble également éprouver la plus vive exaltation ; langue rouge et sèche ; nausées ; gène de la dégiutition ; épigastre douloureux à la pression ; chaleur vive de la peau ; respiration haute et suspirieuse ; pouls petit, fréquent; gène très-marquée dans les mouvemens du cou et du tronc. — Eimaision ; saignée du pied et du bras; eiles ne fournissent que très-peu de sang, quoique les veines aient

été largement ouvertes. — Vers le soir : somnolence lorsque le malade cest livré à lui-même ; mais dès qu’on le touche, agitation très-vive ; efforts pour sortir du Lit; cris aigus ; convulsions des muscles de la face; propos vagues et difficulté extrême de répondre aux questions qu’on Jui fait. — Douze sangsues au cou.

Le troisième jour: face rouge et animée ; regard fixe; pupilles dilatées et immobiles ; conjonctives injectées ; larmes involontaires; contraction et roideur des muscles érecteurs du cou et du tronc ; décubitus opiniâtre sur le côté gauche; impossibilité de proférer une seule parole; diarrhée ; excrétion involontaire de l'urine. — Douze sangsues à l'anus ; vésicatoires aux jambes. |

Le quatrième jour : augmentation sensible de l'état tétanique des muscles postérieurs du cou

et du tronc ; soubresauts des tendons ; pupilles

très-dilatées et insensibles à la plus vive lumière ; yeux fixes et immobiles ; œdème érysipélateux du côté gauche de la face; respiration courte embharrassée ; pouls fréquent, roide, intermittient; en peu de tems, tous ces symptômes s’aggravent considérablement, et le malade expire à trois heures après midi.

Ouverture du cadavre. — Vaisseaux de la duremère gorgés d’un sang noir et coagulé.

| (571) L’arachnoïde était le siége d’une inflammation pour ainsi dire génér ale ; elle était rouge, € paisse, ne sur la convexité des hémisphères, ainsi qu’à la face inférieure du cerveau ; elle était en outre couverte d’une exsudation séro - purulente très-considérable, et tellement abondante äu côté gauche, qu’elle formaii une couche épaisse entre les deux faces contiguës de l’arachnoïde. Vers ce même côté, et près de la partie correspondante à la face coronale, on remarquait un léger épanchement de sang; la pie-mère offrait aussi, en cet endroit, une infiltration assez marquée. La substance médullaire du cerveau avait une couleur rosée, et présentait une multitude de points rouges et sanguinoiens ; du reste, cette substance était assez ferme. Les ventricules latéraux contenaient six à sept onces de sérosité jaunâtre ; le gauche en contenait plus que le droit. En poursuivant les recherches jusque dans le canal vertébral, on trouva des traces également évidentes, de cette terrible phlegmasie ; l’arachnoïde spinale était enflammée et très épaissie dans tout son trajet; l’exsudauon séro-purulente, répandue sur tous ces points, éiait surtout jort abondante vers la partie inférieure du canal. (Dr. Piett, dissertation.)

273. Dans ce fait, remarquable par l'intensité lJ'inflammation de l’arachnoïde des hémis-

(572) phères cérébraux, nous ne retrouvons pas la douleur, le long de la colonne vertébrale, sympiôme que nous ont offert les deux malades précédens ; mais nous en trouvons la raison dans le trouble de l'intelligence qui exista dès le début chez ce dernier, et qui ne lui permit pas d’accuser la douleur du dos. Relativement à ce sujet, nous remarquerons que la douleur le long de la colonne vertébrale étant beaucoup moins fréquente que la céphalalgie, et les médecins ayant l'habitude de fixer leur attention vers ce seul symptôme dans les phlegmasies de l’arachnoïde, 1l en résulte qu'a moins que cette douleur ne soit excessivement forte, les malades ne s’en plaignent pas, surtout lorsqu'ils se trouvent déjà dansun état d’agitationet d’effervescence, comme cela s’observait chez Cotier.

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