CENT TRENTE-TROISIEME OBSERVATION
Arachnitis spinale. — Arachnitis de la convexité et de la base du cerveau. — Sérosité dans le ventri-
cule gauche. — Carie des vertèbres du dos.
Une femme de quarante ans, portant depuis plusieurs mois une gibbosité à la partie inférieure du dos, éprouvait depuis huit jours de la céphalalgie, de linappétance, de l’insomnie, une impossibilité complète de se tenir debout, lors-
(573 ) qu’elle fut prise tout-à-coup des symptômes les plus alarmans dont nous allons offrir le tableau, et qui durèrent deux jours avant qu'elle se fit transporter à l’Hôtel-Dieu, dans les salles de M. Récamier.
Le huitième jour depuis l'invasion, et le troisième depuis les grands accidens, elle était dans l’état suivant :
Décubitus sur le dos; stupeur prononcée ; face rouge, ainsi que les pommeties qui sont même violacées ; yeux presque fermés, dirigés en haut et toujours recouverts par les paupières ; ils ne sont point imjectés ; pupilles dilatées, se dilatant encore davantage à la lumière, la droite plus que la gauche ; roideur tétanique très-considerable du tronc et du cou ; tête inclinée à gauche, et fortement portée en arrière ; rigidité musculaire du bras gauche qui se laisse cependant étendre, mais revient bientôt à sa première contraction ; cette roideur n'existe pas dans le bras droit dont les mouvemens sont parfaitement libres ; dans l’un et l’autre, on observe des soubresauts des tendons, mais ils sont beaucoup plus marqués à droite; le pouce et l'index sont agités de mouvemens convulsifs ; langue nette, mais sèche; déglutition presque impossible ; abdomen sensible à la pression; vessie distendue, et s’élevant jusqu’à l’ombile ; respiration libre,
aisée ; poitrine sonore ; mouvemens du cœur naiurels ; point de batiemens apparens des carotides: pouls régulier, peu vibrant, assez dépressible ; les sens paraissent sourds à toutes les impressions ; la malade ne donne de signes de sensibilité que lorsqu'on la pince fortement. — Large vésicatoire à la nuque; quinquina édulcoré ; pariétaire édulcorée. — Dans l’aprèsmidi, soubresauts moindres ; rigidité des bras et du tronc singulièrement diminuée ; commence ment de râle; respiration précipitée ; affaissement général profond ; injection des conjonctives; chaleur vive du front; moiteur générale ; urine sortant par regorgement. Mort à quatre heures du soir.
Ouverture du cadavre. — Rougeur de la duremère dans l’étendue des trois quarts de la face su- Rétanse du cerveau ; léger CRAPHerent entr’elle et la voûte osseuse.
Inflammation très-prononcée de toute l'arachnoïde de la face supérieure du cerveau, avec épaississement général et exsudatiou couenneuse en plusieurs points, surtout vers la protubérance annulaire et le commencement de la moëlle allongée ; on la détache partout avec la plus grande facilité, sans qu’elle se rompe; elle est parfaitement saine sur le cervelet. Veniricule gauche très-dilaté, contenant une assez grande quan-
(5m) tité de sérosité sanguinolente ; toutes les parois” de ce ventricule sont ramollies dans toute leur circonférence, à la profondeur d’une ligne et demie ; toute la pulpe cérébrale est très-flasque ; ses vaisseaux sont très-injectés.
Carie profonde des dernières vertèbres dorsales, au point qu’en portant le doigt sur Îles apophyses transverses, on pénètre jusqu’au canal rachidien ; le pus provenant de la carie s’était réuni dans une espèce de kisie sur les parties latérales de la colonne vertébrale, et par une fusée communiquait avec un autre foyer situé dans le pli de l’aine. Au niveau de la carie, l’arachnoïde spinale était très-enflammée, trèsépaisse, recouverte d’une couenne albumineuse, qui diminuait d'épaisseur à mesure qu'on s’éloignait du point principalement lésé.
Les intestins offraient des traces d’une forte inflammation, particulièrement sur plusieurs points qui étaient noirâtres et qui se déchiraient facilement. La muqueuse de la vessie était également très-rouge. |
274. La cafe des vertèbres a-t-elle été ici la cause déterminante de l’inflammation de l’arachnoïde, au niveau du point qui lui correspond? Ceci est très-probable, mais cette cause, pure-. ment locale, na pu agir sur l’arachnoïde du cerveau, qui paraît même avoir été frappée d’in-
flammation avant celle du rachis, et qui a entraîné avec elle les nombreux accidens qui font reconnaitre soit son inflammation , soit celle de la pulpe cérébrale. Il est probable que ces derniers désordres auront empêché la malade de ressentir et de faire connaître la douleur qu’elle a dû nécessairement éprouver lorsque l’arachnoïde du rachis s’est enflammée ; nous ne voyons ici que la roideur tétanique du cou et du tronc qui puisse nous la faire soupçonner, car pour nous donner upe véritable certitude, il faudrait que ce symptôme fut plus tranché et plus caractérisé; au reste, si J’opisthotonos n’a point été plus marqué, ceci peut tenir à la carie des vertèbres, qui aura empêché le renversement d'être plus complet; cette carie devant aussi déterminer une douleur habituelle dans son voisinage, ‘aura pu empêcher la malade de faire attention à celle que la phlegmasie de l’arachnoide aura produite.
La carie des vertèbres at-elle occasionné ici la paralysie de la vessie? Cette supposition esttrèsadmissible ; ce qu'il y a de certain, c’est que cette paralysie s’observe quelquefois dans les affections cérébrales. Si la vessie s’esttrouvée rouge et enflammée , cela tient probablement au long séjour que l’urine aura fait dans son intérieur et à la distension prolongée qu’elle aura occasion-
(577 ) ? . ° À ? . CO née, ce qui a dü nécessairement l'irriter, et ame. ner à la longue une véritable inflammation.